N° XIII
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Note inédite sur Philippe-Egalité , père de Louis-Philippe y[et sursis rapports avec Lafayette.
La jeunesse du duc de Chartres avait été des plus dissolues. Il continua à mener cette vie scandaleuse après son mariage avec mademoiselle de Penthièvre. Il professait un souverain inépris pour l'opinion publique. Cependant le désir d'obtenir la survivance de la place de grand-amiral, dont son* beau-père était titulaire , le porta à faire des campagnes de mer ; mais , depuis la guerre de sept ans jusqu'à celle de l'Amérique , notre situation vis-à-vis de l'Angleterre était telle qu'on eut peine à obtenir la permission de faire monter un vaisseau de ligne par le duc de Chartres. Je crois même qu'il se contenta d'une frér gâte. A l'ouverture des hostilités , ce prince servit sous M. d'Orvilliers en qualité de commandant d'un tiers de la flotte. On prétendit alors qu'il avait montré peu de courage , ce qui n'est pas prouvé. Toutefois cette accusation, jointe à la dépravation de ses mœurs , le mirent fort mal en cour, et surtout auprès de la reine avec laquelle il se trouvait mortellement brouillé aux approches de la révolution. On chercha à faire de lui un chef d'opposition dans les disputes parlementaires de 1788; il fut même exilé à propos de ces débats. Plus tard, \\ ne se joignit point à la protestation des autres princes conlre le doublement du tiers-élat. Il chargea l'abbé Syeyes de rédiger dans un sens libéral les instructions qu'il adressa à ses fondés de pouvoirs dans les bailliages où il avait droit de voter. Il fut ensuife nommé député de la noblesse. Dès lors se forma la faction d'Orléans. A
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la chambre de la noblesse , il tira de sa poche un petit papier dans lequel il demandait la vérification des pouvoirs en commun, et il se trouva mal. On le transporta près d'une fenêtre où on le déshabilla ; on le trouva affublé d'une quantité de gilets les uns sur les autres , tels qu'en portent les jockeys anglais pour éviter un trop grand embonpoint. Lesdéputés provinciaux virent dans cet accoutrement une précaution de conspirateur. Les Cahiers du duc lui permirent de passer un des premiers à l'assemblée nationale. Il refusa la présidence; mais sa faction se fortifiait de toutes les résistances que le roi opposait au vœu national.
Mirabeau appartenait alors à la faction d'Orléans. Aussi liton dans les Mémoires de Mounier que, Mirabeau s'élant rendu à une réunion de députés qui avait, lieu chez Lafayette , pour entendre la lecture de sa fameuse adresse , il (Mirabeau) leur dit à haute voix, les fenêtres ouvertes : « Que vous importe que le roi s'appelle Louis ou Philippe?» Cette faction fut déjouée après la chute de la Bastille, parle parti que prit Louis XVI de se jeter dans les bras de l'assemblée. Il est certain que si , à cette époque , le duc d'Orléans eût montré plus de résolution , c'eût été le premier prince du sang, et non pas Lafayette qui aurait obtenu le commandement de ia capitale , et par suite celui du royaume. Mais il recula devant le danger, et voulut ensuite regagner par l'intrigue ce qu'il avait perdu par sa faiblesse. Dans ce cas, ce n'eût pas été non plus à Lafayette que Montmorin fût venu de Versailles offrir la lieutenanee générale du royaume , qu'il refusa , ainsi que l'attestent Bouille et plusieurs autres écrivains de cette époque. Un jour, Lafayette,' invité à se rendre au district des Cordeliers , y trouva les gardes françaises , beaucoup de peuple et Danton , alors aux gages du parti orléaniste, et qui avait persuadé à tout ce monde de rétablir le régiment des gardes, et d'en demander au roi le commandement pour le duc d'Orléans. Lafayette , parla de manière à dégoûter l'assemblée de ce projet , ainsi que les gardes
françaises qui préférèrent entrer dans la garde nationale, comme compagnies du centre et soldées. Lafayette avait destitué les officiers et fait oftieiers les sergens qui avaient pris part à la révolution. Lejduc d'Orléans avait aussi sollicité le commandement de l'artillerie pour son ami Laclos. L'opinion publique accusait cette faction d'une grande partie des désordres qui avaient eu lieu. Telle était la situation des choses au 6 octobre. On a dit que le duc d'Orléans s'était trouvé au milieu des assassins, et qu'il leur donnait $de l'argent. C'est une erreur : ce prince n'arriva que plus tard , et ce n'est point par ses mains que ces fonds furent distribués. Cependant on n'en imputa pas moins à celte faction tous les désordres de cette époque ; et Lafayette eut ce jour-là le mérite d'écraser d'un même coup, comme il l'a déclaré à la tribune , et la faction contre-révolutionnaire et une faction ambitieuse et désorganisatrice , c'est-à-dire , la faction d'Orléans.
Pendant cette matinée de dangers et au milieu des préparatifs de départ pour Paris , le duc d'Orléans était dans les appartemens du roi, où tout le monde le regardait de travers , et où iï causa un véritable effroi à la famille royale. Dans ce moment il s'approcha de Lafayette, qui le reçut fort mal, et lui donna rendez-vous chez une amie commune, madame de Coigny. Dans cette entrevue , ^afayette lui dit : « J'ai plus que personne contribué à abattre» les marches du trône; il n'en reste qu'une » que la nation veut conserver, et conserver à Louis XVI. Vos » amis veulent vous y porter ; mais, pour arriver jusque là, il faut » passer par moi ; et ça n'est pas facile. Il n'y a plus en France » que deux puissances : la vôtre et la mienne, et ce n'est pas » moi qui céderai , je vous le déclare. » Le résultat de cet entretien fut que le duc d'Orléans , dont le nom se trouvait dans toutes les émeutes , et dont le parti était accusé de tous les désordres, quitterait la France pour quelque temps, sous prétexte d'aller remplir une mission diplomatique. Lafayette le conduisit chc^ le roi, qui restait passif dans cette espèce de duel
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politique , et il lui dit : « Tâchez , monseigneur, de découvrir la «source des désordres qui nous viennent de l'étranger; vous y » êtes plus intéressé que personne , car vous êtes le plus com- » promis. »
Mais , en apprenant que le duc avait la faiblesse d'abandonner son parti, ses amis s'agitèrent et le firent changer d'avis. Un billet du prince prévint Lafayette de ce changement. C'était la nuit fixée pour le départ. Lafayette répondit par un rendez-vous chez le ministre des affaires étrangères , Montmorin. «Mes en- »nemis, lui dit le duc d'Qrléans , disent que vous avez des » preuves contre moi. — Ce ne sont pas vos ennemis , répon- » dit Lafayetle , ce sont les miens, qui disent cela ; car si j'en «avais vous seriez déjà dénoncé et arrêté; mais j'ai des soup- » çons ; tout le monde en a contre vous , et c'est ce qui mo- » tivait Téloignement auquel les gens qui cherchent à vous » faire roi vous font renoncer. Vous partirez, ou le débat se vi- » dera entre vous et moi. » Cette seconde explication , très-hautaine d'une -part cl très-résignée de Vautre, pour me servir des expressions de Mirabeau , finit par une lettre que le duc d'Orléans écrivit , sur place , pour demander à l'assemblée siégeant encore à Versailles , un passeport qui fut accordé avec empressement. L'aide-de-camp de Lafayette, qui avait porté la lettre et rapportait la réponse , rencontra , sur le pont de Sèvres , Mirabeau se rendant à l'assemblée pour y dénoncer son général. Il devait, a-t-il dit depuis, le représenter comme ayant , après le 14 juillet , chassé un frère du roi, et les princes de Coudé et de Conti; comme ayant, au 6 octobre, fait prisonniers le roi, la reine , leurs enfans et leur autre frère , et voulant à présent expulser la branche d'Orléans , pour rester le maître de la France, et, à la faveur de son immense popularité , pousser jusqu'au bout ses projets ambitieux. Mais à peine Mirabeau avait-il pris place sur son banc pour demander la parole, qu'on lui porta le billet du duc , annonçant qu'il partait. C'est alors que Mirabeau s'écria : h Je ii aurai plus jamais de rapports avec cet homme-là; i. a3
» il estj. f. comme un laquais. r> Les laquais ne sont pas plus j. f. que d'autres; c'était un reste des habitudes aristocratiques du comte de Mirabeau qui , au surplus , comme on peut le voir par ses lettres antérieures à la révolution , avait beaucoup" de vanité nobiliaire.
Les amis du duc eurent recours à un autre moyen. Ils firent arrêter le prince à Boulogne par une émeute. Le duc envoya Clarté, alors son aide -de-camp , pour faire part à Lafayette de ce grand obstacle. Mais Lafayette , que Clarke avait rencontré dans la rue, releva la glace de sa voiture , en souriant de pitié. Le prince passa le détroit, et ne revint en France qu'à l'époque de la fédération.
La commune de Paris avait dénoncé les attentats du 6 octobre, en les séparant du grand mouvement sur Versailles , au tribunal du Châtelet , ancien corps judiciaire chargé provisoirement des procès politiques. Ce tribunal , qui tenait à l'ancien régime , accusa formellement le duc d'Orléans et le comte de Mirabeau. Mais l'assemblée nationale n'admit pas l'accusation , et cette affaire fut étouffée.
On voit dans les mémoires de Bouille que le duc de Biron lui avait été envoyé au mois d'avril 1791, pour se concerter avec lui dans les intérêts de la contre-révolution. Bouille dit aussi que le duc avait fait demander son pardon au roi dans l'intention d'aller se jeter à ses genoux, mais que Louis XVI repoussa cette pensée. Biron remit aux mains de Bouille une profession de foi signée du duc d'Orléans. C'était celle de l'aristocrate le plus invétéré. Il paraît cependant qu'il y avait eu dans cet essai de rapprochement avec le roi un malentendu. Le roi et la reine ne demandaient pas mieux que de s'entendre avec d'Orléans contre Lafayette , [si le duc consentait à servir leurs projets. On était même convenu xque la réconciliation se manifesterait au dîner public du roi et de la reine. Le duc d'Orléans s'y présenta. Les courtisans , qui ne savaient rien de cet arrangement , crurent qu'il venait braver le roj. On l'insulta ,
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on le poussa avec un mépris si marqué , qu'il pensa que cette scène était concertée avec la reine , et il sortit furieux.
Quoi qu'il en soit de toutes ces intrigues , le duc d'Orléans , après le 10 août, fut élu membre de la convention. Sa bellesœur, madame de Lamballe , avait été égorgée dans les massacres de septembre. On lui reprocha de s'y être montré peu sensible , ainsi qu'à toutes les horreurs de cette époque. Son vote de la mort de Louis XVI excita un murmure d'indignation dans la convention et dans les galeries, toutes garnies qu'elles étaient d'hommes et de femmes de la montagne. Les girondins avaient en vaih demandé l'expulsion de la branche d'Orléans. Une partie des terroristes crut reconnaître dans d'autres camps également terroristes , le projet de rétablir la royauté' au profit du duc d'Orléans. Il fut emprisonné , puis conduit devant le tribunal révolutionnaire et exécuté à Paris. Il mourut avec courage.
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