‹ Louis Riel à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 11 sur 32 · XX VI · texte numérisé non relu

XX VI

* Les Sauvages sortirent ensuite et revinrent avec l'Esprit- Voyageur qui confirma que ni lui ni sa bande ne feraient aucun mal à Cameron ni aux prisonniers Mme Gowanlock était avec Mme Delaney, ayant quitté sa maison pour s'enfuir dès le commencement des troubles.

Les deux femmes se dirigeaient vers le camp en compagnie de MM. Gowanlock et Delaney quand ces deux derniers furent tués. M, Growanlock s'afaissa mourant dans les bras de sa femme. Les Sauvages amenèrent alors les femmes à leur camp, Dès le départ de Cameron, les Sauvages avaient tout pillé après avoir enfoncé le magasin et les maisons, Quand les deux femmes arrivèrent au camp, des Métis les achetèrent atin de les soustraire à la cruauté des Peaux-Rouges.

John Pritchard, l'interprête, acheta madame owanlock, pour un cheval et $8, et Pierre Blondin donna 8 chevaux en échange de Mme.

Delaney. Les deux femmes furent reçues dans famille de Pritchard.

Environ 24 heures après le massacre, les cadavres, en partie dépouillés furent jetés dans les décomhres des maisons démolies. C’est là que les volontaires du bataillon de Winnipeg, les découvrirent quelques jours plus tard. Un de ces volontaires en parle dans les termes suivants :

“ Le jour de mon arrivée à la mission du Lacà-la-Grenouille, le village présentait le plus triste spectacle que j'aie jamais vu. Dans un coin gisaient quatre cadavres entassés les uns sur les autres, dont deux étaient ceux du Père Fafard et du Père Marchand, le troisième celui

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“ Les quatre cadavres étaient affreusément mutilés, Les figures étaient brülées. Les cœurs avaient été arrachés des poitrines par de larges ouvertures pratiquées au bas de l'estomac, Ceux qui connaissent le mode de tortures des Sauvages saVont en quel état étaient les pieds et les mains.

Tous les corps étaient corrompus ét lorsqu'on les étendit sur l'herbe après les avoir sortis du presbytère, ils étaient horribles à voir.

On fit quatre cercueils et les corps furent inhumés le matin suivant.

Le capitaine Clark de la compagnie No. 2 du 8e bataillon d'infanterie de Winnipeg, étant le seul officrer catholique romain présent lut les litanies des morts, et les corps des deux prèétres et du frère convers furent déposés respectueusement dans leurs cerceuils:#

Le Colonel Smith lut les prières des morts selon les rites de l'Église d'Angleterre, sur le corps de l'inconnu.

Un corréspondant du Mai, journal protestant d'Ontario écrivant de Saint-Boniface, en date du 15 avril rappelait au sujet de la mort des deux missionnaires, les notes historiques suivantes, qui sont de la plus vive actualité et que je reproduis avec d'autant plus d’empressement que nombre de reporters anglais ont montré peu de galanterie, durant l'insurrection, à l’égard des catholiques et des Canadiens-français.

‘ La nouvelle de la mort des Révérends Fafard et Marchand, massacrés au lac-à-la-Grenouille, a causé ici le plus profond chagrin.

“Le meurtre du premier missionnaire au Nord-

Ouest remonte à cent cinquante ans: le Père Arneau fut tué au lac de la Croix, par les Sioux, en 1736, en même temps qu'un fils du célèbre explorateur, de la Vérandrve.

L'arrivée du premier missionnaire au Nord- Ouest date de 1731; ce fut le R. P. Messager, Puis vint le KR. P, Arneau, celui-là même qui fut mis à mort par les Sioux. D'autres suivirent jusqu'en 1818, date de l’arrivée dans le pays du KR. P. Provancher, devenu plus tard le premier évêque de Saint-Boniface.

Le RP. Provancher eut douze collaborateurs :

R P. Dumoulin, 1818-1824.

R. P. Destroismaisons, 1820-1827.

KR. P. Jean Harper, 1822-1882.

R P. Boucher, 1827-1833.

KR. P. Belcourt, 1881-1859.

R. P. Poiré, 1882-1889.

R,. P. Thibault, 1833-1871.

KR. P. Demers (évêque de Vancouver), 1887-

KR. P. Mayrand, 1838,1845.

R. P. Darveau, 1841-1844.

R. P. Laflèche (évêque de Trois-Rivières), 1844-1846. ù

R. P. Bourassa, 1844-1856.

Eu 1844, le Nord-Ouest qui, jusqu’à cette 6poque, faisait partie du diocèse de Québec, fut érigé en vicariat apostolique, dont le R. P. Provancher fut le titulaire.

Dès 1845, Mgr Provancher s’adressa à l’ordre des Oblats pour obtenir de lui des missionnaires pour les besoins religieux de l’immense diocèse confié à ses soins. Au mois de juin, le R. P. xuigues (plus tard évêque d'Ottawa) alors proviucial de l'Ordre, lui envoya le R. P. Aubert,

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accompagné d'un jeune novice, Alexandre Taché. Les deux missio inaires partirent de Lachine, eu canot, le 24 juin, remontèrent successivement l'Ottawa, la Mattawan et toujours par eau, sur les lacs et les rivières, arrivèrent à Saint-Boniface, le 25 août.

Le 12 octobre 1845, le R. P. Alexandre Taché fut ordonné prêtre. Nommé coadjuteur de Mgr Provancher, en 1850 ; à la mort de ce dernier, il lui succéda comme évêque de Saint-Boface et est aujourd'hui archevêque.

C’est le R. P. Thibault qui a le premier planté la croix, en 1814, au lac-à-la-Grenouille, où les RR. PP. Fafard et Marchand viennent d'être massacrés.

Pas n’est besoin de raconter les souffrances des missionnaires Oblats non plus que les exploits de ceux qui sont tombés victimes du froid, de la fièvre, etc., dans l'exécution de leurs devoirs apostoliques. Qu'il suffise de dire qu'il n’est pas dans l’histoire de l'Ordre des Oblats de plus belle page que celle écrite par eux au Nord-Ouest et que cet Ordre religieux ne compte pas d’ouvrier plus inf igable que ce mi<sionnaire des missionnaires Sa Grandeur Mgr Alexandre Mgr Taché.”

Un petit livre intitulé : Sfory of Louis Riel vient de paraître à Toronco, avee une auréole orange bien dessinée qui masqne à peine le nom de l’auteur, dans lequel on apprend avec ébahissement que l’agitateur Métis, ce pauvre Riel a été jadis un don Juan, cueillant à pleines mains les plus belles fleurs, les roses et les marguerites des plaines. 1l voulut un jour,

nouveau Pâris, enlever une Hélène, du nom de Mary, dont la famille est ignorée et sur le cœur de qui Scott avait mis le grappin de son regard d'aigle. Mary chérissait Scott, et détestait Riel, (l’auteur le veut ainsi), mois Riel dominait l’esprit du père Métis, et par l'aflinité du sang et par l'autorité, 1] allait s'emparer de la belle lorsque Scott la fit s'échapper etse réfugier aux Etats Unis, hors des atteintes de son rival.

Toujours au dire de l’auteur de cette brochure immonde, la mort de Scott aurait eu pour cause une jalousie d'amoureux dédaigné. Et la mort de Scott atteint par contre-coup, et la jeune Mary et son père et son frère. Le roman finit de la façon la plus stupidement dramatique—mais le coup est porté, et plus d’un lecteur, plus d’une lectrice surtout s'apitoieront longtemps sur le sort de Scott et de la jeune beauté victimes d'un despote, d'un odieux tyran, doublé d'un vil débauché. On ne se contente plus d’exciter le fanatisme religieux et politique, on va remuer jusqu'aux sentiments les plus délicatsdu cœur humain pour les animer contre le prisonnier de Régina, qui n’a pourtant de larmes, de soupirs, d'affection profonde que pour sa femme et ses enfants.

Qui sera surpris de ce rôle que l’on prête à Riel, lorsque Gros-Ours nous est représenté entouré de femmes, vieilles et jeunes qui lui forment un sérail enguenill& ? Le roman se fourre un peu partout. Un jour, Gros-Ours épouse Mme Gowanlock, mais ses femmes furieuses s'emparent de la favorite, la mettent en pièces, la déchiquètent par petits morceaux, grands comme l’ongle, dont elles font des petits pâtés qu'elles croquent à belles dents.

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Les Dlles MeLean, prisonnières du Gros-Ours voient à leurs pieds, les plus hauts panaches des chefs Cris. Trop fières, elles méprisent ces hommages princiers et préfèrent rester simples bergères. Des yeux attisés par l'amour les convoitent du fond de l'ombre, Qui n’a pas plaint le sort de ces jeunes et charmantes filles, enlevées au désert sur la croupe fumante des mustangs et dans les bras d’impurs ravisseurs ?

Mais calmez vos soucis : tous les prisonniers et prisonnières de Gros-Ours ont été rendus à la liberté et s'accordent à reconnaitre qu’ils ont été humainement traités, traités en simples ôtages plutôt qu'en prisonniers de guerre. Les basards du vivre et du couvert étaient communs entre eux et les familles des chefs. Sans être un Alexandre, tant s’en faut, le Gros-Ours a su respecter les femmes étrangères.au milieu deson camp. Il lui en sera tenu compte, le jour où on l’amenera en justice pour répondre de ses forfaits,

En songeant aux bénéfices sociaux que nous vaudra cette guerre, en face des résultats obtenus, je suis presque tenté de dire qu'elle était opportune et même nécessaire. Elle a fait rendre une promp': justice à des plaintes qui se faisaient vainement entendre, depuis plus de dix ans, dans les bureaux officiels ; les oreilles étaient sourdes, la bourse et le sang se trouvèrent plus sensibles. Désormais, l’on sera plus attentif à la voix des petits et des faibles, qui ont avec eux la force du droit absolu, et la justice aura pour eux les mêmes poids, les mêmes mesures que pour les riches et les puissants. Désormais, les Métis seront propriétaires en titres et en droits comme ils auraient dù l'être depuis longtemps.

Une nouvelle politique va parquer les sauvages dans leurs réserves et mettre les Colons à l'abri de leur invasions, C'est une mesure de rigueur que sollicitent les intérêts de la colonisation, du trafic et de l'industrie, Le plus tôt elle deviendra un fait accompli, le plus tôt nous assurerons des garanties de paix et de prospérité au Nord-Ouest, C'est une mesure d'urgence entre toutes, qu'on ne se serait pas pressé de mener à bonne fin, sans le mouvement insarrectionnel qui va en hâter la mise à éxécution.

La guerre a toujours pour effit de disperser des germes de civilisation et de progrès maté. riels et intellectuels, C'est ainsi que les croisades ont renouvelé la face de Î Europe et déposé en Asie comme en Afrique des notions précieuses de la foi chrétienne.

Cette fois, nous aurons envoyé au Nord-Ouest, dans le corps des volontaires, nombre d'hommes instruits, observateurs, de toutes les professions, de tous les é‘ats, qui sauront se renseigner sur la richesse du t rritoire, les conditions loyales d'entreprise, les rapports sociaux, les mœurs, le climat, sur toutes les chances d'établissement dans ces régions nouvelles. [ls sont arrivés là, en hiver, ils ont vu le printemps et l'été, ils se sont assis au foyer du colon et l'ont fait jaser à son aise de ses ennuis, ses labeurs, ses malheurs, ses espérances : ils auront vu le sourire franc ou les larmes sincères, les joies ou les douleurs, et nous ne pourrons plus douter de l'exactitude de ieurs rapports désintéressés et

patriotiques. Bientôt ils nous diront, si c’est là notre véritable terre promise, s’il ne vaut pas mieux pour nous rester dans notre province.

Nous pourrons les croire, car ils parlerént de la

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sincérité du cœur, s'alimentant aux sources de la raison et de l'amour de la patrie. Après eux, les agents d'émigration, les fabriquants de brochures n'auront plus qu'à se taire ou a serrer leurs ciseaux trop souvent dirigés par des mains d'aveugle.

En s'ouvrant plus large devant nous, la carrière militaire va modifier pour le mieux votre éducation collégiale, en y introduisant rigoureusement la pratique de la gymnastique, art précieux et indispensable ; hélas ! non seulement négligé, mais même redouté jusqu'ici, C'est pourtant à ce prix, ou plutôt, à ce plaisir que l'enfant des villes échappe au rachitisme et que celui des campagnes entretient et développe sa vigueur naturelle, Pour se former au rude métier de la guerre, il faudra passer par là. Au retour, nos volontaires ne seront plus traités comme des enfants jouant au soldat, Le baptème de feu leur aura imprimé le cachet du courage et de la bravoure, Le peuple ne regrettera plus les deniers qu’il croyait dépensés en pure perte, en de vaines parades dans l'exercice annuel des camps. Et ceux qui revétiront l'uniforme en calculeront le poids à l'avance. Ils sauront qu’à un jour donné, à la voix de la trompette, ils devront quitter leurs mères, frères, sœurs, épouses, affaires, intérêts, pour voler au combat, pour défendre la mère commune, la patrie. Etre volontaire, à l'avenir sera un honneur, un certificat de caractère, d'énergic, de volonté, Ceux qui sont allés làbas, méritent les félicitations de tous les citoyens et les tendresses de toutes les belles, A leur dévouement, à leur courage, à leur valeur, le gouvernement doit une récompense et nul ne

la trouvera, ni trop promptie, ni trop large,

La patrie honorera d'un laurier de reconnaissance la tombe de ceux qui sont tombés, au champ d'honneur, Ni elle ne peut reñdre aux parents des aflections que la mort a rompues, qu'elle se garde au moins d'être taxée d'ingratitude, Québec donnera ses hommages aux héros, mais que sa sollicitude s'étende au-delà. Que l'ombre du cyprès sacré qu'elle aura planté de ses mains protège les veuves et les orphelins. “Le sang se donne ou ne se donne pas” a dit un grand publiciste : et c'est fort bien représenter la mission du soldut volontaire ; ici, il ne s'agit plus de payer le prix du sang, mais d'en reconnaître la valeur par des soins généreux qui honorent le pays tout entier, |

On parle d'élever des monuments commémoratifs des victoires de cette insurrection. Ne serait-il pas préférable de s'appliquer avant tout à cicatriser des plaies pour ainsi dire encore saignantes ? Et puis ces monuments dressés sous les regards des vaincus ne seront-ils pas une

injure perpétuelle à ceux qui de bonne foi ont.

coinbattu pour la revendication de leurs d‘oits ? Tant loin qu'ils soient de nous, n'oublions pas que les Métis sont nos compatriotes, et qu'il serait odieux d'ajouter l'orgueil du triomphe au châtiment que nous leur avons infligé. Dans la famille, entre frères bien nés on s'attriste de la correction que l’un de nons a méritée et subie, et loin de s’en réjouir on essaie de Ja faire oublier à celui qui en a été l'objet. Les Métis sont nos frères, respectons- »s dans leur afliction, soulageons-les mêm : dans leur détresse.

Il à été aussi question de titres d'honneur, de décorations, que sais-je ? Espérons que pareil

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projet, s'il a été conçu, n'a-ra pas de suite. À tout hasard, comptons que nul canadien français ne voudrait porter à sa boutonnière ua insigne honorable pour lui, peut-être, mais honteux pour ses frères malheureux.

Eh ! les Métis de la Saskatchewan sont dans la même position où nous étions au lendemain des troubles de 1887, à cette différence près que notre insurrection a été reprimée par les bayonnettes anglaises pendant que la répression de celle-ci a 616 laissée à nos charges, Toutefois, je ne sache nas que l'Angleterre ait honoré ses troupes de faveurs particulières en récompense de leurs exploits, Si une médaille a été frappée pour l’occasjon, la prudence a conseillé à ceux qui en étaient porteurs de ne pas l'afficher an milieu de nous, Pour ma part, j'avoue franchement que je rougirais de porter un insigne quelconque qui rappelât, füt-ce à mon plus grand honneur, la triste échauffourée du Nord. Ouest, parceque je croirais par là insulter au malheur. Ne provoquons pas des pleurs de race chez ceux qui déjà ont tant et de si justes sujets de pleurer sur leur pénible sort, Ne cherchons pas uotre gloire dans leur honte.

L'Angleterre a eu la sagesse de ne rappeler par aucun monument les batailles de Saint- Denis et de Saint-Eustache, En cela, elle a su respecter le sentiment de patriotisme qui nous avait poussé à la rébellion. Il serait honteux de notre part d'en agir autrement envers nos compatriotes, envers nos frères, soumis et prêts à remplir leurs devoirs de citoyens.

PAS” Les premières rumeurs de guerre publiées

par le Globe de Toronto trouvèrent le gouveruement incrédule., Cependant, il prêta l'oreille au bruit sourd roulant dans l’atmosphère du Nord-Ouest. Le Parlement inquiet, saisi de stupeur lui signale le danger. C’est ainsi, qu'aux plus beaux jours de la moisson un tonnerre lointain annonce l’approche de l'orage. Les moissonneurs debout cherchent à l'horizon le nuage qui l’apporte. Le ciel est pur, le soleil dans tout son éclat : ‘“ ce ne sera rien ” dit l’un d'eux et tous se remettent à l'ouvrage. Quelques instants s’écoulent et la foudre éclate toutà-coup avec fureur. Le doute n’est plus perpr la prudence conseille de chercher un abri.

C'est le 26 mars, que la foudre éclata au La: au Canard par l'engagement entre Dumont et le major Crozier—commandant un détachement de la police montée, qui dût retraiter après des pertes sensibles. Le lendemain, le général Middleton arrivait à Winnipeg pour prendre le commandement des volontaires et organiser la défense, Déjà. les divers bataillons de Winnipeg étaient en route vers le théâtre de la révolte. De tous les points du pays, les troupes appelées par le fil électrique se levaient pour se ranger sous les drapeaux, avec un admirable mouvement d'ensemble. En quelques heures, ils font leurs préparatifs—et les chars du Pacifique ne suffisent plus pour transporter les nombreux volontaires que le devoir appelle sous les armes. Le tâche du gouvernement, surtout celle du ministire de la milice est immense ; il lui faut habiller, armer, nourrir et transporter des milliersd’hommes sur un parcours de milliers de milles, dans une saison rigoureuse et par des

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chemins impassables. Le ministre de la milice se multiplie! jour et nuit ses bureaux sont ouverts, et à force de zèle et d'activité il suffit et répond à tous les besoins. On avait craint d’abord pour lui qu'il ne fut pris par surprise, mais à la satisfaction générale il s’est trouvé parfaitement pourvu : en état de faire face aux dures nécessités, aux nombreuses exigences d'une campagne éloignée et dans une région quasi déserte. Ordre dans l’organisation des troupes, facilité dans les transports, abondance dans les approvisionnements, sagesse dans la distribution des bataillons, armes de choix, tout concourait à seconder la bonne volonté, le courage et le zèle des soldats. Pas une plainte, pas un murmure sérieux ne se firent entendre sur les opérations du département, sur la conduite générale de l'expédition.

L'opposition se montre également pleine de sollicitude pour les volontaires et la prompte répression des troubles. [Il n’y a plus de partisans, il ne reste que des frères pour protéger leur mère commune, la patrie. On oublie les récriminations pour ne songer qu'au danger présent et aux moyens d'y parer. Nul embarras, nulle entrave à l’action énergique du gouvernement : tous les jours le bulletin de la guerre est lu en chambre au milieu d'un silence solennel qui témoigne de la gravité de la situation et de la concience que chacun a de l’importance de ses devoirs.

Dès l’origine des troubles, quelques journalistes fielleux mirent en suspicion la loyauté des canadiens français ; un député eut l’impudence de se faire l’interprête d'aussi injurieux soupçons, au sein la chambre : le bruit a circulé

qu'un officier de haut garde,—mais anglais pur sang,—aurait par défiance, voulu changer la marche des troupes telle qu'ordonnée par le général Middleton—alléguant que lui, l'anglais pur sang, n'avait pas assez de confiance dans les volontaires français, pour leur donner une position importante ou dangereuse à défendre.

Mal leur en prit à tous, car un de leurs journalistes, effronté calomniateur, a été forcé de lécher de sa langue la poussière des souliers de ceux qu’il avait insultés et calomniés odieusement : il a été traité comme un chat mualpropre ; trainé en justice, devant NES il fait tr'ste figure, nous le verrons peut-être bientôt baiser Jächement les mains qu'il a voulu salir, en les suppliant d'adovcir la peine qu'il aura trop justement méritée : oh! le fonatisme! En Chambre, nous avons eu des hommes, entr’autres M. Coursol, qui ont su vaillamment refouler l'injure dans la gorge de celui qui l'avait proférée. Ïl a failh en étouffer à la peine : sa face en est restée cramoisie de honte : sur le théâtre de la guerre, un soufHet laissera sa marque, et sur la joue de l'homme et dans les pages de la chronique.

Certes ! la plupart de nos volontaires ne sont pas allés combattre les Métis, de gaieté de cœur : ils se sacrifiaient visiblement en combattant des frères. On aurait dû les admirer d’autant, on n’a su que les soupçonner d’hésitation, de faiblesse, de déloyauté : et cela sans cause, sans raison aucune. Tout au contraire, à Montréal comme à Québec, nos volontaires ont montré le plus vif empressement à se rendre à l’appel. Et nos femmes et nos filles les encourageaient de leurs sourires, les paraient de leurs couleurs.

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Du haut de la chaire, le clergé leur traçait la voie du devoir et de l'honneur. A l'église du “Gesu” le ler juin dernier, après la cérémonie de la bénédiction du drapeau du 65ème, le Révd P. Hamon, au cours d'un sermon éloquent s'exprimait comme suit :

“ Quant à la Patrie, c'est le sol Lg Dieu donne en héritage à une nation, c'est le sol où vécurent ses péres,; les maisons où ils jouirent des joies de la famille, les campagnes qu'iis cultivèrent, les champs äe bataille où ils défendirent leurs droits. La Patrie c'est sncore tout ce que nos ancêtres nous ont laissé pour perpétuer la mémoire de nos grands hommes. Religion et Patrie se complètent et il faut les deux ensemble pour faire un vé.itable patriote. Chez les nations chrétiennes, le drapeau est l’'embléme, à la fois, de la patrie du ciel et de celle de la terre. Aux jours de gloire, ce drapeau chéïi flottera gai et joyeux. Aux jours de deuil de la nation, on le verra tomber tristement. Aujourd'hui, Montréal présente à ses soldats un emblême complet puisqu'il rappelle à la fois la religion et la patrie, Î doit en ètre ainsi, puisque nous sommes fils de la vieille France, la France eomplète, et que, comme tels, nous pouvons nous présenter fièrement devant n'importe quelle nation en nous rappelant tout ce que Dieu a fait par l'entremise de nos ancêtres.

“ L'histoire de nos pères est héroïque et en y ajoutant nos propres gloires, nous avons droit d'être fiers.

‘ Le drapeau que novs avons à hénir est un fac simile de celui que les femmes pienses de France présentèrent au brave Charette et à la suite duquel les zouaves pontificaux firent

trembler les Prussiens. Ce drapeau transporté à Paroy le Monial est aujourd'hui le signe d'espérance de la France, pour le présent et pour l'avenir.

“ Il convenait que des dames Canadiennes fissent comme leurs sœurs de France et elles viennent de doter leur patrie du véritable étendard qui convient à des Canadiens-Français catholiques, Après le 65e d'autres régiments tiendront à avoir ce drapeau et la nation entière voudra en faire le sien propre. La couleur d'un drapeau peut changer, mais dès qu'on reconnait les deux grands emblêmes de la religion et de la patrie, il est cmplet. Nos soldats sont dans l'Ouest pour défeudre, à la fois, la religion et la patrie.

“ Ils viennent de voir le feu et il y a eu effusion de sang. Il faut du sang pour consacrer un drapeau. Oui le sang a coulé et ce premier ssng portera bonheur à nos volontaires. Le fait est triste pour les familles des victimes, mais il est heureux pour la patrie que ce sang soit versé.

“Il faudra peut-être encore du sang, mais vous ferez comme l’héroïque comtesse de Pimodan qui, apprenant la mort de son époux sur le champ de bataille, prit son jeune enfant et le levant dans ses bras lui dit: ‘Toi aussi tu seras soldat du Pape.” Que ce drapeau protège nos bataillons et puisse-t-on dire un jour : “Les actions de Dieu opérées par les Frances du Canada.” ; |

Après de tels enseignements, nos détracteurs sont mal venus à nous taxer de conspiration, de lächeté et même de faiblesse.

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La terre est un vaste rimetière dont les champs de bataille sont les orgueilleux monuments. Il y a des champs de batailles qui ont englouti des nations entières d'un sen! coup. L'historien se complait à la peinture de ces monuments de la vengeance des hommes ou de la colère de Dieu. Leur vue nous affecte péniblement, et nous sommes tenté de dire à leur aspect, avec le philosophe ‘“ Heureux les peuples qui n’ont pas d'histoire.”

La parure hibernale, la blanche hermine des plaines est souillée de sang : des hommes intrépides, de vaillants chasseurs dorment leur dernier sommeil : le feu ravage les forts, les viilages, les campagnes ; les richesses de la famille, ses meubles et jusqu'aux provisions de bouche son dispersés ou brisés. Femmes et enfants sont en fuite errant dans les plaines ou cachés dans les hois. Qui les secourra, les réchauffera, leur donnera à manger ? Ceux qui se sont levés contre l'autorité ont-ils bien calculé les conséquences de leur révolte ? Ont-ils entrevu ces mères séparées de leurs enfants, ces ruines fumantes, ces fortunes éyanouies, ces deuils aussi nombreux que déplorables ? ont-ils prévu Îles barbaries de leurs alliés peaux-rouges, les martyres de leurs missionnaires, ces cadavres outragés jetés en pâture aux bêtes fauves ?

N'entendaient-ils pas hurler les loups autour d'eux, voraces avides de sang et de carnage ? Ont-ils cédé à une ambition aveugle, ont-ils désiré le pouvoir pour l'exercer à leur gré ? Je ne le crois pas, maïs au spectacle de la désolation qui règne dans des endroits naguère si riches, si

prospères, on ne peut se défendre de plaindre ceux à qui la patience a manqué pour endurer des maux passagers et qui s’en sont créés d'inguérissables par leur violence. Combien de jours de paix ne faudra-t-il pas pour réparer les pertes d'un jour de guerre ? Combien de travaux pour relever tant de ruines ? € ombien de larmes pour effacer tant de sang ?

Mais ô légèreté inconce vable des hommes !

des fêtes, des r. outs, des tournois, des concours ont déjà fait oublier les ravages, la dévastation, les massacres. On s'amuse à Calgarry, on donne des diners, on danse un peu partout, à Batoche méme, et l'on triomphe à Winnipeg. Il est vrai que nos volontaires, au retour, ont trouvé les praierles en fleurs, les oiseaux chantant et des fermes gracieuses leur offrant des couronnes. Pouvaient-ils se refuser aux charmes de la vie de la prairie ? mais cela prouve que les blessures du coœur les plus cuisantes sont souvent les plus facilement guérissables.

L'histoire aura donc à marquer d'une croix ronge, les noms du lac au Canard, de l'Anse au Poisson, des montagnes du Coup de Chateau. du lac à la Grenouille, de Batoche et d’autres encore.

En même temps, des hommes ignorés jusque là acquéraient, les uns une gloire réelle dûe au talent, à la valeur, les autres hélas! un triste renom de barbarie et de cruelle férocité, Au nombre de ces derniers figurent an premier rang, Poundmaker, Gros-Ours, suivis du Fuisanrouge, Litle-Poplar, Sweet-grass Strike EHim-on-the- Back etc. etc.

Poundmaker est âgé de 35 à 40, ans environ.

C’est un homme énergique, sérieux, parlant peu et réfléchissant beaucoup. C'est un beau sau-

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vage, grand, figure à la grecque. Il jouit d'une grande autorité parmi les tribus ; tellement que si Poundmaker se fût tenu tranquille, nous n'’aurions pas à déplorer les excès commis par les Assiniboines et les autres Cris, dont Îles chefs sont: le Faisan-Rouge, Little Poplar,

Grasse, Strike-Him, Moosomin. Le chef des Assiniboinnes s'appelle Grizzly Bears Head, (Tête de l'Ours Gris). On croit que les forces

de Poundmaker étaient de près de six cents lors

de la bataille de ‘ Cut knife Creek, ”

Poundmaker n'avait aucune plainte contre le gouvernement, Un mois avant sa prise d'armes, il veillait à Battleford, avec des notables de la ville, en même temps que P. Bullendin. On lui demanda comment il se trouvait cet hiver ? il répondit: “mieux que nous n'avons

jamais été quant à la nourriture. ”

1] a pris les armes pour venir en aïde à Riel, croyant, je suppose, réussir à chasser la population blanche du Nord-Ouest ?

Prisonnier à Régina, il devra subir son procès en même temps que les autres chefs métis et sauvages, captifs comme lui.

De tous les chefs sauvages, Gros-Ours est de beaucoup le plus horrible, le plus atrocement barbare. Il est le principal auteur du massacre du Lac-à-la-grenouille qui ne peut lui laisser que l’échafand en perspective, En attendant, traqué dans les régions du nord, il porte le poids de l’éxécration universelle.

D'aucuns ont prétendu que Gros-Ours est d’origine canadienne française : qu'il estné quelque part dans le comté de Lévis : mais je refuse de le croire. Il est impossible qu’une mère chré-

tienne ait porté dans ses flancs un pareil monstre,

Gros-Ours appartient à la tribu des Cris ; il est né dans la région de Carlton et est âgé d’une soixantaine d'années, mais il paraît plus vieux. Il n'y a rien d'imposant dans sa personne, et 11 ne possède pas le don de la parole. Il y a une vingtaine d'années, il quitta Carlton pour venir s'établir dans les environs du Fort Pitt et devint plus tard le chef d’une vingtaine de Sauvages qui résidaient à cet “ndroit.

Ce n’est qu'après que le traité No. 6 eut été conclu qu'il fut reconnu comme chef, et il alla alors s'établir aux Montagnes du Cyprès. Pendant qu'il demeurait à Fort Pitt, la compagnie de la Baie d'Hudson l’empioya souvent pour chasser le buffle et il jouissait alors d'une bonne réputation. Les hommes de sa bande, cependant, étaient pour la plupart, de fieffés coquins, surtout son petit neveu le Petit Peuplier.

Grros-Ours et sa bande ne s’engageaient pas souvent dans le sentier de la guerre, mais volaient chaque fois que l’occasion s’en présentait, des chevaux aux Pieds Noirs. Gros Ours ne passait pas pour un brave. Un jour qu'il était à Fort Pittavec huit de ces hommes, quatre Cris furent attaqués par une bande de Pieds Noirs, à une petite distance du fort, mais il ne voulut pas aller à leur secours. Les Cris, toutefois, réussirent à échapper anx coups de leur ennemis.

Dans plusieurs autres c‘‘constances, sa conduite démontra qu’il n'était pas des plus braves.

Lorsque le traité No. 6 fut conclu, en 1876, Gros-Ours refus: d'accepter les conditions oui avaient été agréées par les autres sauvages. Il voulait voir si le gouvernement remplirait ses

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promesses, Il alla aux montagnes du Cyprès, où il demeurs pendant six à sept ans, réunissant autour de lui, chaque année, un grand nombre de sauvages mécontents. A la suite de plusieurs engagements avec les Pieds Noirs et d'incursions sur le territoire américain, ses guerriers devinrent plus habiles dans le métier de la guerre et Gros-Ours finit par être considéré comme un chef aussi important que Pie-à-Pot.

Enfin, il y a une couple d'années, il revint dans les environs de Fort Pitt. Il accepta la somme que lui accordait le traité, mais il refusa d'sller s'établir sur une réserve, n'étant jamais en peine de trouver une excuse pour motiver un rofus, Il ne cessa de rôder et d’exciter les Sauvages de Fort Pitt à la révolte.

Gros-Ours est une espèce d’ogre, qui ne rêve qu'à la viande fraiche, aux festins et partant au pillage. La vie d’un Blanc ne vaut pas ceile d'un chien. Son respect apparent pour la compagnie de la Baie d'Hudson ne repose que sur la crainte qu'il a de cette puissance la seulé qu'il reconnaisse. Il fait fi du gouvernement du Canada et de ses troupes. Du reste, ne vientil pas d'apprendre d'un messager venu du lac au Cänard, que les volontaires sont en pleine déroute et que les Blancs vont être balayés du territoire comme une vaine poussière. Allié de Riel, fort des prétendus succès de ce dernier, il a toutes les audaces. C’est sur cette fausse nouvelle qu’il pille Battleford, qu’il enlève la famille McLean du fort Pitt et qu'il préside au massacre du lac à la Grnitille En cela, il croit hâter la libération du Nord-Ouest et acquérir des droits à la reconnaissance de Riel. Grande dut être sa surprise, lorsqu'il vit le

colonel Strange et le général Middleton à ses trousses en plein désert, Pour échapper aux conséquences de ses crimes, il ne lui restait plus que la fuite, et comme on la vu, jusqu'ici il s'y est employé de son mieux, Il fuit, ï fuit toujours, perdant ses alliés, semant ses amis et jusqu'à ses prisonniers dans sa course échevelée à travers plaines, marais, lacs et montagnes, Mais du jour où ses derniers compagnons apprendront que #8,000 sont offertes pour sa tête il sera vite débarrassé de la vie et de ses remords, À ses heures de réfléxion, il doit maudire ceux qui l'ont poussé dans la voie du crime dont l'unique issue pour lui est gardée, ou par le bourreau ou par un traitre, OU par un assassin.

Le plus grand nombre des tribus sauvages sont restées dans leurs réserves, grâce au zèle des missionnaires. Cependant, si Dumont eut été vainqueur à Batoche il n'y a pas de doute qu'il se fussent tous levés pour le seconder et profiter de sa victoire. Et la guerre alors eut été terrible, Il n’y a pas à se dissimuler que tous les sauvages considèrent les Blancs comme des usurpatet rs, qu’i!s les haïssent d’instinct, qu'ils acceptent leurs bienfaits comme un accompte de restitution pour laquelle ils n'ont aucune reconnaissance, que la religion tempère mais ne dompte pas leurs appétits de pillage et même de vengeunce, La parole de Riel faisait courir un frémissement dans lenrs veines, qu'un succès déclaré eut précipité en un mouvement fatal. Une politique saine doit nous conseiller de les bien traiter sans doute, mais de les enfermer dans un cercle de fer, de Jeur faire une prison dans le désert, une prison

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XLVIT

vaste, d'un sol riche, pleine de solvil où ils trouveront la liberté par a soumission, le travail et une boane conduite, C'est à cette condition seule que nous en ferons de vrais chrétiens et de bons citoyens. Il en coûte:a cher au Trésor : mais n'oublions pas que nous tenons d'eux la plus grande partie du Dominion et que ni la France ni l'Angleterre n'ont jamais marchandé, en sang comme en or, sur le prix de la civihsation.

Tonjours prompts à s'alarmer sur leg agissements des Métis du Nord Ouest, les journaux d'Ontario n'ont pas manqué de dire que Riel était supporté par les féniens des Etats-Unis, ses alliés naturels conjurés à la ruine de l’Angleterre. La secte avait mis à sa disposition des millions d’abord, des carabines Winchester et des canons Gatling ensuite. Il en est même qui ont prétendu que des secours en armes et en argent lui étaient envoyés de France.

Sauf la sympathie de certains groupes, tant aux Etats-Unis qu'en France, il n’y avait rien de vrai, rien même de sensé dans ces rumeurs, enfantées par la peur et uourries par les préjugés de race ou de religion,

La presse française n'a pas ménagé son admiration aux métis, mais il y a loin de l'admiration pour uu peuple combattant pour ses droits à l'encouragement dans sa révolte coutre l’autorité constituée,

“Ces Métis,” disait à ce propos le XLYe Siècle, “ces Métis que les Anglais combattent péniblement dans les lointaines solitudes de l'Ouest canadien, méritent au moins d'être salués au passage par leurs cousins d'Europe, car ce sont Los parents assez proches ; il n’y a guère plus

de deux siècles que leurs aïeux ont quitté Ja France, Ils parlent toujours le français, avec un fort acrent normand, et se souviennent de nous qui ne pensons guère à eux.

“ C’est seulement depuis quelques années que nous nous intéressons ses Contlisns lions que nous admirons l'invincible persistance et la merveilleuse fécondité de ce rameau de notre race, Nous savons maintenant qu'il y a de l’autre côté de l'Atlantique une om rt de quinze cent mille âmes qui se rattache à nous par les liens les plus étroits hors le lien de l'union politique, et que la plus regrettée de nos colonies a conservé tout ce qu'elle pouvait garder de la mère-patrie sous un autre drapeau. Outre le plaisir mêlé de tristesse que cette vue doit inspirer aux patriotes, l’existence même et la vie si active de cette nation sœur est pour nous pleine d'enseignements. (C’est un exemple de ce que le sang français possède de vertus difiérentes des nôtres, et un perpétuel démenti aux fatalistes qui prétendent que nous ne saurions être différents de ce que nous sommes,

“ Mais les Canadiens-Français de Québec, de Montréal et d'Ottawa sont presque des Européens. Bien plus étranges et a 29 originaux sont ceux de la Rivière-Rouge. Nous nous sommes laissé persuader que les Américains de race anglaise étaient les plus hardis ct les plus entreprenants des hommes ; nous avions oublié que les plus aventureux des chercheurs d’inconnu appartiennent à notrerace. Bien avant que les Yankees eussent débordé sur l'Ouest, les Français en avaient exploré les solitudes, Cooper nous a volés ; le vrai Bas-de-Cuir est des nôtres ; il ne s'appelle pas Nathaaiel, mais Louis ou

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François. Il est né sujet du roi Louis XV, et non d'un Cteorges d'Angleterre, Quand il a vu triompher les Anglais, il ne s'est pas soumis à ces ennemis détestés, mais il s'est enfoncé dans les forêts entrecoupées de Ines; il est devenu ou resté l'ami et le commensal des Indiens ; ila épousé la fille d'un chef et fait souche d'hommes libres, comme lui catholiques de religion, français de nom, de cœur et de langue, les métis, compagons de Riel.

“ Ces rudes chasseurs ne sont pas comme les Américains du Far-West, les pionniers d'une civilisation envahissante ; ce sont des vaincus, héritiers d'un double passé, représentants héroiques de la domination française et de l'indé-

endance indienne. Il y a du désespoir dans pe résistance, le désespoir d'une race qui se voit débordée par une nuée de nouveaux venus. Ce qu'ils reclament, comme les Peaux-Rouges des Etats-Unis, c'est une réserve, uu domaine où ils puissent continuer à vivre loin des légistes anglais qui les tracassent, loin des arpenteurs anglais qui viennent mesurer leur territoire de chasse pour les transformer en cultures, loin des colons anglais qui s'emparent de la terre.

“Ils ne sont qu’une poignée d'hommes et cependant, c'est la seconde fois qu'ils tiennent en échec la puissance britannique. Lear révolte est absurde, si l'on ne tient compte que de la disproportion des forces, mais elle a sa grandeur sauvage si l'on veut, mais assez rare dans ce siècle où l’on ne commet

uère de si héroïques folies. Quoi que pensent è8 gens sages de la résistance opposée par ces réfractaires à la marche irrésistible de la civili-

sation, il y a bien de la poésie dans leur obstination. ôn leur doit tout au moins ce respect que méritent la fidélité aux choses qui s’en vont, la passion de l'indépendance poussée jusqu'au fanatisme. Ce que nous aimions chez les héros de Walter Scott et de Cooper, le dévouement aux causes perdues, la mélancolie des défaites irréparables, mais non acceptées, le goût de la lutte même sans espoir, la protestation opiniâtre contre les arrêts de la fortune et les lois de l'histoire, nous le retrouvons chez ces insnrgés qui sont ‘nos frères.”

Avec leur galanterie de renom, Messieurs les Français nous comblent d’éloges que nous ne méritons peut-être pas autant qu'ils veulent le faire croire. Certes ! nous aimons bien la Fra.ce, nous parlons le français du mieux que nous pouvons : — usant pour y arriver, du dictionnaire, de la grammaire, en l'écorchant un peu, des modèles de la littérature classique, avec une teinte assez prononcée de romantisme. Châteaubriand, Lamartine, Victor Hugo, Musset, sont pour nous encore des maîtres. Pas du tout naturalistes ! Zola nous pue au nez. Par contre, nous sommes empuantis de Ponson-du- Terrail, et surtout de Raoul de Navery. Il nous manque avant tout la langue parlée, en famille, dans l'atelier, sur la place, au théâtre. Nous pouvons causer en français, de manière à nous faire comprendre, mais nous ne possédons pas le génie familier de la langue. C’est au berceau que ce génie prend l’enfant par la main, et dans le cours de la vie, il ne lui sera favorable qu'à

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force de constance et de fidélité, On ne parle le vrai français qu'à ia condition de ne pas s'absenter longtemps de France, et peut-être de Paris. Au fond, il n’y a qu'une seule académie en France, et elle est au cœur de Paris. Plus d'un Français de vieux domicile, au Canada, avouera qu’il a perdu sa langue alerte, prompte, saisissante, imprimant la chose avec le mot,— peignant uu fait sur le vif d'un seul trait. Il oubliera même parfois dans un r. cit, le mot de la fin, ce réflecteur de l'esprit. Au lieu d’être un papillon, notre langue n’est encore qu'une larve. Espérons qu'elle aura un plus brillant lendemain. Pour aimer la France, par exemple, nous n’y allons pas par quatre chemins. Nous n’en parlons qu'à cœur ouvert et nous partageons ses joies ou ses douleurs. Son drapeau figure au premier rang dans nos fêtes. Abandonné sur les rives du fleuve Saint-Laurent, le Canadien a accepté les soins de la fille des Pharaons d'Angleterre, mais il n’a jamais oublié sa mère. Il n'attend que l’occasion pour lui prouver par son amour, son dévouement, qu’il est en tout points digne d'elle.

On a dit beaucoup de bien de nous, en France, on y apprend à nous mieux connaitre, de jour en jour. Il n’en a pas été ainsi de la nation Métisse-française du Nord-Ouest ; mais les derniers évènements l’on mise avantageusement en vue. Cette cendrillon chaussée d’un mocassin va faire fureur dans les salons de Paris. Il ne manquera pas de galants qui vont rêver, à l'éclat de ses beaux veux, de devenir un Bas-de-Cuir ox un Palle-Franche.

Il y a là-bas, des Hépine, des Dumais, des Cardan, des Jackson, des Nolin, qui sais-je

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