‹ Louis VeuillotChapitre 15 sur 73 · I.OLIS Vi;i II.I.UT · texte numérisé non relu

I.OLIS Vi;i II.I.UT

liés à M. Cousin et à iM. Tliiers. Cela étant, toute marque d'ini[)i'obation, môme indirecte, qui atteindrait l^'n^t'^vi, tomberait aussitôt sur l'cnscmljle du mouvement catholique et Tarrêterait net. On croira, sans doute, avoir beaucoup moins t'ait à Home en interdisant l'entrée de Y Univers, qu'en condamnant, en mettant à l'index, tel écrit de M^'' de Langres, ou tel discours de M. le comte de Montalembert, s'il y avait lieu. Les diplomates s'eft'orceront d'atténuer la portée de cet acte pour le rendre pins acceptable; mais en réalité, on aura pris un parti bien autrement significatif que tout autre genre de condamnation ou d'improbation quelconque. En effet, si on condamnait à Uome n'importe quel auteur ou quel écrit parmi ceux qui figurent dans la défense de l'Église contre les usurpations temporelles, on ne condamnerait jamais que telle personne compromise, ou telle doctrine hasardée, ou telle imprudence blâmable, et, en dehors de cette condamnation particulière et précise, le champ resterait libre aux efforts de champions plus heureux ou plus prudents. Tandis que l'interdiction de V Univers serait aussitôt présentée par le Gouvernement fran(;ais et comprise par l'unanimité des catholiques de France comme l'improbation formelle du mouvement catholique dans notre pays. Le lendemain d'une pareille mesure, ce mouvement serait anéanti. L'Univers, qui n'est soutenu que par la sympathie des ultramontains, serait obligé de cesser de paraître dans sa forme actuelle et de vendre sa propriété au gouvernement. Celui-ci continuerait à le faire publier dans son intérêt et deviendrait ainsi maître absolu de la situation ; car les treize journaux catholiques des provinces, qui ne sont, plus ou moins, que l'écho de l'Univers, se tairaient en même temps que lui. M. Rossi pourrait se vanter, non plus seulement d'avoir fait disperser les Jésuites, mais d'avoir rapproché, autant que possible, l'état des choses en France de ce qu'il était en Prusse, avant que le généreux dévouement de l'archevêque de

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Cologne n'eût sonné l'Iiriire du iM'vcil pour cr pays. Si Votre Kxcellence, comme cela serait tout naturel, n'était pas disposée à ajouter une foi enliéic A mes pi-évisions sur ce point, je la coujuierais diiitenoirei' A ce sujet des juges [)lus compétents, tel que M""^ le cardinal de Bonald, M"' l'évèquede Langres, M. l'aldjé Dupanloup, etc. Je suis convaincu que leur opinion serait, ;\ très peu de chose près, conforme à la mienne il). »

Bien que ses titres de cnmte et de pair de France ajoutassent beaucoup, pour la secrétaireiie d'Ktat, à l'autorilé que .Montalrmbcrt tenait de ses éclatants services, son intervention parut un «'mpiètement et le Nonce fut presque hh\mé de s'y être prêté. La réponse du cardinal-ministre le prouve clairement. Cette réponse a une importance particulière, car c est le seul témoignage officiel que le parti catholique ait reçu sous Grégoire XVI des sentiments que ses doctrines et ses actes inspiraient au Saint- Siège. Us n'étaient pas encourageants.

■ Illustrissime et révérendissime Seigneur.

« La lettre que .M. le comte de .Montalembcrt a adressée le 2 de ce mois à V. S. 111"' et H"" et que vous avez cru devoir accepter pour la joindre à votre dépêche n° 061, touche trois points différents. Elle expose, en premier lieu, le regret qu'éprouve M. le comte d'avoir fait une chose qui n'est pas conforme aux intentions du Saint-Fère en publiant dans les journaux Tinterrogatoire de l'abbesse

(l) Montaleinbert informa loyalenunt 17 «((•<•/•« de l'envoi de ce inénjoire. M. de Coux l'en remercia an nom dn journal et de la cause religieuse.

Les journaux calholiques et non légitimistes qui faisaient alors r-choà Vl'itivrrs dans les départements étaient : V Espéra iict\Courrin- de .\nnry, la Revue de l'Armorique, le Journal de lieitm, le Français de l'Ouest, YImparlial de liayonae, la Champagne catholique, V Impartial du lihin, le Spectateur de Dijon, l'Union de Rouen, le Vœu national, etc. J'en oublie. I>'autres,bienqueliésau parti légitimiste, étaient cependant au mieux avec le comité catholique et VCnivers, notamment l'Écho de VAveyron, le Réveil du Midi (Toulouse), la Gazette du Midi (Marseille), la Guienne (liordeau.x), l'Écho du Midi (Montpellier), la Gazelle de Metz, etc.

LOUIS VEIILLOT. o:,

de Minsk (1). Elle cherche en second lieu à montrer combien il serait dangereux pour les intérêts catholiques en France, que le journal Vi'nirers fût exclu des États-Pontilicaux. En troisième lieu, elle tend à justifier la conduite des membres catholiques des Chambres législatives dans les questions religieuses.

« En ce qui est du premier point, V. S. pourra faire remarquer au susdit M. le Comte qu'ici la publication de ce document n'est point imputée à faute à la personne qui l'a fait insérer dans les journaux, mais à celle qui peut lavoir envoyé en France, avec la qualification de l*rocès autorisé par le Saint-Siège. Si l'on a pu regretter ici l'attribution supposée d'une semblable qualification, le motif très clair en est ({uc la déposition d'un seul témoin ne constitue jamais cette certitude qu'en tout temps l'Église a recherchée avant de prononcer un jugement quelconque sur l'authenticité des restes des martyrs. Ceci étant considéré, chacun se persuadera facilement que les catholiques qui, de ce fait que le Saint-Siège a suspendu son jugement, argumenteraient que Rome a cru plutôt à un diplomate qu'à un martyr, feraient beaucoup plus de tort à leur propre jugement qu'à l'honneur du Saint-Siège, lequel a montré en plus d'une circonstance qu'il ne craignait ni n'ignorait le mode d'user de la publicité, quand le moment était venu de l'employer (2).

« Quant au second point, il peut suffire de répondre qu'ici, on n'a jamais pensé à défendre que le journal

(1) Cette vénérable religieuse polonaise, la K. Mère Makrena, après avoir subi de terribles persécutions, s'était échappée de Minsk. Réfugiée à Kome dans un couvent, elle y avait été intei'rogée par l'autorité ecclésiastique. Son interrogatoire, qui n'était pas officiel et qui devait rester secret, fut envoyé à Montalenibert par des prêtres polonais. Il l'avait publié dans le Correspondant et Y Univers.

(2) Montalenibert dans son mémoire, faisant allusion à Rossi et à M. de Boutenieff. représentant de la Russie à Rome, accusait en termes peu couverts le Saint-Siège d'écouter plus volontiers les diplomates qui' les martyrs. Cette observation le frappait donc en plein.

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ï l'nirers cuivi'd dans les Ktals Pontilic.iux, — vu que cette mesure ne se prend que contre les seuls journaux qui attentent à la morale, }i la reliirioii, ;\ la sécurité pulilicjue. D'aulrr part, quand il serait vrai (juc tel ou tel ait e.\|triiné ici 1 Opinion «jue dans les journaux catholiques se trouve plutôt un obstacle (ju'uuf aide à la bonne marche des allaires, onna point certainement [)n vouloir, par là, juger et, encore moins, condanmer les intentions de qui écrit ou dirige ces journaux. On aura voulu dire seulement que les publications intempestives amènent «piebpiefois la nécessité den arriver à des e.\j)lications (jue la j)rudence conseillerait d'éviter.

« Enlin. pour ce (pii est du troisième j>oint, le Saint-Siège ne veut ni juger, ni régler les membres des Chambres législatives dans l'exercice de leur magistrature. Mais laissant cela à leur conscience, il peut demander justement qu'eux aussi ne prétendent pas juger ou diriger l'Église dans les choses où, Elle seule, suivant les divers degrés de la hiérarchie, a la mission d'examiner quelle est pour Elle la plus sage et la plus juste façon de se conduire.

« Ce que les magistrats catholiques cherchent à opérer dans Tordre civil, pour la défense de la religion, peut être amplement justifié par leurs intentions et, peut-être aussi, par le succès obtenu; mais s'ils prétendaient faire marcher l'Église dans les voies qu'ils croient devoir préférer dans l'ordre civil, s'ils désapprouvaient publiquement ceux qui se refuseraient à les suivre, ce serait vouloir que lÉglise subît une influence de la part de qui n'a point reçu mission de l'exercer. Elles effets probables de ceci seraient des divisions pernicieuses dans l'Église ellemême, entre Évèques et Evè(}ues, ou entre les Évèques et le clergé inférieur, diAision où il ne serait rien moins qu'aisé de décider de quel côté se trouveraient exclusivement les vertus, la prudence et la doctrine. »

Il n y a pas à dire : cette réponse était une mercuriale ;\ laquelle personne, dans le parti catholique, n'échappait

complètement. Montalembert se trouvait le plus atteint : d'abord, c'était à lui que le discours s'adressait; ensuite, on le reprenait, à la fois, au sujet de la presse, de la tribune et de son polonisme. Sur ces trois points, du reste, VUnivers avait marclié sans nulle réserve avec lui; donc, quant au fond, le journal et l'orateur sui)issaient un sort commun. Certes, ils ne furent satisfaits ai l'un ni l'autre ; mais ils ne furent pas, non plus, très mécontents. Si le cardinal-ministre, loin de les encourager, parlait do leur action en ternies désobligeants, il ne leur défendait pas d'agir, et YUnivers n'avait plus guère à craindre qu'on lui fermât les États pontificaux. Montalembert elLouis Veuillot étaient assez sûrs de leurs intentions et assez dévoués pour se contenter de cette étroite autorisation, signifiée sans bonne grâce.

Il y avait aussi dans celte lettre officielle et confidentielle un mot pour M"' Parisis. iMontalembert avait opposé le zèle de l'éminent prélat aux complaisances que montrait pour le gouvernement l'évéque d'Évreux, M"' Olivier, le seul membre de l'épiscopat qui se posât en ami de rUniversité. Voici, sur ce point important et délicat, la réponse du cardinal Lambruschini :

'< Personne ne pourra dire que le Saint-Siège s'est prononcé entre l'évéque d'Evreux et celui de Langres. Vis-àvis de ce dernier, il a usé de tous les égards possibles, sans sortir de la position où il croit devoir se tenir. Le premier ne lui a jamais donné l'occasion de s'expliquer avec lui. Mais entre ces deux points extrêmes, le Saint- Siège connaît, mieux qu'il n'est peut-être possible en France, diverses autres opinions intermédiaires qui ne permettent pas de ranger sur ces deux noms tout l'épiscopat français.

« Par de telles observations V. S. Iir""^ pourra facilement dissiper les inquiétudes et rectifier les jugements de M. le comte de Montalembert, en lui montrant que le Saint-Siège sait être prudent sans faiblesse, et ne se laisse

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