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Louis-Philippe désirait, comme tout jLjouvemement. un (ler^éservile envers l'Ktat. Si les catholiques acissanls trouvaient les évè(|ues trop sages et les accusaient de complaisance, le roi ne les trouvait pas assez souples. Pour en former de plus accommodants, il voulait avoir régulièrement, dans le diocèse de Paris, un chapitre de dii^nitaires ecclésiastif[ues, une sorte de séminaire épiscopal. ne relevant en rien de l'autorité dictcésaine; là se formeraient des prêtres d'état-major, qui sans occuper tous les grands postes, chose impossihie, donneraient le ton au clergé. Il vit le moyen d'y arriver par une réorganisation du chapitre de Saint-Denis. Le Saint-Siège, qi;oique mis en défiance, s'y prêtait en vue de l'immunité ecclésiastique. L'archevêque de Paris, par esprit gallican et amour de son autorité, qu'il trouvait atteinte, vêtait très opposé. La plupart des évêques partageaient son sentiment. LTnlrcrs fut aussi de l'opposition. Tout ce qui pouvait favoriser l'intervention du gouvernement dans les choses de l'Kglise lui déplaisait. Du Lac, alors à Solesmes, où naturellement l'on aimait l'exemption, regrettait que VCnivcrs s'inquiétât des privilèges demandés pour le chapitre royal de Saint-Denis. Louis Veuillot lui répondait : «■ Je trouve que vous raisonnez un peu mieux que moi sur Saint-Denis, quoique je n'accepte pas toutes vos raisons. Ainsi, il sera bien plus facile de trouver de mauvais évêques dans un séminaire ad hoc, que de les choisir dans la masse, isolés, ignorants, susceptibles de se tourner contre l'État par le seul effet de leur foi sacerdotale, entière, malgré leur faiblesse (1). » Revenant sur cette question quelques jours plus tard, il ajoutait : « Je suis bien étonné de n'être pas de votre avis sur Saint-Denis ; mais je nie persuade que cette entreprise tournera mal. C'est du gallicanisme sous couleur de romain : il n'y a rien de pire. Les exemptions n'entreront pas en France
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par cette porte, soyez-en sûr, et les Organiques ne s'en porteront que mieux. »
Cotte atiaire de Saint-Denis n'était qu'un détail, qu'une sorte de pierre d'attente du plan de Louis-Philippe et de ses conseillers en matière ecclésiastique. M. l'abbé de la Bouillerie, vicaire général de M^' Affre, fut, à cette époque, envoyé à Rome par un groupe d'évêqiies pour y dénoncer au Pape les projets du gouvernement. Il était armé par ses mandants d'un mémoire que l'abbé de Serres, secrétaire intime du cardinal de Donald, son oncle, fit connaître à l'abbé Chéruel, en l'accompagnant de commentaires qui, sur certains points, l'accentuaient. Des extraits de cette lettre montreront quelles craintes les actes et tendances du gouvernement inspiraient alors aux hommes les plus dévoués aux droits de l'Église. On l'a, par la suite, un peu trop oublié. C'est qu'en France, pour mieux abîmer le pouvoir existant, on pardonne tout à ceux qui 1 ont précédé. Après avoir expliqué que M. de la Bouillerie allait à Rome « pour des choses très importantes », xM. de Serres déplorait que le Saint-Siège se fût prêté à « l'aifaire de Saint-Denis » et ajoutait :
(( Le roi rattache à cela les vues et les projets les plus sinistres. Il prétend élever autel contre autel, église contre église, clergé contre clergé ; c'est comme une première pierre posée à un édifice de schisme ; il a répété plusieurs fois qu'il espérait bien y adjoindre les aumôniers de régiment et les aumôniers de collège. Il faut que le Pape sache que si la chose arrivait, les évèques n'auraient plus qu'à plier bagage et à donner leur démission. A Rome, on ne comprend pas qu'une chose qui parait, au premier coup d'œil, si peu de chose ait une si grande importance et qu'à cette chose se rattachent les intérêts les plus graves, je dirai même toute l'existence de l'Église de France. Cela est pourtant vrai et tous les évèques qui ont pris part à la lutte contre l'Université en sont pleinement convaincus. »
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Après cet cxorde poussé au noii-. M. de Serres signalait le priil imiv<'rsitaii'o ; et là, il ne se livrait pas à (les pnvisious, il donnait des faits :
« On ne se fera jamais à Rome une idée de tous les dang^ers que présente de tout côté l'Cniversité.
'< Le conseil royal de l'instruction publicjue vient dernièrement de prendre un arrêté pour interdire aux Frères de tenir un pensionnat. Au moyen de cet acte, on fera, dans un temps donné, fermer les pensionnats actuellement existants.
« Ils inventent tous les jours de nouveaux programmes absurdes, ridicules, impossibles à remplir; le tout bien rédigé en ordonnances, afin d'avoir par là un prétexte de détruire en un jour tout ce qu'ils voudront détruire. La suppression de toutes les écoles des Frères est parfaitement résolue dans leur pensée.
« Actuellement, on songe sérieusement à s'emparer de léducation des fdles. Le projet dune école normale à Saint-Denis, qui serait annexée à l'établissement déjà existant, sera bientôt mis à exécution et nous aurons des collèges roijaux de filles (1 . Que vous en semble?
« Les mêmes journaux qui ont annoncé l'afTaire n'ont pas manqué d'annoncer la destruction prochaine des pensionnats, des écoles de religieuses, etc. Ce projet est certain. On imposera encore dans cette pensée des programmes toujours impossibles à remplir, mais au moyen desquels on fera vivre qui on voudra et mourir qui on voudra. Tout cela s'exécutera à l'abri des lois, des ordonnances dont ils se font un effroyable arsenal. C'est la persécution légale dans tout son beau et toute sa perfidie. Encore une fois, que restera-t-il aux évoques pour arrêter un si effroyable mal? La menace d'interdire des aumôniers et des chapelles. Ils n'ont que cela, absolument que
(1) Cela s'est fait une vingtaine d'années plus tard, sous le deu.xièmo Empij'O, et s'est affermi sous la troisième République.
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cela. Que Kome le sache pour l'amour de Jésus-Christ, qu'elle le comprenne afin (|ii'on n'en vienne pas à des concessions dont elle porterait elle-même tôt ou tard la peine ( 1) . »
M. de Serres montrait ensuite le gouvernement soutenant partout les protestants contre les catholiques. « Le gouvernement, ajoutait-il, est hostile et ne vise qu'à une Église nationale; il faut que Rome le sache bien... » Et pourquoi Louis-Philippe avait-il de tels projets? « Le principe de tout ce que je viens de vous dire est que le Roi est persuadé que les catholiques ne seront jamais pour sa race et qu'il n'établira définitivement sa dynastie en France que par le changement de religion. Tout part donc du Roi : ceci est certain. Il fait de toutes les affaires religieuses comme une affaire personnelle . Il n'a pas pu ébranler l'épiscopat, et c'est pour cela qu'il a imaginé de faire intervenir le Pape, afin d'imposer le silence et une soumission désastreuse. Voilà le fond de tout. Toute cette résistance lui a causé plus de colère et d'irritation que toutes les afi'aires politiques ensemble. C'est une preuve que hic opus, hic labor. C'est qu'en effet tout le fond de la difficulté et du combat est là. Il s'agit de savoir qui triomphera ou de l'Église qui ne veut que sa liberté, ou de la légalité, qui veut l'absorber et détruire son indépendance. »
Cette dernière parole définit exactement la situation. Louis-Philippe, incrédule tranquille et politique retors, connaissait trop bien la France pour se proposer formellement de la protestantiser. Se piquant de sagesse, il entendait s'en tenir à l'asservissement de l'Église par le
(1 1 Déjà plusieurs évéques, notamment le cardinal deBonald, archevêque de Lyon, et Mgr de Prilly, évèquede Chàlons. avaient parlé de retirer leurs aumôniers des collèges où l'enseignement était notoirement irréligieux. L'Université, qui, pour rassurer les familles chrétiennes, voulait qu'on vît un prêtre dans ses maisons, s'était inquiétée et irritée de cette menace, et M. Rossi en avait port'- plainte à Rome.
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(Jôvelopiiiiiiciil IfiJiil (lu jL;alliciUiisme aboutissant ;i ia constitulitin civile ilu cleryé. Cela di-vait lui suflirc à faire du serricr rcH(/iciir un instrument docile <lu pouvoir politique, il y travailla durant tout son règne. Du reste, depuis trois siècles, quel régime en France n'a pas fait ce calcul?
C'était à Saint-(iennain, où l'arclievrque de Paris prenait ses vacances, qu avait eu lieu la réunion épiscoj)ale dont était sorti le mémoire contidentiel que portait à Rome M. l'abbé de la Houillcrie. Le roi connut quel(|uc chose de cette aft'aire. Déjà mécontent de M*" Ad'rc qui, sans aimer le parti catholique, n'était pas l'homme du gouvernement, il le fit appeler aux Tuileries par la reine, et là, il le somma de lui dire ce qui avait été décidé au Concile secvei de Saint-Germain. — Ce n'était pas un concile, répondit l'archevêque, mais une réunion intime de quelques évèques, mcssulFragantsou mes amis. — Qu'importe 1 répliqua le roi; vous avez envoyé un ecciésiasticpie à Rome. Qu'avez-vous demandé au Pape; je veux le savoir. M^'" Alf're déclara <|ue n'étant pas seul en cause, il ne dirait rien. Alors Louis-l*hilip])e, furieux ou feignant la fureur, se leva brusquement et prenant l'archevêque par le l)ras, lui cria : <» Archevêque, souvenez-vous qu'on a brisé plus d'une mitre!... » M^' Alfre, ému, mais résolu, lui répondit : u C'est vrai, Sire; mais que Dieu conserve la couronne du roi, car on a vu briser aussi bien des couronnes. »
Ce n'était pas la première fois que le roi et l'archevêque se trouvaient aux prises, mais les altercations précédentes n'avaient pas eu ce redoutable caractère. Louis-Philippe, homme d'esprit, causeur abondant et souple, écartait plus volontiers les observations de son archevêque par la plaisanterie, ou de vagues paroles d'ajournement indéterminé, «juc par la menace. C'est ainsi que certain jour, pour en finir, sans rien promettre, ni rien refuser avec les plaintes et les avis de M^"^ Affre sur la
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question universitaire, il lui dit tout à coup : — « Monsieur l'archevêque, vous allez prononcer entre ma femme et moi. Combien faut-il de cierges à un mariage? Je soutiens que six cierges suffisent, ma femme soutient qu'il en faut douze. Je me rappelle qu'à mon mariag-e, c'était dans la chambre de mon beau-père, il n'y avait que six cierges. » L'archevôque, étonné et non décontenancé, répondit nettement : — « Sire, il importe peu que l'on allume six cierges ou douze cierges à un mariage; veuillez m'entendre sur une question plus grave. » Puis il parla; mais le roi l'interrompant revint à ses cierges et l'archevêque, au lieu de relever ces étranges interruptions, continua son exposé. Alors le royal interlocuteur, impatienté, s'écria d'un ton moitié sérieux, moitié gouailleur :« Tenez, je ne veux pas de votre liberté d'enseignement, je n'aime pas les collèges ecclésiatiques, on y enseigne trop aux enfants le verset du Magnificat : Deposuit patentes de sede.
Une autre fois, il interrompit l'archevêque en lui disant : « Apprenez-moi donc la différence qu'il y a entre Dominus vobisciim et Pax tecum. Ces plaisanteries peu royales ajournaient la question et Louis-Philippe s'en croyait délivré. En fin de compte, ce fut l'archevêque qui eut le dernier mot. Il garda sa mitre et Louis-Philippe perdit sa couronne.
L'abbé Dupanloup en 18i6 n'avait pas seulement fait à Rome campagne contre V Univers ;\\ y avait prisl'idée, non près du Pape, mais près des amis de Rossi, d'une transaction sur la question de l'enseignement. Rentré à Paris, il se mit à la besogne et publia bientôt sous ce titre : État de la question, une brochure où il prétendait prouver qu'au fond, sur les points essentiels, les catholiques et les universitaires notables, ainsi que les hommes politiques hors rang, étaient presque du même avis. Que chaque groupe fit un pas vers l'autre et l'accord régnerait. (( Tous les hommes les plus éminents, disait-il, conviennent qu'il faut enfin, en conservant à lUniversité son existence et ses
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privilèges, et ù l'Ktat son intervention tiitélaire, donner aux pj^res de famille, pour l'rdiuation de leurs enfants, nue liberlé véritable. » Il explicinait ensuite «pie la liberté véritable, permettant une franc Ih' et loyale concurrence, pouvait exister même si ITniversité g-ardait ses privilèges et l'Ktat ses droits. Cette brocbure mécontenta Montalembert, déplut 1res fort à M*-" l'arisis et tout autant à Louis Veuillot qui l'attaqua. L'abbé Dupanloup ap[)uyait sa thèse sur de nombreuses citations empruntées, les unes aux adversaires du monopole, les autres ;\ ses défenseurs et exprimant «Y peu près les mêmes sentiments. Cette ressemblance est de surface et non de fond, faisait remarquer le rédacleur de Vrnirers: elle a pu tromper la candeur de M. l>u[)anloup, mais elle ne donne ni ne j)roniet rien. Qu'on veuille y regarder de près et l'on verra que nos adversaires, quand il leur arrive de poser les mêmes principes que nous, en tirent des conséquences très opposées. Il partait de là pour établir ([ue toute la brocliure de « l'honorable écrivain » portail à faur.
(( Venant d'une autre source, ajoutait-il, l'erreur que nous signalons n'aurait rien de grave; mais la réputation de M. Dupanloup, le mérite, d'ailleurs remarquable de sa l)rochure ingénieuse et polie, comme tout ce qui sort de sa main, l'approbation du Comité, enfin, donnent à cet écrit une importance qui commande nos critiques. L'auteur s'est laissé aveugler par sa propre droiture; il a trop cédé à ce penchant si noble (jui le porte à penser et à dire du bien de tout le monde et plus particulièrement de ses adversaires au milieu desquels l'aménité de son caractère lui a fait tant d'amis. Heureux les hommes qui ont l'àme assez bonne pour que la rectitude de leur jugement en soit quelquefois un peu altérée! »
Dans ce portrait flatteur, l'important et irascible abbé reconnut de l'ironie et eut la faiblesse de s'en plaindre. Louis Veuillot en fut charmé. Trois ou quatre jours après la publication de cet article, il écrivait à du Lac :
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« Que dites-vous de la faron dont nous avons pris sa brochure? Me suis-jc trompé en pensant que je vous ferais plaisir? J'ai fait, en tous cas, plaisir à plus de gens que je ne croyais. Pour lui, il est consterné. Il avait voulu nous faire annoncer la brochure en réclame, d'avance : point; lorsqu'elle a paru : point. Il a fallu payer l'annonce. Le lendemain de l'article, il nous a député Lecoffre pour obtenir que nous revinssions un peu sur le jugement. J'ai dit à Lecofi're : Non seulement j'ai voulu réparer le tort que la maladresse de M. Dupanloup a pu faire à la cause ; mais j'ai voulu surtout lui donner personnellement une leçon, et lui apprendre qu'il est mortel, et que V Univers n'entend rien lui passer, et qu'il faut qu'on nous respecte. S'il a quelque chose à dire en faveur de sa brochure, qu'il nous écrive . — Mais il craint que vous ne contin niez . — Certainement, nous continuerons. — Mais vous compromettez le Comité. — Tant pis pour le Comité. (11 faut savoir que Montalembert a publié la brochure sans consulter le Comité et sans la lire.) — Mais il vous siérait de vous montrer généreux. — Nous l'avons été, et on a multiplié les insolences. 11 faut qu'on nous craigne...
« Le plus plaisant, c'est le déchirement du pauvre Montalembert. Il est de notre avis sur la brochure, je n'en doute pas, mais, d'un autre côté, son amilié pour Dupanloup se désole, et il est aussi un peu embarrassé de la responsabilité qu'il a prise. « Certainement, » a-t-il dit à Hiancey et à Lecotfre, « je pense comme Veuillot, mais l'article est fâcheux, parce qu'il donne à supposer qu'il y a des divisions parmi nous ». Comment trouvez-vous cela?
« Savez-vous une chose? Je me persuade maintenant que nous aurons plus fait pour la réconciliation en montrant les dents pendant huit jours, qu'en supportant avec patience tous les mauvais procédés pendant deux ou trois années. 0 hommes! »
Cette prévision fut justifiée.
Les efforts de Rossi pour arriver à une entente avec
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Homo sur la question do la lihcrtr <1 ciisci^'-neinent restèrent vains. M. de Salvandy, «lovcnii, sans liicn s'en rcndrr compte, plus universitaire «pio Villomain, présenta un projet dr loi qui donna pleinement raison à Louis Vruillot contre M. Dupanloup. Les catlioiicpies le repoussèrent uiianiiuement.
Ce ne fut pas seulement dans la question de l'enseignement secondaire que iM. de Salvandy, homme bien intentiojnné, niaisnuaçeux. se niontia le serviteur de l'iniversité et l'ennemi, peut-être inconscient, de la liberté; un projet de loi sur renseit;nement de la médecine et un autre sur les professeurs de Facultés furent marqnésdu même esprit. L'abbé Dupanloup, (|ui avait besoin de reprendre une position de combat, fut, cette fois, des premiers à l'attaipie. Il fit en liAte une nouvelle brochure, où il lança, sous le voile très léger de l'allusion, diveis traits contre ï i/nrprs. Le fond étant bon, Louis Veuillut accusa doucement réception des critiques, puis loua l'auteur d'être rentré dans la voie où longtemps encore les catholiques devaient marcher.
Le projet de M. de Salvandy n'ayant rien changé à la situation, j'en parlerai peu. Après avoir dit (jue ce projet faisait tomber les espérances bien faibles que l'on avait conçues, Louis Veuillot ajoutait :
« Par beaucoup de petits moyens rehaussés de certaines actions pompeuses, M. de Salvandy s'était fait un renom que fortifiait, loin de l'affaiblir, le côté comique de sa situation et de son caractère. On «lisait : C'est un glorieux, mais il a de la bonne foi et du courage; il n'est pas universitaire ; il aime le bien ; on ne le voit si constamment sur des échasses que parce (|u'il veut être grand : la religion et la liberté peuvent attendre de lui quelque chose. Son projet de loi nous le montre sous un nouveau jour. M. de Salvandy possède assurément toutes les qualités qui rendent les particuliers estimables. Politiquement, il est à la plus commune mesure des hommes de ce temps : honnête, mais pour mieux troniper; courageux, mais contre la justice;
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droit, mais souple au bras qui lo manie. Un de ces houinies (]uc la postérité excuse quelquefois, parce qu'elle est dans le doute de savoir s'ils ont bien connu la profondeur du mal qu'ils se sont prêtés à faire, et parce qu'il leur arrive daller le pleurer à l'écart, après qu'il est accompli et irréparable. »
L'œuvre du ministre de l'instruction publique étant mauvaise, le monde parlementaire lui fit bon accueil. La Chambre des députés nomma uue commission favorable à ce nouvel escamotage, en style pompeux, des promesses de la Charte et ce fut M. Liadières, sorte de maître .lacques, tenant à l'armée, au Conseil d'État, aux lettres, et, déplus, un des familiers de roi, que l'on chargea du rapport. Voici, de la plume de Louis Veuillot, le portrait de ce personnage, en qui, pour la prestance, il y avait duSalvandy :
« M. Liadières est un type... Présentement, nous n'avons en vue qu'une chose, c'est d'exhorter nos amis à lire consciencieusement le travail de ce législateur si remarquable comme officier de cour, de ce guerrier si brillant comme conseiller d'État, de ce magistrat administratif qui a versifié tant de sentences trafiques, de ce poète qui, pour arriver à l'Académie française, compte sur les scrutins du parlement. Dévorons l'amertume de voir une si haute question si indignement traitée. M. Liadières tient amplement ce que l'on pouvait attendre d'un homme assez hardi pour manipuler un })areil sujet, après M. de Broglie et après M. Thiers, lui qui, certainement, n'avait jamais touché à rien de semblable. Il entre dans cet ordre de pensées difficiles et d'intérêts étrangers à ses méditations, bravement, militairement, le panache en tête, l'éperon au pied, comme on entre dans les antichambres du roi, quand on est de la maison... Mais, il n'importe; les amis de la liberté, ceux que ne découragent ni le calme plat, ni la tempête, doivent lire tout cela. Ils s'y résigneront s'ils veulent bien considérer que M. Liadières est l'organe d'une commission de la Chambre et que par sa vulgarité même, il représente
it;r. lui is \i:i liioT.
la juiiicip.ilr in.issc de nos aclvt-i'saiics. Il a riiii|)uil;iiice du Sircle oii l'on ne trouve ;-'^uère une chose ah-^ntdr i|ui ne soit l'opinion de cent mille liommcs.
Venait ensuite l'examen desdoetrinescjurxposait.M. Liadi^ies. UH'Xit aux faits, aux j)récétlenls, aux exemj)ies (pi 'invoquait à tout risque «et «'trange rapporteur, ce fut du Lac qui les étudia, et il eu fit justice rudement.
I^es universitaires menèrent cette nouvelle campagne comme les précédentes : même passion, mêmes armes, lis prétendirent de nouveau faire la guerre, non A la religion, mais aux .lésuiles et à leurs complices, les néo-catholiques, les théocrates, etc., devenus, disaient-ils, maîtres de TKiilise. Natundlcment, tout cvèque, tout prêtre, tout laïque, entré dans le combat contre l'Université, était classé dans •> l'armée jésuite et théocratique ». Le professeur (iénin lit là-dessus un volume «jue la presse du parti fut unanime à louer. Il prétendait y prouvei- que tout le clergé était jésuite et que les Jésuites étaient tous ignorants, tous méchants, tous avares, tous fanatiques, tous féroces, tous corrompus, tous bêtes et néanmoins tous très adroits. Conclusion : la religion, défigurée par ses ministres, n'était plus qu'uncnsendilcdesupercheries grossières, permettant au clergé d'exploiter des abrutis. Donc la France entière tomberait dans l'abrutissement si FÉglise, fortifiée par la liberté de l'enseignement, l'emportait sur l'Université.
Arrivé là, le représentant de 1 Tniversité, faisant un mouvement rétrograde, déclarait c[ue le xix" siècle ne pouvait aboutir à l'imbécillité, puis s'écriait : " .le proteste de <( mon profond respect pour la religion. J'espère bien ne « jamais écrire une ligne dont elle ait à se plaindre. Je n at- « taque que les Jésuites, qui sont l'opposé de la religion. « La religion n'est point en cause. »
Si les universitaires montraient toujours la même passion et la même union, il en était autrement des catholiques. Certes, Yi'niiers et le Comité ne faiblissaient point; mais
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les évêques et beaucoup de laïques notables paraissaient se désintéresser du combat. Montalenibert, toujours prêt à payer de sa personne, tenta, par une vigoureuse brochure, de raviver les vieilles ardeurs. Il n'y réussit qu'à moitié. Son écrit lui valut beaucoup de compliments et pas mal de remerciements, mais l'épiscopat resta sur la réserve. De là, moins d'action chez le clergé secondaire et chez quantité de laïques en vue, qui, sans être tout à lait du parti catholique, lui avaient, du temps de Villemain, donné un puissant concours. Us désiraient toujours la liberté, mais doutaient de plus en plus qu'on pût la conquérir. Et puis, inquiets de l'état des esprits en Italie et en Suisse, ils trouvaient sage de garder une attitude expectante. Cet alanguissement de l'action catholique charmait Louis-Philippe et ses ministres. Ils en concluaient que la question de la liberté d'enseignement touchait à sa fin. Elle serait résolue ou plutôt enterrée, selon le terme parlementaire, par l'adoption de la loi Salvandy. On verrait cela, au printemps de 18't8... Il y eut, en effet, un enterrement à cette date : ce fut celui de la monarchie philippienne .
Letempsdes vacances était venu. Louis avait l'intention d'en passer une partie à Solesmes où l'appelaient du Lac etDom Guéranger; mais Théodore de Bussierre nous ayant pressés de venir tous deux chez lui en Alsace, à Reichoffen, beau pays où il avait un superbe château, l'Alsace l'emporta. Ce fut un charme pour Louis et moi de faire ensemble ce voyage coupé par un arrêt à Nancy, chez M. Guerrier de Dumast. Mathilde, qui devait bientôt donner un deuxième enfant à mon frère, passa ce temps de vacance à Versailles et à Sceaux chez sa mère et sa grand'mère.
Louis ne s'éloignait pas sans quelque inquiétude. Il craiguaitque, lui absent, le journal ne fît de fâcheux écarts. Il y a de ce sentiment dans cette lettre à du Lac :
« Comme iM. de Coux va se trouver seul au journal pen-
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«lanl un mois, il faiil r;ii<ler, et il faut aussi ne rien lui pro- [xjser (le scal)irux. Notre écriture lui fait peur; il est vrai qu'iniprimtM', elle le ravit : mais comment l'aire, si c'est lui qui doit imprimer cl s'il a peur? 11 frémit déjà de l'article sur (ii()l)erti. On nous a écrit de Ilomo que ces articles seraient trrs périlleux : attaquer (iiohi rii, (jui est très populaire, ce serait froisser le public; le louer, ce serait lui donner trop d'irnpoi'tance, etc., etc. .le conclus qu'il faut tout simplement ne tenir compte de rien (|ue de la vérité et de la. justice. Mais envoyez Balmès d'abord; et (iioherti ensuite, quand je tiendrai le gouvernail...
« Adieu, mon cher ami. Tout va bien chez moi. liois moi-même, qui me sens l'atiuué de corps et d'esprit... .l'aurais besoin d'un long^ reposât je n'ai pour perspective que la prolongation indéfiniG de ce travail (jui m'accable. Oh! que j'aurais besoin de m'endormir un an dans une solitude et dans une idée! Dieu ne le veut pas : il faut donc croire que je me trompe. J'obéis sans y voir clair (1) ! »
Ces vacances furent très douces. Louis et moi, bien qu attelés à la mèmebesoiine et nous voyant tous les jours, nous avions rarement la joie d'être ensemble. C'était le travail qui nous réunissait, et il fallait se h.Ucr. Le journaliste est toujours pressé, toujours en retard. On échangeait rapidement des informations et des vues sur les choses courantes afin de les traiter en parfait accord. Cela c'est parler, c'est s'occuper dall'aires, ce n'est pas causer. Or, chacun de uousaimaitbeaucoupla conversation de l'autre, et d'ailleurs nous avions toujours des confidences à nous faire ou à nous répéter. Nul moyen, en un tel milieu, de se livrer tranquillement à la rêverie, à la llànerie, et de sentir, même en se taisant, que l'on s'entend le mieux du monde. A Reischoffen, où rien ne nous pressait, nous jouissions délicieusement du plaisir de dépenser notre temps sans y prendre garde. Et puis, la compagnie était charmante, joyeuse et
(1) Lettre du II! août \^i:.