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étrange sorte, s'il croit qu'on redoute ses colères et ses calomnies; qu'on les lui a pardonnées par égard pour son talent et ses services, par pitié pour son caractère malheureux, qu'on les lui pardonnera tant que ses attaques ne deviendront pas publiques et qu'il peut commencer la guerre quand il voudra, qu'étant tel qu'il est, il ne peut s'attendre à avoir jamais la moindre autorité sur nous; qu'on ne veut ni subir ses hauteurs, ni accepter sa direction, etc. »
Montalembert répondit très au long. J'ai la lettre de Louis Veuillot et la sienne ; j'ai aussi celle qu'il reçut de M. de Coux et j'ai connu la réponse qu'il lui lit. De celles-ci, je me borne à dire, que M. de Coux, ayant pris le ton d'autorité que justiiiaient son âge, ses travaux, et des rapports remontant aux luttes de VAve7iir, blessa profondément le jeune pair dont la réponse fut particulièrement hautaine. Mon frère la signalait ainsi à du Lac : « Montalembert a répondu à M. de Coux. Je vous assure qu'aucun homme de bon sens ne lui aurait rien laissé écrire de semblable. Je n'ensuis pas moins surpris qu'indigné (1). »
Sur cette correspondance, qui se prolongea, je serai relativement bref, car au total, il n'y eut là que des redites.
Voici la première page de la lettre de Louis Veuillot :
« Je n'ai pu m étonner de l'hostilité que M. Dupanloup a montrée à Rome contre l'Univers, et malheureusement, je ne m'étonne pas davantage que vous l'approuviez. J'ai lu la lettre que vous avez écrite à un de nos amis pour nous être communiquée. Je n'y ai rien vu dans le fond, ni dans la forme à quoi je ne sois trop accoutumé. Je sais combien facilement vous publiez au premier venu, de bouche ou par écrit, votre opinion sur le journal, sur mes collaborateurs et sur moi; je sais en quels termes
(1) Corresjw7idonce, t. IV, p. 08.
[•2H LOUIS VKIII.I.OT.
NOUS le r«il« 'S. M(»ii cd'iii'cn a soiillcit, mais sans vos iioml)iiii.\ confidents (|iii m'ont souvent obligé de me défendre, |c lic me serais jamais plaint (ju'à vous, car voire hienveillante m est inliiiimciit moins chère (jue \olre réjuitation. Votre exemple, d'ailleurs, ne ma pas encore persuadé qi»o ce fut une cliose entièrement léi^-^ifime <le décrier les uens à louspropos et de tout cùfé, sous[)rétexte (ju'on leur a une fois dit eu face i\ \ic\i près le mal que l'on pense il'euv. En face, on fait des reproches fondés ou non, en arrière, on accuse des personnes qui ne peuvent pas ré- [K)U(lre, «{ui ne se savent même pasatta(]uées; et ces accusations selon les esprits où elles tombent, deviennent des soupçons et des calomnies de la plus venimeuse espèce. J'espère ne jamais tomber dans des eujportements dont vous m'avez fait si longuement éprouver l'injustice. Après s'y être abandonné, on court risque de ne plus vouloir revenirà l'impartialité pour n'avoir pas trop àrougii-. »
A la suite de cet exorde, dont le calme accentuait la rigueur, il disait à Montalembert :
« Quand vous serez de sang-froid, demandez- vous s'il « est juste (juc nous soyons décriés à K<»me et que nous y « passions pour les gens que dépeignent vos lettres com- « mcntées par M. Dupanloup <>u par M. Lacroix. » Il ajoutait quehiues lignes sur lui-môme, et gardant ce ton ferme et attristé, déclarait qu'au journal on désirait la paix, sans être d'humeur, cependant, à faire trop de sacrifices pour éviter la guerre. C'était à .Moutalembert d'y réfléchir. '« H dépend de vous, absolument, monsieur le « Comte, que le public entende tous vos reproches et tout « ce que nous avons à répondre. Une telle manifestation « serait sans doute plus digne de vous que cette secrète et « furieuse guerre de lettres et de propos irréfléchis dont « le moindre inconvénient est de vous ravir un temps prête cieux. Puissiez-vous cependant n'en venir jamais là. Du « caractère dont vous êtes, toute la charité du monde ne « vous empêcherait pas de vous faire à vous-même des
« blessures irréparables et je pleurerais d'acheter si cher « ma vengeance lors même que Je pourrais désirer d'être « vengé ! »
Après ces bons avis, qui devaient être inutiles, — il le savait bien, — Louis Veuillot arrivait aux deux points que reprenait toujours Montalembert : le Comité pi'oposé en jauvier 18V5et les négociations de Taconetavec « les quatre honnêtes gens de Draguignan », fondateurs de V Alliance. Sur cette aflaire, déjà traitée à fond, mon frère éclairait de nouveau son interlocuteur afin qu'il ne pût continuer à se trompci' de bonne foi : « C'est encore vous respecter, lui « disait-il, que de vous démontrer à vous-même les torts « qu'on vous remet. » 11 terminait ainsi sa démonstration :
« Je n'ignore pas que nous ne pouvons nous comparer; cependant, efforcez-vous de descendre en esprit jusqu'à ma place, ne gardez de tous vos admirables dons que le plus simple sentiment d'une fierté légitime à tout noble cœur et voyez ce que vous penseriez des propositions qne j'ai reçues et du rôle qu'on me destinait. Me contestiez-vous alors, me contestez-vous encore aujoui'd'hui le droit d'apprécier les choses autrement que vous? J'ai peur quelquefois que ce soit votre penchant. Dans ce cas, je vous dirais que vous ne saurez jamais conduire personne, et que ceux qui font de telles erreurs dans le commandement perdent le droit de blâmer l'indiscipline. »
Louis défendait ensuite Taconet au sujet des pourparlers avec y Alliance et déplorait la tendance de Montalembert à porter contre quiconque l'irritait des jugements qu'un « chrétien doit toujours regretter ». Vous savez bien, lui disait-il, qu'en laissant passer r6^nzt;er5 à l'yl/Zm/zce je perdais beaucoup, « et c'est lorsque vous possédez de tels rensei- « gnements qu'il vous plait de me signaler et de me flé- « trir comme un spéculateur, de sorte qu'auprès de ceux « qui vous en croient, je suis un homme à la fois orgueil-
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« leux cl vil, hi Itunlc du calliolu isiur. Ya\ vérité, .Mou- M sieur le Comto, que vous ai-jc cl«)nc fnit rt do quoi vous « vengez-vous? » Il concluait ainsi :
« Kii terminant cos explicati(tiis (jUf jamais voulu faire moins loiitiucs, mais (jui auront 1 rxjusc d'être les dernières, je proteste, monsieur le Comte, que je n'ai point désiré vous blesser, mais vous dire une fois tout ce que j'ai sur Je cœur. Vous m'y avez autorisé et, en «juelcjue sorte forcé, par la violence et l'insupportable injustice de vos accusations. J'en éprouve beaucoup de tristesse et pas le moindre ressentiment. Désolé de voir se rompre sans remède des rap[)orts (jui m'eussent tant honoré, mais toujours pénétré d'admiration pour vos talents et pour votre zèle, je ne forme (jue le vœu de pouvoir garder ma place dans les rangs de ces catholicpies plus heureux que moi, qui n'ont qu'à vous applaudir et à se louer de vous; je n'y éprouverai, grftce à Dieu, nulle contrainte, je n'aurai pas besoin de m'étudier à jouer un rôle que je n'ai cessé de remplir avec conviction, et je continuerai d'oublier, en vous écoutant, que ce noble talent et ce noble cœur sont souvent le jouet du caprice. »
Montalembert répondit promptement. Sans retirer les accusations et les termes qu'on lui reprochait, il voulut les expliquer pour les atténuer, surtout vis-à-vis de Louis Veuillot. Il ne tenait guère à ménager Taconet et se serait reproché de ménager M. de Coux (1).
« Mon cher Monsieur Veuillot, je suis heureux de pouvoir commencer ma réponse à votre lettre du 11, en répétant vos propres paroles. Tout ce que vous me dites m'inspire beaucoup de tristesse, mais pas le moindre resseiitimeyit. Je vous pardonne volontiers la dureté et l'amertume de votre langage, ainsi que la violence de vos reproches. Je regrette seulement qu'ils soient tout personnels, tandis que ceux que j'adresse à Y Univers se rappor-
(1) Toute ceUe conespoudaii'-'- <^-it li-' i.nv.Mul.rf» |x|ti.
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tent uniquement à riiitérèt général de la cause catholique. Malheureusement, je n'ai pas trouvé dans votre lettre un seul argument qui [)ùt me convaincre que j'ai tort et que [Univers ne mérite pas ces reproches. »
S'il n'avait rien trouvé, c'est qu'il n'avait pas bien cherché.
Après cet exorde, Montalembcrt se phiignait des procédés dont on usait envers lui à YUuivers, il accusait du Lac (le lui avoir dit, parlant à sa personne : Vous agissez comme un voleur et prétendait que d'autres subordonnés le traitaient de telle sorte qu'il devait s'abstenir de reparaître au journal (1). Arrivant à la question du Comité, il faisait à Louis cette révélation : « Ce n'est pas moi qui ai conçu « l'idée et la combinaison du Comité que vous me repro- « chez avec une amertume si étrange. Cette idée est née « dans la tête du P. Lacordaire, votre ami, sans aucun « doute, et alors incomparablement plus irrité que moi ou u que tout autre, contre les torts àç,Xljnivers. »
Que Lacordaire, au cours des machinations ourdies contre V Univers, ait parlé d'un comité composé de notables, il faut le croire puisque Montalembert l'a dit. Mais ce devait être là une parole en l'air, faisant écho à d'autres moins nettes et plus réfléchies. Lacordaire avait de ces élans ou de ces écarts. La chose très sûre, c'est que jamais il n'avait indiqué cette idée à Louis Veiiillot et que Mon-
(1) Cette plainte n'était pas juste. Montalembeit put recevoir parfois à l'Univers un accueil embarrassé et froid, mais jamais il n'eut à se plaindre d'impolitesse. Mon frère ne l'aurait pas suppoité ot personne, d'ailleurs, n'y songeait. Malgré tout, plus ou moins, tous nous l'aimions. Ceux qui l'aimaient le plus étaient les - deuxVeuillot» et les « deux Riancej^ «.Cependant certain incident, que je dois prendre à ma charge, put le gêner. La salie de rédaction avait pour tout décor un crucifix et un portrait lithographie de Montalembert. Un jour, à propos de je ne sais quelle algarade du "jeune pair » je tournai cette lithographie contre le mur. Elle y était encore quand il revint. Par mallieur, il regarda du côté de son cadre et l'œil que ne couvrait pas son monocle s'assombrit. Il pensa que cette plaisanterie, en somme, inoffensive, était de mon fait et pour quelque temps me prit en grippe.