‹ Louis VeuillotChapitre 18 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

EFFET DES ÉLECTIONS DE J8V6. — CAMPA(iNE A ROME DE

M, l'abbé DIPAXLOIP CONTRE l'UNIVEHS. NOUVELLE

POLÉMIQUE ÉPISTOLAIRE AVEC MONTALEMBERT. — M. DE COUX A l'UMVKIIS. — INSTRUCTION DE M'" PARISIS. — OUESTION LITURGIOUE. — DOM (iUÉRANGER ET L UNIVERS.

Les élections de 18V6 donnaient une situation politique an parti catholique et ajoutaient à la force de l'Uîiivers, qui, au point de vue de la presse, avait eu la première place dans le combat. Montalembert et Louis Veuillot furent parfaitement d'accord sur la conduite à tenir au lendemain de ce succès : il fallait ne pas le grossir, et cependant le faire valoir assez pour enlever les indécis et exciter les amis déjà dans l'action à redoubler d'efforts. Ardeur, confiance et pas de jactance, voilà ce que recommandaient à la fois, le Comité, l'orateur et le journaliste.

Ces conseils furent entendus du public catholique militant, de plus en plus porté, d'ailleurs, à suivre les conseils que donnait V Univers. Le pétitionnement se développa, les Comités de province se fortifièrent, le Comité central vit le nombre de ses adhérents-souscripteurs s'élever à cinq ou six cents. Chiffre modeste en soi, mais

Ml loi IS VKI III.OT.

(jui semblait l)cau; d ab<>id parce qu il constituait un sensible proçrès, ensuite j)arcc que l'aire souscrire les catholiques à une œuvre de piopairando |)<>liti([ue et de presse a toujoui-s été chose difficile. Ils donnont lai|2:en»ent, — et ils ont bien raison, — aux œuvres de piété et de charité ; ils encouraient très volontiers, trop volontiers, un tas de petites [lublications bétates. dites dévotieuses, plus propres à ridiculiser la loi et :i fausser le zèle (|u';i les fortifiei': ils ouvrent leurs bourses aux écoles étroites nées de l'esprit de parti, mais les écrits vig-oureux, de doctrine sûre, de bon combat, tels, qu'en publiaient le Comité et V Univers, c'est différent,

('e même succès électoral, auquel bon nombre de légitimistes profondément et intfdlitremment relig"ieux avaient contribué plus (jue ne l'auraient voulu certains de leurs journaux, fit faire au parti catholique de nouvelles conquêtes de ce côté. En même temps que Ton gagnait des alliés à droite, le ministère donnait de bonnes paroles et les groupes libéraux soumis à M. Thiers admettaient qu'on pût criti<|uer l'iniversité.

Tout allait donc bien? Non, tout n'allait pas bien. Les catholiques dirigeants ou influents, au lieu d'être solidement unis, se faisaient grise mine et l'appui régulier, assuré, de l'épiscopat leur manquait. Les évéques, sauf trois ou quatre, voulaient garder une attitude expectante. Cette disposition, une fois connue, gênerait la marche en avant.

Montalembert, poussé par sa passion, qui trop souvent trompait .son zèle, choisit ce moment-là pour desservir V Univers près du nouveau Pape. L'abbé Dupanloup, auquel M^' AfTre, faute d'entente cordiale, avait donné un canonicat et retiré la direction du Petit Séminaire, étant de loisir, fit un voyage à Rome. D'après M. Lecanuet, il y allait " comme ambassadeur de Montalembert » et »« des catholiques » ; il avait « demandé à son ami « de rédiger, sur la position du gouvernement français

r.OUIS VEUIl.LOT. 1:23

(( vis-A-vis de l'Église et du Saint-Siège, un mémoire qu'il « présenterait lui-même au Pape (1) ». M. Lecanuet analyse « ce document inédit ». Manifestement, Montalembeit y développait les idées qu'il avait exposées dans sa lettre du 2 mars précédent au nonce Fornari. L'analyse de son historien ne signale rien qui s'applique directement à Wnivcrs, mais Je pourrais indiquer l'endroit où sans être nommé, il était visé. Du reste, si le Mémoire avait des voiles, la correspondance les levait. M. Dupanloup montrait une lettre où u son ami » disait du journal de Louis Veuillot : « C'est la croix, l'humiliation, la honte du catholicisme! » Il y avait des développements, non moins oratoires. « L'ambassadeur » y ajoutait des commentaires de son cru ; on peut assurer qu'ils étaient dans le même goût. Un journal qui compte de nombreux lecteurs et de très chauds partisans a aussi beaucoup d'oreilles prêtes à entendre et de langues promptes à parler. C'était le cas de Y Univers, même à Rome. Louis Veuillot et M. de Coux connurent donc bientôt la lettre de Montalembert et l'usage qu'en faisait M. Dupanloup qui se donnait, en même temps, comme l'homme de la pacification, de la charité et l'envoyé des meilleurs catholiques. Louis déclara net à M. de Coux que, si la phrase colportée à Rome paraissait dans quelque journal, il la relèverait d'importance. M. de Coux combattit... faiblement cette résolution, et ïaconet, inquiet, car tout bruit de guerre le trouljlait, s'y soumit. Lui aussi, il en avait assez.

L'abbé Hiron, intime de M. de Coux, qu'il influençait, conseiller de Taconet et presque l'ami de Louis Veuillot, était assez bien avec Montalembert ; il lui écrivit au sujet de cette affaire, pour lui marquer des doutes — qu'il n'avait pas - — sur l'exactitude des bruits répandus

(1) Montalembert, t. II. p. '.Wi. M. l'abbé Lagrange, dans sa Vie de }f" Dupanloup, i)arle an lonp de ce vovage, mais ne dit rien do l'ambas- (vie ni du Mémoire.

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♦'t lui cxpriiiMi' (1rs cinintcs sur l<iir siiilr. .Moiitalembfi't n'était pas homme h désavoiior son « ambassadeur )>. Il it'-poihlil .1 I al)l»é lliron :

' llicu de plus simple au l'«uul «pie lallairc (|ui vous préoccupe. M. Dupanloup a depuis long^temps toute ma ri.nliance (1 1 : je pense absolument comme lui sur la plupart des questions et des {lei-sonnes actuelb-ment sui' le lapis, .l'ai l'habitude de lui diie franchement mon opinion sur toutes sortes de sujets; Je suis resté fidèle à cette habitude pendant son séjour r<"cent à Rome; je ne lui ai pas im[)osé la condition du secret : il a donc été paifaitement libre de faire de mes letlres l'usage qui lui a convenu, .le doute fort cependant (jn'il en ait d(mné copie à M. Lacroix. Tout ce (jue je sais par lui-même, c'est qu'il a montré un passage de moi sur V Univers aa cardinal Altieri, lequel lui avait dit : « Comment se fait-il donc «{ue le comte de Montalembert dirige si mal \ ( /tirrrs i 2 ? »

Cet abbé Lacroix, qui recevait les confidences de l'abbé Dupanloup et répandait le piopos de .Montalembert, était attaché, comme clerc national, à l'ambassade de France, et avait servi de son mieux M. Fiossi dans sa campagne contre la Compagnie de Jésus. Il le servait encore : 1" au sujet des Jésuites toujours menacés; 2° au sujet de XVnirers que l'ambassadeur voulait au moins discréditer à Home s'il ne pouvait Ten faire chasser. Du reste, il ne fut pas seul à seconder M. Dupanloup. Celuici eut de très bons rapports avec les autres ecclésiastiques français, auxiliaires de Rossi, notamment MM. de Bonnechose, de Falloux et d'Isoard. Ces trois prélats facilitant son travail contre Vlnirors, il les absolvait

(1) Loni/femps. non. 11 y avait deux ans seulement que Montalembert et l'abb»'- Dupanloup, autrefois adversaires, étaient devenus amis.

(J) Je suis convaincu que c<'ttc question était une réponse, provoquée par M. Dupanloup. Le cardinal Alti<ri montrait, en ofTet, de la synipalliie à l'f'nivers.

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