W XIV
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Un certain nombre de républicains s'était réuni de bonne heure au bureau du National, La nomination d'un lieutenantgénéral du royaume semblait préjuger la question de la république. Ces jeunes hommes avaient le courage de leur opinion , mais de fâcheux souvenirs étouffaient les sympathies qu'ils inspiraient. D'ailleurs quelques uns d'entre eux craignant qu'une tentative républicaine n'eût d'autre succès que la guerre civile , — « Eh bien , dit M. Thomas , mettons-y de la bonne volonté; voyons le duc d'Orléans , et s'il est tel qu'on le représente , cédons, a condition pourtant qu'il donnera des garanties préalables.»
Entraînés par M. Thiers , MM. Bastide , Thomas, Joubert , Cavaignac , Marchais, Arago , Guinard, Dugousée, se rendirent au Palais-Pioyal. Le prince dit d'abord de fort belles cboses ; mais avec des républicains il faut des faits. La réclamation se fit d'une façon assez vive, « Vous n'êtes pas roi encore , dit Bastide , écoutez la vérité , bientôt vous ne manquerez pas de flatteurs. — Votre père, ajoute Cavaignac, est régicide comme le mien , cela vous sépare déjà un peu des autres. » — A ceci point de réponse suivant les uns ; réponse habile, suivant les autres (et la dernière version est la plus probable). — « Il est des choses , M. Cavaignac, dont il faut garder le souvenir pour ne pas les imiter. » — Tuer un roî quand on veut la république ? cela s'est vu ; mais l'approuver quand on veut devenir roi soimême , il n'y aurait pas de bon. sens.
La porte resta sans doute ouverte , car ïl entra des républi-
ET IA CONTÎIE-ÏIÉVOLUTION DE l85o. 35j
cains qui n'étaient pas de la réunion du National. — « Il faut, dit l'un d'eux , chasser d'abord les pairs et les juges. — À cela pas grande difficulté pour les juges: les juges font perdre les procès , mais pour les pairs il n'en est pas de même ; on renverra cependant les pairs qui ne voteront pas pour lni. »
La discussion allait à bâtons rompus, lorsque M. Trélat la plaça sur son véritable terrain. « Le peuple, dit-il, est le maître ; vos fonctions sont provisoires , sa volonté ne peut être interprétée, il faut qu'il l'exprime ; le consulterez vous? oui ou non? — A cet égard , dit le duc, je ne puis me laisser guider que par les chambres. — Il n'y avait pas encore de pensée immuable et cependant... Mais, mon Dieu, de quoi donc va s'aviser M.Thiers... s'élevant sur ses pieds autant qu'il pût , et tendant tout ce qu'il y avait chez lui .d'élastique: — N'est-ce pas, monseigneur, dit-il en frappant sur l'épaule de Thomas , n'est-ce pas que voilà un beau colonel? — C'est vrai qu'il est beau , et sa fortune et son courage l'auraient aidé à bien porter les épaulettes ; mais il est chatouilleux , à ce qu'il me paraît. — Qu'est-ce qu'il dit donc? nous prend-il pour des catins qui viennent se vendre ? Tout le monde crie, c'est la tour de Babel. — Rien pour nous, dit l'un.] — Tout par et pour le peuple, répond un autre. —Et on appelle cela un roi citoyen , murmure-t-on d'un côté. — • Gouvernez donc avec des républicains , murmure-t-on de l'autre. — On se heurte. — On se pousse. — On crie» — On va. — On vient. — Et ce pauvre Thiers de s'écriera la fin. -»- Ah! juste ciel , j'ai fait Ih une belle ambassade, »