‹ Louis Philippe et la Contre-révolution de 1830Chapitre 57 sur 84 · A MIDI. PRÉSIDENCE DE M. LAFFITTE · texte numérisé non relu

A MIDI. PRÉSIDENCE DE M. LAFFITTE

« M. le général Lafayette est introduit et adresse «aussitôt à ses collègues l'allocution suivante : Mes- » sieurs , vous me croirez sans peine lorsque je vous » dirai que j'ai reçu ce matin la première nouvelle » de ma nomination comme commandant de la garde » nationale.... Il m'est démontré que la volonté d'un » grand nombre de citoyens est que j'accepte, non «comme député, mais comme individu, la mission » qui m'est offerte. Je dois vous soumettre les motifs » qui paraissent de nature à déterminer mon accep- » tation. Un vieux nom de 89 peut être de quel- » qu'utilité dans les circonstances graves où nous » sommes. Attaqués de toute part, nous devons nous » défendre.

(Un officier de la garde nationale vient annoncer que le Louvre est pris .)

» M. le général Lafayette poursuit en ces termes :

» Oïi m'invite à me charger du soin de la défense. Jl » serait étrange et même inconvenant que ceux sur- » tout qui ont donné de vieux gages de dévouement » à la cause nationale refusassent de répondre à l'ap- »pel qui leur est adressé. Ce refus nous rendrait » responsables des événemens futurs.

» Des instructions , des ordres me sont demandés » de toute part ; on attend mes réponses. Croyez - » vous qu'en présence des dangers qui nous mena- » cent, l'immobilité convienne à ma vie passée? non : » ma conduite sera à 73 ans ce qu'elle a été à 3s. Il » importe , je le sens , que la chambre se réserve en 9 sa qualité de chambre; mais à moi, citoyen , mon » devoir me prescrit de répondre à la confiance pu- » blique et de me dévouer à la défense commune.

» M. Bertin Devaux.... Il importe de régulariser » au plus vite le mouvement de la capitale. Si nous » ne pouvons retrouver le vertueux maire de Paris , »en8c), applaudissons-nous d'avoir reconquis l'illustre chef de la garde nationale.

» M. Berlin Devaux dit qu'une grande agitation » règne au dehors ; que le nom du général Lafayette » est partout prononcé , et qu'il importe que l'hono- » rable général aille se montrer aux citoyens. »

« M. le président annonce que le général Lafayette

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a accepté le commandement de la garde nationale qui lui a été déféré par de notables citoyens réunis dans l'intérêt de la défense de la capitale.

» M. le général Lafayette quitte la réunion.

» M. Je général Gérard, à qui est décerné le com- » mandement des troupes , déclare qu'il sera heureux » de servir sous les ordres de son vénérable collègue » et ami le général Lafayette. »

Ce procès-verbal, dont l'original est entre mes mains , est signé :

« Le secrétaire-rédacteur de la chambre

des députés , « Denis Lagarde. b

Où donc est cette réponse faite à M. de Lafayette, que le général Gérard venait de prendre le commandement de toute la force armée?

Il était une heure et demie lorsque M. de Lafayette quitta la réunion Laf fi tte pour aller s'installer à l'Hô telde-Ville. Quelle troupe, quelles forces armée M. legénéral Gérard avait-il alors passées en revue? En quoi s'était-il montré le plus homme d'action dès le matin du 29 juillet ? A trois heures et demie , l'auteur de ce livre reçut à l'Hôtel-de-Ville l'ordre de se rendre chez M. Laffitte, et de revenir informer M. de Lafayette de ce qui s'y passait; il y trouva M. le général Gérard en bourgeois , attendant son uniforme et ses chevaux. Sur les cinq heures , il eut l'honneur de l'accompagner dans la visite qu'il fit à la caserne de la rue

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du Faubourg Poissonnière, où le cortège se rendit par les rues latérales , et d'où il revint par le faubourg Saint-Martin , les boulevarts de la Madeleine , Poissonnière , des Italiens , la rue de la Paix et le Louvre, où il s'établit, sans avoir réuni ou entraîné à sa suite ni soldats ni gardes nationaux. Le tumulte qui régnait dans l'hôtel Lafïitte , et la précipitation avec laquelle le général Gérard avait revêtu son uniforme, ne lui ayant point permis de remarquer que la cocarde blanche figurait encore sur son chajueau , je pris la liberté de signaler ce dangereux oubli à l'attention du général : la cocarde blanche disparut , et ne fut remplacée par aucune autre. Parvenu dans la cour de la caserne du faubourg Poissonnière , où venait de rentrer un des deux régimens défectionnaires , le général fit battre le rappel ; les soldats descendirent sans armes , et se rangèrent en bataille. Le général leur parlait au nom de la charte, lorsqu'un officier supérieur arriva précipitamment et cria : Vive le roi ! des soldats répétèrent ce cri. Alors le général Gérard fit entendre une seconde fois le cri de Vive la charte ! en ajoutant quelques mots qui se sont effacés de mon souvenir. Après avoir de nouveau parlé aux soldats de leurs devoirs envers la patrie , et laissé le commandement de ce régiment au général Maurin qui resta à la caserne, le général Gérard se rendit au Louvre, et établit son quartier -général dans les appartemens du gouverneur du palais.

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Voilà l'exacte vérité. Loin de moi la pensée d'incriminer la conduite pleine de dévouement et de patriotisme du maréchal Gérard. Dans la situation où ce brave officier fut placé , dès le 29 au soir, il fit tout ce que la France devait espérer de son zèle et de son courage. Je cite seulement ses paroles et ses actes , pour prouver combien, le même jour et à la même heure, la révolution était plus avancée à l'Hôtel-de- Ville qu'à l'hôtel Laffitte ; et qu'il est bien certain, malgré la dénégation de la royauté citoyenne % que les partisans de la révolution de juillet se sont divisés en deux camps, non-seulement après les trois journées , mais même pendant les trois journées.

Machiavel attribue à deux causes l'avortement des insurrections nationales. « Tantôt , dit-il , les grandes circonstances ont manqué aux grands hommes, et tantôt les grands hommes ont manqué aux grandes circonstances. » Si Machiavel eût vécu en 1 83o , il aurait peut-être assigné une troisième cause au nonsuccès des révolutions : l'aveugle confiance dont un triomphe facile enivre toujours les nations qui subjuguent la tyrannie. « Il y a , dit Rousseau , des carac-

1 A en croire certains récits , il semblerait que les partisans de • la révolution de juillet se soient trouvés partagés en deux camps immédiatement après les trois journées de juillet, savoir: d'un côté, l'Hôtel-de-Ville , ou la commission municipale, c'est-àdire M. de Lafayette ; de l'autre la réunion des députés chez l'honorable M, Laffitte ? etc. {Deux ans de règne.)

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» tères élevés qui portent jusque dans le crime je ne » sais quoi de fier et de généreux qui laisse voir au » dedans encore quelque chose de ce feu céleste fait » pour animer les belles âmes. Mais l'âme de l'hypo- » crite est semblable à un cadavre où on ne trouve

» plus ni feu, nijchaleur , ni ressource à la vie On

» aurait pu raisonnablement tenter la conversion de » Cartouche; jamais homme sage n'eût entrepris celle » de Cromwell. » Yoilà ce qu'a oublié la révolution de 1800. Généreuse comme la force, imprudente comme la victoire , elle a ouvert la porte aux hypocrites qui l'ont envahie ; et c'est , nous dit-on aujourd'hui, l'énergie de ces tartufes, la puissance de leur action , la magie de leur parole , qui suscitèrent et accomplirent la révolution de juillet. Si les commentaires de la monarchie du 7 août passent à la postérité , nos neveux apprendront qu'en 1 83o il exista en France une secte dite doctrinaire et une maison princière réputée citoyenne , qui , par leur audace, soulevèrent le peuple contre ses tyrans, désarmèrent les mauvaises passions par leur éloquence, étouffèrent les discordes civiles par leur philosophie , évitèrent la banqueroute par leurs calculs, la guerre par la fermeté de leur attitude, et l'anarchie par la sagesse de leur politique et la puissance morale de leur caractère. Et quand les générations à venir demanderont quels furent les vertueuxpatriotes dont le génie révolutionnaire immola la légitimité sur les pavés des barricades, et les factions dans le temple de

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la loi ; dont le génie constitutionnel sauva la France , en resserrant l'alliance de la liberté avec la monarchie , les Deux ans de règne s'ouvriront , et la postérité se prosternera de vaut les magnifiques noms des Thiers, Guizot, de Broglie , d' Argout, Barthe, Humann, Gisquet, Persil, Willemain, Dupin, Bugeaud et quelques autres illustrations de cette grande époque.

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