‹ Louis Riel à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 24 sur 32 · TE D · texte numérisé non relu

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cherchait partout. Un homme de haute taille, au teint basané, portant de longs cheveux apparaissait-il, des loustics de crier : le voilà ! et tous les regards se tournaient vers l’homme désigné et la foule faisait remous sur ses pas. La police fut sur le point d'arrêter M. Béchard, le député de Napierville, sur sa ressemblance avec Riel. Çà et là, dispersées dans la masse grouillante, on remarquait des figures sombres, farouches, aux re froncés, ayant une main cachée sous un habit boutonné jusqu'au col.

Avaient-ils un poignard on un revolver sur le cœur où fermentait la pensée du crime ? Veillaient-ils sur les jours de Riel qu'ils savaient menacés ? La détermination qu'on lisait dans leur regard inspirait l’effroi.

A trois heures, cette foule avide, émue, haletante se précipita vers les galeries de la chambre, Ce fut peine perdue. Riel ne parut pas:

mais le fameux Clarke, procureur-général de Manitoba, l'ennemi juré de Riel, fut mandé à la barre de la chambre sur motion de M. Bowell l’un des chefs orangistes. M. Mousseau, alors député du comté de Berthier faisait de cette séance le rapport suivant :

“Tout ce qu'a dit Clarke, jusqu’à présent,peut se résumer à ceci: après avoir, en Sa qualité de procureur-général, mis devant les Grands Jurés un indictement contre Riel, obtenu nn True Bull, et s'être fait donner un mandat d’arrestation, il s’est mis à la tête de la police de Manitoba et d'Ottawa pour prendre Riel. Il n’aété quelque chose à Manitoba que par Riel et son parti. Quand il a cru que la trahison pouvait le servir, il a trahi-—-deux ou trois ans après avoir joui des avantages que lui avait laissés le

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parti français et catholique de Manitoba, quatre ans après le crime reproché à Riel. Sa déposition a déjà fait et fera un immense bien à Riel. Les Anglais, qui o1t leurs préjugés comme les autres peuples, abhorrent les mouchards, les lâches et les traitres. Cette figure de Clarke, cette figure de Caïn, qui veut se faire le bourreau de Riel après avoir courtisé son amitié, leur inspire une invincible répulsion, un mépris sans bornes. Leur sympathie se déplace ; celui qu'ils appeiaient quelquefois le bourreau de Scott ne sera plus bientô', s'il ne l’est déjà pour eux que la victime de Clarke !

Le fait le plus important de la séance de mercredi, ler avril, a été la nomination d’un comité chargé de s’enquérir des causes des troubles du Nord-Ouest, en 1869 et 1870, et si une amnistie a été promise, Ce comité se compose de MM. D. À. Smith, Bowell, Richard, Baker, Moss, Masson, Geoffrion, Jones et l’hon. M. Abbott, qui ont de suite commencé à siéger le lendemain et ont envoyé des Subpæna à grand nombre de témoins du Nord-Ouest et d’ailleurs ”

Tont le peuple est en émoi. Des assemblées se forment dans les villes, les villages, les paroisses ; Ja province de Québec, le Manitoba, le clergé en tête demandent l’amuistie. A cette prière, les orangistes du Haut Canada, les protestants de la Nouvelle-Ecosse et du Nounveau- Bruuswick répondeut par les cris. ‘“ Mort à Riel ! mori à l'assassin de Scott.”

Après de longs débats, d'éloquents discours prononcés par MM. Masson, Prévost, Mousseau, Laurier, Ouimet, Desjardins, Rochester, Baby, Malcom ('amerou et autres d’une part :

après de violentes déclamations vociférées par MM. Bowell, White (Hastings), White (North- Renfrew) McKay, Wright, Orton, McKenzie, Hyliard Cameron, d'autre part, le vote fut pris le 16 avril, sur la motion de M. Bowell demandant l'expulsion de Riel, qui fut emportée par 124 voix contre 68.

Riel était chassé des communes, le fanatisme triomphait de la raison politique, de la reconnaissance sociale ; mais les Canadiens-français,

s'étaient montrés unis comme un seul homme,

Battus par le nombre, nous restions forts de notre devoir accompli, de notre patriotisme.

Notre défaite équivalait à une victoire.: Nous tenions nos rangs serrés, dans une confraternité de cœur, de sang et de joi, qui fit pâlir nos ennemis au sein même de leur triomphe. Peut-être n'est-il jamais sorti autant de gloire d’un outrage.

Le 3 septembre de la même année, les Métis vengeaient l'honneur de leur chef en le réélisant dans le comté de Provancher, mais cette fois encore, l’amnistie n'ayant pas été proclamée, il ne put prendre son siège.

L’amnistie! cette question a soulevé d'interminables discussions dans ]la presse et à la tribune, provoqué des démar:hes sans nombre de la part de nos chefs politiques, de nos évêques et du clergé, donné liev à des centaines de requêt-s qui ont été déposées au pied du trône. |

Lord Cornarvon, secrétaire d'Etat pour les colonies resta inflexible.

Vers la fin d'avril, Riel descendit à Montréal, où il séjourna quelque temps chez un ami, au

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faubourg Saint-Joseph. Nos premiers citoyens Mis dans le secret de sa retraite le visitaient la nuit, se faisant un honneur de jaire sa connaissance. Il se rendit ensuite aux Trois-Rivières, qu'il quitta probablement pour retourner au Nord-Ouest, ; | Longtemps toutefois, on le crnt parmi nous, caché dans quelqu'endroit ignoré du pays. Un le disait tantôt à Sainte Anne de Béaupré, tantôt dans les cantons de l'Est ou sur la côte du Sud. Un étranger de haute-taille, brun, portant moustaches et de longs cheveux, arrivait-il dans une localité, c'était Riel. (est ainsi que j'eus l'honneur de représenter le chef métis à la Rivière-du-Loup, grâce à la raanie mystifiante de mes amis Alex, Frasèr ct consorts.

J'ai connu jadis trois Rivières du Loup, dans la province de Québec, dont une seuie était de fait une rivière, c’est celle qui débouche à Saint. George de Beauce, dans la Chaudière dont elle est l’un des plus grands tributaires, Quoiqu'elle :‘harrie de l'or, elle paie son tribut en eau plutôt qu’en or. Cependant on y a trouvé de très belles pepites. (C'est là, je crois que M. Humphrey a le mieux réussi dans ses opérations minières. Tout auprès des gisements aurifères s'ouvre un petit cimetière délabré, perdu dans les ronces où gisent cinq ou six victimes de la soif de l'or. Ils étaient venus chercher fortune, ils n’ont trouvé que la fin de :eur infortune. Au lieu de ravir ses trésors à la terre ils lui ont laissé leurs dépouilles. Le trou qu'ils ont crensé leur a servi de tombe.

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