‹ Louis Riel à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 17 sur 32 · AU ST-LAWRENCE HOTEL · texte numérisé non relu

AU ST-LAWRENCE HOTEL

Il serait oiseux de faire la description d’un hôtel de première classe, dans une place d’eau aussi fréquentée que l’est Cacouna. C’est toujours, ou presque toujours, à l'intérieur, un immense carré construit en buis ou en briques, percé de fenêtres alignées régulièrementcomme des soldats à la parade. Et cela, a, deux, trois et jusqu'à quatre étages. L'intérieur est carrelé, par de nombreux petits cabinets distribués

as TO à

de chaque côté d'immenses couloirs, La salle à dîner, les salons, la barre, ler billards prennent le reste du bâtiment. Ce carré massif est décoré et entouré de partérres, de bosquets, de corbeilles de fleurs, de peloaëes qu'éncadrent des allées sablées. FAT € ŒA$

—Es-tu fort au billard ? demandaï-je à Ben.

jamin. Huy Hi NU,

— Fort ? un peu, comme çà, beaucoup::il en dépend de mon adversaire : je suis fort, si je bats mon homme, faible, à pe je suis battu.

Seulément, je crains que le caout-houo: et l'ivuire, produits de Phone n'aient perdu de Jeur élasticité, par le froid qu'il fait: jci. Essayons-en tout de même. Ouf! les bandes n:

rendent pas, Prends-tu la noire ou la blanche ?

—Je prendrai la noire : elle me rappelle une jeune fille que j'ai aimée, et qui, par coquette. rie, portait une mouche noire sur sa joue pâle ?

— Va! comme les mouches sont passées de mode, il y a déjà trente ans, je me contenterai de la blanche, Le numéro de la quene ?

—J'ai un seize. |

—Moi, j'ai choisi an dix-sept : le procédé est

lacé comme au vernis: passe-tnoi le blanc.

irons à qui và rompre.

—AÀ toi, Benjamin, tu touches presque la bandes, je vais être ton marqueur. Un... déux.… bien tiré !...trois.. quatre...cing...bon ! quoi ! un massé ! e! réussi au parfait...tu vas me rouler, haut la main …..manqué !'enfin ! Je marque six : à mon tour, maintenant,

J'avais un coup'tout fait, absolerment inmanquable, mais ayant oublié de frotter mon pro-

cédé, de blanc, je fais fausse queue. me 6 pointé, furieux contré moi-mème, contre le billsrd, les

d F Fe f:

La salle ds prennassif est quets, de ncadrent

Je: à Ben-

up'zil en ort, 8i je ais battu.

sue’ et l'iperdu de “joi. :Esandas n°?

blanche !

pelle une coquetteoue pâle ?

sées de onteniterai ne ?

rocédé est le blanc.

esque la 4 déux….

mn! quoi !

s me roue marque

nt Mmanmon pro- San pointé, Diliérd, les

A PA PNR : Pr

Li 8 +

gun les procédés, les billes, pour comble de épit, j'aperçois devant moi, la face couperosée du petit. gardieu, qui, chapeau bas, les yeux clignotants, le sourire aux lèvres, à l'air de m'adresser humblement ses hommages.

Que vient-il faire ici, ce crétin là? deman-. daitje à Benjamin,

u le vois ! il te prend pour un bel homme, il t'admire, quoi ?

Hein ? c'est ça! passe moi la craie, que je me blanchisse, au moins. Tr

À une seconde série, je me lançai de quinze points, mais en manquant le seizième, je fis un écart, qui me porta Je pied droit sar les orteils du petit gardien,qui se mit à pousser des cris, à faire croire qu'il avait toute une famille de chats dans le corps. Dans sa douleur, jugez de ma surprise : il disait et répétait, avec un sourire que, démenteient ses yeux, noyés de larmes.

“ No matter, my lord, , much obliged to you.”

Que le d t’'emporte, triple animal, et remontons, de suite, Fenjamin : s’il m'a trouvé lourd, moi, il me pèse, ce petit monstre ! allonsnous en. fiyesiee à |

Nous rentrons dans le petit salon, précédé de notre gardien boitant tout bas. Dès qu'il a ouvert la porte, il se retourne vers moi, en faisan: une profonde révérence,.et m'indiquant de la main, un guéridon couvert de carales et de bouteiiles de diverses formes et grandeurs, il me dit, en s’aplatissant de plus en plus, devant moi.

These are your's, ail your’s, my lord.”

Je crois faire un réve ; Elzéar, Alexandre et Cochu sont là, me mesurant des yeux et tenant leur sérieux : c'est moi seul que l’on regarde :

j'ai l'air d’un prêtre officiant, tant je suis composé, et le gardien, si insolent tout à l'heure, n'est plus que mon servant de messe. Dois-je bien croire à ce que je vois ?

Commençant d'abord par moi, je me tâte, je me passe la main dans les cheveux, je m'ap-

elle de mon nom : “ C’est bien toi pourtant, Montpetit ” Mes compagnons, sauf Benjamin, qui est aussi inierloqué que moi, ont un air mystérieux que je ne leur connaissais pas, Quant au petit salon, je le sais par cœur, pour m'y être réchauffé, il y a vingt minutes au plus. Mais quel sorcier, quel megnétiseur a pu garnir ainsi ce

ruéridon de flacons, de carafes et de bouteilles ?

i Reynolds eût été là, j'aurais cru vraiment être sous son influence, le jouet d’une illusion.

Par curiosité, plutôt que par besoin, je m'’ap- Tv des bouteilles, qui me moutraient leur ibelle en plein ventre et que je lus tout haut : Sherry. ” “ Rye” !

— Yes, my lord !

—Tais-toi, imbécile ! j'ai fait assez de livres de lecture, pour avoir le droit de savoir lire.” Zrish whisky, ” “ brandy, ” ‘ vermouth ” ?

— Yes, my lord, Irish whisky, delicious ! these are your's, all your's !

—Espèce de cornichon ! dis-je, en tirant l'oreille au petit gardien, échantillon dégénéré de l'espèce sémiane, qui me lacérait de ses sourires) : assez, comme cela !

Ext je Gevais paraître sérieux, ce me semble. Lui, sans changer de figure, me répond :

Much obliged to you, my lord! Fm ce mo met, ic me sentis irrité, jusqu’à déborder de colère. Si jen retins l’explosion, c'est que je cralgras de chagriner mes amis par une fras-

Le

uis coml'heure, , Dois-je

e tâte, je je m'appourtant, enjamin, it un air as, Quant r m'y être Mais quel r alnsi ce uteilles ?

vraiment illusion.

, je m'apaient leur put haut :

de hivres jr lire.”

! these are

en tirant dégénéré it de ses

semble.

in ce mo border de est que je une fras-

LR 2e

que amenée pour un sujet qui n’en valait pas la peine, Changeant en apparence la gamme de mes sentiments, je continuai l'examen des bouteilles, cette fois, sur le ton du badinage,

“ Dites-moi, Monsieur, s'il vous plait, ce que contient ce cruchon, qui est un vase d'élection de votre espèce ?

“# Norwegian ale, my lord !

De la bière de Norwège ! Eh ! que j'aie deux parts en paradis, au lieu d'une, st j'ai jamais

oùté de cette bière, si même j'ai aperçu l’ombre d'une de ces cruches ! (tentilles, tout de même, bien faites, col court, avec bon ventre ! Ah ! le ventre dans une cruche!

Me retournant vers ños trois amris restés au salon, pendant que nous fuisions la partie de billard, et qui me laissaient poursuivre mon examen et mes observations, sans souffler mot :

“ Vous savez d’où proviennent ces bouteilles, puisque nous vous avons laissés seuls, et que nous vous trouvons avec elles, D'où vient, que, vous, étant ici, elles sont toutes restées bouchées? Seriezvous devenus si délicats, tout à coup, que vous vous seriez fait un cas de cœur de nous attendre à la ripopée? Elle serait bonne, celle-là, par exemple! bonne à écrire sur plaee, rappelant par là les vieux qui faisaient une croix sur la cheminée, à la survenance d’un évènement étrange, et je la publierais, dans la gazette la plus rouge ou la plus bleue du pays, mais la meilleure d’entre elles, c'est-à-dire, celle qui fait l’autre {a plus noire.

—Vous ne répondez pas? alors, c'est que vous voulez me la faire épicée, la farce !

Bouchées ! oui, bien bouchées! cirées, cachetées, même! létiquette un peu sale, un peu

QT | Dan

écornée, un pen moiïisie comme doit la traiter une cave honnête, Voyons, si elles sont authéntiques ou menteuses, ces bouteilles ; si je ne dois trouver sous mes pas, (alors ce serait grâce à vous) que blagues et duperies, en ces endroits Avez-vous un tire-bouchon ? car, enfin, il y a un bout, à tout, et le bon bont d’une bouteille remplie se trouve vers le bouchon.

— “ Here is the cork’s screw, my lord !”

—ÆEncore toi ?

—Can I help you ? these are all your's, my lord!

—Puisqu’'il me faut t’'endurer, babouin de la pire espèce, si je ne veux te porter sur la conscience et t'expier sur l’'échafaud, je te dirai, que du moment, que tout est à moi, je prends du Chaloupin et du Vermouth.

Deux bouchons sautèrent. C'était du vrai, du bon crû, de provenance titrée. Je me rendis à l’arôme qu'eshalaient les deux spiritueux apportés de loin pour allumer nos cerveaux ou fouetter notre san, sans que nous nous plaignions, soit du feu soit des coups.

“Un bon verre, mes amis, dis-je alors, en souriant franchement, cette lois ; c’est le premier du jour : un bon verre, s'il vous plaît ! rien de tel que des bases solides ? |

Vous autres, Vous hésitez? On ne vous entend plus ? Que veut dire cette réserve ? Je n’y omprends rien, vraiment. Auriez-vous peur de votre farce ? Pourquoi cela, lorsque je consens à en être le dindon ? Du moment que nous avons la sauce, ce n’est pas le temps de barguignér. Toi, Alexandre, qu'avales-tu ? dis.

Timidement, Alexandre prononce : Je prendrai un peu de rye whisky.

a traiter ‘authén- > ne dois grâce à endroits n, il y à outeille

my lord !

in de la la consrai, que ends du

vrai, du e rendis iritueux eaux ou us plai-

alors, en premier rien de

ous en- 2 Jen'y us peur je'conue nous bargui-

prendrai

— Un peu! Hypocrite, va! il faut que tu en aies beaucoup à réduire, pour te réduire à un peu.

—Vous. M. Cochu ?

—Du brandy, s'il vous plait: j'en connais la marque, Elle date, au Canada, du temps du père Marsais, un poëte, qui faisait deux poésies, en se rasant, et il s’en vantait lui-même ainsi.

—Quelle barbe alors !

—Oui, quelle barbe ! peut-être, mais on n’a jamais dit “ Quelles poésies !”

—Pouliot ? tu es chez toi ?

—De l'eau-de-vie de Marsais.

— Bon ! toi Benjamin, tu prends ?

—Un doigt de Vermouth: je ne suis pas fort, tu sais ?

Maintenant, dis-je, alors, que le vin est tiré et versé, je bois à votre santé !

— Pardon, M. Montpetit, réplique Alexandre ; en présence de la persécution qui vie:t de s'exercer à Ottawa contre le Nord-Ouest, nous désirons boire à la prospérité du Nord-Ouest ?

Je n'y aiaucunéobjection, mes amis: vous me faites, au contraire, un plaisir, rée.. À la prospérité du Nord-Ouest ! Que le gardien veuille boire avec nous, afin qu’il ait la preuve, que je lui pardonne ses méfaits.”

Le petit homme se voyant désigné avec bienveillance, mais n’y comprenant rien, se retranchsit dans un coin, comme un rat entouré et acculé par une troupe de rattiers,

Yes, Pat, dit Alexandre, you must have a drink woih us : Success and prosperity to the North- West !

Je n'ai jamais vu d'expression de bonheur pareille, Le petit homme dansait devant moi, semblait me prier, me supplier de le regarder ;

il me baisait la main gauche, pendant que je tenais mon verre, de la main droite : je ne pouvais m'en débarrasser, C'était un plaisir pour mes compagnons, de voir une telle dévotion : un double plaisir, pour l’étrangeté du spectacle d'abord, et ensuite, pour l’ahurissement qu'il me causait, Je laissai faire le petit homme, sans rien dire.

Nous bûmes notre verre, mais il refusa de remplir le sien. 11 ne cessait de me regarder : Pendant que nous buvions nos verres, lui, me buvait de yeux.

J'ava:: hâte d'en finir, de cesser d'être le fétiche de ce môme, et je proposai de partir. Mais, comme avant le départ, il fallait régler nos comptes, je demandai à qui je devais m'adresser pour payer notre note. Nos anis de la Rivièredu-Loup, nous ayant fourni chevaux et voitures, il était raisonnable, que les frais de route tussent à notre charge, Cochu et moi.

— KRestes tranquille, me dit Alexandre, tout est réglé !

—Tout est réglé, dis-tu, et avec qui avez-vous réglé s'il vous plait ? Vous allez me dire, au moins, qui nous à procuré ces refraichissements ?

—Nous tenons le tout de la Munificence de Son Honneur Pat O'neil, que nous avons l'honueur de te présenter,

Et, Pat O’neil, à ces mots, de recommencer ses cabrioles.

Tendant un billet de: cinq dollars à Pat Oneil, je lui dis “ payez-vous là-dessus.”

No! no! my lord, many thanks, these are all yours.

it que ;e ne pousir pour tion : un pectacle nt qu'il homme,

fusa de garder ; Jui, me

'être le partir.

gler nos dresser tivière-

voitue route

re, tout PZ-VOUS 1re, au chisse-

uce de l'hon-

encer à Pat

we all

en ds

—Quand je te dis que tout est réglé ! me répète Alexandre.

—$Si tout est réglé, entre vous et Sa Munilicence, Pat O'neil, 1l n'en est pas de même, entre lui et moi, et si je ne m'acquitte en argent, je lui flanque une dégelée qui lui sauvera du bois de chauffage pour tous les hivers à venir.

—Chut! sois raisonnable : il y a une affaire importante là-dessous, une question d'intérêt politique, me comprends-tu ?

Soit ! par amitié pour vous, et puisqu'il y a de la SH: san de fourrée jusque dans le corps de ce polichinelle, je passe mon pardessus et pardessus bien des choses, qui me surpassent pourtant d'un grand bout: Allons !

Sur le pas de la porte, Pat O’neil, les mains jointes, les yeux levés au ciel s'écris :

The happiest day in my life !

Page 1