CHEZ M. DIONNE
Dès que j'eus pris place dans la voiture, avec M Cochu, je n’eus rien de plus pressé, comme on pense bien, que de li demander des explications sur ce qui venait de se passer à l'hôtel, Il me dit qu'il n’en connaissait rien, qu'après notre disparition, à Dionne et à moi, Fraser avait pris le petit gardien à part, et qu'en moins de deux minutes, il en avait fait un tout autre homme. Plus de roideur, de durs regards, de réponses brèves et saccadées : mais, au contraire, il avait la souplesse d'un gant, les yeux en coulisse, le sourire aux lèvres, et tout entier à notre disposition, En un clin d'œil, la table fat couverte de bouteilles, comme vous l'avez vue, et cela fait, il disparut pour vous rejoindre
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dans la salle de billard. S'il y a mystification, comme j'ai lien de le croire, moi-même, Fraser en est seul l'auteur,
« Mais, j y pense, ajouta Cochu, si nous entrions à 1 gliss pendant quelques minutes ?
Vous y v We 4 un tableau de ne fort estimé des connaisseurs, Nous irons les rejoindre chez M. Dinnne, où on est convenu de se rendre. En êtes-vous ?
“ Va, pour une visite à. l'église, répondis-je : On ne nous reprochera pas pour cela de coarir les hôtels, quoique nous allions d'un hôtel à un autel ; celui-ci, nous fera pardonner l'autre.
Une fois entrés, je m'agenouillai dans un banc, en arrière de l'église, Cochu s'avança jus- # à la balustrade du chœur, d'où un sacristain,
ebout, immobile, uu balai à la main, le regardait venir avec curiosité,
Cochu l’aborda, en le salnant profondément.
Ils causèrent longtemps ensemble : je les voyais, tournés vers la nef, ou les yeux portés vers la voûte, pointant les mure, traçant du doigt, des sigsags, des ronds, des barres, Enfin, après dix minutes passées à ce manège, Cochu se sépara de son interlocuteur pour venir m'apprendre, à son grand regret, que le tableau venait d’être envoyé à Québec pour y être restauré,
—Ce Monsieur a pris bien du temps, ce me semble, pour vousinformer de ce fait si sim ple ?
Venant lui demander nn service, j'ai dû l'écouter avec complaisance me parler de son église, de son curé, de ses plans d'embellissement. Ilw'a offert de nous moutrer les ornements, d'église, parmi lesquels s'en trouve un qui fut donné par un roi de France.
—Qui! oui! je m'en dout+,un présent de Saint-
ication, Fraser
ons eninutes ?
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ndis-je :
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dément.
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Saint-
de
Louis, probablement, qu'il aura envoyé jiri,
trois cents ans avant la découverte du Canada.
Je verrai ces ornements, lorsque le tableau sera
revenn, et moi aussi. Partons, notre station
mm ést-elle éloignée ? Faut-il s'endauiner? car le froid est assez vif,
C'est à un pas d'ici, Tenez! à cette maison qué vous voyez et devant liquelle stationne la voiture de nos amis. D'un coup de fouet et d'un galop, nous y sornmes.
Il était près de deux heures de l'après-midi ; le soleil brillant d'un vif éclat nous éblouissait de ses rayons, ct la poudrerie nous aveuglait. Vous connaissez ces soleils d'avril, de vrais pièces de feu d'artifice, qui unie fois allumés se déchargent sans désemiparer de midi à trois heures. Sar les quatre heures, déponillés de leurs rayons, ces soleils tombent en boules de feu qui vont s'éteindre dans l'océan pourpre et or que représentent les nuages à l'horizon.
Nous arrivons bientôt en face d'nne longue et haute muisot jaune bâtie au coin de deux rues, à côté de laquelle il y'a une vaste remise ouverte à tous les vents, remplie de bois de corde scié et fendu menu; une avenuëé crensée dans un banc de néige de huit pieds de hauteur conduit jusqu’à la porte d'entrée. Une vingtaine d'hommes, les uns en blouse, les autres en chemise de droguet, tons la casquette sous le bras nous saluent respectueusement au passage. Nous rendons politesse pour politesse et nous entrons,
La première pièce, très vaste, avec une lon-
ue table au centre annonce une salle à dîner
urgeoise, Au bout de la table, M. Dionne père, debout, nous souhaite amicalement la bien-