AVIS AUX CONSERVATEURS ET AUX RÉVOLUTIONNAIRES
Louis-Napoléon, candidat, sans prendre envers les catholiques les engagements bien définis que réclamaient V Univers et le Comité de Défense religieuse, s'était prononcé pour le pouvoir temporel de la Papauté, et contre le monopole universitaire. L'élu ne démentit point le candidat. En choisissant ou acceptant très volontiers M. de Falloux pour ministre de l'instruction publique et dos cultes, il montra tout de suite en effet, que sur ces deux questions capitales, il entendait tenir parole.
La première, la question romaine, était à l'ordre du jour. Les révolutionnaires, maîtres de Rome, avaient proclamé la république. Dès le i décembre 1848, Pie L\, réfugié à Ga«'te, dans les États Napolitains, adressait aux puissances catlioliqucs un appel qui ne restait point sans ré-
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ponse. I/Kspagnc, l'Autriche, Naplcs, se préparaient à intervenir " pour remettre le chef de l'Ktflise dans un état d iudépendancc et de diî^nité qui lui [)ermit de reprendre ses fonctions sacrées ». L.i France devait ou laisser faire, ou s'associer à cette intervention, ou s'y opposer par les armes. Louis-Napoléon n'eut ni l'idée de s'y opposer, ni celle de rester neutre. Il voulait agir. Mais dans quelles conditions? Marcher avec rAutriche et Naples, la répul)li(|ue française ne le })ouvait pas. Le Président et son ministère auraient ainn" à s'entendre avec le Piémont ; c'était aussi, vu l'état général des affaires, une impossibilité. On se prononça pour l'action séparée. La France irait à Uome et les autres puissances catholiques, surtout l'Autriche, occuperaient les diverses provinces des États pontificaux. Le Pape accepta qu'il en fût ainsi. N'ayant pas à faire riiistoirc de ces négociations, je me borne à noter que Louis-Napoléon et tous .ses ministres étaient d'accord sur le fond de la question. Tous voulaient renverser la réi)ubli(iue i-omainc et rétablir la royauté pontificale. M. Odilon Harrot, président du conseil, et M. Drouyn de Lhuis, ministre des affaires étrangères, acceptèrent d'assez bon cœur cette besogne. On a dit qu'ils en désiraient moins ardemment que M. de Falloux le succès. C'est probable, mais il est sur qu'à cette date, ils y contribuèrent plus que lui.
Louis Veuillot était alors en bons termes avec M. de Falloux. Le ministre semblait avoir oublié que le journaliste avait vu sans plaisir son entrée aux affaires et celuici comprenait que son conseil n'eût pas été suivi. Au total, ou s'entendait. M. de Falloux affectait même pour Y Univers plus de sympathie qu'autrefois. Voulant montrer qu'il se tenait, comme ministre, pour le délégué des catholiques, il donna, dès son installation, un grand diner, où nous étions entre <( cléricaux » militants. Louis Veuillot y occupait une place en vue. Vers la fin du repas, le ministre, aimable, à l'aise, radieux, inter-
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pellaut le rédacteur en chef de VUnivers, lui dit : — N'êtes-vous pas étonné, Monsieur Veuillot, d'être entré ici? — Pas trop, puisque nous avons travaillé ensemble î\ faire la brèche.
Les bons diners, surtout quand les convives sont nombreux, ouvrent l'esprit à la confiance. Au café, tout le monde était convaincu que le monopole universitaire allait mourir. Il devait seulement être blessé.
En attendant que l'Université fût abattue, il fallait abattre la république romaine. Le 30 avril, nos troupes, commandées par le général Oudinot, se présentaient devant Rome, où elles comptaient entrer sans combat, et essuyaient un échec. Grand tumulte dans le monde politique. ï'n vote de blâme frappe le gouvernement. L'armée, humiliée à Rome, est désavouée par l'Assemblée nationale. On put craindre l'abandon de l'expédition, ou tout au moins la chute du ministère. Mais, Louis-Napoléon, calme et ferme, répondit au vote de l'Assemblée par une lettre au général Oudinot. « Notre honneur militaire est engagé, lui disait-il; je ne souffrirai pas qu'il reçoive aucune atteinte. Les renforts ne vous manqueront pas. Dites à vos soldats que j'apprécie leur bravoure, que je partage leurs peines et qu'ils pourront toujours compter sur mon appui et ma rec<mnaissance. '> Nouveaux débats très violents à la Chambre, mais cette fois, le gouvernement eut le dessus. On ajourna toute décision. Et comme l'Assemblée constituante n'avait plus que huit jours à vivre, l'ajournement donnait la victoire au ministère. L'expédition était sauvée.
Le 3 juillet, l'armée française entra dans Rome. Le général en chef, répondant aux adresses des Romains fidèles au Pape, déclara que la France avait voulu rétablir le pouvoir temporel du chef de l'Église et était heureuse d'avoir accompli « cette œuvre à la fois sociale et religieuse ».
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Cï'tait bien parlor. a|)rès avoir bien ni:\. Mais il restait fjiiel(iu(^ chose à (aire. Louis-.\;iin»l(''on cl ses ministies, en même temps (pi'ils avaient iiuanimement i'és<jlu de relever le trùne pontifical, s'étaient promis, également à l'unanimité, d'imposer à Pic l\ des réformes libérales. Ils voulaient se iilorilier d'avoir, du même tou[). lendu au Saint-Pére ses Etats et donné aux Uomains la liberté. M. (le Talloux y tenait autant (|uç ses collègues. Déjà, comme le P. Lacordaire, il voyait dans le gouvernement pontilical • un gouvernement d'ancien régime » qu'il fallait réformer. A son avis, les principes de 89 devaient passer par \h.
Voici, d'après les d<jcuments ofliciels, quels étaient, en substance, les principaux articles du programme que le Président et tous les membres du ministère entendaient imposer à Pie IX :
Organisation universelle des Iribunau.i , donnant de rrritahles garanties judiciaires au.r citoyens.
Lois civiles tirres du Code ciril français. Assemblées provinciales et communales rlues.
Sécularisation de r Administrât io/i publirjue. Assemblée élue par des corps locaux ayant le vote délibératif rn tnatihe d'impôt.
Amnistie générale, sauf des exceptions nominatives.
Et l'on exigeait que le Pape prit sur tous ces points un engagement formel et public.
Pie IX répondit qu'il y avait des réformes à faire et qu'il les ferait, mais qu'il n'entendait pas se laisser imposer un programme. De là des négociations diplomatiques confuses, compliquées, prolongées. Les négociateurs français, MM. deCorcelle et de Rayneval, catholiques sincères et non moins sincères libéraux, cherchaient à faire accepter le fond en adoucissant les termes. On n'avançait point. Louis- Napoléon intervint publiquement de nouveau par une lettre hautaine, déplacée, menaçante, où il sommait la commission cardinalice, chargée des intérêts du Saint-
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Siège, tle se soumettre au programme français qu'il résumait ainsi : « Amnistie grnèrale, si'cularisation de l'administration. Code XapoUon et gouvernement libéral. »
Que Ton ra[)proche ces dix mots des cinff articles que \ oulaient l'aire accepter nos diplomates, et l'on verra que le Président se bornait à souligner impérieusement les exigences de son cabinet. C'est bien le même fond.
La lettre présidentielle lit grand tapage et indigna profondément les catholiques. Était-ce un acte personnel de Louis-Napoléon ou l'expression emportée des intentions du gouvernement? C'était ces deux choses à la fois. Les ministres avaient tous pris connaissance de la lettre du président et aucun ne s'était opposé à son envoi. Cela fut éta- J)li par les débats qu'elle suscita. Seulement tous n'avaient pas compris. — du moins ils l'assurèrent, — qu'elle serait publiée. M. de Falloux, — qui l'aurait cru d'un homme si fin ? — était l'un de ces naïfs. C'est l'explication qu'il donna. Ses adversaires en rirent et ses amis s'y résignèrent, VUnivers fut, sans conviction bien ferme, l'un des acceptants. M. de Tocqueville, qui avait remplacé M. Drouyn de Lhuis aux aflaires étrangères, reconnut, d'ailleurs, que la question de publicité était secondaire. — Cette lettre, s'écriat-il un jour à la tribune, a traduit notre politique en langage famiher « dans un élan généreux et lier. IVous ne l'avons jamais désavouée, et nous ne la désavouerons jamais ». Odilon Barrot a tenu le même langage. « La lettre du président, dit-il dans ses Mémoires, ne contenait rien qui ne fût dans les instructions données à nos agents. » Il exprimait les sentiments de ses Ministres comme les siens.
Certes, si Louis Veuillot avait été de parti pris l'adversaire de M. de Falloux, il eût profité de la circonstance pour le combattre et l'accabler; il n'en fit rien. Tout au contraire, il écarta du débat ce point qui donnait tant de prise. On sait que le dénouement fut bon. Le Pape, grâce à sa fermeté, rentra dans Rome en souverain.
C'est en octobre 18V9 qu'eut lieu le débat final sur cette
;t:io i.ni is \i:rii.i,(»T.
iiiando question. On entendit beaucoup d'orateurs et l'on c'oinitt.i (le belles si-ances. La |)lus brillante fut celle où Montalcnibert écrasa Victor liu^o, <[ui, élu par les conservateurs, venait de passer aux révolutionnaires. L'orateur catholique fit un discours mag-nifique, et Louis Veuiilot en parla uiagnifiquement.
« Les orateurs montai^ nards, disait-il, jouent de malheur... Aujourd'hui, c'est le pauvre Hugo qui brille une minute pour disparaître dans le rayonnement incomparable de la parole et du succès de M. de Montalembcrt. On demande de quel Hugo nous voulons parler; toujours du même; mais maintenant il est montagnard. Il a quitté la plaine ; il a gravi la montagne. Hélas! Pégase est arrivé fourbu et le poète a dégringolé des hauteurs. H s'était bien appli(|ué, il avait bien ajusté ses antithèses; tout était reluisant, chevillé, graissé d'adjectifs et jouait à merveille. Le voilà en scène avec une mémoire sûre et des poumons pleins de vent, La Droite l'écoute, la Montagne l'applaudit. 11 est presque aussi fort que M. Mathieu (de la Drôme) ; il a des intonations pres(|ue aussi glorieuses que celles du citoyen Frédéric Lemaitre (1); que dit-il? Nous venons de le dire : la Montagne applaudit. »
Puis vient un tableau — un instantané — qui montre l'orateur à la tribune et reproduit les attitudes, les agitations de l'auditoire. « Point de faits, mais M. Nadaud (un dé[)uté ma(;on I s(^ pâme et les lettrés de la Montagne se renvoient d'un banc à l'autre ces regards et ces airs de tête qui révèlent que leur goût est satisfait. Nous saisissons une exclamation : C'est tapé ça! ei le voisin caressant sa moustache : Oh! oui, qup c'est tapé! Bref la Montagne applaudit, elle est contente, elle est heureuse... Voilà donc M. Hugo parvenu au comble de la gloire; on crie, on se précipite pour le féliciter. On suspend la séance... Mais avant de quitter la salle, s'il a jeté un regard sur la tribune ébranlée de
(1) Un célèbre actour do mélodrame.
ses coups de poing, il y a vu la figure émue et grave do M. (le Montalembert. Olynipio! Olympio (1) ! Je vous ledis, dépèchez-vous, saisissez vite ces mains qui cherchent les vôtres, ouvrez bien vos oreilles aux félicitations, savourez, avalez votre triomphe, et mettez les morceaux doubles! Tout ce grand succès, votre premier succès de tribune, ne seratoutà l'heurequ'uncchecde plus. »
De Victor Hugo qui venait d'insulter le Pape, Louis Veuillot passait à Montalembert, le défenseur de l'Église. Il le montrait mettant en pièces dès sa première phrase, par un mot accablant plein de mépris et de justice, toute la harangue du pauvre M. Hugo et tous les applaudissements qu'elle avait reçus.
« ... Ce discours, ajoutait-il. est un des chefs-d'œuvre de la parole humaine, une des impérissables gloires de la tribune française, et nos annales parlementaires ne gardent pas le souvenir de beaucoup de succès comparables à celui qu'il a obtenu. M. de Montalembert a parlé comme toujours en catholique, mais avec un courage, avec une audace, avec un enthousiasme d'amour pour l'Église qu'il n'a jamais fait lui-même retentir si haut... Sa voix, étouffée un moment dans un tourbillon d'injures, éclatait toute chargée d'un nouveau tonnerre. On les relira, on les répétera, elles seront entendues de la France et du monde, ces nobles paroles ; elles exciteront dans tous les esprits élevés et dans tous les cœurs bien faits cet amour de la justice et cette sainte passion de la vraie liberté qui remplit l'Ame de l'orateur. Puissent-elles armer tous ceux qu'elles enflammeront du persévérant courage dont ils ont besoin pour arracher des mains de la démagogie le drapeau de la liberté, ce drapeau sacré, hier l'espérance, aujourd'hui l'effroi du monde; ce drapeau que la démagogie a usurpé, qu'elle a souillé dans le sang, qu'elle n'a fait flotter que sur des ruines, qu'elle déshonore eny attachant son poignard! »
(1) Victor Hugos'était adressé à lui-même des vers sous le nom d'Oll/mpio, et on ne le désignait plus ^uère autrement dans la polémi(^u(^
:vM i.oi is VKL'ii.i/rr.
Toute l'Assenibléc était frémissante. A jLrauclio, on hurlait; à (Iroito et aiiociitro, oiiappl.iiKlissait passioniiéniont. Les crisdadniii'atioii et les cris de luicur se heurtaient. I.a majorité, une lorte majorité, était |)oiir roratour. Louis Vcuillot le constatait et s'écriait :
«Que M. de iMontalemhcrt soit lier de ce Iriomphc, .iii^m lier que nous! U'i il ci» lètîuo à ses enfants le pur et glorieu.x souvenir!... Il n\i pas triomphé pour un parti, pour une cause liuniaino : avec lui triomphent la justice et la vérité; il ap[)ortc une victoire à la caus<; j)our laffuelle il est dou.\ et elorieu.x de mourir.
« Nous ne pouvons nous défendre d'espérer (|uel(pie chose d'heureux pour la France, (juand nous songeons aux sentiments (pie M. de .Montalembert a fait éclater et qu'il a comme arrachés au cœur de r.X.sseniblée. Il parlait de la force de l'Kglise, cette force invincible, éternelle, (ju'elle puise dans sa faiblesse môme, et qui n'a permis à aucune puissance, dans le cours des siècles, de l'attaquer impunément. Il comparait ceux qui frappent l'Église à ceux «jui frappent une femme. Mais, s écria-t-il, l'Église n'est pas une femme, c'est bien plus, c'est une ?nère! A ce mot, des bravos, des adhésions, de nobles larmes, des applaudi.ssements que rien ne peut rendre ont éclaté partout, comme une profession de la France catholique, reconnaissant et honorant le sein qui l'a nourrie. » Il appartenait à Louis Veuillot plus qu'à tout autre de glorifier cette belle parole, lui qui, dans un précédent débat, avait dit de .Montalembert : il est comme tout chrétien, un fils de l'Église, mais « c'est le fils sur lequel la mère s'appuie - !
Dans sa joie enthousiaste de catholique et de Français, Louis Veuillot terminait par des paroles où l'espoir en l'avenir dénonçait et diminuait les inquiétudes de l'heure présente : « Il nous est impossible de croire qu'une nation qui cède à de tels et si nobles mouvements et qui les manifeste avec tant de force parla bouche de son Assemblée souveraine, puisse de sitôt devenir une nation d'apostats. »
LUI IS VI'UIM.OT. 3:t3
.le lappellc qu'à cette date le .^rand orateur et le rédacteur en cholde YUniiers étaient brouillés. Quel lecteur pouvait s'en douter?
C'est ainsi que Louis Veuillot loua durant bien des années Montalcmbert. Jamais le puissant orateur ne prit la défense de l'Église sans que le puissant écrivain ne vint l'appuyer de toute sa force. Il devait le faire, mais s'il ne l'avait fait que par devoir, il n'y eût pas mis tant de délicatesse et tant de cœur ; il n'y eût pas trouvé de tels accents pour signaler '< notre homme » à la reconnaissance et à l'amour des catholiques. Évidemment, il aimait celui qu'il voulait qu'on ainiàt. On s'étonne, on s'afilige que Montalcmbert ait plus tard assez complètement oublié les articles de Louis Veuillot sur ses discours pour s'associer àprement aux pires adversaires de l'écrivain qui l'avait si bien servi. Il pouvait blâmer, combattre, détester la politique du journaliste; il ne devait pas venir en aide à ceux qui rêvaient d'abaisser l'homme. .le sais, et je tiens à le dire, qu il n'alla pas jusqu'aux basses calomnies où d'autres se complurent; mais ce fut trop que le noble comte de Montalcmbert ne se séparât point des calomniateurs.
La discussion sur les affaires de Rome, discussion oi^i M. Thiers eut le premier rôle et servit puissamment la cause catholique, se termina parle triomphe du gouvernement et des catholiques. Une majorité de i70 voix contre 165, ratifia la restauration du pouvoir temporel de la Papauté parla France. Ainsi, sous la deuxième république, après des débats passionnés et prolongés, où tout fut dit, une Assemblée élue au sufFrag-e universel reconnaissait le droit du Pape; et du même coup, proclamait, affirmait que la France était toujours et voulait rester la grande nation catholique, la iille aînée de l'Église. Que tous les volants eussent la notion bien nette de la portée de leur vote, on peut en douter, mais le sentiment chrétien et le sentiment national les avaient, peut-être à leur insu, éclairés et dominés.
:nV LOUIS VKIII.LUT.
(îc résultat, qui fit sensation en Kurope, prouve que les élections de 18V0 avaient donné la majorité aux i^roupcs couservaleurs pris en hioc. .Mallieureuscinent sur te i)loc déjà se dessinaient des tissures, <|iii Mentôt s'élargiraient. IMiissi le [)arti de l'ordre avait irauné des voix, les montagnards et les socialistes en avaieiil gagné aussi. Le vaincu était le parti des républicains modérés, devenu maître du pouvoir en 18V8. La lutte allait s'engager entre la réaction vaguement monarchique et la démaiiogie. Déjà la cause de la république régulière était i)erdue.
Le parti catholique, naturellement lié au parti de l'ordre, même (piand celui-ci ne comprend ,:;uère<[ue l'ordre matériel, avait maintenu [jour la cainpagneélectoraic l'essentiel de son vieux programme. « Nous sommes passagers, écrivait Louis Vcuillot, surun vaisseau dont les chefs nous ontlongtempsexclus du conseil et delà manœuvre. Cependant ils allaient aux abimcs. Nous l'avons vu, nous l'avons dit. On nous a repoussés, dédaignés, frappés même et enlin le péril que nous annoncions a éclaté de touslescôtésà la fois. Péril de la nieret du vent, péril des rivages, péril au dehors, péril au dedans. La tempête souffle dans les voiles, la sédition mugit à bord. Que devons-nous faire? Nous joindre aux séditieux, ou prêter main-forte à ceux qui entreprennent courageusement d'empêcher le naufrage? Il n'y a pas de moyen terme, et nous avons pris notre parti sans hésiter. Nous n'abjurons rien, nous n'a- Ijandonnons aucune de nos convictions ; ce qui se passe les rend plus profondes. Plus que jamais, nous croyons que l'ordre matériel tout seul est impuissant et que son triomphe ne sera qu'à peine un triomphe. Et néanmoins, nous nous engageons, nous nous dévouons au service de l'ordre matériel. l*ourquoi? Par la raison, hélasl trop simple, que si nous ne sauvons pas l'ordre matériel aujourd'hui, tout est perdu demain. ■)
Cette adhésion très large était suivie d'une restriction nécessaire. « Nous maintenons, ajoutait Louis Veuillot,
LOl'ls vi:i ILI.OT. :y.v:,
Texclusion donnée à cette classe de prétendus conservateurs qui restent stupidement fidèles à leurs piéventions religieuses d'avant 1848 et aux plans de tyrannie contre l'Église qu'ils affichaient alors... Nous ne voulons pas cpie l'on puisse dire : La société était en péril et les catholiques lui ont refusé leur concours. Nous ne voulons pas davantage que l'on puisse soupçonner les catholiques d'avoir un moment compté sur leflicacité des œuvres purement humaines, pour assurer la conservation d'une société dont l'unique péril est d'avoir cru qu'elle se gouvernerait bien elle-même et qu'elle était à jamais émancipée des lois de Dieu. »
En 18Ï9, comme en 18i8, des candidatures furent proposées à Louis Veuillot. Gustave de la Tour et M. de Cuverville voulaient le porter dans les Côtes-du-Nord, où tous deux étaient influents; le comte de Valori, moins sérieux, je crois, lui garantissait, au nom d'un comité avignonnais le succès dans le Comtat-Venaissin. En 18i8, il avait été quelque peu tenté; en 18i9, il répondit tout de suite : non (1).
L'un des candidats du parti catholique et plus particulièrement do Y Univers fut M. Guizot. Par Éloi Mallac et Charles Lcnormant, Louis "\'euillot avait renoué, dans des conditions nouvelles, avec l'ancien premier ministre de Louis-Philippe. Ils échangeaient des livres et des lettres. iM. Cuizot, ayant oublié ses fautes, et voyant très bien celles de ses successeurs, ne pouvait admettre que sa vie politique fût close. Des amis lui persuadèrent aisément que s'il se présentait dans le Calvados, son ancien département, il serait élu. Une fois député,
< 1) G. de la Tour avait songe aussi aune candidature en Bretajjne poui' M. Dupanloup, rcceinnient nommé évoque d'Orléans. Jlon frère lui répondit : •< Quant à M. Dupanloup, il a du mérite : il a l'ait merveille dans les commissions d'enseignement; mais plus son mérite est grand, plus je désire qu'il s'applique au gouvernement de son diocèse, un de ceux qui peuvent le moins se passer de la présence et du zèle d'unévèque... » M. Dupanloup connut cette réponse et n'en fut pas satisfait.
r.u\ I ni i> \i.i II. un
poiM((Uoi la majorilô conscrvatrirc ne veriait-clh* pas en lui son cliol ? Louis Veuillot, consulté, sans croire l>eaucou|) au succès, promit son concoui's. Il le motiva par un arlicle où il rappelait que depuis 18V8, M. (iuizot s'était déclaré pour lu /i/jrr/t' tie l'Iùj/ise. « Ce mot, disait-il, nous ne l'ouMicrons pas. Nous eu^^igcons formellement nos amis du Calvados X maintenir sur leur liste riionime éminent (jui a résumé en deux paroles les conditions de la paix sociale : Union des partis ! liberté <lc l'I'lylis,! Ke salut de la France est dans cette pensée. »
Quinze joursavant l'ouverture du scrutin, Louis Veuillot qui ne doutait plus de l'échec de son illustre candidat lui écrivait : " Votre exil va véritablement commencer le mois prochain. Vous serez éloigné résolument, non par un peuple qui ne sait ce (pi'il fait, mais par des gens qui sont fâchés d'avoir trojj besoin rie vous. Voilà ce (|ue c'est que le suffrage universel, >-
La plupart des conservateurs, ceux <]ui voient tout l'ordre dans le gendarme, se croyaient maîtres de la situation, parce que dans la Chambre les modérés et les réactionnaires l'emportaient de beaucoup en nombre sur les démaiiogues, Louis Veuillot, plus clairvoyant, établissait que cette majorité, ignorante des principes, n'était point sùie et disparaîtrait très probablement dans le despotisme ou l'anai-chie. Ces sombres prévisions ne l'empêchaient point d'enterrer avec humour l'Assemblée qui finissait :
« Une reine venait de mourir et son roi disait : C'est le premier chagrin qu'elle m'ait causé. Voici une autre reine qui meurt, dame Assemblée Nationale constituante, reine de France, Combien de Français, rois mécontenis de cette défunte, s'écrient : Elle se meurt, elle est morte ! C'est le premier plaisir qu'elle nous fait! »
Il reconnaissait, d'ailleurs, qu'au début celte j-eine n'avait pas eu troj) mauvais caractère. Mais combien elle