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“ Riel reclama alors, d'uns voix ferme, l'acquittement de Sayer.
‘ Le procès n'est pas fini répondit le juge Thom.
“ Le temps accordé est écoulé, répliqua Riel. Le procès n'a pas sa raison d’être, L'arrestation de Sayer a été faite en violation de tout principe de justice. Et je déclare, que, dès ce moment, Sayer est libre.
“ Les Métis applaudirent frénétiquement, et annoncèrent, à leur tour, avec des cris de joie, que Sayer était libre.
“ Le gouverneur, le juge Thom et les magistrats parurent étonnés de l'audace de Riel et de ses compagnons, et ils protestèrent contre leur conduite, Mais Sayer n'en prit pas moins le chemin de la liberté, suivi des autres accusés contre lesquels on n'osa pas procéder.
“ Non content de ce premier succès, Rial somma la Compagnie, séance tenante, de rendre à Sayer les effets qu'on lui avait confisqués, Celle-ci n’osa pas se refuser à cette injonction.
“ De plus, Riel avertit la Compagnie, qu’à l’avenir,:les colons comptaient avoir le commerce libre, et qu’elle ne devait plus intervenir. dans leurs transactions mercantiles. Tous les Mètis crièrent bien des fois, avec enthousiasme : ‘le commerce est libre, le commerce est libre ! Vive la liberté !”’ en présence du gouverneur, du juge et des magistrats atterrés. Lorsqu'ils eurent traversé la Rivière Rouge, ils poussèrent de nouvelles acclamations suivies d'une triple salve de fusils. Des réjouissances non moins vives se manifestèrent bientôt en maints endroits. Le vent de la liberté venait de souffler sur ce pays, et inspirait aux esprits un entlousiasine delitant qu'ils n'avaient pas connu jnsqu'alors.
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“ Les Métis, heureusement, ne furent pas obligés de continuer à lutter contre la Compagnie pour obtenir la liberté commerciale qu'ils réclamaient depuis tant d'années. Il est vrai que la Compagnie n'a cessé de prétendre que cette liberté constituait une violation de ses droits, mais il lui fallut, bon gré malgré accepter le nouvel état de choses.
“ En justice, nous devons dire, que, si les premiers missionnaires du Nord-Ouest ne furent pas toujours bien traités par ses agents, leurs successeurs obtinrent, en revanche, toute espèce d'égards, dès qu'on vit qu'on ne pourrait empêcher ces courageux apôtres d'aller annoncer la bonne nouvelle de l'évangile sur les plages les plus reculées, même jusqu'aux glaces du pôle. Et, depuis bien des années, les prêtres et les sœurs reçoivent toute la protection possible, et souvent même des secours précieux, de la Compagnie. Mgr Taché a même écrit, que, ‘‘ pour une raison ou pour une autre, nous lui devons une partie des succès de nos missions.”
“ Les employés actuels de cette opulente association sont aussi beaucoup mieux disposés . qu'autrelois, à l'égard des Métis, dont ils ont toute la confiance. Ceux-ci achètent et vendent les produits de leur chasse à la Compagnie, transportent ses marchandises à ses postes les plus éloignés, souvent, sans tenir de comptes, tant ils sont certains d'obtenir justice.”
En 1849, Louis Riel fils, n'avait que cinq ans. Ce cri de liberté poussé par son père, en face de la plus révoltante oligarchie a trouvé néanmoins un écho dans son âme. Ces hommes
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armés, ces assemblées secrètes, ces foules soulevées par la parole ardente de son père, ces cavaliers qui sillonnent le désert en tous sens, ce prisonnier libéré par la volonté d'un homme brisant ses chaines sur les degrés du tribunal même, et a, A des tronçons de cette chaine une arme de liberté, toutes ces images vigoureusement tracées sur le fond diaprée de la praierie le suivront plus tard, au collège, dans ses études, dans ses travaux, et l’inspireront sans doute, lorsque les circonstances lui imposeront le devoir de relever ce drapeau de la liberté, ce qui était pour lui un devoir, car ce drapeau pour lui était presqu'un héritage.
Nonobstant son industrie, un travail persévérant, la fortune ne passait pas le seuil du meunier, Et la famille augmentait en nombre,
Sous les soins généreux et la direction de Mgr Taché, le fils Riel se développa rapidement montrant les plus heureuses dispositions pour l'étude. Le digne prélat lui trouva une protectrice, dans la personne de Mad. Masson, mère de l’hon. Ls Rodrigue Masson, notre lieutenantgouverneur, Cette femme admirable a eu la la main heureuse dans ses libéralités. Dieu les a bénies comme œuvres de charité. Les institutions qu’elle à fondées ou supportées sont prospères, font l’honneur du pays : la plupart des enfants qu'elle a pris par la main sont devenus des hommes marquants, soit dans le clergé soit dans les professions ou la politique. Elle est morte, mais sa tombe germe encore des bienfaits, tombe sonore qui doit retentir à Jjamais des accents de notre reconnaissance.
En route pour le collège de Montréal, Louis rencontra son père, dans la prairie, aux Deux-
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Rivières, près de Pembina. Ils se firent de touchants adieux, sans se douter que c'étaient les derniers. Ils ne devaient plus se revoir. Le père Riel mourut le 21 janvier 1864/lorsque le fils commençait son cours de philosophie, Sa mère restait en charge de huit enfants.
Le jeune homme ressentit douloureusement cette perte, Il fat accablé de son deuil. La gaieté s'envola de son àme, le sourire disparut de ses lèvres La voix, les gémissements de sa mère, de ses frères et sœurs retentissaient sans cesse à ses oreilles. Sa tristesse se déteignait autour de lui, sa présence projetait de l'ombre sur les plaisirs de ses condisciples.
Pioyant sous le malheur, 11 se releva par le travail ; à la douleur qui le toriurait, il opposa l'étude de l’éloquence et de la poësie. Son talent oratoire qui rappelait celui de son père devait être un jour la source de ses succès ct la cause de sa ruine, mais qui peut échapper au rôle que nous assigne la providence ?
Au sortir du collèse, il passa environ une année au milieu de nous, toujours souffrant du mal du pays. Le foyer désolé sollicitait son retour dans les prairies vierges. Il nous quitta, sans laisser de traces autre part que dans le souvenir de deux ou trois amis intimes, sans se douter bien sûr, qu'à un moment donné, il ébranlerait de son nom seul les colonnes de notre édifice social.
Nous arrivons en 1868. Les populations du Nord-Ouest vivaient en paix sous le gouvernement adouci, quasi paternel, de la Compagnie de la Baie d'Hudson. L'’évèque Taché exerçait une influence considérable, au profit de la colonie en général et plus particulièrement des
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catholiques. Si le Pactole ne coulait pas dans la prairie, au moins, chacun y vivait content de son sort, lorsque, tout-à-coup, la nouvelle se répand qne des agents du gouvernement du Canada sont arrivés à la Pointe-des-C'hônes, à 80 milles du Fort Garry, avec l'intention de déposséder les Métis des terres qu'ils y occupaient, Déjà, les arpentages étaient commencés, les clôtures renversées, les terrains envahis, morcelés, carrelés au gré des arpenteurs et des usurpateurs étrangers.
De toutes parts s'élèvent des cris d’indignation. On demande à Ia Compagnie, si elle a autorisé ces actes de brigandage ? Elle répond qu'elle n’en connait rien, mais étant entrée en pourparlers avec !le gouvernement canadien pour la vente de son territoire, elle hésite à intervenir, à réprimer ces désordres, A défaut de protection civile régulière, un certain nombre de propriétaires résolurent de se protéger eux-mêmes. Une petite troupe s'organisa, à la tête de laquelle on voit apparaitre Louis Riel, le fils de celui qui avait doté le pays de la liberté commerciale, La tâche du fils était aussi noble et généreuse que celle du père. L'un avait brisé les chaînes du servage, l’antre aflirmait et protégeait la propriété individnelle, en même temps que le sol de la patrie, la tombe des ancêtres, la terre qui nourrit et recèle les germes de la richesse nationale, la maison paternelle et la chapelle, la maison du bon Dieu.
Mais ces gens, pour la plupart du Haut-Canada, avaient à peine retraité à la vue de la petite troupe en armes, que M. McDougall se présentait à la frontière avec ses conseillers, comme lieutenant-gouverneur de la province
du Manitoba.
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Les Métis alarmés se formèrent en un comité national, qui décida de le repousser par la force des armes. Il n'y eût pas de sang répandu. mais le nouveau lieutenant - gouverneur dût se retirer devant l'attitude hostile de ses sujets, dont il n’a jamais pu faire le bonheur.
On était au ler novembre 1869. Dès le trois du même mois, les Métis s'emparèrent du fort Garry, dans le but & se mettre à l'abri d’un coup de main ou d'une surprise.
Le 16 novembre, une convention se réunit dans le fort Garry. Elle se composait de 24 délégués de diverses parties du territoire, douze parlant français et douze l'anglais.
Les archives et le trésor public «ont placés sous une forte garde,
Cependant, lé 1er décembre, M. McDougall, dans nne proclamation, décrète l'annexion de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest auCanada.
Dans une autre proclamation, il déclare le gouvernement de la Compagnie déchu, et son avènement comme lientenant-gouverneur par la grâce de Sa Majesté, la Reine d'Angleterre.
Une troisième proclamation comportait une déclaration de guerre en règle contre les Métis.
Huit cents hommes surprennent le docteur Schultz, avec cinquante partisans de M. McDougall, et les font prisonniers.
Le lendemain, 8 décembre, le gouvernement provisoire fut formé sous la présidence de M. John Bruce.
Craignant d'avoir agi avec trop de précipitation, le gouvernement d'Ottawa décida d’envoyer sur les lieux, des Commissaires pour se rendre compte de la situation et amener le peuple à composition.
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