‹ Louis VeuillotChapitre 62 sur 73 · I.OLIS \l-l ILI.OT · texte numérisé non relu

I.OLIS \l-l ILI.OT

Vcuillot à celui de >F' Dupanloiip. Ce dernier, qui avait volontiers la phrase turbulente et excessive, lui disait : « Ce serait une faute irréparable d'accepter. Le pays entier réprouve le prétendu sauveur... Je ne crois ])as (ju'il y ait eu jamais une puissance humaine capable de lutter contre une telle insurrection des Ames (1). » Le P. de Ravignan, le P. Lacordaire et d'autres, que Montalembert consultait toujours et écoutait quelquefois, lui donnèrent avec calme, en termes raisonnables, le même avis. Il passa outre. Rien ne prouve mieux qu'il voulait ce qu'il fit. Du reste, parmi les catholicjues dont le sentiment comptait, Louis Veuillot ne fut pas le seul à le pousser. Le cardinal Gousset, le Nonce, i\P Parisis, d'autres évêques, Donoso Cortès, Amédée Thayer, Gustave de la Tour, etc., lui parlèrent dans le môme sens, et plus chaleureusement. De ce côté étaient la quantité, le détachement de toute considération personnelle et l'autorité : ce fut le côté du Pape. Nous sûmes bientôt, en effet, que Pie IX approuvait Montalembert et l'Univers.

Le 2 décembre, ou put croire que le coup d'État ne soulèverait à Paris aucun mouvement révolutionnaire, et l'on était convaincu que si Paris ne bougeait point, il n'y aurait nulle part résistance sérieuse. iMais le 3, il y avait commencement d'insurrection et le 4, ce fut grave. D'après des rumeurs qu'il était impossible de contrôler, beaucoup de départements se soulevaient. On annonçait des scènes de Jacquerie. Il y en eut. — Puisqu'il y a bataille et péril, dit Louis Veuillot, il faut se prononcer; il fit cet article :

" I décembre IH'A.

(( C'est à soixante-dix lieues de Paris, au milieu d'un département gangrené par le socialisme, que nous avons reçu la nouvelle des événements du 2 décembre. Elle a

(1) Le R. P. Lccanuet, Coiresitotnluiil du lU décembre 1001.

468 1.01 IS VEllKLOT.

«'•lé îicciu'illie comme une néccssilr depuis longtemps

jurviic.

« Dans lous les «Irparlemeiits du Centre, les honnêtes tiens, ceux qui ont encore le courage de ne pas plier sous le joug des meneurs socialistes, se préparent h combattre, non plus pour défendre une opinion politique, non plus même pour conserver leurs biens, mais pour sauver la vie de leurs femmes et de lcui*s enfants.

« Si le pouvernenient était vaincu, cette situation serait demain celle de toute la France.

« H n'y a ni à choisir, ni à récriminer, ni à délibérer. Il faut soutenir le gouvernement. Sa cause est celle de l'ordre social.

« Il faut le soutenir aujourd'hui que la lutte est engagée pour avoir le droit de le conseiller plus tard.

« Plus encore aujourd'hui f|u'avant le -2 décembre, nous disons au.\ hommes d'ordre : Le Président de la République est votre général, ne vous séparez pas de lui, ne désertez pas. Si vous ne triomphez pas avec lui, vous serez vaincus avec lui et irréparablement vaincus.

u [lalliez-vous aujourd'hui, demain il sera trop tard pour votre salut ou pour votre honneur !

« Dieu sauve la France ! »

A la suite de cet appel, placé en tête du journal, venait cette note sur les événements du jour à Paris :

<i Nous donnons plus loin les nouvelles de la journée. Partout où des engagements ont eu lieu, force est restée à l'armée ; la question est du reste posée de telle sorte par les événements d'aujourd'hui qu'il doit être clair pour tout le monde que la défaite du pouvoir serait le triomphe de la répul>li(pic sociale. Les hommes ([ui sont sur les barricades sont ceu.\ que nous y avons vus aux journées de juin 18i8 et qui nous menaçaient du sac de la société en 185:2. Ne laissons point passer le drapeau rouge... »

Le journal était engagé à fond. Montalembert, qui l'avait demandé,l en félicita. Ce même jour ôdécembre, il se pré-

LOUIS VEUHJ.OT. 4(>0

seiita chez le Président, et ce n'était pas pour le condamner. Il fut trt^s bien rci^ni. Au sortir de rÉIysée, il vint à VUnivcrs. 11 était content. Louis-Napoléon lui avait dit : « Je vous assure que rien n'est changé dans mes dispositions à l'égard de la religion et du Pape : je veux leur triomphe, mais je le veux sans aucune des exagérations (|ui pourraient leur nuire au lieu de les servir, » Il ajouta qu'il entendait maintenir la liberté de l'enseignement; et comme Montalombcrt se montrait défiant du suffrage universel, le prince lui dit : <- Soyez tranquille, j'admets le suffrage universel comme origine du pouvoir, mais non comme moyen habituel du gouvernomcnt. Je veux bien être baptisé, mais ce nest pas une raison pour vivre toujours dans l'eau (1). »

Le 8 décembre, les mouvements insurrectionnels qui avaient éclaté dans une vingtaine de départements étaient absolument réprimés. Louis Vcuillot, répondant à des amis qui auraient voulu qu'on profilât du coup d'Etat sans y adhérer nettement, disait :

« Nous nous sommes empressés de parler dès qu'il y a eu combat. Si le succès des mesures prises par le Président n'avait pas rencontré un moment d'opposition violente et armée, nous aurions pu nous taire.

« Nous ne comprenons, d.ms ce temps-ci, ni la fierté, ni même la prudence (jui attend pour prendre un parti, d'avoir à saluer un maître.

« Maintenant que la cause est décidée, et que toute la France accepte ce qui vient détre fait, nous rentrons dans le rôle que la situation nous impose. Nous sommes loin de blâmer le Gouvernement du silence qu'il exige. Il ne surgirait en ce moment de la polémique des journaux aucune lumière dont il put tirer bon parti : ce qu'il a besoin de savoir, il le saura bien mieux par les hommes qu'il appelle dans ses conseils, au nombre desquels nous voyons avec

(l) Je donne ces paroles d'aprrs la version du R. P. Lccanuot. Le jour même Montalenibert nous les rapporta ainsi : ■< Je veux être baptisé, mais je ne veux point passer ma vie dans l'eau. ■>

i'O i.'His m:i ii.i.ùt,

un trt^s ,i:runcJ plaisir le plus cmiiMnl clrlcnseur de la cause catholique (1) et (|uel<]iics autres de nos amis. Mais notre mission, à nous, est toute spéciale. Nous ne sommes ni vain(iuours. ni vaincus, ni mc'contents. Nous n'avons rien à dire, loisquc rien de ce que nous aimons par-dcssiis tout n'est attaqué ni menacé. Nous regarderons passer les événements, .lamais ils n'olTriront A riiit<'llii,''cnce chrétienne de plus grandes et plus consolantes jerons. »

Telle fut l'attitude de Vlnlccrs. Elle acceptait le présent sans ratifier tout le passé et .sans engager l'avenir.

Moutalembert lit de même. Dès le :{ décembre, tout en signant, par respect parlementaire, une inutile réserve sur la forme du coup d'État, il en avait approuvé le fond ; dès le 3, il s'était résigné, non sans un i)eu d'embarras, A prendre rang dans la (commission consultative : dès le 5, il avait porté personnellement son adhésion à Louis-Napoléon. Cette visite le liait. S'il consultait encore, c'était, conmie l'a maniué avec bonne humeur Louis Veuillot, pour obtenir des approbations. Du reste, il ne tarda pas à s'expliquer tout haut. C'est dausïC'nivei's qu'il le lit. Sa déclaration, datée du i-1 décembre, parut le li. Après avoir dit qu'on le consultait beaucoup, il ajoutait : ' Je commence par constater que l'acte du 2 décembre a mis en déroute tous les révolutionnaires, tous les socialistes, tous les bandits de la France et de l'Europe. C'est à mon gré une raison plus que suffisante pour que tous les honnêtes gens s'en réjouissent, et pour que les plus froissés d'entre eux s'y résignent. » Et qu'entendait Moutalembert par les honnêtes gens les plus froissés qui devaient se résigner? Il entendait les chels des divers groupes conservateurs et particulièrement M. de Falloux. Après avoir marqué son dédain pour la défunte Assemblée, il louait Louis-Napoléon des « incomparables services qu'il avait rendus depuis trois ans à la cause de l'ordre et du catholicisme ». Sous son gouvernement, disaitil ) M. ili- Moiilaleiiibort.

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