‹ Louis quinzeieme et seizeiemeChapitre 31 sur 40 · IÎ8Î · texte numérisé non relu

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noble, elc.) Tout émanait du Hoi. Il nommait d’abonl trente pei tonnes (|ui elles-mêmes en choisissaient trente. Lafayelte, un des trente qu'un nomma d’abord pour l’Auvergne, explique cela parfaitement. 11 ajoute : Nous nommons aussi la moitié des assemblées inféi'ieures. » Ainsi ces délégués du Roi ne faisaient pas seulement l’assemblée provinciale, mais celles des communes ou paroisses. Donc nulle élection populaire. Et rien de sérieux. Du haut eu bas, tout était faux.

Ces assemblées devaient répartir la taille, régler certains travaux, juger en premier ressort certains litiges. En réalité, riiitendant, le vrai roi administratif de la j'rovince, restait maître de garder par-devers lui ce qu'il voulait, de les initier plus ou moins. Ce qui irritait, indignait, ce qui même à Grenoble fil repousser ces assemblées, c’est que le ministère n’en donnant pas le règlement, laissait ainsi louche et douteuse la limite réelle de leurs attributions, ne voulait que créer par elles certaine opposition aux Parlements, mais se réservait eu dessous dc*les tenir par l’Intendant toujours faibles, mineurs, ignorants.

Un bienfait plus réel, mais tardif, c’étaient les réformes dont Galonné avait pris l’idée aux Economistes, à Turgot : Libre commerce des grains, — Plus de douanes intérieures , — Meilleur règlement des maîtrises, — Adoucissement de

la gabelle, — Plus de corvée (mais en payant), — Belle promesse d’économie, môme sur la Maison du Roi.

Surprenant travestissement. Le prodigue, l’effréné Galonné, tout à coup grimé en Turgot ! On ne voit plus sur sa table que les livres des Economistes. Ceux à qui il donne audience, lui trouvent en main l’Ami des Hommes, annoté en cent endroits. Comédie bien suspecte à ceux qui le soir voient ce Turgot chez les Polignacs, leur ami et celui d’Artois, qui s’amusent de la parade, contemplent l’excellent acteur.

Le beau, c’est son austérité. Pour être secrétaire des Notables, Mirabeau n’est pas assez pur. Galonné ne veut plus que des saints. Il ne lui faut que des rosières. Il couronne l’innocence môme dans l’ancien ami de Tui^ot : son premier commis des finances et le secrétaire des Notables, ce sera Dupont de Nemours.

On est surpris et triste de voir le Roi couvrir, autoriser, accepter comme siennes ces idées de Tnrgot qu’il hait, méprise au fond (on le voit par les notes très-aigres, de sa main, qu’il met au vieux plan de Turgot en 1788). Pour le décider au mensonge, il fallait que Galonné répondit, garantît que tout était illusion, un moyen de sortir d’affaire, une planche pour passer l’abîme, et qu’une fois passé, on jetterait du pied.

Le Roi avait été d’abord surpris et alarmé. Il put se rassurer, quand on lui fil bien voir le secret de la chose. Tout en parlant de confiance, il ne confiait rien, gardait tout dans sa main, jouait à volonté de la fallacieuse machine. Les cent quarante-quatre notables ne siégeaient pas ensemble. On les tenait parqués et divisés en sept bureaux, chacun présidé par un prince. Chaque bureau donnait une voix, quatre bureaux sur sept faisaient majorité. Mais dans quatre bureaux on avait la majorité avec (fuaranie-quatre notables. Avec les quatre voix de ces quatre bureaux (faux et déloyal avantage !), on primait la majorité réelle, fût-elle de cent voix. Donc, c’est affaire de rire. L’escamoteur attrape ces benêts de Notables, éblouis, hébétés et menés par le nez. Ils votent les impôts, autorisent l’emprunt ; ils remplissent la caisse, s’en vont... Et le tour est joué!

Un roi, lourd comme Ix)uis XVI, était peu propre à ces manœuvres. Il accepta pourtant, il prit son petit rôle, s’efforça d’être gai, assuré, fit le brave. La veille, il écrit à Galonné : « Je n’ai pas dormi, mais c’est de plaisir ! »

Galonné et sa tête légère, son profil de renard, sa petite perruque, était une mesquine figure pour la hâblerie redoutable qu’il apportait à l’Assemblée. Il exposait les maux publics avec sé-

Vérité, comme s’il n’y eût clé pour rien. 11 montrait l’impuissance des palliatifs, ajoutant ce mol solennel :

« Que reste-t-il qui supplée?... LES ABUS. »

« Oui, Messieurs, dans les abus se trouve un fonds de ricliessc que l’Elal a droit de réclamer. Dans la proscription des abus réside le seul moyen de subvenir aux besoins... El le plus grand des abus serait de n’allaqucr que les petits. Ce sont les plus considérables, les plus protégés qu’il s’agit d’anéantir. »

Là, l’Assemblée se regarda. Qui siégeait? Les abus eux-mêmes.

Il poussa, s’expliqua...: « Abus qui pèsent sur la classe productive et laborieuse, privilèges pécuniaires, exemptions injustes qui ne peuvent décharger les uns qu’en aggravant le sort des autres. »

C’était accuser les Notables, les mettre au pied du mur, les mettant en demeure de voler contre eux-mêmes, ou de se signaler à la haine publique. L’impopularité dont souffrait le gouvernement, elle aurait passé aux Notables.

Plus d’un dut regarder la porte, croire à un guet-apens. Le clergé fut surtout inquiet, de se voir fortement désigné par un mot sur l’intolérance.

Ainsi, montrant les dents, Calonne, enveloppé

de la ])eau du lion de Néraéc, ne pouvait pourtant éviter de montrer le bout de l’oreille. Mais il le fit avec talent. Dans un langage magnifique, il ra|>pela le Déficit, mal antique de l’État, qui se perd dans la nuit des temps. Sa poésie pompeuse brouilla tout. Ce qu’on en comprit, c’est que le Déficit s’était accru sous Necker, qu’à son dé|)art, il fut de quatre-vingts millions par an.

Ainsi, il aurait mis le plus fort sur le dos de Necker, détourné le public sur un autre terrain, l’examen du Compte rendu de celui-ci, écarté, ajourné la chose capitale : le crime des cinq cents millions empruntés, et dissipés en trois années.

Plus tard, il osa dire que Necker, quittant la caisse, n’y avait rien laissé, qu’il n’avait pas pourvu aux dépenses de l’année.

Sur ce dernier point il mentait. Sur l’autre, non. Par un charlatanisme vain, Necker, au lieu d’exposer au vrai son administration, honnête et honorable, avait groupé les chiffres habilement, avait voulu faire croire qu’il n’y avait plus de déficit, et même qu’il y avait un excédant de dix millions. . ' •

Personne ne douta que 1e menteur ne fût Galonné. 11 y eut un toUe! véhément contre lui, un cri universel' pour Necker. L’effroi fut dans Versailles. Quelqu’un osa insinuer qu’il y aurait prudence à envoyer les Polignacs à Londres. Quel-

qu’un ouvrit l’avis de se saisir de Necker et de le bâillonner. Comment? en le faisant ministre. On sentait qu’à propos de sa défense personnelle, il récriminerait, démontrerait les hontes de Galonné, du Roi, de la Cour.

Des complices de Galonné, les premiers à coup sûr étaient les princes qui lui vendirent sa place et en tirèrent des sommes épouvantables (Amgeard). En faisant Monsieur, d’Artois et Condé, présidents des Notables, Galonné avait bien droitde croire qu’il avait là de solides compères qui plaideraient, mentiraient pour lui. Mais ayant tant reçu, se sentant si véreux, ils furent sous la panique. Ils cherchèrent un abri, la popularité. Des Notables disaient que l’ordre populaire devait avoir autant de délégués que les deux autres réunis. Monsieur et le comte d’Artois le dirent et dirent bien plus : que les deux ordres privilégiés ne devaient avoir que le tiers des voix !

Mais Monsieur enfonça dans le cœur de Galonné un coup plus direct... Tu quoque, mi fUH... Il dit qu’avant d’examiner l’impôt nouveau, il faut juger l’ancien et r^rder les comptes.

Simple menace. S’il osa dire cela, c’est qu’il était bien sûr que le Roi, que Galonné n’oseraient exposer ce fumier. Réellement le Roi avait peur. Il renia son fripon de ministre, l’accusa, se mit en fureur. Il invectiva violemment « contre ce

coquin de Galonné, qu’il aurait dû faire pendre I » Il saisit une chaise, la maltraita, brisa, extermina.

Les évêques, voyant que le Roi même enfonçait son ministre, le poussèrent vivement. « Nul impôt, lui dirent-ils, que par les États généraux. » Sorte d’appel au peuple. Galonné y répondit par un semblable appel. Il imprima ses plans, il donna à grand bruit l’exposé des bienfaits que les Notables repoussaient. Manifeste de guerre que durent lire partout les curés. Deux ans plus tard, c’eût été un tocsin. Mais rien encore n’est éveillé.

D’autre part, il rappelle de Berlin son dogue de combat, Mirabeau, pour lui faire mordre Necker, comme il a mordu Beaumarchais. Mirabeau, sans scrupule, usa d’un véhément pamphlet qu’il avait fait jadis contre Galonné, biffa Colonne et mit Neckei' à la place. Très-mauvaise action. 11 ne tenait nul compte dans ce livre de ce qui excusait les grands emprunts de Necker (la guerre), de ce qui condamnait les emprunts de Galonné (la paix). Le livre réussit par-dessus les nuées. Le Roi en fut ravi (Mir., Mém., IV, 404), croyant Necker tué pour toujours.

Galonné y gagna peu. Son improbité le coulait. On sentait trop que même les plus belles réformes, dans une telle bouche, étaient un leurre.

Ou n'eùli'ien accepté de lui. On sentit qu’il fallait à tout prix imrgei' le teiTain. Ou le mit sur un point qui eût commencé son procès : les échanges qu’il avait faits au préjudice du domaine. L’accusation, dressée, fut signée Lafayette.

Le Roi travaillé fortement contre Galonné par la reine et Miromesnil , reçut et lui montra avec sévérité une pièce qui prouvait son mensonge. Joly, le successeur de Nccker, témoignait qu’en effet Necker partant en 81 avait fait les fonds de l’année. Galonné, au lieu de se défendre, attaque et récrimine. Il accuse Miromesnil d’agir contre le ministère. « Quel succès espérer, si l’on n’agit d’ensemble, si l’on n’assure l’unitédupouvoir ?...» Gela frappe le Roi... Mais qui pourrait-on mettre à la place de Miromesnil? Galonné désigna Lamoignon.

Il ne s’en tint pas là. Voyant le Roi facile, il saisit l’occasion , dit qu’on n’obtiendrait pas cette unité sans renvoyer aussi Breteuil.

Bretcuil ! propsition hardie. G’était toucher la reine même. Breteuil, c’était l’Autriche, c’était l’homme de la famille, adopté de Marie-Thérèse. Le Roi devint rêveur; il ne refusa pas, mais dit qu’il fallait en parler à la reine.

L’orage fut plus grand qu’il ne prévoyait même. Au premier mot, elle bondit, s’étonna, s’emprla •épouvantablement, invectiva contre Galonné. I^e

DiQitizea ! Goo^Ie

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Hoi lui parlant d’unité, elle dit que le vrai moyen de l’établir, c’était de chasser ce Galonné qui avait tout gâté par son assemblée des Notables. Le Roi restait muet; l’excès de la colère tourna en déluge de larmes. Elle avait perdu un enfant. Elle craignait de perdre le Dauphin , qui maigrissail, se déformait (Ametli). Tout l’accablait dans la famille! et on lui enlèverait son plus cher serviteur!...

Le Roi est interdit, accablé, n’ose répliquer. Venu pour renvoyer Breteuil, il signe sans mol <lire le renvoi de Galonné (7 avril).

Gomment le remplacer? Plusieurs proposaient Necker; mais le Roi justement venait de l’exiler, pour avoir publié sa réponse à Galonné. La Reine proposait Loménie de Brienne, un homme antipathique au Roi (créature de celui qu’il hait tant, Ghoiseul !), un prêtre galantin, frétillant, malgré l’âge, dans les salons, l’intrigue, et se mêlant de tout, — déplus (comble d’horreur!) fort impudemment philosophe, affichant le matérialisme. Ou avait osé en parler pour l’archevêché de Paris, et le Roi avait dit ce mot amer qui paraissait devoir l’éloigner pour toujours : « Mais ne faudrait-il pas au moins qu’un archevêque de Paris crût en Dieu? »

Faible sur tout le reste, le Roi sur cette corde, semblait fort arrêté, ne pouvoir changer guère. Ici, chose imprévue, il mollit, immola sa foi, sa

conscience chrétienne, et pour ministre il prit le prêtre athée, n On le veut, mais, dit-il, on s’en repentira. » Son accablement fut extrême, profond son découragement.

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