I.OL'IS VEIII.I.OT
qu'on prétend leur donner n'est pas la liberté, et surtout n'est pas la liberté que nous demandions pour nous et pour les autres, ce n'est pas la liberté de l'enseignement, ce n'est pas la liberté de la conscience, ce n'est pas la liberté de la famille, ce n'est pas la liberté delà commune, ce n'est pas la liberté de l'Église, ce n'est pas la liberté! »
De toute cette sortie attristée et véhémente, un seul mot se ressent trop de la bataille, celui-ci : « Nous n'avons même pu améliorer la loi. » Non : la loi valait mieux que le projet présenté par M. de Falloux et la résistance de ïl'niifirs et de ses amis y était pour quelque chose. Elle avait forcé les transigeants à moins transiger, et peut-être aussi certains libéraux à moins craindre de trop accorder aux catholiques. Louis Veuillot jetait ensuite un regard sur cette longue polémique et ajoutait :
'X Nous l'avons commencée, poursuivie, terminée avec une entière bonne foi ; nous n'avons esquivé aucun argument, supprimé aucun document, ni cherché à surprendre d'aucune manière l'adhésion d'aucun personnage ou la raison d'aucun lecteur. Dans une matière si grave, nous aurions rougi de nous appuyer sur une autorité douteuse, d'employer un subterfuge, de n'être pas en tout et toujours clair, exact et |)récis. Nous avons toujours eu présente à l'esprit cette pensée, que ce serait pour nous une grande honte et un grand remords si, par de misérables habiletés de parole et de plume, nous obtenions de l'erreur ce qu'il ne faut demander qu'à la conscience et à la raison aussi parfaitement éclairées qu'elles peuvent l'être dans les ténèbres de ce monde. C'était le triomphe de la vérité que nous voulions, et non pas celui de nos conceptions et de nos vanités. Notre scrupule a été tel, qu'avec la seule collection de V Univers, un esprit sérieux pourra toujours écrire une histoire complète et impartiale de la discussion. )»
Il terminait en parlant de l'application de la loi et déclarait que maintenant le rôle des opposants était d'obéir :
LOUIS VELILLOT. 371
« Nous obéirons, nos évêques sont les gardiens des consciences chrétiennes. La loi sera pour nous ce qu'elle sera pour eux. A Dieu ne plaise que nous manquions jamais de docilité et de courage pour accomplir les résolutions quils prendront dans leur sagesse inspirée parla foi.
« Les liens si foits et si chers qui nous attachaient à quelques-uns des auteurs de la loi ne sont point brisés. Nous sommes prêts à marcher d'accord avec eux, soit pour réformer cette loi, si, à l'expérience, elle se trouve décidément mauvaise, ce qu'ils reconnaîtront aussitôt que nous; soit pour en tirer le meilleur parti possible, si elle est exécutable, ce que nous verrons aussi bien qu'eux; soit pour la défendre, si enfin nous nous sommes décidément trompés. Et puisse cette dernière éventualité se réaliser préférablement à toutes les autres! Notre amour-propre ne peut pas recevoir de blessures quand l'intérêt de l'Église est sauvé (11. »
En dépit de cet appel, on n'eut pas tout de suite la paix. Les vainqueurs exigeaient pour leur œuvre l'admiration. C'était excessif, et il y eut encore quelques passes d'armes. D'ailleurs une question grave restait à résoudre. La loi décidait que des évêques feraient partie du conseil supérieur de l'enseignement et des conseils académiques départementaux. C'était les lier à l'Université. Il était à croire que vu l'état des choses, Rome le tolérerait; mais, en attendant, il y avait matière à discussion. Montalembert, inquiet, écrivit longuement au Saint-Père pour le supplier de faire accepter cette clause et, par suite, sa trop chère loi, à tous les catholiques. M^ Dupanloup fit comme lui. La réponse fut deux mois à venir. Selon sa coutume, Rome réfléchissait mûrement. Enfin Rome parla. Une décision pontificale communiquée aux évêques par une circulaire du nonce
(IjCet engagement a étfi loyalement rempli. L'f/muers, du vivant do Louis Veuillot et depuis sa mort, a toujours défendu la loi de 1850. Et pour mieux la défendre, il s'est gardé d'en rappeler les défauts. Nul journal n'a travaillé plus que lui à en lirer bon parti.
372 loi is \i:i ii.i.or.
apostolique leur dit d'accepter la charge que prétendait l«nii- imposer la loi si pénihleuient obtenuo. Pie 1\ rappelait «jue l'Kglisesait, au besoin, se contenter d'une « liberté imparfaite » quand cette liberté « est compatible avec son existence et ses devoirs ». La loi avait été modifiée et améliorée, elle pourrait l'être encore; il convenait, dans les circonstances où se tiouvait placée la société, de concourir à son application. L'union était recommandée aux catholi(jues. <i Sa Sainteté espère, ajoutait le nonce, que les membres du respectable corps épiscopal qui, par le clioix de leurs collègues, siégeront dans le conseil supérieur de l'instruction publique, sauront en toute circonstance, par leur zèle et leur autorité, comme par leur doctrine et prudence, défendre avec courage la loi de Dieu et de l'Église, sauvegarder de toute l'énergie de leur Ame les doctrines de notre sainte religion et appuyer de toutes leurs forces un enseignement pur et sain. »
Que d'inquiétude trahissait une adhésion ainsi motivée! Home ratifiait le fait accompli, remerciant de leurs bonnes intentions ceux ([ui avaient fait la loi et ne blâmait en rien les opposants. Elle reconnaissait, au contraire, implicitement qu'ils avaient défendu les principes. V Univers s' empressai de publier les instructions pontificales. « Plus notre opposition à la loi a été vive et persévérante, écrivit Louis Veuillot, plus il nous importe qu'aucun nuage ne puisse s'élever sur la sincérité et l'intégrité de notre soumission aux directions du vicaire de Jésus-Christ. »
Tout devait être iini ; cependant, il y eut encore des dissidents ou résistants. Ce fut, dans l'épiscopat, M^ Clausel de Montais, et dans la presse religieuse, le Moniteur catholique, journal de l'archevêque de Paris, M^' Sibour, que rédigeaient deux de ses vicaires généraux : l'abbé Bautain et l'abbé Darboy. \,'Vnivers se tut sur l'acte du vénérable évêque de Chartres, mais il fit observer à la feuille de M^ Sibour, que Rome ayant parlé, la cause était entendue; qu'il n'y avait plus à critiquer la loi, mais à se mettre