‹ Louis VeuillotChapitre 44 sur 73 · I.OUIS VKLILI.OT · texte numérisé non relu

I.OUIS VKLILI.OT

Coiiclusiou : l.e journaliste loyal, celui qui sait entendre, penser, juger, ne peut s'occuper des débats parlementaires et des orateurs, sans percer le masque, sans déchirer le voile. Et comment déchirer le voile sans attirer sur l'homme un mépris dont le poids s'étend vite au parti qui l'emploie, à l'Assemblée qui lécoute et qui souvent le suit? Donc Vl'nirt'rs n'avait pas été trop dur poui l'Assemblée qui venait de mourir et serait difficilement plus tendre pour celle qui venait de naître, car issue du même système électoral, obéissant aux mêmes passions et ayant les mêmes droits, elle suivrait les mêmes errements. Ces critiques aboutissaient à la condamnation du régime parlementaire. Aufond, Louis Veuillot a toujours été l'ennemi de ce régime. Cela se voit même dans les articles où il en faisait ressortir les avantages et pressait les catholiques d'en profiter.

Un tel état d'esprit le rendait sévère pour la République. Il dénonçait en elle la forme gouvernementale la plus favorable au parlementarisme. Ces majorités inévitablement ondoyantes et diverses dont tout dépendait, allaient contre son amour de l'autorité, contre son besoin de voir la force régularisée, disciplinée, servant avec constance le droit. Sans être l'ennemi ou seulement l'adversaire de Louis-Napoléon, il n'attendait pas de lui une restauration politique et religieuse. C'était un passant. La foule grisée de urands souvenirs qui l'avait porté au pouvoir, croirait-elle longtemps en lui? Et que valait-il? De là chez Louis Veuillot une tendance à se rapprocher, non du parti royaliste, qui était sans doctrine, mais des idées monarchiques.

Parmi les élus de 18 V9, on comptait le maréchal Bugcaud. Le président de la République navait pas attendu l'élection du glorieux soldat pour le rappeler à la vie active. Dès le mois de décembre 18V8, il lui avait donné, aux applaudissements de tous, le commandement de l'armée des Alpes, avec quartier général à Lyon, où des trou-

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blcs «'taicnt h craindre. Le maiY^clial, par amour dn l'ordre et par \r fond de hoiiaparlisnie (|iii avait loiijuurs véruen lui, «'tait tout dévoué au clicf de i'Ktal. Des cette époque, il estimait qu'il faudrait sortir de la légalité pour arrêter le mouvement révolutionnaire et il ne cachait pas à Louis Veuillot «pi'il seiait volontiers l'homme de ce couplà. A son avis, un appel au peuple appuyé d'une simple démonstration militaire sufhrait. Il avait conserve tojite sa vitincur de corjis et d'espiit. Venu à Paris j)our siéger à l'Asscinhlce, il lut atleinl du ch(déra et mourut. Voici «'ii «|uels termes le jour même (10 juin 1849 , Louis Veuillot annonça cette mort <pii lut un événement :

« M. le maréchal Hugeaud a rendu le dernier soupir ce matin, A minuit, l'espérance de le sauver n'était pas perdue; à six heures et demie, il a succombé. La nouvelle s'en est réj)andue jjromptenient dans Paris. Klh^ a été accueillie avec un senliinenl de douleur et de eonsternation (pie toute la France éprouvera. Le pays fait une perte immense. Chacun le sail ; mais Pieu seul tpii a frappé ce coup soudain en connaît la portée.

« Le voilà tombé, cet homme calme et fort, vers qui tous les yeu.\sc tournaient dans l'attente pleine d'angoisse où nous vivons; le voilà tombé sans efl'ort, sans combat, sans bruit! Son épée était une frontière, son nom un drapeau. Un souffle a traverse lair. et il n'est plus. Le rempart s'est écroulé, la puissante épée est rentrée auiourreau pour jamais. »

Après avoir parlé sobrement de ses rapports personnels avec le maréchal, il ajoutait :

« Sa mort a été chrétienne. Dieu n'a pas oublié que le vaillant soldat avait travaillé à agrandir l'empire de la Croix; il n'a pas oublié surtout les œuvres de charité dont il s'était toujours montré prodigile, et il l'a prévenu de toutes les grâces qu il accorde à ceux qu'il veut récompenser et bénir. Calme comme en un jour de bataille, le vieux guerrier a vu s'avancer d'un o'il ferme le dernier en-

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nemi dont il dût triompher II a reçu avec la foi et la simplicité d'un enfant les secours de la religion, et c'est après avoir suivi, avec toute la liberté de son esprit, les prières des mourants, qu'il a rendu à Dieu son âme purifiée par le sacrement de pénitence. Spectacle auguste, dont ceux ([ui l'ont vu ne parlent pas sans pleurer; consolation suprême et la seule que puissent goûter les Cd'urs dévoués que ce malheur public atteint plus particulièrement.

« Le maréchal adorait sa famille. La plus grande de ses douleurs a été de n'avoir auprès de lui ni sa femme ni ses enfants. On a pu le deviner, il n'en a point parlé. Aucun de ces noms chéris n'a passé de son c<pur jusqu'à ses lèvres. Il craignait de faiblir en les prononeant. Seulement on le voyait parfois lever les yeux et les mains au ciel, un soupir aussitôt étouffé s'échappait de sa poitrine, et une ombre de tristesse voilait ce mâle visage, sur lequel ni la vie ni la mort n'ont pu faire passer un moment l'expression de l'efïroi. »

Le lendemain, il écrivait à Gustave delà Tour :« C'est un grand événement que cette mort du maréchal Bugeaud. Elle me brise le cœur et je serais inconsolable si je n'avais toutes les raisons possibles d'espérer que l'excellent maréchal trouvera grâce devant Dieu. 11 n'avait jamais été incrédule, au contraire ; et la foi qui sommeillait dans son âme s'est réveillée au dernier moment, pleine de force et d'espérance. Mais quel coup pour cette société qui voyait en lui son dernier rempart! »

Deux jours après, le parti révolutionnaire, répondante un appel de Ledru-Hollin, et fêtant à sa manière la mort du maréchal, tentait une insurrection. Louis Veuillot avait, dès la veille, annoncé cette tentative et donné ce conseil :

" Que les honnêtes gens donc prennent leur fusil au premier coup de rappel, et quittent leur maison avec la résolution de ne rentrer que vainqueurs. Lorsque la guerre, et une telle guerre est déclarée, rien de mieux à faire, rien

:\'rl LOUIS VEl ILIOT.

(Irpliis sur que de la soutenir bravenunt. I.p «Icrnior bouclier (jui reste aux honnêtes ^--ens, c'est leur en maire. S'ils n)aii<|u<*nt (le courage, ils suliiront le sort quils auront mérite. U"cl que soit leur amour pour la vie, leur sort sera tel, (|u"ils auront repret de vivre.

« Mais, tout l'annonce, ce n'est pas à la société (jue le courage manquera, et peut-être même u'aura-t-elle qu'à vouloir résolument se défendre pour avoir vaincu. Klle a toujours le droit, elle a encore la force : comparée h ses adversaires, elle a même 1 inlellig-ence et la veitu. Qu'elle comprenne et honore plus qu'elle n'a fait depuis un siècle les vérités dont elle irarde ledépAt et qu'elle ne |)eut perdre sans périr : non seulement elle sortira victorieuse des périls d'aujourd'hui, mais encore elle les atteindra et les vaincra jusque dans l'avenir. »

La société prit les armes pour se défendre, mais elle ne comprit pas que, pour couronner et consolider la victoire, elle devait honorer et appliquer les vérités dont Lonis Veuillot ia[)pelait qu'elle avait le déj)ôt. Cette inintellitrence prépara le coup d'État du 2 Décembre 1851 .

Le rédacteur en chef de V Univers ne fut nullement étonné de n'être pas écouté. Presque tous les articles qu'il écrivit alors 18i9 sur la situation morale de la France et particulièrement sur l'état d'esprit des dirigeants, qu'ils fussent au pouvoir ou dans l'opposition, prouvent qu'il tenait de nouvelles et terribles crises pour

inévitables et nécessaires. Oui, il croyait, et il le

disait, que cette société matérialisée avait besoin d'être frappée de nouveau et plus sévèrement que jamais pour comprendre et en suivre les lois. Cette conviction est particulièrement exprimée, motivée et accentuée dans ses polémiques avec les journaux modérés ou conservateurs, celles-ci, par exemple : Hors de CE g lise point de salut ; — Les arts en ISiU: — Décadence et petitesse: — Adresse de main, misf're d'esprit: — Dévotion philosophique, en temps de choléra: — « L'Ordre^ >- Journal conservateur.

LOUIS VEi nxoT. :iv:j

— Dogmes, pensées et litlrrature de M. Chambolle, défenseur de la civilisation.

En mrme temps que ces polémiques contre les conservateurs et les libéraux, Louis Veuillot en soutenait d'autres non moins vives contre les révolutionnaires et les socialistes. Je signale parmi celles-ci la série d'articles intitulée : M. Pelletan et l'usure; — Le communisme de VÉfjlise. C'est tout un travail sur les doctrines et les pratiques de l'Église, quant au communisme, à la propriété et au prêt à intérêt. M. Eugène Pelletan, écrivain" pleiude prétention et de simagrées », quifutplus tard l'un des fondateurs de la troisième république, faisait alors de la fantaisie lourde et du socialisme dans la Presse. Il imagina de soutenir que l'Église chrétienne avait commencé par le communisme. Il se flattait d'embarrasser beaucoup Montalembert, V Univers et tout le parti religieux en établissant que les catholiques ne pouvaient défendre la propriété sans une sorte d'apostasie. Louis Veuillot jugea bon de relever et d'expliquer les textes fort mal compris et très violentés, dont M. Pelletan prétendait s'appuyer. Naturellement, il aviva cette discussion, bien grave pour un journal, par des traits qui amusèrent la galerie aux dépens de son contradicteur, montrant ainsi une fois de plus, et ce ne fut pas la dernière, qu'il excellait à mêler le plaisant au sévère.

Malgré l'importance de la question débattue et le travail qu'elle lui imposa, Louis Veuillot ne vit là qu'un devoir facile à remplir et presque un amusement. La grande polémique de 1849, celle qui lui coûta le plus, qu'il fit avec passion et néanmoins à regret, en pesant toutes ses paroles, en craignant toujours de blesser des amis ou de sacrifier le droit, ce fut la polémique sur la loi dont on attendait la liberté de l'enseignement. Le parti catholique s'était formé en vue de cette conquête. Touchait-il au but?

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