‹ Louis VeuillotChapitre 40 sur 73 · I.OL'IS VKUILLOT · texte numérisé non relu

I.OL'IS VKUILLOT

Proiidlion que Vindex, l»oii logicien, va dcveloppei' : « Notre principe à nous, cost la nérjaliun de tout dogme, notre donnée, le néant. Nier, toujours nier, c'est là notre méthode : elle nous conduit à poser comme principes, en religion V athéisme, en politique Vanarcliie, en économie politique la non-propriété! »

Le dialogue remplit une soixantaine de pages; l'auteur prouve que les formules proudhonniennes découlent des thèses de la libre pensée; puis il montre ce qu'elles doivent donner.

Vindex, vaincu de la veille, prépare déjà sa revanche; il dit avec véhémence que les bourgeois sans amour et sans Dieu, sans foi ni loi, ses vainqueurs, lui fourniront le moyen de détruire tout leur ordre social :

'< Spartacls. — Scélérat! tes désirs infâmes seront trompés. La société ne périra point, mais tu lui feras perdre les précieuses conquêtes de l'esprit moderne. La réaction seule profitera de tes crimes. Tu nous ramèneras au règne des castes et du privilège.

« Vindex. — Que m'importe? Maître pour maitre, j'aime autant un Montmorency que toi.

« Spartacds. — Je t'adjure d'y penser au nom de la patrie...

« ViNDKX. — .le n'ai point de patrie.

« Spartacls. — Au nom de Dieu et de tes frères...

« Vindex. — Il n'y a plus de Dieu et nous ne sommes pas frères.

« Spartacls. — Tu te laisses emporter par une aveugle fureur. Descends en toi-même. Citoyen, ne hais-tu pas les tyrans?

« VixDKx. — Esclave, je hais les hommes.

" Voix AU LOix. — Sentinelles, prenez garde à vous!

« Vindex. — Oui, prenez garde a vols! Mais vous veillez en vain. L'ange du ciel ne garde plus la ville. Une pose plus sa main sur le cœiu' du peu})le, pour en comprimer les battements formidables; il n'y verse plus les paroles

30K LOL'IS VKl ILLOT.

(jui ttt'iLnicnt la haine et 1 rmic l/aiiîre s'est enfui du militu «le vos cités ot m'en a laissé nialtrc. Voiliez, piV-tcz l'ctreille : tout est calme, je suis vaineu. je tiavaille... Je répare la brèche que jai faite sur les barricades à ce fer, mon gat;ne-pain et mon vengeur!... »

Tout (le suite après Vindex, (jui parut en février iHWi, et lit du bruit, Louis Veuillot écrivit, pour la lievuc drs Deux-Mondes, Le L'ndnnuin de la victoire. Vision, <]ui porte cette dédicace : .1 tnon frvre. C'est à l'instigation de M. Charles de Kémusat, déjà premier li<'utenant de M. Thicrs. que Buloz vint demander au rédacteur en chef (le Wnivers (( (juel<[ue chose pour la Hevne ». Louis Veuillot avait, en 18V">, repoussé une semblable proposition, mais les temps n'étaient plus les mêmes et, cette fois, l'accueil fut différent. — J'accepte, dit-il, seulement j entends parler dans la Heme comme chez moi. — Puisque je viens à vous, répondit Huloz, c'est que je trouve bon d'avoir chez moi du vrai Veuillot. Je désire cependant que vous ne soyez pas trop dur pour nos amis. Vous le pouvez bien puisque maintenant nous sommes tous du parti de l'ordre... Louis indiqua en gros ce qu'il comptait faire et se mit à la besogne.

Le Lendnnniîi de la victoire est. au fond, la suite de Vinde.i . Louis Veuillot l'a écrit, sans se proposer nettement de lui donner ce caractère, mais par la nature du sujet, il en a été ainsi. La forme littéraire est la même : le dialogue. Dans Vinder. nous entendons un socialiste révolutionnaire développer logiquement contre un libre penseur repu, les doctrines de ses maîtres et indi- (juer leur aboutissement. Dans Le Lendemain de la victoire, nous assistons au triomphe du socialisme et nous voyons ses œuvres. C'est, sur toute la ligne, l'action substituée à la théorie. Vindex met en scène deux personnages seulement; Le Lendemain de la victoire eu met cinquante-cinq, et chacun d'eux, même entre gens de même classe, ou de la même école, a son cachet par-

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ticiilicr. L'ouvrage est divisé en deux parties comptant, la première, quinze scènes, la seconde, vingt-deux. Malgré cette niullitude d'acteurs et la multiplicité des incidents, nulle confusion, ni dans le récit, ni dans les événements. Tout se déroule avec un ordre parfait; tout y est loi^ique. On y voit les démagogues devenir les internationalistes, les sans-patrie, et quand ils sont vaincus, demander grâce en criant : Vive l'empereur 1 Et cette vision fut publiée près de trois ans avant le coup d'État qui fît l'empire.

A la dernière scène, le chef de la révolution sociale, le Vengeii?', le seul qui ne veuille pas se rendre, est assassiné par « ses frères », qui attendent de ce nouveau crime leur grâce. Un prêtre parait, c'est un Jésuite :

« Le pkre Alexis. — Grand Dieu, grand Dieu, juge terrible! C'est assez de colère! Miséricorde, ô mon Dieu! (// aperçoit le Vengeur.) Voici l'homme qu'on vient de massacrer. Voyons s'il respire encore. (// ^'approche du Vengeur, le relève et l'assied contre un inur.) Mon frère ! mon frère !

« Le Vexueur, avec effort. — Qui es-tu.'

« Le père Alexis. — .le suis prêtre et je viens vous ouvrir le ciel.

« Le Ve.vgeur. — Il n'y a pas de ciel pour moi.

" Le père Alexis. — Qui que vous soyez, le ciel ne se fermera pas à votre repentir.

(( Lk Vengeur. — .le suis le Vengeur et je ne me repens pas.

« Le père Alexis. — Malheureux! le seul vengeur est là-haut. Tu n'étais que la vengeance. \ Il ferme les geu.r du cadavre, prie un moment et s'éloigne.) »

Quand ce livre parut, on le trouva excessif. Non seulement les révolutionnaires, mais beaucoup de conservateurs et bon nombre de catholiques modérés dirent avec ironie que le visionnaire paraissait trop dans cette vision de Louis Veuillot. Vingt-deux ans plus tard, en 1871, nous

;iio LOUIS VEUIM.ni.

avions la Commune et plusieurs «les scènes, à la fois pr(>tPS((Uos et ahominaMos, drriitcs dans Le Lendemain (le la victoire, épouvantaient et salissaient Paris.

A ce livre de p^uerre, je dois joindre deux brochures du même caractère et du môme ton et du môme temps.

La réunion du parti conservateur que Ton appelait le Comité de la rue de Poitiers, avait organisé une vaste propagande de petits écrits pour lutter contre la multitude des pamjthlets révolutionnaires et socialistes. La plupart des pamphlets conservateurs ne valaient pas grand'chose, et eussent-ils été meilleurs, ils n'auraient pu combattre avec avantage des adversaires dont le talent était pour le moins aussi mince, mais dont les doctrines plaisaient infiniment plus. Le Comité voulant relever ses publications, demanda à Louis Veuillot de réfuter un discours de Félix Pyat aux paysans, diatribe complètement inepte, mais (]ui n'en valait (|ue mieux et s'enlevait par millions. Louis refusa d'abord, puis, sur les instances de Montalembert, il répondit à lY'lix Pyat par une lettre « des gens de Beaumont en Câlinais ». Il envoya sa « copie >à Montalembert avec ces mots : • Voici la preuve de mon obéissance. Jamais je n'ai tant travaillé pour faire une si mauvaise besogne. Coupez, rognez, conservez quelque chose ou rejetez tout: Td-uvrc est vôtre. J'aurai toujours le mérite d'un acte de vertu et d'humilité. J'ai pu mieux employer ma plume mais non pas mon temps. •

Montalembert trouva parfait cet écrit intitulé Noir et ruiige, le Comité fut du même avis; on imprima Noir et rouge et on le répandit abondamment. « Si j'apprenais, a dit plus tard Louis Veuillot, qu'il a décidé un paysan à voter pour les conservateurs ou même qu'un paysan l'a lu tout entier, j'en serais bien étonné...! » Pyat s'était adressé aux passions les plus basses, à l'envie, à la haine; Louis Veuillot s'adressait au bon sens, il supposait des vertus, il demandait des sacrifices... Toutes les chances étaient pour son adver.saire. Cependant, il eut relati-

l.Ol IS VEUILLOT. :ill

vemcnt du succès. Un second pamphlet lui fut demandé et il écrivit Le fond des cœurs où il sondait les sentiments qui dictaient les votes.

Je dois sig-naler ici, parce qu'il est du même temps, et répond aux mômes préoccupations, un autre travail de g-uerre et de littérature : Momieitr de Lamartine, romancier.

Lamartine, le héros de la révolution de Février, l'homme d'action et de génie qui avait eu en 18 V8 tant de puissance, n'était plus, au printemps de 1849, qu'un député sans autorité, sans clientèle, qu'un littérateur frappant monnaie avec ses souvenirs de jeunesse et d'amour. Il mettait en feuilleton ses bonnes fortunes d'antan. A défaut d'un succès d'estime, il avait un grand succès de vente et y trouvait, hélas! une consolation. Maintenant qu'il ne reste de lui et depuis lougtemps, que l'écrivain, on souffre de cette diminution morale et l'on voudrait l'oublier, mais quand elle se produisit ce fut tout autre chose. Les royalistes, surtout les orléanistes, la signalèrent très durement. Louis Veuillot fut avec eux. Il absolvait sans effort Lamartine d'avoir miné le trône de Louis-Philippe et écarté Ja régence de la duchesse d'Orléans, mais il ne j)ouvait lui pardonner les faiblesses, les fantaisies, les calculs qui l'avaient empêché, aux jours où il était populaire et fort, de remplir, coûte que coûte, tout son devoir. La lecture des Confidences et de Baphael, les deux volumes où le poète, en qui la France avait cru trouver un chef d'État et un sauveur, se posait en héros de roman sentimental, irrésistible et volage, rappelèrent au rédacteur de l'Univers les fautes de Thomme politique et il exécuta du même coup les livres et l'auteur. Ce fut, selon le terme usité dans la presse, unéreintement de première classe ; non que les mots fussent violents. — Ce n'était pas, quoi qu on en ait dit, le genre de Louis Veuillot, — mais l'ironie, l'indignation et la justice y sont d'une extrême sévérité. Lisez cet exorde :

"... Depuis un an, M. de Laniarlinc a joué un grand rùle; ri, de poème en jioèmc, de discours en discour.s, de printemps en printemps, il est arrivé tout près de la soixantaine, liientôt les journalistes, grands consommateurs de périphrases, l'appelleront un « illustre vieillard •■, Sur ce faix d'années remplies de tant dd'uvrcs et chargées d'actes si graves, lorsciu'on a jeté dans les aventures révolutionnaiies une société de trent('-cin(| millions d'Ames, lorsqu on a vu cette société étaler tous ses maux, crier toutes ses misères, hurler tous ses délires; lorsqu'on a été son espérance et presque son idole, si on lui parle, c'est pour la consoler probahlcment, ou tout au moins pour l'instruire. Voyons quels conseils M. de Lamartine nous donne, quels aveux il nous fait, quel pardon il nous demande.

H M. de Lamartine ne nous fait d'autres aveux que celui de ses amoureux martyres, ne nous conseille que de bien aimer les dames, ne nous demande que d'acheter ses livres... Il songe à la belle MAconnaise, à la belle Procitane, à la belle Savoyarde, à la belle Parisienne, à toutes les belles qu'il a charmées. Il décrit leurs cheveux, leurs lèvres, leurs dents, leurs yeux tendres, l'herbe qu elles ont foulée aux pieds, le vent qui dessinait ces jolies tailles; il dit surtout comme il fut noble amant... "

Cette étude, brillante et forte, autant que sévère, remplit ï'I pages des Mélanges (I j.

Son succès fut très retentissant. Lamartine, peu sensible d'ordinaire aux critiques, laissa voir que, cette fois, il se sentait atteint. Nous le sûmes par le comte d'Esgrigny, son ami très intime et aussi le nôtre. Louis Veuillot se demanda s'il n'avait pas été trop juste; mais il reçut tant de félicitations (jue cette crainte se dissipa très vite. M. Guizot, encore réfugié en Angleterre, fut des plus satisfaits. Le 11 janvier 18V9, dans une lettre à M'"' Lenormant, que

(1) Tom.^ IV. p. 71-1 k'.

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celle-ci communiqua vite à mon frère, il disait : « Je remercie M. Veuillot, comme d'une bonne et charmante œuvre, de ses quatre articles sur M. de Lamartine. J'aime que justice soit faite et il l'a faite d'une façon excellente. » Le 18 dumème mois, il écrivait à M. Maliul, l'un des notables de l'ancien parti doctrinaire : « Vous avez bien raison de me parler de l'article de M. Veuillot. Peu de choses m'ont fait plus de plaisir. Si vous avez occasion de le voir, dites-le-lui, je vous prie. Je suis bien aise que cela lui revienne de toutes parts.

Lamartine connut de plus mauvais jours encore. Alors Louis Veuillot, sans oublier les fautes du politique et du romancier, se rappela le poète quil avait aimé et lui adressa ces vers :

GRACE d'ex haut

.4 Lamarti/ie riii/ir.

Ta fortune a baissé, mais ton àrae s'iMève; Dans Ion cœur labouré, je vois poindre la foi. C'est bien, lu sors enfin du sommeil &[ du rêve. Ah! j'ai tremblé pour toi !

En ce tomps-là, brillant de l'orgueil de la vie, Mesurant l'avenir d'un œil audacieux, Tu ne paraissais pas sans exciter l'envie : Je t'ai souhaité mieux!

Le succès s'attachait à tes moindres ouvrages. L'or courait en tes mains ouvertes à moitié, Ton front étincelant défiait les orages ; Dieu l'a pris en pitié.

Lorsque la renommée épuisait son haleine A vanter ton génie et ses jeux triomphants. Lorsque la joie hantait ta maison, toute pleine D'or, de fleurs, et d'enfants;

Pour l'amener à lui, pour te rendre à toi même, Pour élever ton àme à toute sa valeur. Pour te donner enfin l'avenir. Dieu, qui t'aime, T'envova le malheur.

31* LOUIS VEUII.LOT.

Un autre livre tout diirércnt, Iai intitc Philosophie, est du m/^mo fciups que Vindex, Le lendemain de la victoire, les potits jiaiaphlets populaires, etc. Kn voici la [>réfacc :

.' Fatigué d'entendre parler de liberté, d'égalité, de fraternité, de droit au travail, de droit à l'instruction, de droit à l'assistance, et de tous les droits «le rhoinme et de la femme, j avais projeté d'écrire un petit livre pour me rendre compte à moi-même de ces belles découvertes du siècle présent. J'ai composé ce conseil où il n'est «juestion ni de liberté, ni d'égalité, ni de fraternité, ni d'aucun dioit quelcontpie. mais où l'on verra des exemples de charité chrétienne envers les hommes et des conseils de soumission envers Dieu, .le ne saurais mieux indiquer à ceux qui me liront le moyen de s'assurer le droit au bonheur. »

A tout le travail que le journal, les livres, les brochures imposaient à Louis Veuillot, s'ajoutait une correspondance de plus en plus chargée. Il s'était promis, en un jour d'entraînement, de répondre à toute lettre de quelque importance et se tint assez longtemps presque parole. Bon nombre de ces réponses me sont revenues. Les unes montrent plus particulièrement Ihonime de la prière, heureux d'avoir alTermi un chrétien dans la piété ; les autres, l'homme (le combat, de principe et de sens pratique veillant sans cesse et toujours avec passion sur les intérêts religieux. Ici, c'est le polémiste àc^ Libres Peiiseurs, là c'est l'auteur de Rome et Lorette. Kien de plus varié ni de plus semblable. Trois ou quatre extraits de cette correspondance feront pénétrer dans .son intime.

Au milieu des luttes violentes et absorbantes de 1848, touché des remerciements émus et admiratifs d'un séminariste qui vient de lire Rome et Lorette, il lui répond :

« Mon frère inconnu, l'auteur de Home et Lorette aIu avec beaucoup d'humiliation et de plaisir, la lettre que vous lui avez adressée : avec beaucoup d'humiliation, parce qu'il n'est point sûr d'être innocent du jugement trop favorable que portent sur lui ceux qui le lisent. Il s'est flatté,

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il s'est étrangement flatté, il s'en aperçoit tous les jours en se regardant au miroir de lexamen de conscience, et s'il ne s'est pas flatté alors, il a beaucoup enlaidi depuis l'époque déjà éloignée où il a cru se peindre. Hélas ! il aurait besoin de faire maintenant un portrait tout différent et qui n'édifierait personne.

« Cependant votre lettre en même temps lui a fait grand plaisir, parce qu'il a vu que de bonnes âmes priaient pour lui, c'est le secours qui lui est le plus nécessaire. Si donc vous croyez qu'il vous a été utile, continuez de le secourir ainsi, priez, priez, demandez des prières à tous ceux de vos amis (jui se sentent un peu de charité pour les pécheurs. Tous ensemble suppliez Dieu de l'assister dans tous ses combats, mais surtout en ceux qu'il lui faut sans cesse livrer contre lui-même. C'est là que sont le labeur et le péril, le reste n'est rien. Quand nous nous serons vaincus, nous chrétiens, ce ne sera rien de vaincre le monde. Mais comment nous vaincrons-nous? Par la force que nous donnera la prière de nos frères. Priez donc, vous qui gardez le sanctuaire ; vous êtes les soldats de l'esprit : en vous est la force des soldats de la chair qui sont sur le champ de bataille, et moi, tout indigne que je suis, par reconnaissance, je prierai aussi pour vous, afin que Dieu conserve et féconde en vous la vocation sublime de l'apostolat. Que cette vocation toujours si belle parait vraiment divine en un temps comme celui-ci! Voilà la grande charrue qui passe sur le monde, elle y creuse en tous sens d'immenses sillons pour le grain éternel. Préparez vos bras et vos cœurs pour la moisson qui s approche. Vous ploierez sous le poids des gerbes, ou vous mourrez martyrs de l'ennemi qui viendra pour essayer de ravager ces richesses du Ciel.

<( Je vous embrasse fraternellement en Notre-Seigneur .lé sus-Chris t. »

Dès que la révolution de Février fut chose acquise, le clergé et les catholiques agissants se préoccupèrent des changements qu'elle pourrait apporter dans les rapports de

:Uti I <tl is Vi:i II I oT

l'Égliscet (le l'Ktat. I/.I rntir, .ipivs I H:{0, avait bruyaininenl açité ces sortes de r|iiesli(>ns et t'I.iit airivr. par la plume de Lacordaire, à réclamer la suppression du budget des cultes. Cette campagne n'était pas oubliée de tout le monde et l'on parla de la i-eprendre. l'n ecclésiastique distingué et inlhu'nt du diocèse d'Arras en ayant écrit à bonis Veuillot, reçut la léponse suivante :

» Monsicui" lAbbé,

J'ai lu avec beaucoup d'attention la lettre que vous avez bien voulu ni'écrire. Les réflexions qu'elle contient sur l'éventualité de la suppression du traitement du clergé sont sérieuses et de nature à faire une profonde impression sur les personnes qui s'occupent de cette question si grave, .le les garde pour les consulter en temps opportun, hu reste, V Univers ne mettra jamais le premier cette question sur le tapis. Kcrit par des laïcs, il se reconnaît incompétent en pareille matière, et vous avez pu remarquer qu'il demande justement (jue les évèques se réunissent en conciles provinciaux pour aviser d'avance aux graves complications qui vont surgir de tous côtés. Nous ne voulons point parler, nous demandons qu'on interroge le Saint- Esprit, lorsqu'on est sûr qu'il ne dédaignera pas de répondre. Puissent nos évèques comprendre assez la situation pour ne point refuser d'invoquer la lumière. Ils ont aujourd'hui la liberté de se réunir; lauront-ils demain? Le vieil esprit parlementaire et gallican reparaîtra dans l'Assemblée Nationale avec les Dupin, les Thiers, etc.. : ce sera le moyen que ces hommes emploieront pour reconquérir leur popularité perdue. Il importe que les faits les devancent et qu'ils n'aient pas seulement à combattre l'espérance, mais la pratique de la liberté.

«( Pour en revenir au traitement du clergé, je doute qu'il puisse survivre dans sa forme actuelle à la révolution qui vient de s'opérer. Si on ne le supprime pas en masse et d'un seul coup, on procédera probablement par

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extinction graduelle, de manière à respecter toutes les positions faites et à laisser chacun tranquille Jusqu'à sa uioit. C'est une idée de M. de Lamartine, dit-on. Cette éventualité même est sans doute bien alarmante, et à Dieu ne plaise que je contribue pour ma part en quoi que ce soit à un si grand changement; mais je ne me dissimule pas que tant que les prêtres recevront un traitement de l'État, l'indépendance de l'Église sera bien contestée et bien précaire. N'y a-t-il pas lieu d'espérer que la liberté fera regagner à l'Église tout ce qu'elle perdra du côté des avantages matériels? Partout où le peuple est bon, les prêtres seront nourris par lui. Là où il est mauvais, le passage momentané d'un missionnaire ferait plus de bien que n'en produit aujourd'hui la présence d'un curé. Les ordres religieux deviendront nécessaires plus que jamais, ils se recruteront de tant de bons pri'tres qui languissent aujourd'hui presque inutilement dans ces paroisses mortes où beaucoup d'entre eux n'ont pas une confession à entendre par an. Peut-être la suppression du traitement est-elle le seul moyen qu'ait l'Église de se refaire une fortune personnelle et indépendante. Nous sommes les pionniers d'une civilisation nouvelle et d'un monde nouveau. Nous défricherons le sol à la sueur de notre front, mais nos enfants y circuleront à l'aise. La révolution de 89 et celle de 183U ont été plus favorables que nuisibles à la cause de l'Église. J'espère qu'il en sera de même de celle de 18i8, et c'est pourquoi j'ai salué sans alarme et même avec joie l'avènement de la république.

« Ne perde/ pas de vue que la suppression du traitement s'étendra aussi au protestantisme et tuera irrévocablement sa propagande. Il ne sera plus en force lorsqu'il faudra lutter de zèle, de vertu, de science et de désintéressement. Tout cela ne me fait pas désirer que le traitementsoit supprimé. Je veux dire seulement qu'une telle situation ne laisserait l'Église ni sans ressource, ni sans

:U8 I.Ol IS VKIJII.LOT.

espérance. Au lieu de donner un sou par semaine à la Propagation de la foi, nous donnerons nn franc et les autres charilrs n'en soullViioiif pas. »

Vn pieux et modeste instituteur de la Vendée, M. Hivalland, lui avait parlr avec drcourageinent des épreuves qu'il sul)issait et demandé une direction; il la lui donnait :

« Votre lettre me fait craindre (jue vous ne songiez ù abandonner vos fonctions d'instituteur. Si la nécessité vous y ol)lige, il n'y a rien à dire : la volonté de Dieu se fait ainsi connaître. Mais si vous pouvez lutter, luttez encore. Ne vous laissez pas vaincre par le découragement. Croyez-en un ami ([ui a passé par beaucoup de fortunes diverses : ce que nous regardons comme le repos et le bonbeur n'est ni le bonheur, ni le repos, lorsque pour y arriver nous sacrifions quelque chose du devoir. Où Dieu nous veut, où nous le servons, c'est là que nous sommes bien, en dépit de toutes les difficultés que nous y trouvons et de tous les désirs qui nous en éloignent... Puisque vous avez (juelque confiance en moi, et que vous faites quelque cas de mes conseils, je vous engage à lutter avec un surcroit de vigueur contre tous les obstacles, et à vous livrer de plus en plus aux devoirs de votre modeste et si utile profession. Après la vocation du prêtre, il n'en est point de plus grande que celle d'un instituteur qui sait ce qu'il fait. Vous avez élevé déjà douze cents enfants. Que de prêtres n'en ont pas tant fait, malgré tous leurs désirs I Que de saints missionnaires ont traversé les mers et abandonné tout dans l'espoir seulement de mettre sur la voie du ciel un troupeau bien moins considérable que celui-là I II ne faut point considérer vos fatigues, dussiez-vous en mourir. Souvenez-vous de cette belle parole de Tertullien aux chrétiens persécutés : // n'esi pas nécessaire que vous viviez, 7nais il est nt'cessaire que vous servie: Dieu. Adieu, cher Monsieur, .le vous laisse sur ce mot que j'ai besoin de me répéter à moi-même. »

LOUIS VKUILLOT. :M'.»

Un de ses amis de Périgueiix, Albert de Calvimont, s'étant marié sur le tard le lui écrivait, et quoique heureux de la résolution qu'il avait prise, s'inquiétait de l'avenir. Il lui répondait :

« ... Cher ami, en invoquant Dieu pour les dangers publics, ne nésligeons pas de l'invoquer aussi pour nos petites ail'aires à nous. Il en prend soin tout comme des grandes; et puisque tu veux savoir pourquoi tu t'es marié, c'est lui qui l'a voulu, afin de mettre à côté de ton cci'ur qui avait trop lieu de douter de la vertu, un cœur bon, chaste et pur, dont l'étude t'a fait comprendre bien des choses que ni toi ni moi ne savions à l'époque où nous causions de tout en riant à peu près de tout. Tu vois Dieu, il est auprès de toi, dans son œuvre la plus parfaite, une bonne âme. Je ne sais où tu es; mais cela seul suffira pour te mener loin, et où je demande à Dieu de te conduire...

(( Quelque chose me dit que si nous avons arraché l'herbe qui poussait sur le vieux chemin de notre amitié, c'est pour y passer en habits du dimanche. . . »

A un abbé, qui demandait des romans honnêtes pour les personnes du monde, il donnait cet avis, où l'on est libre de trouver un peu d'agacement :

« ... Quant aux personnes du monde, je crois, je vous Tavoue, que le véritable antidote des mauvais romans, ce ne sont pas les bons romans. Il n'y a point de bons romans. Ceux qu'on appelle ainsi ne valent rien. Je le sais puisque j'en ai fait. Et ils servent à donner le goût d'en lire de pires. Dites aux personnes du monde de fuir ces détestables délassements et d'ouvrir des livres véritablement sérieux et chrétiens. Après la prière, les bonnes œuvres, les devoirs remplis, je ne connais point d'autres remèdes, et les malades à qui ces remèdes ne suffisent point sont bien près de périr... »

J'achèverai d'indiquer quels étaient alors l'étendue, la diversité et l'intérêt de la correspondance de Louis

:VH) lui IS \|.l II. LOT.

Veuillot oïl r(tpi;irit<juelquf'S lignes du cahier où il prenait note (le SCS lettres.

— 4 mars 18'iS. - A r(';\r(jiu! de l.aiigres. Les évèiiues doivent parier le plus tôt cl le plus haut p<»ssil)le. »

Même jour — « Au ni.ii<< liai r»ui:eaud — Aiuiti«''s, conseils chrétiens. »

Le 5, au comte de Messcy à Uonie. Sur la situation.

Le 7, à Avond (qui posait sa candidature en Auvergne et tut élu).

Même jour à l'évèque d'Annecy « Nouvelles. Je le prie d'engager Tabbc Martinet <\ venir à Paris pour y faire imprimer sa brochure, o

Le 8, à Henry de Riancey. Amitiés. On lui fera faire le salon.

Même jour, à Guerrier de Dumast « Amitiés, .le nai pu mettre que la moitié de son article. »

Le 9, à G. de la Tour (Tréguieri : " Remerciements et félicitations pour son article. Ce <]u"il faut faire pour les élections. Qu'a-t-il fait? »

A l'abbé Boucheny (Orléans) : « sur les élections prochaines ».

Le 10, à Sa.glio, de Strasbourg. « Les élections. Accusé de réception de l'offrande pour le trésor pontifical. •>

A Mahul (Carcassonne). " Élections. .-

A Lallier Sens). '< Élections. »

Au curé d'Hcnnin-Liétard (Pa.s-de-Calais). Élections. — Les rapports entre l'Église et l'État.

Le 12, A Messey, à Rome.

Le l:J, à Lallier. Élections.

A Montalembert.

Le 14. à l'abbé Boucheny. Élections.

A Poujoulat.

Le 22, à l'abbé Choupy pour les élections dans le Cantal: à l'abbé Clout, — tju'il songe à une candidature pour Montalembert; à l'abbé (iuine « consolations ». A l'abbé

LOUIS VEUII.LOT. 321

Revillotl, au sujet de Cormenin. A l'cvôque de Langres « nouvelles ». A Léon Vidal : " Je ferai ce que je pourrai pour lui. »

Le 23, neuf lettres. Sept pour les élections. Une « à l'abbé T... (Doubs) en lui renvoyant « son mauvais arti- < le » ; — une < à lasupcrieure de llmmaculée Conception de Castre : <■ Il est bien inutile qu'elle écrive à Dupont u de l'Eure. »

Le 24, à l'abbé Coupé, vicaire général, supérieur du petit séminaire du Puy. « Je lui recommande la candidature d'Auguste Avond sur lequel il désire des renseignements. »

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