‹ Louis Riel à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 26 sur 32 · A L'HOTEL LAROCHELLE · texte numérisé non relu

A L'HOTEL LAROCHELLE

Nous voilà donc tous cinq rendus chez Larochelle, de retour de notre visite à Cacouna. C'est l'heure du diner. Il y avait plaisir à manger chez Larochelle, d'abord pour le choix exquis des plats et ensuite pour la vélocité du service. On y exécutait la cuisine, comme on exécute un concert. Le mot d'ordre donné, cuisinier et cuisinières partaient d'ensemble : l'épinette pétillait dans le poële, 1:s casseroles jouaient des cymbales, la chaudière faisait entendre un son d'ophycléide, les viandes tressaillaient en dansant dans la poële, les poulets en mourant poussaient l’yf de poitrine, les pommes de terre frites semblaient se tordre de rire pendant que le beurre grillait d'impatience. On

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nous offrit une oïe ambitieuse qui voulaitessayer pour nous le chant du cygne, nous la refusänes sous prétexte qu'elle sentait la roche tarpéienne.

—Désirez-vous une tranche de caribou ?

Merci.

—Des ortolans ?

—Rendez leur la liberté.

— Un ragoût de pattes ?

—Laissez le fuir. Du reste en fait de pattes j'en ai assez de Pat O'neil pour aujourd’hui,

Et nous voilà à table,une table longue, longue à n'en plus finir, qui permet de loger la famille à un bout sous les soins de la mère, pendant que M. Larochelle à l’autre bout dépèce les viandes et sert les convives étrangers. La mère fait babiller les enfants, remue les tasses, les cuillers, donne des ordres aux domestiques, pour avoir l'air de ne pas prêter l'oreille à notre conversation animée, mais on sait bien qu'elle n'en perdra pas un mot.

Madame Larochelle était d'une beauté remarquable : elle rappelait les traits de la Fornarina si souvent reproduits dans les tableaux de Raphaël. M. Larochelle ressemblait de très près à M. L. A. Senécal, le grand entrepreneur, notre célébrité du jour.

Cochu est à la droite de Larochelle. Quarante ans, œil noir très vif, lèvres voluptuenses, teint animé, taille élevée, en somme Cochu était un fort bel homme. Veuf, on dit qu'il vient mettre au bureau de poste de la Rivière-du-Loup, une lettre à l'adresse de la fille du maitre de poste, dans laquelle il a glissé un anneau de fiançailles.

À ses côtés, Pouliot, 27 à 28 ans avocat

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d'avenir, esprit pénétrant, travailleur, financier habile, il est sur la voie de la fortune,

Dionne, 27 à 28 ans, gâté par une trop bonne mère, timide dans ses hardiesses, il y a de

l'enfant jusques dans ses actes d'homme, Un

bout de lisière traine au bas de son pantalon. Oh ! par exemple le cœur sonne d’airain, midi à midi, jamais à quatorze heures, loyal et droit comme l'épée du Roi. Avocat comme Pouliot, ses succès passés lui assurent une brillante carrière.

Alexandre, 33 ou 84 ans, enfant espiègle passé maître én farces et gascon, latête garnie d'idées grivôises. Orateur abondant et poétique il acquerrait une grande influence, s’il était moins insouciant, s’il tenait ses forces et ses talents en activité. Trop souvent hélas ! il les laisse s'assoupir, C'est an cri du besoin seul qu'elles s'éveillent.

Vers le milieu de la table étaient assis en vis-à-vis, deux étrangers qui paraissaient engagés dans une conversation animée. L'un d'eux était un beau vieillard, aux traits d’une régularité parfaite, portant une épaisse chevelure blanche toute bouclée : l’autre, plus jeune, petit, trapu, pétulant, pestant contre tout, avait un accent parisien très prononcé.

—Ce sont deux français ? demandai-je tout bas à M. Larochelle ? |

—Je crois que le petit est français de France, mais l’autre, le vieillard est n français du Canada, c'est M. Lévèque de la Rivière Ouelle.

—Ï[ls causaient si haut qu’on ne pouvait se défendre de les entendre.

—Ainsi, dit le petit français, vous étiez à Paris en 1848, vous avez assisté à la révolution ?

de NE: où

—Fh oui, mon cher monsieur, j'étais là en 1848, j'ai vu les carosses du Roi Louis Philippe j'ai entendu le grand eri des ouvriers et des élèves de l'école polytechnique, “ Vive la Réforme ” : J'ai vu ve aa ie du 22 et dun 28 février. Thiers triomphant et Cuizot vaincu, le Koi en fuite, emporté comme par un ‘coup de vent.

—Vous pouvez me raconter des scènes de l'histoire de mon pays dont vous avez été témoin et que je connais par les auteurs, mais de mon côté j'ai des choses bien autrement ineffables à publier sur le vôtro.

Imaginez-vous que je suis né avec la passion avec la fureur de la chasse. Pas de chien qui soit plus sensible que moi au son du cor, à l'hallali, J'en tiens surtout, pour le gros gibier, pour le sanglier, le cerf, le loup, ah ! le loup ! Je l’a ichassé dans les Ardennes, en Hongrie, en Russie, jusques dans l'Ukraine, Ayant entendu parler de vos orignaux, de vos caribous, de vos chevreuils, de vos ours, je résolus de venir en tâter un peu, histoire de m’entretenir la main, en attendant que j'aille affronter l'ours gris des Montagnes Rocheuses et le buffalo des pampas de l'Amérique du Sud.

En débarquant à Québec, il y a trois jours, j'entends prononcer le nom de Ia ‘ Rivière-du- Loup. M'adressant à la personne qui avait prononcé ce nom de Rivière-du-Loup ” je lui demandai s’il y avait beaucoup de loups auprès de cette rivière.

—AÀ la Rivière-du-Loup Monsieur, les Loups se comptent par milliers. Il n’y en a pas moins de 2 à 3 mille. M'enquérir du site de la Rivière

du Loup, de la route à Drendre pour y aller,

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fat pour moi ma première affaire, Tout mon attirail d : chasse étant prêt, je pars, je file par votre chemin de fer et j'arrive ici presqu'essouffé, tant j'avais d'ardeur à la curée.

En prenant une bouchée à la hâte, je m'informe auprès du propriétaire, de l'endroit où je pourrais rencontrer quelque troupe de loups.

— Des troupes de loups ? exclama-t-ibsur un ton qui voulait dire : “ Etes-vous fou mon ami ?

— Certainement, repris - je, une troupe de loups! vous voyez mes armes: voici mon chassepot, mon fusil à percussion de GCallant, calibre 12, mon Remington: En fait de couteaux-poignards, de Bowie knifes, de bracelets, j'ai tout ce qu'il me faut, J'arrive de France tout exprès pour faire la chasse à la grosse bête, et voilà qu'on débotté on me signale nne bande de loups dans ces parages, Sans faire ni un ni deux, je prends le train, je viens et me voilà. Dites - moi maintenant où est la Rivière-du- Loup. Dès que vous m'aurez indiqué la rivière, mon flair de chasseur trouvera bientôt les loups.

—Le rivière coule au bas de la côte, à quelques arpents d'ici,

—[Æt les loups, vous ne savez pas où ils gitent en ce moment : vous n'êtes peut-être pas chàsseur ?

— Vraiment Monsieur, me répondit-il avec un air de pitié, je ne vous comprends pas.

Auriez-vous cru par hasard, que parce que notre village porie le nom de Rivière-du-Loup, il devait nécessairement être peuplé de loups ?

Sans doute : on m'a même assuré qu'il y en avait de deux à trois mille.

—[] ést bien vrai, Monsieur que cette localité, le village et la paroisse portent le nom de

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Rivière-du-Loup, mais les seuls loups qui s'y trouvent sont des hommes, des femmes et des enfants, De ces loups-là, on en compte de fait environ 8,000,

Un grand monsieur qui nous écoutait vint à l'appui du dire du propriétaire, ajoutant pour me convaincre, qu'il était né lui, à la Rivière. du-Loup, en bas, et qu'il habitait présentement la Rivière-du-Loup, en haut,

—Alors, mon ami, lui répliquai-je, vous êtes donc un poisson anadrôme, puisque vous allez ainsi d’une rivière à une autre,

— Pardon monsieur, je ne suis pas un poisson d nom drôle ! je suis un bon vivant par exemple, et comme vous êtes un Français de la vieille France, et que je les aime moi, les français, je vous prierai d'accepter une gifkle ?

—Nom d'un petit bonhomme, m'écriai-je furieux, je n'accepte de gifile qu'à Ja condition d'en rendre dix pour une.

— Vous êtes trop poli mon ami, répliqua-t-il, commençez d'abord par en accepter une, et me prenant par le bras, il me porta plutôt qu'il ne m'amena à la buvette, Je vis alors qu'il entendait par giffle une consommation, un verre de tin ou un bock quelconque.

Me trouvant dans un pays où les rivières sont des villages, les habitants des loups, un verre de vin, une giflle, je me résignai à me laisser vivre sans plus rien dire, jusqu’au passage du train qui retourne à Québec. Vous êtes le premier à qui j'aie parlé de cette mésaventure.

—Vous me faites sonvenir, reprit le vieillard, qu'en 1848, lorsque je vis le roi Louis Philippe en carosse.

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— Bien! bien! monsieur, je pars à l'instant, dit le Français, en se levant de table : me feriez-vous le plaisir de me dire qui vous êtes ?

—(Certainement, monsieur, je suis Lévêque.

—Lévêque, dites-vous ?

—Oui monsieur, Lévêque, de la Rivière- Ouelle,

—L'évèque d'une Rivière ? Ouf! c'en est trop ! Bonsoir monseigneur, et veuillez m'accorder toutes les indulgences, toutes les grâces Votre Grandeur peut octroyer à un paien de mon espèce, Encore une fois, bonsoir !

Nos deux commensaux disparus, le fou rire éclata aux deux bouts de la table. Avouons qu'il y avait de quoi.

Je me ménageais de profiter du temps de la sieste pour me faire raconter par mes compagnons, comment ils s'y étaient pris pour réussir leur bouflonnerie de Cacouna ; mais à peine étions-nous au salon depuis dix minutes, que deux jeunes filles de 17 et 20 ans, accompagnées de leur mère, vinrent nous y rejoindre. Après celles-là, il en vint deux autres, puis trois, puis deux encore, bref ! le salon fut bien, tôt rempli. Je voulus quitter mon siège. Madame Larochelle me retint en me disant qu’on allait avoir de la musique et du chant. Je sentais que tons les regards étaient tournés vers moi; ils me pesaient, Si je levais la vue, les yeux de toutes ces femmes se baissaient, À la porte principale se tenaient debout un groupe nombreux d'hommes curieux, qui s’agitaient changeaient de place, passaient tour à tour au

premier rang. De ia place où j'étais, je pus entendre :

—C’est celui qui a des grands cheveux !

--]l a bien l'air d'un sauvage !

— C'est lui qui a tué cet anglais ! on ne le dirait pourtant pas méchant à le voir.

— Comment, c’est un meurtrier ?

—Tu le vois bien, puisqu'il est avec des arocats. Il était évident que la comédie de Oacouna se répétait ici, plus en grand. Je cherchai des yeux, Alexandre. Il était debout avec M. Larochelle, près d’une porte donnant sur les appartements de la familk. Il me fit signe d'aller à lui : je m’y rendis.

Tu es un misérable! Ini dis-je : tu me paieras ce vilain tour plus cher que tu ne crois.

Derrière la porte er (rébaillée, j'entendis une voix de femme s'écriant : “c’est lui !

c'est lui!” mais je n’y prétai pas d'attention, vu que juste à ce moment, une jeune: fille se mit à brasser le piano pendant que les hommes faisaient irruption dans le salon, Sans le :

moindre soupçon, que ce cri proféré par une femme pouvait être un nœud d'intrigue, sans aucune émotion, j'allai reprendre mon siège.

Une chanson, Mlle Lucie : une chanson s’il vous plaît ? :

Lo jeune fille du nom de Lucie ne se fit pas prier. Crut-elle me faire plaisir, je ne saurais le dire, mais elle chanta Diavolo, qui représentait sans doute le brigand Riel, dans son imagination.

Voyez sur cette roche, Ce brave à l'air fier et hardi, Son mousquet près de lui,

C'est son fidèle ami :

Voyez comme il s'approche,

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Un plumet rouge à son chapeau, Il est couvert de son manteau Du velours le pins beau.

Tremblez | enfants de la tempête, Au loin l'écho répète, Diavolo..,, oh! oh ! Diarolo !

1] menace fa tête De l'ennemi qui se défend, Et pourtant l’on prétend Qu'il eat tendre et galant.

Plus d'une qu'il arrête :

Témoin, la fille de Piétro, Pensive entre au hameau Dans un trouble nouveau.

Tremblez etc.

Tout le monde applaudit frénétiquement la chanson : les jeunes gens félicitèrênt la chantense, sa mère était dans le ravissement pendant que les autres jeunes filles restaient figées de dépit. M. Robert, voudrait-il nous chanter les Zouis d'or de Pierre Dupont? demanda Madame Larochelle. Je crois entendre encore la voix tonitruante de M. Robert :

Un soir le long de la rivière, | À l'ombre des verts peupliers, Près du moulin de la meunière,

Passait an homme de six pieds:

Etc, Etc. Etc.

—Si l’on invitait M. Riel, dit une petite fille de quinze à seize ans, il me semble qu'il doit savoir chanter ?

# Tais-toi, petite folle, lui répond une grande brehaigne aux cheveux jaunes, tu devrais comprendre qu'il ne peut pas chanter, puisqu'il a tué un homme.”

Après le chant, un quadnille fut organisé. Nos canadiennes dansent généralement avec

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beaucoup de grâce : il faut dire aussi, que la danse est le plaisir qu’elles recherchent avec le plus d'ardeur. Elles ne s’en lassent pas : une bonne danseuse, dans une danse vive, tiendra tête, à deux ou trois danseurs et les vaïncra successivement, leur cassera les jarrets, sans qu'elle paraisse être fatiguée.

Le quadrille est une danse posée, qui requiert avant tout de l’élécance dans les mouvements, de l’aisance dans les évolutions. On a le loisir d'y causer, d'échanger des compliments, des mots d'amour. Dans la chaîne qui se forme de la main à la main court un fluide électrique dont la batterie est dans le cœur : les regards s'échangent, le teint s’anime, les sourires parlent, les corps frissonnent de volupté, la musique porte à l'abandon : où ne sait ce qu’on est ni ce qu'on désire.

La danse finie, vous retournez à votre place, le rêve est e Hacé.

Toujours décidé à partir le lendemain pour Rimouski, à onze heures, je priai M. Larochelle de me conduire à à ma chambre. Quand rendu en haut de l'escalier, je lui souhaitai le bonsoir, j'entendis répéter encore d'une voix tonchante, Le deux mots“ c'est lui ! c'est lui !” et j'aperçus en même temps au bout du passage, nre jeune fille qui se jetait dans les bras d’une femme, assez âgée, comme pour y chercher un refuge contre quelque danger.

— Alexandre, me dis-je à moi-même, voudrait-il mainte: ant changer sa comédie en roman, en y introduisant des rôles de femme ?

Il en est bien capable !

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Je n’en dormis pas moins toute ma nuit d’un

sommeil profond.

**# Dès six heures du matin, j'entendis frapper discrètement'à ma porte.

—Qui est là ?

—C'est moi, Larochelle,

—Bien ! le temps d'entrer dans mon double étui et je suis à vous.

Avez-vous bien dormi, M. Montpetit ?

—J'ai dormi comme un seul homme.

—Je craignais que le tapage qu'ils ont fait en bas ne vous eùüt dérangé.

—Pas le moins du monde, mais j'y pense :

Alexandre vous a-t-il raconté ses manigances d'hier chez Pat O’Neil et chez le père Dionne ?

—Vous pouvez bien croire qu'il n'a pas manqué de s'en vanter : il est l’indiscrétion même. Pour moi, je n’en suis pas surpris, il n’en fait jamais d'autres. Aussi, sachant ce que je sais, je vous avoue, nonobstant le plaisir de votre société que j'ai hâte de vous voir partir pour RimonaËt, Vous êtes encore trop près de la ville. On ne sait pas ce qui peut arriver. Vos ennemis, et ils sont nombreux, pourraient bien vous relancer jusqu'iei.

—Qu'entendez-vous par mes ennemis ?

Vous vous doutez bien que je suis les journaux, et chacun sait que la meute orangiste est sur votre piste,

—Quoi ! vous aussi M: Larochelle ! Ils vous ont fait accroire, à vous, que je suis Louis Riel ! Pour le coup, il faut tirer l'échellé. Je suppose que toutes les personnes réunies au salon, hier soir, y sont venues pour voir Riel ?

Mu LENS

— Vous pouvez en être sûr.

Allons ! permettez que je me regsrde dans le miroir, afin de constater que c’est bien moi et non pas le nègre que vous avez éveillé à ma place.

…— Vous êtes d’un bon naturel, M. Montpetit.

Il faut que vous soyez fort pour avoir le courage de rire dans la position où vous êtes, toujours entre la vie et la mort.

—Merci de vos compliments, M. Larochelle :

à quelle heure le déjeuner ?

—Dans une demi heure : le train part à 8 heures précises.

En faisant ma toilette, je ne pouvais m’'empêcher de rire de la naïveté de ces gens victimes du dupeur Alexandre. En même temps, je regrettais de ne pouvoir me rendre compte de ses supercheries, de ses ruses pour capter la confiance générale. Il me fallait partir sans avoir pu satisfaire ma curiosité sur ce point,

Quand je descendis de ma chambre, je trouvai le bas de l’hôtel rempli d’habitan: de la paroisse de la Rivière-du-Loup et des paroisses voisines, Venus pour assister aux funérailles de M. Georges Pelletier, l’un des hommes, les plus estimés de l'endroit, plus encore pour son caractère, ses vertus que pour sa fortune pourtant très considérable, Une foule nombreuse stationnait en face de l'hôtel,

Alexandre vint me trouver à table, pendant que je déjeunais. [Il m'invita ensuite à sortir pour prendre l'air, .en attendant ma voiture, qu'on attelait. :

J'ai appris depuis qu’il avait amené le photographe du village pour prendre mon portrait, mais le va et vient des personnes et des voitu-

ER

res, mes mouvements l’ont empêché de rénssir.

J'ai également appris, qu’une assemblée avait eu lieu, la veille, après la soirée chez Larochelle, que des résolutions y avaient été proposées, des discours éloquents prononcés au sujet de Riel.

— Les uns voulaient lui présenter une adresse : d’autres prétsndirent qu'une adresse serait une maladresse, une iwprudence grave, dans les circonstances. Il y en eut qui voulurent former une bourse : on leur répondit que Riel était plus riche qu'eux. Bref ! la chose en resta là.

Plus tard, un des orateurs du jour me fit parvenir la péroraison de son discou’s. Je Ia reproduis ici pour lui faire plaisir :

‘ Par son père, dit-il, Riel a du sang français, du fer dont on fait les épées de bonne trempe ;

“ Par sa mère, il a du sang jadien, du cuivre sur lequel ne mord jamais la rouille de la honte Il est de plus chrétien et catholique, argent et or qui mêlés au fer et au cuivre forment le métal des cloches et des canons, des clochés qui nous appellent à la prière, qui annoncent l'entrée dans la vie de ceux que nous aimerons le plus et le départ de ceux que nous avons le plus aimés, gaies ou tristes suivant les dispositions de nos cœurs: des canons, qui tantôt rugissent de colère ou de vengeance, tantôt célèbrent la victoire, mêlent leurs voix aux réjouissances du peuple ou étonnent les voûtes du ciel de leur hosanna foudroyant.

‘ Riel a toutes les sympathies du peuple canadien français, toutes les tendresses du peuple métis, tout le respect des catholiques. Qui serait surpris de la haine à mort que lui ont

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