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retira pas ; mais craignant à la fois de repousser les idées do transaction et de les introduire, il se mil, par le fait, à la suite de M. de Falloux. Le parti catholique devait en être affaibli ; et ce fut pour la cause religieuse le résultat le plus sensible des débats sur la Gonstituticm.
Ces débats, je n'ai pas à les suivre. Je me borne à donner sur eux et sur l'œuvre qui en sortit la conclusion de Louis Veuillot :
« Ce qu'elle durera, cette constitution, nul ne le sait ; ce qu'elle produira n'est pas difficile à prévoir : la discorde civile est dans ses tlancs...
« Solulio omnium difficultatwn Christus. Cette profonde parole d'un Père de l'Ég-lise est vraie aujourd'hui comme au siècle où elle fut prononcée; le Christ seul résoudra nos problèmes. >
« Nos constituants veulent maintenir un état social qui écarte le Christ, résignons-nous donc à périr. C'est un mauvais et lâche calcul de fermer les yeux pour ne point voir s'approcher l'orage, et il convient que nous autres, enfants de l'Église catholique, nous attendions le coup d'une Ame ferme et les yeux ouverts. Par notre attitude, rendons témoignage jusqu'au dernier moment, de notre inébranlable espérance, car nous tomberons avec eux, mais nous ne mourrons pas comme eux. La main qui moissonne est celle aussi qui sème; elle fauche l'ivraie pour la jeter aux flammes, et l'épi pour enrichir le sillon. »
Bien que les constituants ne se fussent pas arrêtés à l'idée chrétienne, un reste du sentiment ou du sentimentalisme religieux qui avait brillé à l'aurore du nouveau régime, jeta une dernière lueur lorsqu'on voulut promulguer la Constitution. Le dimanche 12 novembre, le nouvel archevêque de Paris, M^' Sibour, entouré de quatre évêques dont trois étaient représentants du peuple, célébra la messe sur la place de la Révolution, dite place de la Concorde. L'autel, bien en vue, était enveloppé de
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macililiquos louluirs de vrluiirs. Après la messe, le président de l'Assemblée, 1<' lil>re penseur Armand Marrast, debout sur une estrade, lut la Constitution, puis on chanta le Tr Dciini. Tout le monde olliciel était là et la foule ne manquait pas. Néanmoins la cérémonie l'ut froide. C'était une céiémonie politifjue, non nn acte <1(î foi envers Dieu ou même envers celte constitution pour laquelle ses auteurs priaient sans croire ;\ la prière. N'importe. Cela valait encore quelque chose. La France faisait officiellement acte de nation catholique, et, sans y réfléchir, revendiquait implicitement son titre de fille ainée de l'Église.
Le s<»in avec lequel Louis Veuillot sni\ait les tiavaux de l'Assemblée ne l'empêchait pas de traiter d'autres questions se rapportant, les unes aux incidents ou événements du jour, les autres aux intérêts de tous les temps. Je ne puis m'arrêter à toutes ces études; j'en siirnale seulement ([uel([ues-unes au passage. Voici une série d'articles sur les fêtes républicaines du passé et sur celles qui conviendraient aux temps nouveaux; voici tout un travail d'ami, d'écrivain, et de chrétien sur Edouard Ourliac, mort pieusement dans la douleur, la résignation et la sérénité, le 31 juillet 18V8 ; voici de nouvelles polémiques sur les affaires d Italie. Certes, il y aurait beaucoup à signaler dans ces divers travaux. Mais l'abondance des matières, je devrais dire des richesses, me commande de m'en tenir à l'indispensable. C'est à ce dernier titre qu'il faut parler de la presse catholique, des alliances qui se formèrent et des dissidences qui éclatèrent entre soldats de l'Église.
La rentrée complète et cordiale de Montalembeit à V Univers avait été précédée d'une semi-réconciliation avec l'abbé Dupanloup. Celui-ci, convaincu que la guerre ne pouvait lui prohter, voulut la paix. S'étant présenté à Vl'/iivers au moment où la besogne pressait, il ne put causer avec Louis Veuillot et lui écrivit. Je n'ai pas
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retrouvé sa lettre, mais la réponse très large de mon frère en indique bien le but et le ton. Cette réponse est du IV lévrier 18V8.
(< Monsieur l'abbé, vous m'avez vu en fonctions et vous pouvez comprendre comment je n'ai pas encore répondu à la bonne lettre que vous avez daigné m'écrire. J'en ai été touché et confus, point surpris, car j'ai pu me trouver en dissentiment avec vous, mais non me tromper sur vous.
(( Ce dissentiment, du reste, jo lavais si parfaitement oublié que je ne me le suis rappelé qu'au plaisir tout particulier que j'ai trouvé à vous serrer la main. Si nous avions été seuls, j'aurais profité do l'occasion pour vous dire une chose que j'ai sur le ca'ur depuis bien longtemps; c'est qu'il ne faut pas croire certains propos que j'ai su qu'on vous a rapportés. Je ne les ai pas tenus tels qu'on vous les a redits et je vous prie de me les pardonner tels que je les ai tenus dans le premier feu d'uoe mauvaise humeur qui n'a jamais pris garde aux indiscrets... »
Je le répète, c'était trop large. Mais les avances de l'abbé Dupanloup avaient extrêmement touché Louis et il ne savait pas se donner à demi.
Réconciliés la veille de la Révolution, il était naturel <|u"on s'entendit tout à fait le lendemain, d'autant plus que Montalembert poussait ferme à l'accord complet. L'abbé Dupanloup marcha donc avec V Univers, mais il se tint à l'arrière-garde jusqu'au jour où, le terrain étant à peu près dégagé, on pourrait y voir clair. J'ai lieu de croire qu'alors il caressa l'idée de prendre part à la direction du journal. Il fit des allusions qui allaient là. Louis Veuillot n'y voulut rien comprendre. Trop fin pour insister et s'exposer à un refus catégorique, M. Dupanloup se tourna d'un autre côté. LAmi de la Reiigio/i végétait, il l'acheta, — je veux dire qu'il le fit acheter par des amis, — et travailla de toutes ses forces à le relever. Il avait dans
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l'épiscopat l'I dans les salons on abondait la licliesse hcauconp df iclalions ; il frctnva hran(<>ii|) d-ii-^ont, drtivs utiles appuis et de hons collai)oiat('Uis. Montalcnibert lui ilu nombre ainsi (juc deux anciens rédacteurs do VUnivers, Henry et Charles do Hianccy.
Tout ce travail se lit sans troubler en rien les bons rapports otablis avec I^ouis Vouillot ot VCnivers. Loin de là, le ,i<»ur où \'.\//ii dr la Hr/igioti, renouvelé, parut, iM. I)ui).inl()up (l(jnna un dincr d'inauguration où nous fûmes invités, mon fréir et moi. Montalembcrt poi-tasans apprêt un toast à l'amphitryon ot aux deux journaux que ce repas intime unissait. Labbé Dupanloup. dans sa réponse, fit à Louis Veuillot un comj)liment dont mon frère le remercia en le complimentant à son tour. Ce f<it très aimable et suffisamment sincère. Sans se faire l'illusion d'un accord parfait et pormancnt, on voulait vraiment marcher cnsemblo. Kt puis navait-on pas, outre les mêmes ennemis, les mêmes adversaires.' (»rla communauté d'adversaires est un i^rand élément d'union.
L'adversaire commun était alors l'écolo catholique et démocratique particulièrement représentée dans la presse par l'Are Nouvelle. Cette feuille, fondée en avril 1848, avait vite perdu le concours de Lacordairo. Il y était encore de nom que déjà il ne s'en occupait plus. M. de Coux aussi l'avait quittée. Mais des hommes distingués lui restaient, notamment Frédéric Ozanam ot l'abbé Maret. Ce dernier, sans être un maître écrivain comme Ozanam, avait beaucoup de talent. Sa polémique était très habile, peut-être trop habile. Les journées de Juin, leure suites et les débats sur la Constitution n'avaient pas entamé la foi de ces catholiques en la république. Ils l'aimaient pour elle-même. Quoi qu'elle dit, quoi qu'elle fit, ils comptaient sur elle pour justifier l'axiome do leur g^roupe: Le cliristianistiie, c'est la (hhitocratie . Partant de là, ils s'élevaient contre les catholiques qui tout en déclarant que la liberté, l'égalité, la fraternité, par conséquent la
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démocratie bien comprise découlaient de l'Évangile, n'entendaient pas les suivre dans toutes leurs déductions. Ils déploraient ces réserves; ils y dénonçaient, en visant Montalembert et V Univers, des tendances rétrogrades, un amour coupable du passé, un danger pour le présent et l'avenir. Bref, ils voulaient manifestement une discussion approfondie sur ces graves questions. Louis Veuillot retarda tant qu'il put cette polémique, « pour ne pas donner lieu aux gémissements de quelques bons chrétiens qui, sans prendre garde aux principes, lèvent les yeux au ciel et croient tout perdu dès que deux journaux religieux se montrent eu désaccord ». Montalembert, partisan d'abord du silence, jugea qu'il fallait enfin parler. Dans deux lettres adressées îi Y Ami de la Religion, et que reproduisit V Univers, il combattit avec vigueur, aux applaudissements du parti catholique, les thèses de YÈrr Nouvelle. Celle-ci répondit, et Louis Veuillot répliqua. Ce travail remplit 36 pages du troisième volume des Mélanges. J'en veux indiquer brièvement la cause, le fond et la conclusion.
Dès le "2'i- février, Y Univers avait nettement et même avec entrain accepté la république. Il n'eut pas d'eli'ort à faire pour accepter également la démocratie. Maintes fois déjà, il avait signalé sa marche en avant, annoncé son règne légal et dit qu'il fallait s'y préparer. Mais son adhésion à la démocratie ne comportait pas la confiance en tous les démocrates et la sympathie pour toutes les écoles dites démocratiques. S'il voyait là du bon, du nécessaire, de l'inévitable ; il y voyait aussi du mauvais, du dangereux, de l'irréalisable ; il l'avait toujours dit, il le répétait, et plus l'esprit révolutionnaire dominait le gouvernement et pénétrait le pays, plus il y insistait. Cela déplaisait fort à l'Ère Nouvelle. Passionnément républicaine, parce que la république était pour elle la forme obligatoire de la démocratie, toute critique qui pouvait faire douter de l'excellence du régime l'irritait. S'élever
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vivement contre les cl«''ciarations et les actes de l'Ktjit cuniraires aux droits de l'Kglise, c'était vouloir oiii|)<-clier Tacrord entre l'Kglise et l'État. L'I'nirns, Un dalilx' Maret. commettait ce crime constamment et de parti pris. L horreur de la répul»li(|Ue et de la dém<»cratie le menait là. Louis \«niillol répondit :
« Nous croyons qu'il n'y a de vrais démocrates que les vrais chrétiens, et cette thèse nouvelle est la foruiule de notre adhésion à la Uépuldique. Si nos amis l'ahhé Maret et Fi'édéric Ozanam a\aieMt le lenq)s de parcourir la eollectiou de Yl'nirrrs, ils y trouveraient leur iiou\eauté souvent exposée par nous avant qu'ils ne vinssent à la découvrir, et elle nous semhlait alors aussi vieille que l'Évangile. Nous ne sûmes pas, il est vrai, lui donner le lustre un peu farouche qu'elle a reçu d'eux, mais enfin, sauf le talent, nous avons dit alors tout ce (ju ils disent d'aceeptahie auj<»urd'hui. Nous avons proclamé les premiers de nous-même, et, hientiM après, nous avons répété avec tout l'Episcopat français (|ue les catholiques ne sentaient eu eux rien ([uileséloign.H des idées répuhlicaines; qu'ils avaient depuis longtemps le sentiment de la fraternité, la pratique de l'égalité, le goût de la liberté.
« Alors comme aujourd'hui, nous étions des chrétiens, c cst-à-dire des hommes éminemment gouvernables, qui ne se soulèvent point contre les pouvoirs et qui ne s'étonnent i)asdeles voir tomber : qui savent (jue l'Kglise accepte toutes les formes de gouvernement, bénit toutes celles qui la protègent et ne s'attache absolument à aucune; qui, par conséquent, ne repoussent aucun essai régulier, ne s'insurgent contre aucune loi supportable, ne se refusent à aucun sacrifice ou de sentiment, ou de repos, ou de fortune ; mais qui, en même temps, ne soumettent leur conscience qu à Dieu et ne placent qu'en lui leur espoir. »
11 demandait à Y Ère Nouvelle, non de s'associer à nos réserves, mais de les tolérer comme nous tolérions, sans les partager, ses illusions et sa confiance. Il établissait
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ensuit»' «[uc nos réserves étaient fondées et que la (•<»iiliancr de nos amisnelétnit point.
lue parole très bien reçue alors des catholiques libéraux et des oatholicisants, était celle-ci : « Il faut réconcilier l'Église et la démocratie. >; — Ne parlez pas ainsi, disait Louis Veuillot : pressez les démocrates d'aller à l'Église, enseignez-leur qu'elle est ouverte à tous et particulièrement à ceux qui souffrent, que la démocratie ne peut vivre avec force et dignité que par elle ; mais ne leur dites pas qu'elle doit se réconcilier avec eux. L'expression est fausse, dangereuse, coupable. Elle faitcroire. toutau moins, à des torts réciproques. « Eh ! quels sont donc les torts du catholicisme envers la démocratie? Quel mal lui a-t-il fait? Quelles concessions lui doit-il faire.* Quels dogmes ou quels conseils contraires à tous ceux que la démocratie peut honorablement aimer doit-il abjurer? Quel enseignement eff;>cera-t-ildo ses livres? Quel article fera-t-il disparaître de la pierre où le doigt de Dieu a gravé ses codes impérissables, et quelle portion de nos cœurs arrachera-t-il de nos poitrines, pour que ce cœur, toujours le même depuis Adam, puisse désormais se passer de telle ou telle partie de la loi que Dieu a formulée tout entière sur ses immuables instincts? >>
VhJre .Vo//re//(? n'abandonna point sa thèse sur la réconciliation du catholicisme avec la démocratie par le moyen de la république, mais elle lui donna moins de développement (1).
Une question d'un autre ordre, très importante aussi, commandait alors toute l'attention des catholiques. La ('onstitution était votée et pronudguée; il fallait, par le suffrage universel et direct, donnera la république un pré-
(1) Une seconde polémique àeVCiiivers contre l'Ère .Youvelli' porta sur les droits réciproques des peuples ot des gouvernements. Cette grave question fut traître dans Vi'nivers avec beaucoup de science et une grande nottet"' par Melcliiordu Lac, qui. plus tard, fit sur ce sujet un livre intitul'l'Églisr '■( rÈUtl.
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sidcut. \.o rlioix pour les catlioliijucs «'lait d'aiitaiit plus enihanassaul ()u"ils lu- pouvaient avoir iiiMandidat l»ieii à eux. Au drliut, plusieurs uunis turent mis avec plus ou moins de sérieux en avant. Chaque groupe politique indiqua, à fout hasard et sans y tenir, son homme. Parmi les candidats qui prirent de la sorte rang dans la piesse, ou seulement dans les conciliabules i)oliti(]ues, il y eut, du côté conservateur, .MM. Molé,Thiers, le maréchal liugcaud, Icgénéral Cliangarnicr. I.amartine. Les radicaux portèrent Lediii-Kollin elles démagogues Haspail 1 i.
La candidature du comte Mole no tut qu'un hruit de salon etecllcde Thiers qu'un hruit de presse. Le maréchal liugeaud, avec son éclat militaire, ses grands services, sa juste réjuilation d'homme à poigne, pouvait être le candidat des conservateurs et obtenir beaucoup de sutfrages dans la classe populaire, surtout chez les paysans. Aussi, parmi les orléanistes et dans le parti modéré rallié à la république, mais n'aimant pas les républicains, songeat-on vraiment ;l lui. De son cùté, il était disposé à courir cette chance. Il lit demander à Louis Veuillot si sa candidature pourrait obtenir l'appui du clergé et des chefs du parti catholique. « Les catholic|ues, lui répondit mon frère, ne soutiendront aucune candidature qu à ces trois conditions, favoriser la liberté de iKglise, la liberté de l'enseignement, la liberté de la commune. » Comme il fallait craindre les indiscrétions de la poste, un ami commun du maréchalet de mon frère, le docteur Henri Parrot, de Périgueux, fut l'intermédiaire de ces pourparlers. Si la bataille électorale s'était engagée dans des conditions normales, il y aurait eu certainement là «juehjne chose à faire ; mais l'entrée en scène du « neveu et héritier de l'empereur », changeait tout. Bugeaud le comprit, s'effaça et déclara comme MM. Mole et Thiers qu'il voterait pour Louis-Napo-
(l)Un groupe révolutionnaire, dans l'espoir d'égarer des voix napoléoniennes, jiorta un certain Napoléon Lebon. Cette grossière manœuvre n'eut pas de succès.
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léon. Le prince et Cavaii^nac restèrent donc les seuls candidats du « parti de l'ordre ».
De ces candidats, tels qu'ils étaient alors, lequel choisir? Aucun des deu\ n'oH'rait de garanties aux catholiques et ceux-ci n'étaient pas assez forts pour imposer des conditions. Que faire? Le groupe de l'Ere Nouvelle, toujours pressé d'affirmer son républicanisme absolu, se déclara immédiatement et passionnément pour Cavaignac. Montalembert marqua très vite qu'il penchait vers Louis-Napolëon. Louis Veuillot, se défiant à peu près également de l'un et de l'autre, ne pouvait se décider à prendre parti. En attendant que le choix lui parût possible, il rappelait les règles que les catholiques s'étaient données en matière électorale : mettre l'intérêt religieux au-dessus de l'opinion politique. i> Tous les candidats, disait-il, nous promettront de maintenir l'ordre, de respecter la liberté, de défendre la propriété et la famille; mais s'engageassent-ils à faire remonter le 5 % au-dessus du pair, nous exigerions quelque chose de plus, l'unique chose que nous ayons demandée à la monarchie et que nous demandions à la République, à savoir : la liberté de la conscience chrétienne, l'affranchissement complet de l'Église, laffranchissement complet de la famille, aujourd'hui encore asservie aujoug des sophistes universitaires... « Et comme aucun des deux candidats, par son passé, ne promettait d'entrer dans une telle voie, il conseillait aux catholiques de ne prendre encore aucun engagement.
C'est dans l'Univers du 29 octobre que Louis Veuillot parlait ainsi. Dès le lendemain, il recevait la visite de M"" Cornu. Cette dame, femme d'un peintre distingué, tenait d'assez près au prince. Fille de la femme de chambre favorite de la reine Hortense, elle avait eu pour parrain Louis-Napoléon, d'un an seulement plus âgé qu'elle. Les deux enfants avaient été élevés ensemble et étaient restés bons amis. M"" Cornu, républicaine déterminée et liée par ses relations au groupe qui entourait Cavaignac, don-
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liait ccpcndaiit un appui passionné à la candidature du prince; et hien que lilirc [)enseuse, «die v<'iiait reconimandci" son candidat au rédacteur en chef de \l /liccrs en le déclarant bon catholicjue. A lappni de sa parole, elle produisit des lettres, qui manifestement n'avaient pas été écrites pour la circonstance. (Juaiid Louis-Napoléon était au cliAteau de Ham, prisonnier de Louis-Piiilippe, M'""' Cornu faisait à Paris ses commissions; elle lui achetait du lin^e, d(! la parfumerie, des confitures, des livres, etc. Kn même temps qu'il lui demandait ces achats, le prince, qui la traitait en amie, presque en sœur, l'entretenait avec simplicité de ses sentiments intimes, de sa croyance en Dieu, de ses prières. Dans une de ses lettres, il disait à sa correspondante de faire hniler à ses intentions un cierge à N'otre-Damc des Victoires. Celte C(miinunicati(>n intéressa Louis Vcuillot inaisneriidluenca guère. M™' Cornu ne se contenta point do dire que Louis Bonaparte avait eu de la religion en prison, elle assura qu'il en avait toujours et ajouta qu'il voulait la liberté de renseignement. Enfin, elle dit à mon frère que le prince aimerait à le voir. — Hum ! cela le compromettrait et moi aussi, répondit en souriant le rédacteur de V Univers. M"" Cornu demanda l'autorisation de revenir, qui lui fut galamment accordée.
Quelques jours plus tard, un des familiers de Louis- Napoléon, M. Frédéric HrilFaut, je crois, vint dire à Louis Veuillotque « Monseigneur »> serait heureu.x de se rencontrer avec lui, afin d'être bien fixé sur les revendications des catholiques. Mon frère répondit très courtoisement que le prince étant déjà en relations avec le comte de Montalembert, mieux valait, s'il désirait de nouveaux renseignements, qu'il continuAt de s'adresser au chef du parti.
Montalembert, assez content du langage que lui tenait Louis-Napoléon, passa délinitiveiaent de son côté. Louis Veuillot voulut attendre encore. C'était aussi le sentiment de l'abbé Dupanloup. L'/:/r Souvelle au contraire s'indi-
gnait qu on put soiiifci' au prince. I>ans cette tendance elle voyait l'oubli complet du devoir, le sceplicumc politique, la ilêserlion des principes, etc. Louis Veuillot relevait avec une pointe de raillerie ces gros mots, puis rappelait le programme catholique :
(( Ouand Tun ou l'autre des candidats ;'i la pr(''sidence personnifiera pour nous les idées auxquelles appartient l'avenir, c'est-à-dire les idées catholiques, alors nous nous prononcerons. Jusque-là, nous continuerons de nous réserver... Notre concours est à l'homme qui s'approchera le plus ou qui s'éloignera le moins de ces idées d'hier, d'aujourd'hui, de demain et de toujours, car nous croirons cet homme plus propre qu'un autre à fonder un gouvernement qui facilite le retour de la France à la civilisation chrétienne, et ce gouvernement sera pour nous le meilleur gouvernement, le seul républicain, le seul démocratique. »
En dehors des discussions ardentes de la presse, des démarches directes, autorisées et pressantes étaient faites au nom des intérêts religieux près des candidats. Cavaignac affirma de haut, avec raideur, ses bonnes intentions, mais refusa toute promesse. Il était blessé qu on lui demandât de s'engager. Louis-Napoléon, plus courtois, plus modeste, et surtout plus habile, convenait qu'il y avait quelque chose à faire en matière d'enseignement, de liberté religieuse, d'organisation administrative, etc. ; il ajoutait même volontiers qu'il serait l'homme des justes réformes, comme l'homme de l'ordre; mais il se gardait de préciser. A JMontalembert qui lui avait posé une question sur la liberté de l'enseignement et la liberté d'association, il avait répondu : J'y réfléchirai sérieusement, non sans ajouter qu il ne promettrait rien de contraire à sa pensée, même pour obtenir trois millions de suffrages. Voici la phrase qu'il accorda aux catholiques dans son appel électoral : « La protection de la religion entraîne comme conséquence la liberté d'enseignement. » Cela