‹ Louis VeuillotChapitre 21 sur 73 · IM 1.01 IS VKLILI.UT · texte numérisé non relu

IM 1.01 IS VKLILI.UT

talembci'l au Cdiitrairc y avait fait plusieurs lois allusion. Il •'^f sûr aus^i i|n(' l'illustn' Douiluicain sr dés intéressa très vite, sans eiJort et sans mauvaise humeur, <ii homme piatique, — il savait IT-tro, — d»- celte combinaison étourdie, restée la passion de Moutalemhert <'t du conseiller qui le poussait. Pourquoi ne pas ajouter (jue Lacordaire, troùtant peu l'abbé Dupanloup, né pouvait tenir beaucoup à contrôlée VI nivcrs avec lui, et qu'au moment où il acceptait si volontiers l'expulsion des Jésuites, il ne se serait pas trouvé à l'aise près du I*. de I\avii:nan, évidemment d'un autre avis? Voit-on VUnivrrs, flottant à pn^pos de cette all'aire entre le oui et le non! Moutalcmbert ne s'arrélait pas à ces détails : il désirait avoir ïl'nivers, donc l'intérêt de la cause exigeait qu'il l'eût. Il savait bien que les membres de son comité s'étaient combattus dans le passé et étaient loin de s'entendre sur toutes les questions dans le présent; mais il voulait croire que, groupés sous sa présidence, ils se seraient unis tout de suite sur toutes choses et pour toujours. A Louis Veuillot, qui n'en croyait rien, il répondait avec double soulii^nemeut : « il fallait at molns lks MKTTRE a l'kprkuve. » Oui, mais pour les mettre à l'épreuve, il fallait premièrement leur livrer le journal «t leur laisser le temps de le ramener à l'état morbide où il se trouvait quand Louis Veuillot l'avait pris.

La question de propriété chiti'onnait Montalembert, propriétaire sérieux. Il se rassurait en déclarant et en croyant qu'une propriété utile à la cause catholique devait appartenir à l'homme ou aux hommes qui représentaient le mieux cette cause :

« En agissant comme vous le faites, écrivait-il à mon frère, ne seriez-vous pas victime d'une illusion fatale sur la véritable nature du droit de propriété chez les chrétiens? Croiriez-vous par hasard qu'il soit permis de disposer d'un journal catholique, dont on a la propriété légale, au gré de ses intérêts ou de ses impressions per-

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sonnelles, absolument comme M. Taconet peut disposer de sa maison de commerce ou moi de mes champs? N'estce pas là, au oonlraire, une sorte d'œuvre commune à tous les catiiolicjues, ;\ ceux surtout qui ont dévoué leur existence et leur renommée à cette cause? Peut-on légitimeujent se servir d'une arme aussi puissante (par la raison qu'on a acheté la propriété), sans tenir aucun comptcdes vœux et des jugements de ceux qu'on est censé défendre et représenter? Que telle soit la prétention des propriétaires d'un journal littéraire, industriel, politique, cela se conçoit à peine : mais en agir ainsi dans une position aussi critique et à une époque aussi décisive que la nôtre, quand on se charge de défendre la cause, à la l'ois la plus sacrée et la plus délicate ; quand un seul mot échappé à une j)lume non autorisée peut risquer de compromettre la liberté et l'honneur de l'Éelise, l'avenir de nos enfants et de notre pays; c'est compromettre criminellement les intérêts les plus précieux, c'est commettre contre la cause catholique le plus grand crime qu'il soit possible à de simples fidèles d'accomplir... »

Conclusion non oratoire : Taconet était criminel en caressant l'idée de vendre à « d'honnêtes catholiques de Draguignan » une propriété qui lui avait coûté gros, et déjà il avait commis le plus grand des crimes, au point de vue chrétien, en ne permettant pas à Montalembert, assisté de l'abbé Dupanloup, de confisquer pour le plus grand bien de la cause cette même propriété. Et comme Louis Veuillot, dans ces deux cas, avait laissé le champ libre à Taconet, lui aussi il s'était conduit criminellement.

Montalembert, que j'aimerais à citer plus au long, mais il faut s'en tenir à l'indispensable, concluait en renouvelant à Louis Veuillot l'assurance de son amitié et de son admiration.

« ...Cela ne m'empêche pas, lui disait-il, de vous aimer comme homme, de vous admirer comme écrivain, jusque dans vos emportements, et de rendre pleine justice à

i;vi loi is m:i iiLuT.

\otrr runrnero, ,\ votée dévoiiciiionl. A votre zcle. .l'ariiime <|Ue .M. l>ii|);mIou[) est ù votre ('^^ard dans les riK^ines sentiments. Pour moi, je crois avoir rarement manqué l'occasion (le vous les témoigner'. Jai toujours proclamé (jue vous aviez un grand ot rar«' talent, (jui vous donnait le droit de compter au premier rang de l'armée catholi- (jue. ('/est pour(|uoi je (jualinc d'orguril chez vous ce qui chez d'autres me parait une jjitoyahFc suflisance. Mais voici où, selon moi, votre orgueil vous trompe. Vous redoutez vos supérieurs ou vos égaux, et vous ne vous voyez à Taise qu'avec vos inférieurs. C'est ainsi seulement que je puis m'('X[)li(juer voire étrange répulsion pour tout ce qui ressemble à un contrôle même sympathique et amical. Si ceci vous srmhlo une injure, l"exj»ression trompe bien ma pensée, et je souhaite que tout ce qui nous divise depuis trop longtemps soit un malentendu de même nature. »

Comment Montalemberl, que I.,ouis ne cessait de glorifier à outrance, ])ouvait-il le soupçonner de redouter ses supérieurs ou ses égau.v? Jamais homme, au contraire, ne poussa de meilleur cœur au premier rang ceux de son parti qui en étaient dignes !

J'ai déjà dit (jue cette lettre se terminait par une vive protestation d'amitié. N'était-ce pas là une simple formule ou même un déguisement? Non, c'était une parole réfléchie et sincère. Je tiens à l'établir. Il y avait de grandes affinités entre Montalembert et Louis Veuillot. La dillérence des caractères les entraînait à se heurter, mais l'amour de l'Église et l'esprit militant étaient si vifs chez chacun deux qu'au moment de l'action, ils s'entendaient toujours. Puis, ils avaient au fond la même manière de combattre : .\ffirmer carrément les principes, ne pas s'effrayer des questions difficiles, impopulaires et foncer sur l'ennemi. Tout ce qu'ils ont dit et écrit porte ce cachet. Enfin, il y avait chez l'un et l'autre de l'artiste et beaucoup d'expansion... Quant aux difTércnces, ce

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livre, qui est de l'histoire, les marquera assez pour que je n'y insiste point (1).

Celte entente des esprits et des cœurs qui alla jusqu'aux conlidenccs intimes, ne fut jamais, — parle fait de Louis Veuillot, — de la familiarité. Tandis que Montalembert, dans laconversaliou ou dans ses Ictlres, prodiguait à mon Irère les appellations aliectueuses, abandonnées, tendres, Louis restait en ce point sur la réserve, sans être, d'ailleurs, ni froid, ni guindé. On lui disait : « Cher monsieur Veuillot », u mon très cher monsieur Veuillot », « mon cher ami », « mon pauvre ami », « montres cher ami, » etc. ; il répondait : « Monsieur le Comte ». Montalembert en était agacé. Bien des fois, dans les jours de plein accord, il a dit à Louis : — Appelez-moi donc « mon ami » ; vous me gênez en ne me rendantpas un titre que je tiens à vous donner : Ne croiriez-vous pas à mon amitié? — J'y crois, répondait mon frère, en lui serrant la main, et il lui parlait d'autre chose.

Pourquoi Louis était-il si réservé avec Montalembert? L'abbé de Cazalès lui avait, dès 1844, tenu à peu près ce langage : « Mon cher Veuillot, j'ai un conseil à vous donner, vous allez travailler avec Montalembert; il a de l'élan, il vous traitera vite en ami et familièrement; ce sera sincère mais non durable et sûr. 11 est mobile, hautain, très entiché de sa noblesse et peut tout à coup passer de la familiarité à une froideur dédaigneuse. Ça ne vous irait pas, vous le lui feriez sentir, et il y aurait rupture, ce qu'il faut éviter. Dans l'intérêt de la cause, et pour

(1) Lacordaire, qui prenait souvenl un ton de mentor avec IMontalembert, lui donna, au cours de ce contlit, de sages conseils. 11 lui accordait que V Univers avait de grands torts, de graves défauts, puis il ajoutait : C'est la seule feuille véritablement dévouée à nos idées. « Celte certitude absolue de ne trouver jamais des gens vendus pour argent ou vendus par ambition est un inestimable bienfait. Que l'f ntuers n'ait pas voulu déposer dans tes mains la pleine autorité, hélas ! mon Dieu, cela se conçoit assez. Nul n'abdique volontairement. » Il terminait en lui recommandant d'être moins autoritaire. « La flexibilité, lui disait-il, est aussi nécessaire quel'énergie au gouvernement d'un parti... » [Montulembevl, par le P. Lecanuet. t. II, p. -ii^i.)

\:U\ LOI I^ \hl II.I (II.

vous-iiu'inc. laissoz-lc se livier à vous et m* nous livrez pas à lui. Mou fr^rc trouva le conseil l>ou «t continua <ra|)j)clor .Mniil.ilcuihert ■■ Monsieur le (>ouile .

La <orii'S|>(iM(lauct' ([ne je viens d'analyser ne modifia |)assensil)lement la silualion. 11 n'y eut pas L,'uerre ouverte ; Montaleinhert sut dire quil voulait l'éviter. Mais ce ne fut ni le retour A rcntcutc cordiale, ni même toute cessation des hostilités. On se voyait au Comité, ou s'adressait des notes sur les allaires courantes, on échangeait, au hesoin, desbillets courtois. Bref, les apparences couvraient le fond, et les intérêts de la cause étaient sauvegardés. I/al)l)é Dupanhjup lui-inèine s'était rapproché. Instruit par Montaleml)ert de tout le débat, il avait jugé nécessaire de s'e.\pli(juer. On s'était écrit, on s'était vu. M. de Coux avait été raide, M. l'abbé Dupanloup empressé et embarrassé. Louis Veuillot très accommodant. Bref, il y avait accalmie et l'on pouvait travailler ensemble. Le difticile était de bien s'entendre sur le tivivail à faire...

Hélas! la lutte menaça de leprendie dés février I8V7. Un certain ahbé Veyssières, directeur de VArni i/f la religion par la force du capital, et très jaloux de Vi'nivcrs, tenta de mettre publiquement aux prises Louis Veuillot et Montalembert en rappelant, par de grosses allusions, la mi.ssion que M. IJnpanloup avait remplie à Rome. L'évêque <le Langres, resté en bons rapports avec les deux groupes, conjura mon frère de se taire. La réponse qu'il reçut ne le rassura pas complètement.

« Je crois, Monseigneur, que nous ne pouvons ni nous taire, ni parler, ni accepter l'accusation, ni en demander publiquement raison à M. de Montalembert. VAmi nous a donc servis selon nos désirs en évitant de prononcer le nom que nous l'avions sommé de produire. Je crois qu'il ne le prononcera pas. Il n'osera. J'en rendrai grâce à Dieu, non à M. Veyssières qui n'a, j'en ai peur, que de mauvais desseins et qui. en outre, est passionné comme un homme d intrigue lorscju'il sent (|u'il échoue. Si cepen-

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dant il IVauchit la limite devant laquelle il a jusqu'A présent reculé, mon intention bien ferme est encore de ménairer M. de Montalembcrt, ne le voudrait-il pas. En toute occasion et lors même que l'intérêt de la cause ne nous commanderait pas de maintenir notre héros sur son piédestal, la justice veut qu'on ne lui attril)ne jamais que la moitié tout au plus des torts qu'il peut se donner. Ses plus gros péchés sont mêlés d'argile vénielle en proportion incomparaldement plus grande que ses belles actions qui presque toutes sont d'un métal pur. Je sais que la croit , Yhuinilintion, la honte sont des hyperboles. Mettez le même souffle dans une autre poitrine, et au lieu de ce bruit de trompette vous n'aurez plus qu'un air de chalumeau... »

Ces paroles, à la fois sévères, pacifiques, et quelque peu dédaigneuses ne donnèrent pas satisfaction à M^ Parisis; il désirait que l'on concédât quelque chose à Montalembert auquel il avait écrit comme à Louis Veuillot et qui, tout en déclarant vouloir la paix, demeurait de très méchante humeur. Après avoir insisté par lettres, l'éniinent prélat vint parler aux belligérants. Voici, sur cette démarche, quelques lignes de Louis à du Lac. Elles sont datées du i juin 18'*7 :

« L'évêque de Langres est parti, après avoir échoué dans sa mission de conciliateur. On nous demandait pourtant peu de chose: d'aller prendre quelquefois seulement, non tous les jours, le mot d'ordre chez M. de Montalembert et chez M. Dupanloup. Nous avons dit que si M. de Montalembert voulait apporter ses conseils, ils seraient reçus avec joie et honneur et que l'on consentirait même à écouter ceux de M. Dupanloup, comme on écoute ceux de tout le monde. Les choses en sont restées là. Le bon évèque a été charmant dans toutes ces affaires, quoiqu'il incline un peu pour iM. de Montalembert, qui est, à la vérité, plus aimable et plus illustre que nous. Quant à M. Dupanloup, l'évêque trouve, je crois, que ce chanoine le porte un peu haut, »

138 LOUIS VEril.LOT.

Cette luis fiic<ire il un eut point créclat, mais les relations (Icmeurèient froides et défiantes. Si Montalembert accepta riiidcpondanccde 17 >ity/T5, il continua d'y voir une révolte. .M. Dupanloup chercha des capitaux pour fonder un nouveau jouinal; et ses recherches lurent longtemps iulructueuscs. Lacordaire, déjà neutre, ne cessa de conseiller la résiliation; Lenoi niant était rési^'^né depuis longtemps et le K. I*. de Kavii^tian, icsté hien avec tout le monde, ne voulut donner tout haut tori à personne. Quant à W^ l*arisis, il ne tarda j^uère à trouver Juste et bon (jue Vl'/iityrs eût très j)eu promis à Montalembert et tout refusé à l'abbé Dupanloup, que, d'ailleurs, il n'aima jamais. Il le jugeait personnage « encombrant, médiocre théologien » et disait de lui : « Quand tous les prêtres écriraient de la sorte, on ne bîVlirait toujours <jne sur le sable » (1), Il trouvait sage de le ménager et dangereux de l'écouter.

Non, ce n'était pas l'union, mais il y avait assez d'accord ptturfaire ensemble lace à reimemi. (Combien une entente plus cordiale était désirable ! La lutte contre le monopole universitaire, qui s'était alanguie, allait recommencer, les choses de Rome prenaient une tournure très ,i:rave, et jusque dans les troupes des plus sincères ultraniontains, on tendait à en juger ditléremment. Il y avait particulièrement lutte très sérieuse au sujet de la question liturgique.

Comme cette cause fut gagnée, au fond, dès 184.7, je lui donne le pas sur les autres. V Univers y était entré à la suite de Dom (iuérangcr et, par sa chaleureuse adhésion aux travaux du docte Abbé de Solesmes, il se donna de nouveaux adversaires. C'était une grosse réforme que demandait, avec documents variés ;\ l'appui, le savant, très aimable et très tenace Bénédictin. Nous avions en France, pour 81 diocèses, 21 liturgies, et Dom Guéranger déclarait, soutenait, prouvait qu'il fallait n'en avoir qu'une:

ri) Monlakmberl, t. II, p. SiO.

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celle de Rome. La réforme qu'il préconisait avait contre elle, d'abord d'exiger de grosses dépenses, ensuite de déplaire, pour cette raison et pour d'autres, à presque tous les évoques. Ceux des membres de l'épiscopat qui soutenaient le plus volontiers l'Univers, étaient eux-mêmes alors, sauf M^' Parisis et peut-être M-"" (iousset, archevêque de Reims, peu favorables à cette réforme. Sans la condamner en principe, sans la repousser absolument, ils voulaient confier à l'avenir le soin et la peine de la résoudre. De plus, ils reprochaient volontiers à Dom Guéranger de donner une forme trop vive à ses critiques. Le cardinal de Bonald, lui-même, était de cet avis. Quant aux adversaires, aux gallicanscomplets, ils aimaient d'autant plus la liturgie en vigueur chez eux, qu'elle n'était pas romaine. Ils lui trouvaient des beautés de premier ordre et s'élevaient avec colère contre « le réformateur ». Et si quelques-uns accordaient que le grand nombre des liturgies gallicanes offrait de l'inconvénient, aucun d'eux ne voulait abandonner la sienne.

Voici où l'on en était en cette matière lorsque Dom Guéranger ouvrit sa campagne : vingt-quatre diocèses suivaient la liturgie romaine, trente-quatre la parisienne; les liturgies dites de Toul, Besançon, Clermont, Le Mans, Poitiers, avaient chacune deux diocèses; puis venaient pour douze autres diocèses, douze liturgies particulières. Soissons et Langres avaient un rang à part : trois liturgies y florissaient, — J'ai pris le premier la liturgie romaine, nous disait avec contentement iM^"'" Parisis, mais je n'y ai pas eu grand mérite, car comptant chez moi trois liturgies, je fis comprendre assez facilement à mon clergé et à mes fidèles que mieux valait n'en avoir qu'une. — Dans bien des diocèses, la grande difficulté pour l'évêque ne fut pas d'imposer le romain, ce fut d'en retarder l'avènement. Les lecteurs et amis de VUnivers, prêtres et laïcs, se passionnèrent presque tous très vite pour le retour à la lilurgie romaine et ne le cachèrent

r,n loi is \i;i li.idi.

puinl. Cv lut, dans les milieux gallicans, un i:rii'l' des j)lu:> j;ravescontre le journal. Montaleml>«?rl, lui aussi, appuyait chaleureusetneiit Dom (iuéranv:er. Dupaidoup, au contraii'e, !(' blAniait. Il so déclarai! romain et servait tou- Jmuis les uallieans!

C'était à (lu Lae (jue Vl'nivprs avait confié la question litur'i:ique. Louis Vouillot n'y inteiviul <jue pour exprimer des idées générales et maïquei- nettement (pie nous suivions de tout cœur l'éminent ahbé de Solesines. Du Lac fit sa besogneavec zélé et passion. Il était A la fois l'homme de la (piestion et l'ami personnel, le diseiple fervent de Hom (iuéranger sous les yeux duquel il écrivait. Que cette situation fut une garantie de complète impartialité, quant à la polémi(pie, je ne le prétends pas ; mais fjuelle solidité elle assurait (juan taux docti'ines et à lliistoirc! Du reste, l'important n'était pas d'être impartial jusqu'à la neutralilé. Il s'agissait d'une œuvre de eond)at. Il fallait prouver tpi au point de vue liturgique, cintpiante églises de France étaient hors de la r(''gularité et du droit. Pour faire cette preuve, il y avait obligation de dire d'où venaient nos liturgies gallicanes, de ({uelles mains elles étaient sorties, comment elles avaient été établies, pour- (|Uoi on devait y renoncer. Les savants et gros volumes où Dom Guéranger (1) avait traité au large ces questions, ne pouvaient obtenir qu un nombre restreint de lecteurs. C'était par le journal (|ue l'on devait conquérir la quantité et gagner vite la bataille. Tous les intéressés le comprenaient, et de même que Dom Guéranger était fort heureux du concours de VUnivers, ses adversaires en étaient fort irrités et le montraient. M. de Cou\ aurait volontiers reculé, et Taconet désira bientôt que tout au moins on s'arrêtât. Louis Veuillot voulait qu'on allât jusqu'au bout. De là, au sein même du journal, des tiraillements dont nous avons la preuve dans

(l) Les Insliluliotis Ulurf/iqU' s.

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diverses lettres de Louis à du Lac. H lui écrivait :

1" octobre 18'i-0. « Faites-nous les articles liturgiques et h;\tez-vous; cependant ncfJarouchez pas. Quand je tiendrai le paquet, il faudra bien qu'il passe. Nous ferons comprendre à M. de Coux que la liturgie nous est nécessaire, et où pourrions-nous la prendre meilleure qu'à So- Icsnies? »

Novembre ISIpO. « Vos articles ont un succès fou. L'opinion générale est que vous devez faire un volume de tout cela et que rien ne sera plus capable de faire marcher la question. »

Une lettre de Reims disait que l'archevêque (M^"" Gousset) paraissait approuver l'appui que V Univers donnait àDom Guéranger, mais de Toulouse on écrivait que M-'"" d'Astros, qui déjà avait écrit contre l'abbé de Solesmes, frapperait aussi l'f/'^/izyeri-. Une information semblable arrivait d'Orléans, qui avait pour évêque M='' Fayet, homme de vif esprit et de faible doctrine. Enfin, l'archevêque de Paris, par lettre confidentielle, exprimait le désir qu'on s'arrêtât. M. de Coux, sous la pression de Louis Veuillot, répondit en revendiquant avec respect le droit de continuer. Mon frère, qui avait donné tout de suite ces graves nouvelles à du Lac, les complétait ainsi dans une lettre du 28 novembre 1846 :

« En réponse à la lettre que M. de. Coux avait écrite dans le sens que je vous ai dit, il en est arrivé une autre, où notre archevêque se montrait beaucoup plus doux pour nous, beaucoup plus dur pour le Père Abbé. Il nous priait de concevoir la douleur qu'il devait éprouver, ainsi que l'archevêque de Toulouse, en voyant le seul journal religieux qui fût recommandable par le caractère et le talent de ses rédacteurs, se mettre à soutenir les doctrines d'un religieux qui... et tout le résumé des brochures de Toulouse, d'Orléans, de Paris et d'ailleurs, s'il y en a... (1).

(1) Brochures contre les écrits de Dom Guéranger et un pou contre sa

iij LOUIS VEUILI.UT.

— Ali 1 mon In's cher et 1res vénéré Prit- Alibé, si Ion ne vous aimait déjà, «jue toutes ces violences v<ms rendraient cher t\ tous les bons Moniains !... Mais voici !*' plus beau. Taconel rt M. de Coux... se sont laissé attendrir. Il a l'ai lu batailler longtemps pour faire passer Tarlicle et il n'est pas sorti de la mêlée sans quelques éj^ratignures. C'est ainsi ([uo nous no dirons pas que les auteurs de la parisienne étaient des ///'/'/////.v; nous nous contenterons de dire qu'ils étaient suspects sous le rapport des mœurs. C'est moi qui ai eu riïonneur de Faire accepter ce changement (\m va tout à fait charmer i'aris et Toulouse. Nous ne dirons pas aussi qu'ils étaient jansénistes. Pourquoi ne le dirons-nous pas? C'est ce que je n'ai pu découvrir... Il faut, mon cher frère, continuer, mais avec beaucoup de précautions et de mesure, quand ce ne serait que pour m'éviter ces discussions que je n'aime {)oint... Ménagez donc vos termes; et quand vous aurez un coup de poignaid à donner, faites qu'il y aille nom d'un j)ape bien lisiblement sur la lame. »

Deux jours après, nouveaux renseignements. « Les choses deviennent de plus en plus amusantes. Paris M'-'^AlTre) nous dit que Ueims (M*^(iousset) désapprouve les articles; Heims nous fait dire que Paris et Toulouse se plaignent, mais que c'est à peu près tout le mal qu'il y voit; que cependant, on fera bien de ménager les anciens autant qu'on le pourra. » Louis ajoutait que, d'autre part, l'évoque de Fréjus(l; donnait une approbation complète aux articles si contestés et annonçait la résolution de rentrer dans l'ordre par le retour à la liturgie romaine. — Je veux que vous sachiez, disait-il, « qu'il y a un évêque de plus en France qui « appelle de ses vœux et de ses efforts, le rétablissement « d'un ordre de choses qui n'aurait pas dû cesser d'exis- « ter ».

personne. Le diocèse de Toulousf .suivait la iiuiij:it» parisienne. Orléan.s avait sa liturgie particulière. C'était la plus ancienne des liturgies gallicanes; elle datait de 1H93. Celle de Paris remontait seulement à 173*i. (1) M»' Wieart.

LOUIS VKlll[,LOT. 143

M*'''^ Parisis encouragea V Univers durant toute cette campagne, qui se prolongea sans arrêt jusqu'en mars iSïl. Alors Louis écrivit à du Lac : « Une chose qui a fini et même un peu trop court, ce sont vos articles. J'ai dû céder aux instantes prières de M. de Coux et même à celles de l'évèque de Langres qui voient partout des conjurations contre V Univers et qui redoutent tout ce qui peut les fortifier. Je vais vous envoyer tous les articles, avec ce qui me reste en manuscrit. Revoyez et imprimez (pour en faire un volume) promptement la chose. »

On pouvait s'arrêter; la partie était gagnée. A la fin de 184.7, déjà plusieurs diocèses avaient repris la liturgie romaine. Lorsque les articles de du Lac, revus et augmentés, parurent en volume, il put terminer ainsi son dernier chapitre :

« Le retour des esprits aux doctrines romaines, les discussions dont la question liturgique a été l'objet, les savants écrits qu'elle a suscités et, par-dessus tout, le dévouement des évêques français au Saint-Siège, les avertissements paternels des souverains pontifes Grégoire XVI et Pie IX, les exemples donnés par douze Églises de France qui, dans l'espace de neuf années, sont successivement revenues à la liturgie romaine, toutes ces causes ont imprimé un mouvement que rien n'arrêtera désormais; et on peut le prédire à coup sûr, dans un temps donné, toutes les Églises de France seront comme elles l'étaient avant le XVIII* siècle, en communion parfaite de rites et de prières avec l'Église romaine et, par elle, avec l'immense majorité des Églises catholiques de tout l'univers (1).»

La prédiction de du Lac s'est réalisée. Toutes les Églises de France ont repris la liturgie romaine. Des nombreux services rendus par Dom Guéranger celui-là a été le plus grand. V Univers l'y aida. L'illustre Bénédictin l'a dit

(I) La Lilurgie romaine et les liturgies françaises. Détails historiques et statistiques^ par Mclchior du Lac, p. 422, publié en 1849.

lii I.OIIS VKlII.I.Oi.

souvent »'l il aimait à rocorinnttrc (|u<'. ^,ul^ i><»iiis Vouillot, ce s«'coiirs dévoiir, ardent, [>uissant, lui aurait mau<|ué.

Tout ne fut pas satisfaisant pour le journal en cette allaire. M. (le doux (lut cc'der beaucoup à Louis Veuillot cl Louis Veuillot dut ciîder beaucoui) ù M. de Cuuv. Il n'y eut pas brouille, pas ni«''mc froisseraent sérieux; mais Tunioa <|ui ne se maintient «juc par de fréquentes concessions est une union menac«';c : elle n'ira pas loin. D'autres atFaircs pointaient à l'horizon sur lescpielles il serait indispensable et difficile de s'entendre, particulièrement les all'ain's de Komc. Il y avait aussi laquestioii Montalemhert : Veuillot aspirait à la pleine réconciliation, de doux la redoutait.

Néanmoins le bon l'emportait sur le mauvais et Louis put faire entrer l'année 18'»() et les premiers mois de 18i7 dans le chapitie des temps prospères. Les crises par lesquelles on venait de passer s'étaient dénouées dans de très acceptables conditions. Le joui-nal avait assuré sa pleine indépendance et marchait bien, le parti catholique gagnait en autorité comme en nombre, et s'il ne recevait pas de l'épiscopat tout l'appui quil aurait voulu, il n'avait, du moins, plus rien à craindre de ce côté. De même pour Kome. A ces satisfactions du catholique militant se joignaient pour Louis Veuillot, la douceur et la force des joies intimes. Époux et père, il se déclarait heureux. On va l'entendre.

Dès que le résultat des élections du 1"^ août 18i6 avait été connu, Louis s'était donné trois semaines de vacances. 11 ne put emmener .Mathilde avec lui; elle était nourrice. C'est en Savoie où l'appelait l'évèque d'Annecy qu'il alla. Heureux de revoir le pays de son voyage de noces, il se reposait, se promenait, prenait des notes songeant sans cesse au travail, à sa iemme et à son enfant.

«... Ma bonne Mathilde, je vois toutes sortes de choses qui m'intéressent et qui seront belles A raconter. Le clergé de Savoie me fait partout l'accueil le plus cordial et M. Salla-

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