‹ Louis quinzeieme et seizeiemeChapitre 12 sur 40 · I7CI-11C · texte numérisé non relu

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Fleury, en 1738, multiplia les amendes et permit même aux curés l’emploi des moyens militaires. En 51, l’intendant Sainl-Priest, pour plaire au clergé, fît une chose provocante, infiniment dangereuse, d’exiger que les protestants, rebaptisés, remariés, subissent expressément les sacrements catholiques. La cour eut peur, l’arrêta.

Mais si l’on employait moins ces persécutions générales , les Parlements , par moments , frappaient des coups de terreur. Aux fermentations du carême, de Pâques, et autres grandes fêtes, parmi les processions où Messieurs défilaient en robe rouge, on dressait les échafauds. Spectacle cher à ces masses qui ont des besoins dramatiques. Mais le grand régal c’était le relaps non confessé, le suicidé (présumé tel). On le jetait à la rue j)Our l’amusement du peuple. Traîné dans la honte et la boue, tout nu sur l’infamante claie , écorchant sa face à la terre , montrant ce qu’on cache au ciel , prostitué aux regards, aux rires, aux indignités!

Profonde horreur ! Et tout cela* n’avait en France aucun écho. La question protestante durait depuis trop longtemps. Elle ennuyait, fatiguait. Au premier mot : « Protestants, » on tournait court, on disait : « Parlons plutôt d’autre chose. » Ayant tant, si longtemps souffert,

ils avaient usé la pitié. On croyait bien en général qu’on leur faisait des choses indignes. On aimait mieux n’en rien savoir. Ainsi [>eu à peu un mur s’était fait entre eux et la France , un mur d’airain. Ce grand peuple vivait comme au fond d’une tour. Les martyres, les exécutions, se faisaient au plein soleil de Toulouse, sous son Capitole. Et on ne les voyait pas I Elles se passaient au Peyrou de Montpellier, au sommet de ses terrasses étagées! à la vue de cent mille hommes. Et on ne le savait pas !

Triste côté de l’âme humaine. Les grosses majorités, qui sont bien sûres de la force, deviennent étonnamment oi^ueilleuses et colériques. Toute apparition de ministre semblait une audace coupable des protestants, un outrage au grand monde catholique. Le 14 septembre à Caussade (1761), le jeune ministre Rochette est arrêté, se déclare noblement, ne daigne mentir. Trois jeunes gentilshommes verriers, sans armes que leur petite épée, essayent de le dégager. Sur cela, fureur incroyable des ^copulations catholiques. Les paroisses sonnent, resonnent le tocsin. Tous prennent la fourche. Les bouchers courent avec leurs dogues. Chasse atroce! sur quel monstre donc? une hyène du Gévaudan ? La hyène est ce peuple fou. Rochette et les trois sont traînés à Toulouse. Triomphe et joie générale. On en jase, on espère

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bien jouir bieiilôl du supplice; maison ne l’eut

qu’en février.

Presque au même moment que Rochette , autre capture (13 octobre 1762) : une famille de Toulouse, « qui a étranglé son fils. »

Sachons ce que sont ces gens-là :

Un bon et brave marchand d’indiennes était à Toulouse, établi depuis quarante ans. Calas, ce marchand , avait épousé une demoiselle accomplie , mais noble malheureusement ( des Montesquieu de Languedoc). Elle donna à ses enfants une éducation selon sa naissance. Ils furent nobles, dans une boutique.

Les protestants ne pouvaient avoir de servante protestante. Ils en eurent une excellente, mais excellemment catholique. Cette bonne fille, , qui vit naître leur second fils , Louis , l’éleva, lui fut attaché, ne manqua pas de vouloir sauver sa jeune âme, le mena probablement aux belles églises de Toulouse, enivrante d’encens et de fleurs. Le petit allait volontiers chez la voisine d’en face, femme d’un perruquier catliolique , et fut presque camarade de leur fils, un petit abbé. Louis un matin se sauve, et la perruquicre le cache. Conquête heureuse. L’archevêque est ravi, s’y intéresse. L’enfant converti, dès sept ans, d’après les bonnes ordonnances, peut faire la guerre à ses parents.

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