‹ Louis VeuillotChapitre 61 sur 73 · I.OLIS VKl II.I.OT · texte numérisé non relu

I.OLIS VKl II.I.OT

séc du cli«r le plus ômincnl cl le plus prudent du parti lé^'itiniisto, ce (pion veut, c'est hier», coiuine on la dit : arrirrr à la terre promise par la nn'r llout/r, et amener la guerre civile pour aboutir à la p:uerre étrang^ère... »

Voilà où en était, la veille du coup d'Klat, non le seul F.illoux, mais le parti de l'ordre, (|ui s'appelait aussi le parti modéré. Ses chefs ont toujours dit (ju aloi-s, ils ne conspiraient pas. En elFet, ils étaient si allolés, si divisés d'idées et d'intérêts, si défiants les uns desaufi-es qu'ils ne pouvaient même pas ourdir une vraie conspiration. Us s'ai.'^itaient, ils menaçaient, ils appelaient le gâchis, ils prêtaient l'oreille à tous les projets, sans être prêts jV rien. Non, ils n'étaient point des conspirateurs. Il faut de la force et un but bien défini pour conspirer. Ces deux choses leur manquaient. Leur agitation avait pour tout résultat de favoriser le travail des rouges, des <( partageux », et de disposer le pays à saluer un sauveur dans le Président.

Falloux, qui connaissait Montalembert mieux que Montalembert ne connaissait Falloux, pensait bien qu<', dans l'intérêt même de la cause religieuse, son interlocuteur avait rapporté leurs conversationsd'octobre à Louis Vcuillot. Comment pouvait-il espérer que celui-ci, averti, ne verrait point dès le premier mot que lui, Falloux, songeait beaucoup plus en cette occurrence à ses rancunes personnelles et aux passions de son parti qu'aux intérêts de l'Église?

Naturellement, le lendemain de cet entretien, Vi'nivcrs jugea la situation comme il l'avait jugée la veille. Falloux n'en fut pas surpris, mais plus tard, pour le plaisir de se venger et par besoin de calomnier, il conta, dans un écrit posthume, que Louis Veuillot 1 avait trahi. Falloux- Fal/a.r!

Le 2 décembre, vers huit heures du matin, au moment où je sortais de chez moi, M. de Chapouillé, sous-lieutenant dans ma compagnie de la garde nationale, m'aborda en m'adressant celte question que tout le monde alors

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adressait à tout le monde : — Eh bien, le coup d'État! — Soyez tranquille, vous Tiiurez, lui rcpondis-jc. — Comment!... nous l'aurons! mais nous l'avons! L'air effaré de mon interlocuteur me prouva qu'il disait vrai. Il ajouta : Tenez, la proclamation du Président est affichée là au coin de la rue de Varenne. Je pressai le pas. Un groupe s'était formé devant l'affiche. Onla lisait avec une émotion visible et presque en silence. Cet acte si attendu surprenait comme de l'imprévu. On l'avait tant annoncé qu'on commençait à n'y plus croire. Et puis, il ouvrait la porte à un si redoutable inconnu que, stupéfait, on ne se pressait pas de parler. Je me rendis en h;\tc au journal. Bientôt toute la rédaction y fut, sauf le rédacteur en chef, qui ne pouvait rentrer avant deux jours, car en ce temps-là le chemin de fer et le télégraphe n'allaient pas partout.

V Univers, journal du matin, étant imprimé la nuit, avait toute la journée pour se recueillir. Du Lac et moi nous pensâmes que le mieux serait de se taire. Catholiques avant tout, nous n'avions pas appelé le coup d'État, nous n'étions pas de ceux contre qui il était fait, nous n'éprouvions nul besoin de défendre la Constitution ou l'Assemblée ; nous pouvions donc attendre, sans rien dire, le retour de Louis Veuillot. Le seul avis qu'il me parut important de prendre était celui de Montalembert, Du Lac n'y tenait pas, mais j'y tins, convaincu que mon frère l'eût fait. J'allai chez lui, il venait de sortir, et, en rentrant au journal,jel'y trouvai. Il était agité, gêné et satisfait. — Croyezvous au succès? luidis-je. — Il est sûr, répondit-il. J'espère même qu'il n'y aura pas lutte sérieuse. C'est au lendemain qu'il faut songer. Que va. dweV Univers ? — Nous comptons, jusqu'au retour de mon frère, rapporter les faits sans les juger. — Peut-être faudra-t-il parler plus tôt. — S'il y a nécessité de donner un avis, nous vous consulterons.

Il nous quitta et revint bientôt. Il avait pris langue de divers côtés et tenait de plus en plus le succès du coup d'État pour assuré. Il s'installa dans le cabinet de Louis

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Veuillof. vojilanf écrire, me dit-il, à des amis en faveur du Président. Ildiit faire ([uolfjues réserves. F.esqiu'llps? je ne le sais pas, mais Je suis convaincu (juil coDseillait ladhésion. Tandis qu'il se livrait à cette besogne, deux cents députés, expulsés du Palais-Bonihon, tenaient séance dans la maison voisine, — la mairie du \' arrondissement, — sous la présidence de M. de Vatimesnil. Ils décrétaient la déchéance de Louis-Napoléon, donnaient le commandement de l'armée au général Oudinot, absent, et app«'laitnt le [)euple français à défendre ses droits. Berrycr parut à une petite fenêtre donnant sur la rue de Grencllel et haranpiia <> la foule ", latpielle comptait à peine deux cent ciiupiante personnes. J'étais de cette foule, .l'affirme quelle montrait plus de curiosité que de passion et que l'éloquence de Berryer fut sur elle sans ell'et. Des chasseurs de Vincennes parurent : on s'écarta pour les laisser passer, et ils envahirent sans nul obstacle la mairie. Le commandant entra dans la .salle des délibératicms.. salua respectueusementlierryeret ferma la fenêtre aux harangues. La dernière séance de l'Assemblée était close. Lesdéputés, ne voulant pas se disperser, furent pour la plupart conduits entre deux haies de soldats A la caserne du quai d'Orsay. Je vins contera Montalembert cette scène. Mes souvenirs m'assurent qu'il en fut plus amusé qu'indigné. Il eut la tentation de voir défiler ses collègues, mais non celle de se joindre à eux.

Je le revis le soir. Il me confia que d'accord avec Léon Faucher et d'autres députés modérés, il avait signé une protestation contre la dissolution brutale de la Chambre. Très surpris, je m'écriai : <( Comment ! vous acceptez le coup d'État, vous demandez qu'on y adhère, vous auriez trouvé bon que l'Univers l'approuvât tout de suiteet vous protestez contre lui? Je ne comprends pas! » Il me répondit, avec quelque raideui', que tout en reconnaissant les avantages et même la nécessité de l'acte présidentiel, il regrettait et blAmait la violence dont on avait usé envers T.Xs-

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semblée et contre tant d'hommes marquants, dont plusieurs étaientses amis. — Je ne vois pas, répliquai-je, comment on pouvait supprimer l'Assemblée, mettre ses membres dehors, puis les chasser des lieux où ils se réunissaient sans manquer aux règles de la courtoisie. Il eut un sourire contraint et je me gardai d'insister.

Le lendemain, le Moniteui^ journal officiel, et l'officieux Constitutionnel dinrïOTiCiiveni que le Prince-Président venait de créer, à son usage, une Commission consultative, composée <( d'hommes jouissant à juste titre de la confiance et de Testime du pays ». Montalembert en était. Je fus tout de suite me renseigner près de lui. Il me dit qu'on l'avait fourré là sans le consulter, que, très ennuyé, il hésitait entre l'acceptation et le refus. Donnez-moi votre sentiment, ajoufa-t-il. — Si vous adhérez définitivement au coup d'État, vous devez accepter; si, réflexion faite, vous le condamnez, refusez. — J'adhère, mais je ne voudrais point paraître m'associera tout ce qui se fait.

Depuis la veille, les journaux non supprimés d'emblée étaient sous le coup de la suppression. Le nouveau ministre de l'intérieur, iM. de Morny, nous avait fait donner par un ancien journaliste libéral et universitaire cet avertissement : Ne dites rien qui déplaise, ou vous serez frappé. J'offris néanmoins à Montalembert, ou d'effacer son nom de la liste, ou de noter en deux mots qu'il n'avait pas été cotjsulté et n'acceptait point. — Je craindrais de compromettre le journal, me répondit-il, et d'ailleurs, je suis indécis.

Je le revis dans la journée. Son indécision persistait. La conclusion fut une réponse mixte, un non conditionnel pouvant se changer en oui. D'accord avec quelques députés de son groupe et de son monde portés aussi sur la liste à leur insu, il écrivit au ministre qu en présence de l'injuste et douloureuse incarcération d'un grand nombre de ses collègues et amis, il ne pouvait accepter les fonctions qu'on lui attribuait... Donc, si lincarcération cessait,

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rnccpptation pouir.iit vcnii- r\ \ icndiait. Kn dehors de cette lettre piivée du ininisfre, voiii la note (iiie Montalembert rédigea pour le puWlic et (jue Vf nivrrs donna : < Plusieurs députés, MM. de Montalemhert, de Mérode, de Mortemart, deMoustier, de Lîigrange, ont, dit-on, déclaré ne pas accepter ces fonctions en j)résence de la détention de beaucoup de leurs coUri; nés 1). » Morny, «ju on ne démontait pas facilement, lit le lendemain à Montalemhert

cette réponse : « Mon cher Montaiendiert vous, qui avez

tant d'esprit, croyez-vous sérieusement à la détention de nos amis? Je vous garantis qu'ils sortiront quand ils le voudront... » Montalemhert ne répliqua point. Qui ne dit mot consent. Quelques noms disparurent de la liste rectifiée de la Commission, non le sien. Quant à VL'nivers, il fut saisi à la poste et on lui siiinifia que s'il recommençait, il serait supprimé ou suspendu. De plus, on le soumit à la censure. Nous dAmes porter nos épreuves au Ministère de l'intérieur et n'imprimer qu'après visaofliciel.

Louis Veuillot, rentré à Paris, le i décembre, vit tout de suite .Montalemhert. Il lui conseilla de rester dans la Commission, non pour y jouer un rôle, — elle n'aurait certainement rien à faire, — mais pour garder la confiance du Prince, et être en mesure d'agir sur lui.

Dans ses Mémoires d'un royaliste, œuvre d'un homme d'esprit et de haine, pratiquant avec délice la médisance et la calonmie, M. de Falloux raconte ou insinue qu'en cette circonstance. Louis Veuillot pesa fort sur Montalemhert. Non ; il donna simplement à .Montalemhert le conseil que celui-ci désirait. Son choi.x était fait, mais il avait besoin de s'entendre dire qu'il prenait, comme catholique, le bon parti. 11 voulait être poussé, a dit mon frère; on le poussa. Il fallait que sa résolution fût bien arrêtée, bien ferme pour qu'il préférât lavis de Louis

(Ij L'historien de Montaleniberl constate que cette note si retenue, fut envoyée à plusieurs journaux ot qu<- !V/mi v/> seul osa la publier tout d»suite.

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