KM IS VEIILI.OI
valait miiiix (lUf rien, mais (•'('•tait bien peu. Louis Venillut trouva (\uv ce n'rtait pas assez. Tel fut aussi l avis du Comit(}catl)oli(|ue ; il r«!*solut, coiiiine Vl'nivrrs, de n'avoir pas de candidat ofliciel.
Sur ces entrefaites, une révolution, commencée par un assassinat, éclatait à Home. Le comte Hossi, devenu le premier ministre du Pape, tombait s(»us un coup de poignard et Pie 1\ était prisonnier du parti des assassins. Os g-raves nouvelles arriviMcnt à Paris le 2'^ n(jvembre. Dès <|u'elles furent confirmées, un député républicain, M. Bixio, interpella le gouvernement. Il lui demanda ce qu'il comptait faire, pour protéger dans la personne du Pape, le droit même des croyances religieuses. Le général Cavaignac répondit (ju'à la nouvelle des événements il avait donné l'ordre d'embarquer une brigade de trois mille liommcs qui serait transportée sur le territoire pontilical, pour assurer la Hberlr pcrsontu-lle du Souverain Pontife et lui oUrir, au besoin, l'bospitalité de la France. Il annonra que M. de Corcelles, représentant du peuple, était déjà parti pour Home, comme envoyé extraordinaire du gouvernement franc^ais. Il avait ordre, d'ailleurs, ainsi (]ue notre ambassadeur, de n'intervenir en rien dans les diileronds politiques qui s'étaient produits entre le peuple et son souverain. La France voulait protéger la personne de Pie l\, rien de plus. « Ce n'est point le Pape, s'écria Louis Veuillot, c'est la Papauté qu'il faut préserver des injures d'une borde de scélérats dont le pouvoir est la ruine et l'opprobre du monde. "
Le débat fut repris, Montalembert parla généreusement et courageusement, en véritable catholique. Il remercia le gouvernement du peu qu'il avait fait et le pressa, dans le plus noble, le plus pathétique langage, d'achever sou œuvre. Ni le chef du pouvoir exécutif, ni son premier ministre, — un catholique, M. Dufaure, — n'entendaient aller plus loin. Ils le déclarèrent nettement et platement. L'Assemblée, se mettant au niveau des représentants du
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pouvoir, vota un ordre du jour plat. Il y était dit qu'elle se réservait de prendre plus tard, s'il y avait lieu, une décision quelconque.
Puisque l'Assemblée offrait un asile au Pape afin de le soustraire aux colères de ses concitoyens, le Nonce devait remercier; il n'y manqua point. Sa lettre, lue en séance parle président, reçut d'unanimes témoignages d'approbation. La réponse du président obtint aussi des applaudissements, mais tout le monde ne s'y associa point. Elle était presque impertinente. Le Nonce avait rappelé le déroucment traditionnel Aq la France à l'Église; M. Marrast répondit : « La république, qui a le droit de choisi?- dans les traditions du passé, restera toujours fidèle à celles qui ont montré la France hospitalière à toutes les grandes infortunes. »
En offrant ïhospitalité au Pape, nos gouvernants tenaient beaucoup moins à secourir un infortune qu'à faire une réclame électorale à leur chef, le candidat Cavaignac. Us manquèrent leur coup. Louis-Napoléon s'était abstenu dans le vote sur l'envoi des trois mille hommes. Il comprit vite — Montalembert et le nonce l'y aidèrent — que cette abstention lui nuirait près des catholiques, s'il ne l'expliquait pas. Voici l'explication qu'il donna par une lettre adressée au rédacteur en chef de ÏL'nivers:
« Paris, 2 décembre ISIS.
« Monsieur le rédacteur de V Univers.
« Apprenant qu'on a remarqué mon abstention dans le vote relatif à l'expédition de Civita-Vecchia, je crois devoir déclarer que, tout en étant décidé à appuyer toutes les mesures propres à garantir efficacement la liberté et ïautorité du Souverain Pontife, je n'ai pas pu appuyer par mon vote une démonstration militaire qui me semblait dangereuse pour les intérêts sacrés que l'on voulait protéger et de nature à compromettre la paLx de l'Europe.
288 I.OLIS \i:ril.l.i»T.
« Ueccvcz, Monsieur le rédacteur, l'assuranc*' do mes sentiiiKMits distingués.
« l^ouis Nm'oi.imn |{(>\ M'aimi;.
l/c.\plicali(>n rtait li.ihilr cl iiiriiic bonne. Kllc i»lut beaucoup aux catholiques.
Le prince fit bicutAt un pas de [)lus. Un sien cousin, prince de Canino-Bonaparte, comptait parmi les chefs des révolnfioniiaiies romains. Il le désavoua par la letli-e suivante cjnil communiqua A V ['/ilrr/s en même temps qu il l'adressait au Nonce :
•■ 7 «It'cembrc lx\x.
«■ Monseigneur,
« Je ne veux pas laisser accréditer auprès de vous les bruits qui tendent à me rendre complice de la conduite que tient à Uome le prince de (^anino.
u Depuis longtemps, je n'ai aucune espèce de relations avec le fils aîné de Lucien Jîonaparte, et je déplore de toute mon Ame qu'il n'ait point senti (jue le maintien de la souveraineli' temporelle du chef vénérable de l'Église était intimement lié avec l'éclat du catholicisme comme à la liberté et à l'indépendance de l'Italie.
« Hecevez, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments de haute estime.
« Louis Napoléon Bo.n aparté. »
Ces déclarations méritaient au candidat les voix des catholiques. Il les eut presques toutes. Celles de Louis Vcuillot et la mienne ne lui manquèrent point. 11 fut élu par 5.i:3i.'22G sutlrages. Quatre millions de majorité sur le général Cavaignac ! Montalembert célébra ce triomphe dans Yl'nivers, avec une joie enfiévrée.
La phase républicaine de la deuxième république était close. A tout prendre, les catholiques n'avaient paseu beaucoup i\ s'en plaindre. Après avoir trop espéré de ses
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débuts, ils s'alarmèrent trop de ses écarts et de ses menaces. Ce l'ut un gouvornoinent aluiri, plutôt (ju'un gouvernement révolutionnaire et méchant. IM'isdansson ensemble, il ne voulait pas le mal, mais il le laissa grandir, sans bien s'en rendre compte. C'est que, sauf le lendemain des journées de juin, il fut presque sans force et manqua toujours de volonté et de principes. Cavaignac, vainqueur de l'insurrection, pouvait tout; mais dès qu'il fût le maître, il ne sut plus que faire. Le soldat devenu homme politique manqua de décision ; le décousu marqua ses actes comme il avait marqué ceux de tout le Gouvernement provisoire et de la Commission executive.
Il en fut tout particulièrement ainsi sur le terrain catholique. La déférence pour l'Église et des actes contraires à ses droits; les démonstrations d'aspect religieux, qui furent parfois du jeu notamment au sujet des arbres de la liberté et les menaces à la religion allèrent sans cesse de compagnie. Cependant aucune mesure décisive devant durer ne fut prise. Les évèques, tout le clergé, les œuvres charitables ou pieuses, malgré des secousses inquiétantes, eurent en somme plus de liberté que sous Louis-Philippe ; et s'il y eut bien des motifs de craindre, il y eut aussi des motifs d'espérer.
Cho.se étrange, les chefs du parti de l'ordre, qui tousse tenaient pour d'habiles politiques, des hommes prévoyants très fins et très forts, ne comprirent pas que les cinq à six millions de voix données à Louis-Napoléon criaient très résolument: Vive l'empereur! Deux ans plus tard, M. Thiers, battu par un vote de l'Assemblée nationale, s'écriait : L'empire est fait ! Il était fait depuis le 10 décembre 18i8.
Avant que le scrutin fût dépouillé, avant môme qu'il fût ouvert, le succès du Prince paraissant assuré, MM. Mole, Thiers, de Broglie, Bcrryer, Montalenibert, etc., s'étaient, d'accord avec lui, mis à l'œuvre pour constituer un ministère conservateur où figuraient tout au plus un ou deux républicains de la veille pris parmi les plus modérés.
2',>0 LOUIS VKIII.I.OT.
Oiiellc )>art serait Initc aux catli<)Ii(nios ot aux l(';,j;ifiiuisles dans cette combinaison ? Les vrais chefs de parti devaient rester dans la coulisse. Ces personnages craignaient de déroger en devenant les ministres de l'ancien prisonnier de Ilani, en (jui, sauf Monlaleiiihert, ils aimaient à voir un homme d'aventure sans mérite sérieux, ne pouvant hjugtemps durer. Et puis, il fallait ménager les républicains de l'Assemblée et ne pas heurter trop fort l'espiit public. De son côte, Louis -Napoléon, (jui se réservait déjouer et Jouait déj.'i ces politiciens de haute volée, ne se souciait point de leur confier les portefeuilles. Il eût paru en tutelle. Dans tous les actes importants du pouvoir, l'opinion aurait vu les ministres et non le Président. On chercha donc des sous-ordres. M. de Falloux, qui venait, dans le parti catholique après Montalembert, et dans le parti légitimiste après Berryer, fut désigné pour le ministère de l'instruction publique et des cultes. Il avait de la valeur, de l'ambition et du savoir-faire; il était suffisamment en vue; nul ne pouvait contester qu'il fut l'un des premiers parmi les seconds; enfin, son ami .M. de Persigny le cautionnait près du prince. C'était vraiment Ihomme de la situation. Il le comprenait très bien, et lorsque M. Odilon Barrot, futur président du Conseil, vintlui dire : « Je compte sur vous », j'imagine qu'il n'arriva pas sans peine à paraître surpris. Cependant, s'il fallait en croire les Mémoires de M. de Falloux et la ] le de M^' Dupanloitp par l'abbé Lagrange, le suppléant de Berryer et de Montalembert n'aurait accepté le portefeuille ministériel que contraint, contrit et forcé. Dans ces récits, M. de Falloux oppose le refus le plus formel à M. Odilon Barrot et au prince luimême, il résiste aux assauts de Montalembert, aux instances émues du Père de Bavignan, aux mécontentements de M. Mole, aux raisons de M. Thiers; il se claquemure chez lui, puis craignant qu'on force sa porte, il va se cacher dans une maison discrète. Il est sauvé ! Non. Il avait compté sans M. l'abbé Dupanloup. Celui-ci. après six heures de re-
clierchcs tourmentées et inutiles, songe tout à coup que le fugitif pourrait bien être chez M""' Swctchine, leur amie à tous deux, où il allait àpeu près tous les jours... Il y était. Il résiste encore. Enfin, devant les instances et remontrances cordiales, véhémentes, patrioti(jues, catholiques, de l'éloquent abbé, qui lui montre le président prêt à se jeter dans les bras de Jules Favre et de Victor Hugo, il se rend, il se dévoue.
Quel conte !
Que M. de Falloux tout en désirant le ministère ne l'ait pas accepté sans quelque hésitation, c'est probable. Il ne pouvait se dissimuler qu'il aurait une besogne difficile et allait jouer une grosse partie. Mais de ces inquiétudes aux angoisses qu'on nous décrit, il y a loin. Quelques-uns de ceux qui le virent alors, eurent d'autres impressions. Odilon Barrot, dans ses Mémoires, parle de manière à faire voir que son futur collègue contint ses hésitations dans la mesure d'une aimable coquetterie politique. On voulait, dit-il, faire entrer dans le premier cabinet de Louis-Napoléon, un député qui eût la pleine confiance du parti légitimiste et fût, en même temps, relié aux idées de progrés et de liberté nécessaires chez un ministre de la république, puis il ajoute : « M. de Falloux joignait à des convictions catholiques très prononcées, des sentiments libéraux incontestés. Je le vis à cette occasion et fus assez heureux pour le décider à accepter. » Ce tranquille langage ne donne aucunement l'idée d'une lutte désespérée. 11 ne semble pas non plus que le futur ministre ait fait au prince en personne une de ces résistances qui découragent, puisque celui-ci, après deux minutes de conversation où il avait entendu un refus hésitant, lui dit : « J'espère que ce ne sera pas votre dernier mot. » Son espoir ne lut pas déçu (1).
(l) Loiiis-Xapolôon avait indiqué le jour même où il se di'clara candidat, l'intention de ne pas se livrer aux chefs du parti de l'ordre. JI. Tliicrs, qui se préparait à le gouverncM-, lui apporta un projet d";ippelaux élec-
•Jîf2 LOUIS VEl'ILI.OT.
M. ileFalloiix, voulant s'assuror comme minisire l'appui clos cathniiques notables, réunit divers (rentre eux; il leur (lit (]u'il était essentiellement leur homme, ci leur demanda s'il devait accepter un portefeuille, ajoutant que leur avis était le dernier qu il voulût prendre et serait décisif [l i.
Louis Veuillot opina pour le refus. Son opinion coml)attue avec des emportements d éloquence par l'abbé Dupanloup, écartée par le W de Kavi;i,'-nau et par Montalembcrt, presque acceptée par Lenormant, eut pour unique résultat de g-éner un peu le consultant. .le vis M. de Falloux deux ou trois jours après celte réunion : j'affirme qu'il me montra la ligure d'un homme heureux. Il avait le droit d'être content. Si le poste qu'il prenait offrait des périls, il y pouvait rendre de grands services. Lutter contre un ennemi redoutable, et faire avancer sa cause sont choses séduisantes pour l'homme qui se sent du mérite et de l'énergie. 11 était cet homme. Malheureusement, il pouvait être aussi le libéral porté aux compromis... 11 le fut. Mais à cette date, il y avait encore lieu d'être en doute sur ce point. Les catholiques militants, — Louis Veuillot tout le premier, — pensaient ou espéraient que s'il avait été un peu trop souple pour arriver, il saurait désormais être ferme. On attendait beaucoup de lui. On le voyait, faisant comprendre à ses collègues, les devoirs de la France envers la Papauté, rappelant avec succès au Président ses engagements de candidat au sujet du pouvoir temporel, cherchant pour l'épiscopat des prêtres de choix, et présentant, pour couron-
toins. Le prince le lut lentement, puis le plia avec soin et le remit à l'auteur en lui disant: C'est très bien, c'est même trop bien pour moi. On verrait que ce n'est pas mon œuvre. J'ai préparé quelque chose de moins brillant et de plus court; je m'y tiendrai. Ce trait nous fut rapporté par Montalembert qui s'en amusait fort.
(1) Il tint le mémo jour le même langage à une réunion composée de légitimistes.
ner son œuvre un projet de la loi qui donnerait la liberté de l'enseignement. C'est à la revendication de cette liberté, disait-on, qu'il doit son portefeuille. Il paiera sa dette.
N'était-ce pas espérer trop ?