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tiaitor. Je me uardonii bien, en outre, d'aventurer un volume .sans m'enlourerdecoiiseilscompétcDls, .l'aitropd'envieque cette lil/ii/of/u-que soit utile ei honorable pour faire un seul pas sans de grandes précautions (1). » A. La Tour, «jui redoutait un écho de la lutte sur la question de renseignement, il disait : « Soyez sans in([uiétude sur le caractère de la Bibliothf'que nouvelle : elle sera neutre parfaitement entre les catholiques, (iràce à Dieu, les questions qui nous divisent n \ ont rien à faire et n'y seront pas même nommées... >• {i). Même langage à Dom Pitra, Albéric de Blanche, Donoso Cortès, dom Gardereau; àtousceu.\ enfin qui avaient promis leur colla]>oration et dont plusieurs déjà étaient à la besogne.
Une telle publication devait avoir la sympathie ou tout au moins la neutralité de quiconque entendait servir l'Eglise. Louis Veuillot y comptait. Il fut vite détrompé. Les catholiques de l'alliance avec FLIniversité, les demeurants du gallicanisme, les groupes qui suivaient W Dupanloup etM°''Sibour prirent parti contre la Bihliothi'que nouvelle, dès qu'on en parla, et l'un des livres qu'elle publia fut l'occasion de la plus forte tempête qui, du côté catholique, ait assailli Louis Veuillot et VUnivers.
Cette hostilité si vive d'adversaires qui se conduisaient en ennemis, ne portait, d'ailleurs, aucune atteinte à la prospérité du journal, ni à la considération de son rédacteur en chef. \S Unirers grandissait toujours. Ce n'était pas seulement à Rome qu'on le tenait pour l'organe le plus important de la cause catholique ; il en était de même à l'étranger pour quiconque suivait le mouvement des esprits en matière religieuse. Donoso Cortès, alors ministre d'Espagne à Berlin, étant entré en correspondance avec -Montalembert, luiécrivait, à propos de la lut te entre l'Eglise etla Révolution : « Entre tous les journau.x" qui aujourd'hui
(1) LcUnî du io mars 18.j0.
(2) Lettres du 0 avril IH'jO.
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paraissent on France, K'nivers est relui qui me semble avoir e\<M"cé, surtout en ces derniers temps, rinfluencc la plus salntaireet la plus féconde • 1). Vu peu plus tard, en novembre 1 8 Vî>, rentrant deUerlinà Madrid, il s'arrôta quel- «pu^s jours ;\ Paris, viiilvoir Louis Vruillot et le({uitla lun de scspliis iulimesaujis. A lasuitedecett»* premirre rencontre, que marquèrent de longues conversations, mon frère écrivit sous ce titre : Le roi de Prusse et la Rf-voluiion, un long- article, écho des observationset prévisions de son nouvel ami. Il y est expliqué, i)ar une série de considérations, les unes réalisées, les autres démenties, que la Prusse dominera rAlleniac-ne, que son roi deviendra l'empereur des Allemands et «pie le dénouement sera le triomphe de la liévolution. i*onr la domination et l'empire, c'est fait; on peut croire que poui' la II évolution, ça se fera. Il va dans ces paffes un portrait très oriirinal du roi de Prusse, Frédéric- (iuillaume, mort fou, dont, sans grandes retouches, on pourrait faire un portrait de Guillaume 11.
A la fin de cette même année. Louis Veuillot fut mis en rapport avec le prince de Metternich. L'homme d'Ltat qui si longtemps, comme ministre tout-puissant, avait gouveiné r.Vutriche, chassé de Vienne par la Révolution, s'était réfugié à Hrnxelles. Théodore de liussierre, qui l'avait approché autrefois, allant le voir, mon frère décida de l'accompagner et pour être tout à fait sûr d'être bien reçu, se munit d'une lettre de .M. Guizot. La réception fut des plus aimai (les. Louis m'écrivit de Bruxelles le 20 décembre 18V9 :
« .l'ai vu mon homme et j'en suis charmé. La conversation a duré deux heures et demie. // demande à écrire dans l'Univers. Oui, Messieurs, et très sérieusement, et il écrira bien... La vérité est que M. de Metternich m'a fait notre éloge dune façon bien douce à entendre d'un tel homme, qui est le plus calme, le plus modéré, le plus
J) rCuvres de Donoso Cortcs. marquis dp Valdegainas. t. 1, p. 319.
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spirituel qu'on puisse voir et qui s'est montré d'une bienveillance qui passe l'imai^ination... Il m'a dit qu'il était l'un des plus anciens abonnes du journal ; qu'il l'avait toujours lu avec soin, avec affection, le trouvant dans une bonne voie en tout, sauf au sujet de l'Autriche, où nous nous trompions, mais do bonne foi... Il m'a répété à deu.v ou trois reprises que toutes les fois que nous aurions besoin d'un éclaircissement, je pourrais lui écrire, qu'il se ferait un plaisir et un devoir de me répondre... 11 parait que la lettre de iM. (iuizot était soignée. »
Le lendemain il écrivait à Mathilde avec le même contentement : « Ma chère femme, je suis encore à Bruxelles |)Our deux jours. Le prince veut que je dine une seconde fois avec lui... ces dîners ne menipôclient pas de faire au prince des visites continuelles. Je le verrai deux ou trois heures aujourd'hui et quatre ou cinq heures demain. Il dit à Bussierre (jue je lui reviens tout à fait, et en vérité, il me le prouve. Je continue d'être charmé de mon voyage... (1). »
En rentrant à son hôtel, mon frère écrivait ses conversations avec Metternich dans l'intention de les publier un jour ou l'autre. C'est seulement dix ans plus tard qu'il les publia. Elles remplissent les quarante premières pages du premier volume de la deuxième série des Mélanges. Par le fond comme par la forme, elles offrent toujours un vif intérêt. Bien que ce ne fût pas encore le temps des inter^•ie^^, Metternich comprit qu'en parlant à ce célèbre journaliste, il parlait aussi au public. Il fit des frais pour plaire, et comme il avait beaucoup d'esprit, il plut. Louis comptait sur cet aimable accueil. Au moment du départ, Bussierre, quelque peu inquiet, lui avait dit : ' Croyez-vous que le prince sache que vous êtes l'auteur de tant d'articles écrits contre lui dans Y Univers ? — Je ne doute pas qu'il le sache, mais ilen avu bien d'autres,
1 1) Correxpondanie, t. VII. p. 19.
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••t je n'niiiais aucune curiosité de l'cnlcndre. si je n'étais siir (ju'il rst houuno à no point so sotivonir do ces oliosos-lii. '
.liisturau dernior mot dr ces lon,i,^nes conversations, Louis Vonillot ôcoiita avoe plaisir Mcftoinicli ; niais, i\ la lin, il 1 admira moins (|n'.iii conimonrcinonf ; ot voici comment il le classa :
« J'ai vu M. de Mottornicli calme, paisilde, miséricordieux, honnèto, intelligent, clnétien. Tout ce qu'il m'a dit m'a paru sat;e et rétlochi. lUen pourtant n'est sorti du vulgaire. Après réblouissement de la première surprise, tout no mo laisse (jue riinpi-ession d'un e\cellont livre de moral*' écrit par un protestant. Il y manque la chaleur, les vues éclatantes, ce je ne sais quoi qui pénètre au fond des choses, <(ui anime, (pii enflamme, (|ui allormit et (ju'on n'oubliera point. Voilà ce que j'éprouvais l'autre jour en écoutant Donoso Cortès, (|ui n'est point un homme d'Ktat(ii. >' Il s'en tint à ce dernier jugement.
L' Cnivers, de plus en plus considéré au dehors, avait, en outre, gagné en force chez lui. Une parfaite union y léguait : Louis Veuillot avait toute l'autorité et l'cverçait sans commander jamais. La rédaction formait une famille, où chacun avait son rôle, sa place et faisait de lui-même, avec zèle, sa besogne. Quand le rédacteur en chef n'était pas là, si un doute s'élevait, s'il fallait prendre tout de suite une décision, du Lac ou Eugène Veuillot la prenaient et tout était dit. Taconet. titré directeur, ne dirigeait que l'administration. Par déférence et amitié, on lui demandait son avis sur toute question grave ; et toujours, il eu donnait avec embarras, etlarement et volubilité, plusieurs ; c'était donc comme s'il n'en donnait aucun. Quelle ({ue fût la résolution prise, il l'approuvait, non sans trend)ler un peu, car il avait toujours besoin de s'inquiéter.
(1) Mélanges, -2' série, 1" volume, p. Stt.
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A l'époque de la lutte siir la loi d'enseignement et do l'Avertissenient de M"'" Sihour, la rédaction proprement dite, établie à poste fixe pour la besogne (|uotidi('nne, so composait ainsi (je donne les noms dans l'ordre où l'on signait les déclarations collectives) : Louis Veuillot, Melcliior du Lac, Eugène Veuillot, Koux-Lavergne, Jules tiondon, Coquille, rédacteurs; E. Taconet, directeur, Barrier, gérant (1). Depuis longtemps, Léon Aubineau était de la famille, en qualité de principal collaborateur ; mais n'ayant pas encore donné sa démission d'archiviste d'Indre-et-Loire, il ne signait pas comme rédacteur. Dès ce temps-là, l'abbé Jules iMorel apportait à YUnivers en amateur une intéressante et compromettante collaboration. Gustave de la Tour, qui s'elfaça pendant le vif des débats sur la loi de 1850, nous revint bientôt complètement. Son concours d'ami était des plus actifs comme des plus précieux.
Cette rédaction, aidée de collaborateurs et de correspondants dévoués aux mêmes principes et marchant avec conviction et zèle dans la même voie, mettait V Univers en très bon rang dans la presse parisienne et au-dessus de toutes les autres feuilles religieuses. Je le dis en historien qui constate un fait. L'/sVe Nouvelle, qui avait brillé durant quelques semaines ou quelques mois, ne comptait plus; VAmi de la Beligion, galvanisé un instant par M^"^ Dupanloup et très prôné encore par Montalembert, Falloux et Ravignan, necomptait guère; le Moniteur catholique, malgré 1 appui passionné de M''''^ Sibour et la collaboration de MM. Bautain et Darboy, ne compta jamais. Quant à la Voix de la Vérité et au Journal des villes et campagnes, personne n'y faisait attention. S'il y en eut d'autres, je les
(1) De tous ces rédacteurs, un seul, Jules Gondon, n'était pas pour ses collabo ratcui-s un intime. Il suivait correctement la ligne, et, chai'gé sui'tout des qu stions anglaises, faisait bien sa besogne; mais il gardait une réserve qui paraissait de la gène. Nous doutions fort qu'il fût coniplèteuient avec nous.
, u\ l.iH |s \\.\ ll.l.iil.
ai oiiMirs. [.'( /itrrrs^ béni de l*i«' I\. salar ;i r«*tranger comme le seul jouraal catholique impoilaut, ftjrlifié en Kraiicc par lesassautsqui avaient voulu l'abattre, était donc en très belle situation, et Louis Vcuillot pouvait, sans présomption, se féliciter de n'avoir pastravaillc en vain. C'est, (lu reste, à peu prèsee (ju'il écrivait à Uio h- 28 septembre l,s:»u : On aura beau faire, je crois que notre œuf est pondu et qu'il n'en sortira p;is un ser()ent, mais de bons chiens de berg^ers qui attaqueront les loups, quand raéme (juel([ues bergers leur jetteraient des pierres... Voilà ce que nous avons, non pas fait, mais g-rAce à Dieu, vigoureusemcntdévelop|ié;eta|>rès tout, nous pouvons mourir, raôme d'un coup de foudi-e : nous avims, en di.\ ans de labeur, |)orté partoutune semence de chênes qui lève partout(lj. »
Cette vie de rude travail et de luttes souvent pénibles paraissait douce à Louis Veuillot. H aimait son journal et son chez soi. Au journal, les joies l'emportaient sur les amertumes; chez lui, il avait une femme modeste et pieuse, liére de son mari, empressée à lui plaire, et déjà entourée de quatre charmants enfants, quatre tilles « s'échelonnant de quatre ans et demi à quatre mois ». Pourtant, écrivaitil le -îï novembre 1850 à un ami, « nos désirs ne sont pas comblés : nous aurions voulu un garçon, et qu'il devint prêtre. Espérons «|u"au moins une de ces quatre filles sera religieuse. » Ilneui pas le gar(,^on, mais sa quatrième fille «levint sœur Marie Luce, Visitandine.
Son rôle public grandissait sans modifier en rien ses habitudes, son caractère, ses sentiments. Il était heureux de réussir, mais les succès ne l'enflaient pas plus que les menaces elles injures ne rimjuiétaient. Quelques extraits de sa correspondance intime le prouveront. Le 2 août 18i9, il rappelait à sa femme, malade à Versailles chez son père, l'anniversaire de leur mariage :
« Nos cœurs, lui disait-il, devaient se rencontrer dans
(1) Correspondance, t. IV. p. J^'.».
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cet anniversaire du 31 juillet; ils s'y sont embrassés avec tristesse à cause de la situation préseutc; avec espérance parce que nous connaissons tous deux la bonté paternelle du Dieu qui a formé nos liens. Toute la journée, mon âme a été embaumée de toi : tantôt je me souvenais, tantôt j'espérais, tantôt je m'attendrissais. Je te voyais contente et étonnée, comme tu l'étais dans les premiers jours; je te voyais souiï'rante et pâle dans ton fauteuil; je te voyais guérie, reprenant nos promonades et nos modestes petits plaisirs; petits, mais si doux et si purs. 11 faisait hier une espèce de beau temps d'automne, paisible et un peu triste comme je les aime. Je me disais : Comme nous en jouirions ensemble!... Dieu soit béni! Notre malheur semble plus grand parce que nous nous aimons, mais en réalité combien cet amour mutuel l'adoucit! J'ai parlé de toi toute la journée. Cematin, je t'ai écrit de chez les Pères Jésuites; je t'ai recommandée à leurs prières et tous ceux qui étaient présents m'ont promis de dire la messe pour toi. . . »
Trois semaines plus tard, Mathilde étant rétablie, il était allé prendre un peu d'air vif et de repos au bord de la mer et lui écrivait : « J'ai eu le bonheur de communier ce matin. Je te laisse à penser si j'ai prié pour toi; mais juge de mon émotion, lorsqu'après la messe, j'ai vu venir à l'autel une jeune femme, accompagnée de sa mère portant un petit pain et un enfant nouveau-né. C'était la femme d'un matelot qui faisait ses relevailles. Le mari n'assistait pas à la cérémonie, il était absent, peut-être en mer. J'étais déjà attendri d'avoir reçu le bon Dieu. Mon cœur n'a pas résisté à ce spectacle qui te représentait à moi si vivement. J'ai caché ma tète dans mes mains et je me suis mis à pleurer. . . »
Maintenant, c'est à moi et de l'évêché d'Amiens que mon frère écrit. L'évéque d'Amiens était M"^"" de Salinis :
« ... Je suis trop bien ici, voilà mon malheur : partout appelé, partout caressé, partout admiré, partout embêté ! . . . Du reste, cet évêque est charmant, spirituel en tous sens, aimable, ayant soin de ses hôtes, pratiquant l'hospitalité