‹ Louis Riel à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 15 sur 32 · D LS · texte numérisé non relu

D LS

“ Suis-je maintenant ex-rebelle ou ne le suisje pas ?

“ Parce que j'ai abandonné le sol Britannique, quelques-uns me traitent de renégat !

“ Je n'hésite pas à reconnaitre, que j'ai l’honneur d'avoir été banni pour l’amour que j'ai, porté à mon pays natal. Mon bannissement date du 25 avril 1875 et a duré cinq ans. Puis, j° me suis trouvé libre de retourner à Manito-

a. Malgré les invitations de mes amis, et même de quelques-uns de ceux qui ont été mes ennemis, j'ai volontairement résolu de me pas retourner dans ma province, parce que le régime britannique ne me convient pas, et j'ai choisi ce territoire comme ma nouvelle patrie d'adoption.

“ Ceux qui s'appuient sur mes antécédents pour me qualifier de renégat, oublient que leurs propres ancêtres, il y a cent ans, abandonnèrent, eux aussi, le régime de ia Grande- Bretagne, et qu’ils s’en affranchirent par la force des armes.

* Peut-on en inférer qu’ils formaient alors un peuple de renégats ? ”

Cependant, le voilà revenu. On en douterait, que la rage et la lâche insolence de la presse orangiste suffiraient pour nous en convaincre, Les rumeurs les plus absurdes sont répandues à profusion sur ses agissements, On signale sa présence, tantôt ici, tantôt là, en dix ou quinze endroits à la fois ; il pérore. il soulève le peuple, il conspire toujours. Un jour, il fait la rencontre d'Ambroise Lépine. A ve moment, l'ombre de Scott apparut au sommet da fort Garry. On là vit arracher de sa hampe le drapean britannique, et après s'en être enveloppée comme

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d’un suaire, elle s’est replongée dans le lit de la Rivière:-Rouge, gardien de sa tombe, emportant avec elle ce dernier lambeau des libertés constitutionnelles du Nord-Ouest, (sic)

Un autre jour, étant de service, un soldat de la police montée est mis aux arrêts, pour avoir déchargé son revolver sur une poule de prairie. Le délit était grave, car la poule avait été frappée à mort. Pour comble de malheur, le délinquant était d'origine anglo-saxonne. De suite, les journaux informent que l’Hon. A. B. Caron, ministre de la milice, un canadien français, pur sang, désarme la force régulière pour favoriser l'insurrection.

On n'en finirait plus si l'on rapportait toutes les idées saugrenues qu’a fait naître le retour de Riel, dans des cerveaux enfièvrés de haine et de fanatisme. Pauvres gens! qu'ils connaissent peu cet homme ! Il ne reste pas une goutte de venin dans son cœur qu'ils ont pourtant rempli d’amertume. Il les plaint oules méprise, mais il ne les haït pas. S'ils avaient un peu de noblesse d'âme, au lieu de le repousser avec horreur, ils admireraient le courage qui lui fait braver leurs poignards, et respecteraient. le sentiment d'affection qui le ramène au sol natal.

Le 19 août dernier, l’'Hon. À. P. Caron, en villégiature à la Rivière du Loup, donnait un diner politique auquel assistaient Sir John A. McDonald et une trentaine de conservateurs de la province de Québec. Le chef du cabinet y déclara que la présence de Riel au Nord-Ouest

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1 On prétend que le cercueil de Scott, chargé de lourdes chaîpes a été déposé dans un endroit profond (une fosse) de la Rivière-Rouge.

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n'avait rien d'inquiétant pour le gouvernement, que tout au contraire, elle favorisait ses vues, que le chef Métis travaillait à concilier les intérêts des populations avec ceux de la Couronne, qu'il méritait de la reconnaissance plutôt que du blâme, Cette déclaration solennelle mit tous les esprits en repos : les fantômes cessèrent de hanter les cerveaux brûlés, pendant que les amis du chef Métis se félicitaient de le voir revenu de l'exil, avec une mission de paix et de modération, Le bandit s'effaçait, pour faire plage au citoyen généreux, jaloux des droits et des libertés de son pays. :

Le 5 septembre, une grande assemblée eut lieu à Saint-Laurent, dans la province de Saskatchewan. Voici quelles sont les propositions qui y furent soumises par Louis Riel.

1o La subdivision en provinces des territoires du Nord-Ouest.

20 Pour les colons du Nord-Ouest, les mêmes avantages que ceux accordés, en 1870, aux colons du Manitoba.

80 Un octroi de 240 âcres de terre aux Métis qui n’ont pas encore reçu cet octroi du gouvernement,

40 L’octroi gratuit immédiat, par lettres patentes, anx propriétaires qui les occupent, des terrains dont ils sont en possession.

50 La mise en vente par le gouvernement, d'un demi million d’âcres de terre, le produit de cette vente, devant être placé à intérêt, qui sera affecté à venir en aide aux Métis, en favorisant l’établissement d’'hôpitaux, d’orphelinats, d'écoles, etc., ou bien, en fournissant aux plus pauvres, des charrues ou autres instruments

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d'agriculture, et en distribuant des grains de semence, le printemps.

6o La mise en réserve d’une centaine de townships, choisis dans les terrains marécageux, ne paraissant pas devoir être habités, d'ici à longtemps. Ces terrains devront être distribués aux enfants Métis de la nouvelle génération, et pendant 120 ans, chaque enfant devra recevoir sa part, en atteignant l’âge de 18 ans.

7o Une subvention d'au moins mille piastres, pour soutenir un établissement des Sœurs, à chaque éndroit où se trouvent établies un grand nombre de familles métisses.

80 Une amélioration dans les conditions de travail exigé des sauvages, et un plus grand soin d'eux, pour les empêcher de mourir de faïm. L

Sa Grandeur, Mgr Crrandin, évêque de Saint- Albert, le Rév. Père Fourmond, de la mission de Saint-Laurent,le Révd. Père Touze, de la mission du Sacré-Cœur, et le Révérend Père Lecoq, de la mission de Cumberland, assistaient à l'assemblée, À la demande des Métis, qui désirent beaucoup que le clergé appuie e leurs reclamations, Mgr Grandin a donné son opinion sur les différer ‘:s propositions soumises à l’assemblée. |

‘ Parmi ces p positions, il y en a, dit Sa Grandeur, quelque.-unes qui touchent de trop près à la politique et doivent nous trouver indifférent, ne voulant jamais Nous mêler anx événements politiques et d’un intérêt plus ou moins douteux pour la population et la religion. ” ‘Les autres propositions, ajouta Sa Grandeur, je m'en suis moi-même occupé, depuis déjà longtemps, dans votre intérêt. J'ai fait auprès du

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gouvernement fédéral toutes les instances possibles pour obtenir justice; j'ai même obtenu des promesses que je croyais officielles, mais que j'ai la peine de voir auiourd'hui oubliées. J'ai éprouvé le même mécontentement que vous avez vous-mêmes éprouvé,et je n'ai pas manqué de m'en plaindre en hauts lieux.”

Monseigneur a ensuite appuyé sur le besoin d’une union étroite et d'une grande confiance en Dieu, sur la nécessité d’être vraiment chrétien et religieux pour réussir, ‘“ Vous. avez besoin, poursuit Monseigneur, de posséder toutes ces qualités pour affirmer votre caractère national. , Dar ne serez jamais rien et n'aurez jamais d'influence sans une union parfaite.”

À la fin de l'assemblée, sur la proposition de Mgr Grandin, les Métis ont choisi pour patron de leur race, Saint-Joseph et pour second patron, Saint-Jean-Baptiste. |

Louis Riel, animé de vifs sentiments d’affection, de reconnaissance et d’un profond respect pour la province de Québec en particulier, et en général, pour tous les Canadiens-français, les frères et les meilleurs amis des Métis, a conseillé à ses compatriotes d’agréer la proposition de Mgr. en choisissant Saint-Jean-Baptiste comme second patron.

On a choisi le 24 de juillet comme jour de fète nationale pour les Métis.

D'après l'acte de Manitoba 1870, chaque Métis né dans certe province, avant le 1er juillet 1870, a droit à la possession libre de 240 âctres de terre, en compensation de son droit de propriété au sol. Mais au-delà des limites du Manitoba se trouvent des établissements métis pour

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lesquels aucune clause n'a été demandée ni insérée dans l'acte.

Un de ces établissements, celui de Saint-Laurent, est fondé depuis 1862, et est dans un état prospère. La première demande que les habi.

tants de Saint-Laurent ont faite pour être placés sur le même pied que les Métis du Manitoba, au sujet des homesteads, a eu lieu, il y a envi. ron dix ans.

Plus tard, lorsque les arpenteurs du gouvernement fédéral sont arrivés dans le Nord-Ouest, la demande a été plus pressante, Les Métis.

comme c’est leur coutume, se sont établis sur les bords de la rivière, chaque terre aboutissant au rivage et s'étendant au loin dans l’intérieur.

Les arpenteurs étaient nécessairement obligés dans leur division des terres. de briser les lignes déjà tirées, et c’est contre ce fait que les

étis ont protesté. |

Les Métis ont aussi renouvelé alors leur réclamation pour vun octroi de 240 âcres par tête de la population, et depuis ce jour jusqu'à présent, l'agitation s’est continuée.

C’est afin de portér plainte au gouvernement fédéral qu'avait lieu l'assemblée du 5 septembre dernier. Louis Riel, en qui les Métis ont tout» confiance, a été chargé de les représenter.

La réapparition inattendue de Louis Ril sur la scène politique m'a remis en mémoire une fumisterie, que quatre de mes amis m'ont fait subir, en 1874, et dont l'Opinion Publique du 21 mai a fait le récit suivant : -

“Il y a de cela quelques semaines, deux Québecquoïis faisaient mne excursion vers Rimouski. En ces paroisses éloignées, on retronve la franche et cordiale hospitalité des anciens

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jours. Aussi, nos denx touristes avalent-ils accepté le vivre et le couvert chez un brave bourgeois du lieu. Pendant qu'on se livrait dans la maison aux apprôts du repas, des groupes nombreux paraissant en proie À la plus vive curiosité, ne cessaient de pusser et d'entourer la maison où le propriétaire lui-même se con. fondait en soins, en prévenances de toutes sortes envers ses hôtes, Un grand brun, surtout, semblait être l'objet particulier de cette sollicitude. Sous les prétextes les plans oiseux, les plus hardis de !a fonle pénétraient dans les appartements et cherchaient du regard à découvrir celui qu'on leur avait signalé,

Le grand brun se montrait-il par hasard, c'étaient aussitôt des sourires, des celin-d’œæil, dessignes d'intelligence, des coups de chapeaux, des exclamations d'étonnement et de sympathie. Notre voyageur, naturellement fort surpris, répondait avec bienveillance et politesse à ces démonstrations familières et courtoises,

Lorsque confondu, tout interloqué de ces salamalecs, notre gaillard interrogeait d'une façon muette le visage de son amphitryon, celui-ci, souriant d’un air entendu et discret, lui pressait significativement la main, lui donnait une bourrade amicale, ou bien se rapprochant, lui glissait à l'oreille ces mots mystérieux :

“Je sais tout. Ne craignez rien, ces braves gens vous ont reconnu et vous pouvez compter sur eux comme sur moi-même.”

Des notables de l'endroit étant survenus, on dut leur présenter notre voyageur. Une fois, c'était le propriétaire, une auire fois c'était son

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compagnon de voyage qui déclinaient la phrase stéréoty pée :

“ J'ai l'honneur de vons présenter M. Montpetit, de Québec.”

Les nouveaux venus, s'emparant alors de la main de l'étranger, la seconaient avec force, et chacun d'eux, en se retirant, ne manquait point de sourire et de répéter en“passant

“ Nous savons tout ! Chut ! Compris !

D'autres se conter‘aient d: hocher la tête d'un. façon significai ve :t Guittaient la place en plaçant leur index ::: ur bouche fermée.

Que diable signifiait cuite j::tomine ?

Fort intrigué, notre touriste s’adressa à la dame de la maison :

“je ne pensais point être aussi connu que cela dans votre localité, lui dit-il.”

-— Oh ! monsieur, on ne ne vous a jamais vu, c'est vrai, mais on vous connait bien, allez ! Beaucoup de personnes ici ont même votre photographie ! ”

Et les servantes qui étaient aux écontes, d’assurer que ce que disait madame était la vérité pure.

— Mais je pense qu'il y a erreur ; on me confond sans doute avec quelqu'autre,”

“ Allons, allons, monsienr, inutile de nous mettre à l'épreuve ; on ne vous trahira pas.”

Une fois à table, et durant le repas, la conversation fut des plus animées. À chaque plat, l’'amphytryon demandait avec intérêt à son hôte s’il avait conservé l'habitude de Ja cuisine nationale, s’il se souvenait des mets du pays, et s’il ne regrettait point sa vie, si libre et si indépendante,

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dait qu'il n'avait jamais véen d'autre cuisine, qu'il ne regrettait rien et ne comprenait point Qu tout où l'on voulait en venir, L'hôtesse alors lançait une œillade en dessons à son compagnon, tandis que le propriétaire frappant famillièrement sur l'épaule du convive ahuri :

* Farceur, disait.il, je sais tout ! Inutile de dissimuler, allez!”

Et il accompagnait son accolade d'un gros rire, se renversant sur le dossier de sa chaise, en chignant malicieusement des yenx.

Le repas achevé, on proposa un tour de pro:

menade sur la plage. Il fallait traverser ln ville pour s’y rendre. À peine avait-on fuit quelques pas dans la rue principale, que sur le seuil des portes, aux croisée. des maisons, se pressaient des hommes, des femmes, des enfants, et tout ce monde saluait, qui du bonnet, qui de la main, le groupe cheminant, Nos voyageur:

rendaient à qui mieux mieux les saluts : cela dura ainsi une gresse demi-heure. Au retour, la nuit étaut venue mit heureusement un terme à cette salutation générale,

Lorsqu'il s'agit du départ et de regagner Québec, le propriétaire emmena ses hôtes dans la cour, en arrière de l'habitation, où se trouvalent trois carrioles remplies de jeunes hommes :

# Voici des gars, fit-il en s'adressant au grand brun, qui sont résolus à vous défendre coûte que coute.”

Puis se rapprochant de l’homme,

‘* Ils sont tous armés, ajouta-t-il et s'ils veulent vous enlever, il n'y aura pas trop d'un régiment.”

“Je vousassure que je n’ai aucun besoin de cette

escorte, mon cher monsieur ; je remercie ces braves garçons de tout mon cœur ; mais je ne cours aucun risque.”

… “ Allons ! allons ! point de bravades, ni d'imprudence, Vous vous devez aux vôtres,

“ [n effet, je me dois à ma famille,

«—Ht à votre peuple donc?

“Mon peuple, moi ? à qui pensez - vous donc avoir affaire ici ?

# __O'est bien, c'est bien, Embarquez

Et le brave homme l'ayant fait asseoir dans la voiture, se pencha à son oreille :

“ Bon courage, M. Riez, lui dit-il à voix basse, et à bientôt.”

Puis, ayant fait un signe au cocher, le cheval partit au galop, suivi de toute l’escorte dont l'arrivée au dépôt du chemin de fer fit sensation parmi les employés.

Une fois daus le wagon :

“ As-tu compris quelque chose à toute cette aventure, demanda M. Montpetit à son compagnon.

“ Mon #mi, c’est une 7 ÉApr coN dont je ne déclare l’auteur, de complicité avec ton teint et tes cheveux.

# Comment ?

“ J'ai voulu te prouver quelle était la popularité de Riel.” |

J ya plus de fantaisie que de vérité dans cette narration. Les circonstances mé paraissant favorables, j'en profite pour rétablir les faits tels qu'ils se sont passés. Le retour de Riel au Nord-Ouest. sa réhabilitation équivalant à une réparation d'honneur, de la part du gouvernement, prêteront un regain d'intérêt à cette aventure drôlatique dont je fus le héros

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Si je parle parfois de moi, avec un air de satisfaction ou de vanité, vous voudrez bien me le pardcnner : C'est que le naturel de. Ia situation l'exige, J'ai essayé de me remplacer par un personnage imaginaire qui me permit de faire un portrait plus complet de Riel, sans qu'il en réfléchit rien sur moi, je n'ai pas réussi. Du reste, les indiscrétions de la presse et de mes amis m'ont privé de ce truc littéraire employé par les auteurs, quand ils veulent poser sans en avoir l'air. Mon récit vous plaira moins, mais en revanche, il sera plus exact et plus sincère.

A CACOUNA

Le 9 mai 1874, je descendais par l’Intercolonial, pour la première fois de ma vie me rendant à Rimouski. En route, je liai connaissance avec M. Cochu, agent d'assurance, à Montréal, un aimable compagnon qui se prêta à toutes mes questions avec nne complaisance parfaite, M.

Cochu devait me laisser à la Rivière du Loup où il me fallait coucher, pour prendre le train de Rimouski, le lendemain matin, à huit heures.

A cette époque, l’Intercolonial était loin de fournir les avantages, le confort qu'il offre aujourd'huï au trafic et aux voyageurs.

La ligne était assez imparfaite, les trains étaient peu nombreux, peu réguliers, mais personne toutefois ne se plaignait du service. On n'avait pas encore en le temps d'oublier les ennuis du trajet, que la veille encore, il fallait faire en voiture, pour se rendre à Québec et en revenir. Les heures qui nous paraissaient len.es remplaçaient des jours de voiturage d'autrefois,

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Pouvait-on se plaindre du reste, lorsque les ‘a. hots et les ornières des routes, souvent mal en tretenues étaient encore là béants pour attester du progrès fait, par lé contraste le plus frappant.

Je voyais, récemment, dans les souvenirs du bon vieux temps publiés par la Patrie, de Montréal,

ue M. Hart des Trois-Rivières, propriétaire ‘un batenu-à-vapenr poussif, faisant le trajet entre Québec et Montréal, disait parfois à ses passagers “ mon bateau est fatigné, il faut qu'il se repose ” et les passagers étaient tenus d'attendre, un jour, deux jours et parfois plus, jusqu'à ce que M. Hart jugeât que son bateau avait suffisamment repris de force pour continuer sa route, On en agissoit de même, à la rivière du Loup, mais avec plus de raison, car une locomotive se fatigue, à la longue : elle a besoin de s’essoufiler, d'avaler une bouchte de charbon, un petit verre d'eau, de temps à autre, de prendre un bain, de s'essuyer je front, de frotter ses membres d'huile, Rien de surprenant ; elle va si vite, et elle a si rude besogne !

Nous descendimes à l'hôtel Larochalle, vers les sept heures du soir, l'esprit dispos, avec un appétit dévorant à nos ordres. : La cuisine de Larochelle était délicate et nous y fimes houneur.,

À peine sortions-nous de table, que voilà trois gaillards qui envahissent la salle où nous'étions, avec des cris de joie et les mains tendues, des mains toutes chaudes de la plus cordiale amitic.

C’étaient E. Pouliot, B. Dioune et Alex. Fraser, |

trois avocuts de l'endroit, gais lurons, des vieux de la vieille, des étudiants de mon temps. M.

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