I.OLIS VEllLI.OT
cet entretien et le fausse à l'excès, m«3nie pour lui. S'il indique à peu près les arguments dont il usa pour tourner Louis Veuillot contre le Président, il tait les efforts qu'il fit pour le détacher de Montalembert. C'était la position à enlever et il ne s'y épargna point. Il savait bien qu'à ÏUnivers on était moins « élysécn » ou napoléonien que son ancien allié redevenu notre chef, et il pensait qu'en le montrant plus emporté que sage, plus aventureux que politique, il aurait partie gagnée. De quel ton protecteur et compatissant, il proclamait les mérites et déplorait les écarts de ce « cher ami »! — Je ne vous demande certes pas, disait-il, de condamner Montalembert, je vous prie, dans l'intérêt de l'Église, de rester neutre.
M. de Falloux a conté dans ses Mémoires que Louis Veuillot avait alors voulu lui soutirer les secrets de la majorité. C'est une indignité et une sottise. La majorité n'avait pas de secrets. Son ahurissement, ses colères, ses divergences, son impuissance étaient connus de tous. Journaux amis, journaux ennemis, journaux neutres, révélaient matin et soir ses projets en l'air, ses mobiles combinaisons, et ses rêves. Quant à l'entretien avec Louis Veuillot, c'était M. de Falloux qui, espérant détacher ÏL'nivers de Montalembert, l'avait demandé. Tout lui fut dit sur les dispositions du journal sans rien lui apprendre, et lui-même ne nous apprit rien.
Que pouvait-il nous dévoiler, en admettant que ce fin politique fût homme à révéler quelque chose? Non seulement nous étions comme tout le monde éclairés sur l'état de son parti, mais, de plus, Louis Veuillot connaissait par Montalembert les dispositions personnelles de Falloux. Il savait que l'ancien ministre de Louis-Napoléon voulait, à tout hasard, tenter de refaire l'ordre par l'extrême désordre. Je ne dis pas cela d'après des souvenirs qui, très anciens, pourraient être obscurcis et se heurter à des doutes; je le dis sur un témoignage écrit, daté, de bonne source et destiné par son auteur à une publicité
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ultérieiiio. VoiciciMjih'Moiitaleinlx'rl.aju-^sr.ivoirrappoi'tL' à Louis Vcuillot, écrivait le 12 ii(>v«Miil>rc 1851 au comte (Justavc de la Tour; c'est une coiilirmation indirecte et très concluante des jugements (jue portait Donoso Cortès sur la situation :
'< ... Kallouv m'a parlr à peu près en ces termes : « La France périt moralement, chaque jour elle dépérit et se déprav»' davantage; elle ne vit plus, elle vivote; rien ne peut èlre plus lAclieux que la duré»; de l'état de choses actuel ; il nous mène léjralenient et doucement à l'anarchie; une crise violente, sanglante, peut seilk sauver le " pays. " (>onime je lui demandais s'il croyait «jue la crise désirée par lui aurait pour lésultat le rétablissement delà monarchie et le retour du comte de Chamhord, il m'a répondu : •< Non. Ki.lk aira roi r résultat le triompuk
« IJKS RtUGES, Frr l'KLI-KTRK CKLl I 1)1 l'RI.XCF. DE Joi>-
« ville; mais ce ne sera qu'une crise passagère, vous et
moi, nous y resterons; je suis en règle, j'ai fait mon
" testament; je me confesse le plus souvent que je puis,
<- mon sacrilice est fait. La France ne peut être sauvée
« qu'à ce prix. Elle aura l'énergie de résister à l'oppres-
« sion des rouges; elle succombera lentement au régime
« actuel. Le Clergé s'en va (lisez le clergé n'est pluslégi-
« timistei (1). L'archevêque de Paris gagne du crédit; un
'< curé est venu reprochera Courcelle la part qu'il a prise
à l'expédition de Uome. Tout le bien que pouvait faire le
Président est Hni : il est épuise: encore ine fois le
<« triomphe des rouges vaut mieiu que le règne actuel; \e
« ne crois pas, je ne veux pas avoir contribué à l'amener,
'< MAIS JE m'y résigne PLUTÔT qu'à Ui durce du gourerne-
meiit du Président. »
Stupéfait, renversé par de tels aveux et si spontanés, je lui objectais le progrès incontestable de la religion, les collèges libres, les monastères, les conciles, le contraste
(!) La parenthèse et les soulignements sont ili- Montalembert.
LOUIS VEl'lLLOT. '.(.1
entre le julûlé de 1851 et celui de 1825; il me répondit : « Toit ckla n'fst rikx; ou du moins tout cela n'est que « superficiel : je n'apprécie pas ce progrès comme vous, " cela tient à la différence radicale de nos opinions. Vous « avez toujours cru que les gouvernements révolution- « naires étaient favorables à l'Église : pour moi, je les « crois mortels à la religion, à tout, celui-ci comme la « monarchie de Juillet ».
« Je lui rappelle l'enthousiasme avec lequel il a applaudi à la révolution de Février, à la République, alors que je la déplorais et la maudissais, et lui demande comment il peut choisir le moment où, sous le régime républicain, il est évident que la France se porte moralemenf mieux que sous la monarchie, pour ^e résigner à noyer dans le sang tous les progrès, toutes lesinstitutions, toutes les conquêtes qui nous intéressent le plus comme catholiques; il me répond toujours : « Les rouges arrivent légalement, tai- « divement : il vaut mieux en finir sur-le-champ. — J'ai « eu trois phases : j'ai cru d'abord à la République; au « 10 décembre, j'ai vu que la France n'en voulait pas « et j'ai cherché à tirer parti du Président; maintenant. « je vois qu'il n'y arien à faire de lui : c'est un ffm., un « sensualiste, un étourdi, qui n'a rien appris, qui va tout « brouiller, etc. Nous étions tous disposés à le réélire, nous « y étions résolus, nous travaillions déjà pour cela, j'ai « plaidé sa cause auprès du comte de Chambord. lequel « m'a dit que le Président, sous quelque forme que ce fût, « valait mieux que la République... Mais aujourd'hui. « c'est trop tard : il a donné sa mesure, etc., etc. » Enfin je lui fis une dernière objection : je lui montrai Rome et le Pape prisonnier des Français, par ordre de la République rouge... Il hésite un instant, puis me dit : « Ah! les Au-
« TRICHIENS ET LES RuSSES SERONT A LA FRO>TIÈRE ET ILS
« ARRANGERONT TOUT avatit quB Cela naît le temps de (( durer. Après tout, les Autrichiens valent mieux pour « lui que les Français ». Ainsi, vous le voyez, dans la peu-