IS Viail.l.OT
il, on a vu « la liberté de renseignement garantie, le Pape rétabli par les armes françaises, l'Église l'emiso en possession de ses conciles, de ses synodes, de la plénitude de sa dignité et voyant graduellement s'accroître le nombre de ses collèges, de ses communautés, de ses œuvres de salut et de charité ». C'était enlevant.
Naturellement, pas plus que Louis Veuillot, Montalembert ne prêchait la confiance absolue et le dévouement illimité; mais il se montrait heureux du présent, il en triomphait et demandait chaleureusement que l'onse mît derrière Louis- Napoléon. ^* Je ne vois (hors de lui), disait-il, que le gouffre béant du socialisme vainqueur. Mon choix est fait. Je suis pour l'autorité contre la révolte..., pour la liberté possible du bien contre la liberté certaine du mal... et en agissant ainsi, je crois être encore aujourd'hui comme toujours du parti du catholicisme contre la Révolution (1). » A distance, ce langage peut paraître excessif, mais si l'on se reporte à l'heure où il fut tenu, on y leconnaitra l'homme d'ordre et de courage, le patriote, le catholique qui n'obéit qu'à de nobles mobiles.
C'est le rôle, c'est l'obligation du journal de parler le premier. Wnivers l'avait fnit; mais on le voit, s'il était, en apparence, parti avant le chef, il ne s'était pas trop avancé. Non seulement Montalembert donnait le même avis que Louis Veuillot, mais, de plus, cet avis répondait au sentiment général des catholiques et fut alors approuvé de beaucoup de royalistes. Dame! on avait eu grand'peur. « Le gouffre béant du socialisme vainqueur » n'était pas une hypothèse oratoire, une hyperbole. On y croyait et ce n'était pas sans raison. Falloux lui-même, si porté, quelques semaines plus tôt, aux moyens extrêmes^ se cahna beaucoup. Il déclara qu'il ne fallait pas voter contre Louis- Napoléon. On lui prêtait ce mot qui était
( 1) Ce véhémeat appel romplit les deii.x jiremières colonnes de YUnivrra lu 14 décembre.
472 l.'tl IS VEUILLOT.
bien dans ses notes : « .In fais mon possihlo pour paraître résigné; au fond, je suis satisfait. » C'était, au moins le résumé de sa conduite.
Les évèques j>arlerent. Leurs sentiments, publiquement exprimés, nous apportèrent, a dit Louis Vcuillot, « la seule approbation dont nous pensions avoir besoin ». il y eut d'autres approbateurs, et ils furent nombreux. Les trois quarts des catholiques de combat entrèrent, sans retard, dans la voie où Montalembcrt et Vl'nivers les appelaient. Tous n'étaient pas enthousiastes, plusieurs, au contraire, n'espéraient guèie en l'avenir, mais tous étaient soulagés. Les plus réservés disaient : " C'est au moins un répit, et nous en avons grand besoin. » .le pourrais remplir un volume d'extraits conlirmatifs de cet état des esprits, .le veux seulement faire entendre quel(|ues cvêqnes dont on appréciera d'autant plus le témoignage, qu'ils étaient hautenient légitimistes, ,1e cite, non des actes olliciels et publics <pii [)0urraient ne point paraître libies, mais des lettres intimes.
L'éminent archevêque de Lyon, lecanlinal de Bonald, écrivait le 19 décembre à Louis Veuillot :
« Dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, Monsieur, vous avez connu votre devoir et vous l'avez fait. Vous êtes, dès le premier moment, entré dans la ligne (pie nous indiijuaient la religion, la saine politique et le bon sens. Aussi vos premières paroles après les événements ont-elles été accueillies avec une satisfaction marquée. Elles ont encouragé les uns, elles ont montré aux autres la seule direction à prendre.
« Il y a encore des esprits qui ne se rendent pas et qui ne voient pas encore, malgré le rayon de lumière que la Providence fait briller à nos yeux. Nous voyons des gens qui se lamentent des atteintes portées à la légalité, comme si la suprême légalité n'étnit p;is de sauver la nation. Us craignent le bon plaisir, comme si le bon pl.ii«»ir de sept cent cinquante législateurs était moins à craindre que le
bon plaisir d'un seul. Un des malheurs du temps actuel, c'est l'abaissement du bon sens. Toute la politique du moment se réduit à nue question simple, claire, une question d'ordre et de désordre, de bien et de mal, de vie oude mort. Il ne peut s'agir aujourd'liui des personnes, mais du salut de la France. Eh bien, nous voyons des hommes soi-disant d'ordre qui ne peuvent se décider et qui se décideront mal. .l'espère cependant que le grand nombre des électeurs votera bien, et qu'ils ne voudront pas livrer la France à la barbarie la plus hideuse, parce qu'elle est le produit de l'impiété. Nos campagnes, fort paisibles, ne voteront pas pour l'anarchie. Elles ont appris avec joie la nouvelle des événements de Paris. Espérons que Uieu, qui a toujours eu en réserve des miséricordes particulières pour notre patrie, nous défendra contre les ennemis de tout lieu, de toutes sortes, de toute religion. C'est avec une entière confiance que nous devons dire souvent ces paroles de l'Église : Et inimicos S. R. Ecclesix humiliare digaeris.
« La propagation de la foi est une prière continuelle pour la France.
« Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
« 7 M. Cardinal dk Bonald,
« Ai'ch. (le Lyon. ••
L'évèque de Poitiers, M^"^ Pie, l'un des jjIus Jeunes membres de l'épiscopat, mais déjà en vue, avait tout de suite approuvé la conduite de V Univers ; \\ cowiivnvAii et motivait ainsi le 13 décembre son approbation :
u Oui, Monsieur, vous avez raison : nous sommes entre le sabre et le couteau, c'est l'inévitable dilenmie du moment. .Mais le sabre ne fait tremblerque le méchant, et le couteau est aiguisé contre tous les gens de bien. Quand Dieu place les honnêtes gens en présence d'une telle al-
■r.\ LOUIS VKLII.I.OT.
ternativo, le cas de conscience |KMir ••ii\ divieiit plus facile ;\ résoudre...
" Kn |irés(MiL(' des ré|)iif^n;iii(es liéréditaires de la Vondée pour \r. nom de .Napoléon, j'ai de t^rands ménagements a g-arder; toutefois, mon clergé sait que j(^ regarde tout \ote non comme un appoint donné direct«'ment au parti qui veut hriUer les églises et assassiner les prêtres. C'est pouniuoi ceux qui ne voteront pas oui, s'abstiendront unanimement, je pense; et cette abstention n'existera que dans ([uehjues cantons. »
M^' Pie, très royaliste, ne désirait pas l'empire; mais il voulait que Louis-Napoléon fiU bien armé et pût durer longltMnps. « Pour ma [)art, disait-il, je tremble que le régime de la force n'ait pas assez de vie pour faire place immédiatement au régime du droit, car si le premier finit avant que l'beure du second ait sonné, le règne intermédiaire sera celui de In terreur. Et Dieu sait quelle terreur ce sera. »
M*-'"^ Clauscl de Montais, le très pieux et très vaillant évèque de Chartres, non content d'avoir adhéré au coup d'État par une circulaire officielle, voulut en outre louer à son aise dans r6'mtW5 l'acte et son auteur. Louis Veuillot, trouvant qu'il y mettait trop de feu, lui écrivit qu'il devait renoncer à l'insertion de cette lettre, oîi l'éloge dépassait vraiment la mesure. L'excellent piélatse rendit sans peine : « Je n'écris, répondil-il, qu'en vue du bien. Tontes les autres considérations sont à mille lieues de mon esprit, .l'entre dans les raisons que vous avez eues de ne pas imprimer ma lettre. Je l'écrivis non pas sans réflexion, mais avec une rapidité que je crus nécessaire à cause de l'extrême proximité de l'élection. » VA comme Louis Veuillot lui avait dit que certain passage de sa lettre ne cadrait pas avec ce que l'on savait de la vie privée du président, le vénérable prélat ajoutait : «Quand cela serait, François F'^et Louis \IV je supprime Henri IV que vous n'aimez pas) étaient loués magnifiquement par
l.OriS VKL'll.l.OT. i7:i
les gens de bien de leur temps. Uu reste, je n'ai pas dit qu'il ait prié la sainte Vieige, je n'ai parlé que de m religion et de sa foi, éloge que l'on peut l'aire «l'un chrétien, quoiqu'il soit un peu mauvais sujet. »
V'oilà comment parlaient des évêques que l'on devait s'attendre à trouver hostiles. On peut par là juger des craintes qui pesaient sur les meilleurs esprits.
Je ne ferai pas d'autres citations épiscopales. Je me borne à nommer parmi ceux des prélats qui félicitèrent vivement Louis Veuillot de sa décision et de ses articles, les deux chefs ecclésiastiques des ultramontains, M^'Gousset et i>F' Parisis. Un seul membre de l'épiscopat, je crois, regretta foncièrement, par principe, de voir tomber la république, ce fut M""" Sibour. L'opposition de M"' Dupanloup n'était que de surface et de salon. Si d'autres évêques acceptèrent diftîcilement le coup d'État, ils reconnurent cependant qu'il y avait péril en la demeure, que Louis- Napoléon devait être aidé, et presque tous ratifièrent en pratique cette parole de l'évéque de Nancy, W' Menjaud : « Le Président est sorti de la légalité pour rentrer dans le droit. »
Parmi les nombreuses lettres que mon frère reçut, beaucoup provenaient de royalistes, hommes d'ordre et dévoués à la religion. La plupart approuvaient le coup d'État, ou s'en accommodaient facilement, maisils auraient voulu que les catholiques en eussent îe profit sans se compromettre en l'appuyant tout haut comme le faisaient Montalembert et ï Univers. Ils demandaient, au nom delà légalité et de la prudence, que l'on fit un peu d'opposition. A Foisset qui lui avait écrit dans ce sens, Louis Veuillot répondait :
<( 11 faut être prudent, je compte l'être ; après avoir donné, je commence à retenir. Soyez assuré que je ne veux me jeter à la tête de personne. Néanmoins, je suis plus confîantque vous etmoins touché des scrupules de légalité. Il n'y a plus de légalité en France depuis longtemps. Nous
47G ions VEI Il.l.ui.
assistons aux jeux de la force. Uemercions l)ieu({iii les modère, et |»ri()iis-le de nous roiivriiia sourre du droit.
« Losg-cns qui tiennent le pouvoic sont pleins de bonnes intentions. Ce ne sont point des chrétiens, mais ce sont de l)ons diables, point voltairiens, point phiIoso})hes. point uallicans, trois bons points! lis sentent une force dans l'K^lise et ils sentent que cctic force doit rester libre. S'il plaità Dieu, ils nous serviront mieux quenousne pourrions le faire nous-m«';mes. Dites oui samedi pcorhain, comme tout le peuple. Il faut être avec le peuple, lorsque la conscience ne le défend pas : c'est la force et la bonne force. »
\ un autro correspondant et ami, Albéric de lUanclie, qui lui disait : La promptitude et la chaleur de votre adhésion vous feront calomnier, il écrivait : « Qu'importe, mon cher ami, ce que l'on pourra dire de moi? On supposera beaucoup de choses, mais comme il n'y aura lien, il ne restera rien. Quand on verra que je reste à mon poste, sans faveurs ni récompenses d'aucune sorte, il faudra bien se résoudre à croire que je suis honnête homme, et se borner à dire que je me suis trompé. Je ne prétends pas être à l'abri de l'erreur ; je ne suis à l'abri que du mensonge et de la lûcheté (1 . »
Les attaques calomnieuses cjue prévoyait Albéric de Blanche ne njanquèrent point. Un ami du journal, l'abbé Bernard, d'Avignon, ayant demandé à Louis Veuillot de s en occuper, reçut cette réponse : >■ Quant aux cris et aux calomnies contre rr;in'e/'5, cela tombera tout seul, comme tant d'autres. Que servirait d'affirmer mon indépendance devant des gens A qui douze années de luttes courageuses pour la religion et la liberté n'ouvrent pas les yeux ? Ils n'ont jamais eu contre nous que ces viles insultes non pas au premiersoupoon, — jamais il n'y a eu sujet d'en former, — mais au premier dissentiment. Qu'en est-il resté ' Il n'en
(Il C'>rres])ondanrr, t. V. \i. lus.
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restera pas davantage cette fois. Ce serait leui' faire trop d'honneur que de me défendre : mes actions me défendront. »
iMont.jlembert, lui aussi, 1res attaqué, très insulté, en fut plus all'ecté que Louis Veuiilot. On le voit à sa correspondance et son historien l'a marqué. Que d'injures il rerut pour la conduite courageuse que sa conscience et son amour de l'Église lui dictaient! M. de Falloux, qui, plus tard, prétendit l'avoir toujours traité en ami, ne songea guère à le défendre. Il fit même, en louvoyant, cause commune avec les enragés du parlementarisme qui accusaient Montalembert d'avoir, plus que V Univers, contribué A faire passer les catholiques du côté de « l'homme de Décembre ». Les journaux étrangers, particulièrement les journaux belges, servaient d'organes à ces mécontents. De plus, on faisait circuler dans les salons, comme au vieux temps, des << nouvelles à la main » et des copies de lettres que la presse parisienne n'eût pu donner sans péril. M. de Falloux usa de ces moyens contre Montalembert. Je le vois par une lettre de celui-ci (18 décembre 1851). « ... Je vous transmets copie de ma réponse à Falloux qui fait circuler des copies de la lettre qu'il m'a écrite... » Il parlait ensuite de démentis échangés avec Berryer et ajoutait : « Je ne crois pas que le pauvre Falloux sorte grandi de tout cela. Cependant son parti a trop besoin de lui pour ne pas lui maintenir un piédestal. » Traitant le même sujet la semaine suivante, il ajoutait : u Chaque jour mon temps, ma patience, ma dignité sont compromis par les lettres entortillées de M. de Falloux et les lettres grossières de M. Berryer, imprimées dans Vlndéi tendance belge et qui me dénoncent à l'Europe comme un homme perfide, équivoque, etc. » Le 5 janvier 1852, revenant encore sur ces outrages, qu'il prenait trop à cœur, il disait : « ... Tout ce que j'apprends me fait connaître que la fureur des salons et des anciens partis, loin de diminuer, s'augmente et s'exaspère contre moi. Je passe pour le chef du parti des cochons; c'est le terme dont
i:s loi Is \|.l II. LOT.
on se sert, on y ajoiitanl force invectives contre les tircots, seuls capables de tant d'i.iinoniinies, au dire de ces purs et fiers chrétiens. On plaint surtout TK^Iisc d'être compromise et déshonorée par mon action sur elle... M. Thiers dit tout haut que je suis le .ludas de la Chandîre, que M. de Falloux est un honnête homme, mais que moi, je ne suis qu'un traître et qu'il m'insultera publiquement à la première occasion. »
M. Thiers disait cela à IJru.xeilcs quand « le fils des croisés », qu'il osait appeler Judas, était à Paris. Je suis sûr que s'il avait eu l'occasion de l'insulter en face, il eût tourné le dos. Dans une autre lettre de ce même temps écrite par .Montalembert à (iustave de la Tour, je lis cette ligne : « Je suis en union intime avec Veuillot. »
Bien qu'il parlât volontiers dédaigneusement des « salons », le comte de Montalembert était sensible aux propos qu'on y tenait. Là était « son monde », et manifestement, il souil'rait d'y être mal vu. Nous nous sommes souvent demandé, mon frère et moi, si cette soullrance inavouée et visible n'avait pas contribué à l'irriter tr op tôt et trop profondément contre Louis-Napoléon. La crainte de paraître souple à l'excès ne le rendit-elle pas à l'excès ombrageux et cassant? 11 est certain, du reste, que le Prince, tout en acceptant avec courtoisie les avis de Montalembert, en tint peu de compte. Il l'écoutait, lui demandait des notes, les recevait, promettait de les étudier, les remettait à un ministreou secrétaire et il n'en était plus question. Bientôt Montalembert, sans rompre, se montra froissé. Louis Veuillot cherchait à lui faire prendre patience. Cependant il n'était pas lui-même sans inquiétude. Deux des conseillers du Président : le légiste Troplong et l'universitaire Fortoul, lui étaient très suspects; mais mieux vaut, disaitil, combattie leur influence en restant ami que risquer de l'afl'ermir en s'écartant.
Les choses allèrent ainsi jusqu'au jour (23 janvier) où des décrets présidentiels donnèrent à l'État les biens que
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Louis-Philippe, dapi'ès rancieii droit monarchique, aurait dii réunir à la couronne, et déclarèrent que les propriétés directes de la maison d'Orléans seraient vendues. Ce jourlà, Montalembert se retira de la Commission consultative. — Vous avez raison, lui dit Louis Veuillot, mais ne vous jetez point dans l'opposition. Il ne faut pas que le chef du parti catholique se pose en ennemi irréconciliable d'un pouvoir dont jusqu'ici l'Ég-lise doit se louer. Montalembert reçut ces conseils avec mauvaise humeur, mais sans les repousser. L'entente entre lui et le journal fut donc maintenue. Seulement les bases en étaient ébranlées. Louis Veuillot le vit tout de suite et s'en ouvrit à Gustave de la Tour, dont Montalembert appréciait le jugement et que déjà Louis-Napoléon écoutait volontiers :
« Je vois poindre bien des choses inquiétantes. J'ai peur que Bonaparte ne compte trop sur les mauvais sentiments de l'humanité et ne fasse pas assez de compte de la dignité d'autrui. Je m'explique parfaitement qu'il n'ait pas offert un ministère à M. de Montalembert ; nous ne pouvons exiger qu'il ait la même audace que nous, et peut-être que cette audace ne lui réussirait pas. Mais je m'afflige de ses procédés envers l'homme des catholiques, et je redoute infiniment de le voir toucher aux affaires de l'Église sans consulter l'homme qui, par sa position, ses services, son désintéressement, est le plus à même de dire, comme laïque, quels sont les besoins et les vœux de la société religieuse. Je vous dis ceci sans approuver l'attitude de notre ami, qui manifeste beaucoup trop son mécontentement, et qui, depuis les funestes décrets sur les d" Orléans, tient le langage d'un adversaire décidé. Je lui souhaiterais plus de réserve, et lui ai donné à cet égard des avis qu'il n'a pas paru recevoir patiemment. Vous le connaissez, et je n'ai rien à ajouter; mais s'il continue ainsi, il ne faudrait pas s'étonner que le gouvernement non seulement ne le recommandât point, mais même le combattit aux élections. Vous jugez du malheureux effet qui en résulte-
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rait parmi les calholicjucs. Nous nous trouverions par là dans uno apparence d'hostililr qui pourrait nous mener loin et brouiller nos .iflaires.
H Je voudrais bien, mon cber ami, que vous fussiez au- [)i'ès (le nous, que vous pussiez voii* Montalembort et le Président, et porter de l'un ;i l'autre (Quelques bonnes paroles. »
La candidature de Montalombert ne fut pas combattue. Klu sans concurrent dans le Doubs, il enlia au Corps législatif. Ce ne fut pas sans ennui qu'il prêta le serment exigé. Par cet acte, il déclarait que s'il restait un mécontent il n'était pas un irréconciliable.
En 185-i, comme en 18'i.8 et 18V9, des catholiques militants songèrent à faire Louis Veuillot député. Une candidature lui fut oflérte dans les Côtes-du-Nord par MM. de Cuverville et Gustave de la Tour, tous deux très inlluenls. D'autre part, M. Macne, l'un des ministres du coup d'État, qu'il avait connu à Périgueux, lui fit dire que s'il désirait entrer à la Chambre et voulait l'appui du gouvernement, il l'aurait. Sans être sérieusement tenté d'accepter, il hésita.
« Si je suis nommé quelque part, sans autre concours de ma volonté que le consentement pur et simple, écrivitil à Gustave de la Tour, ce sera pour moi un signe que Dieu me veutdans cette situation. Elle m'inspire trop d'inquiétude pour que jamais je ne cherche à m'y mettre de moi-même. J'avoue cependant que je pourrais me trouver tenté de refuser, s'il faut absolument avoir la recommandation du gouvernement et si personne ne passe qu'avec cette recommandation, qui imposerait alors une sorte de servilité. Je n'ai aucun désir de faire de l'opposition, mais je ne puis promettre de tout approuver. Dès à présent (31 janvier 1852), quoique je ne blâme rien et que je cherche de bonnes raisons à tout, il y a pourtant des choses que je n'approuve pas : le serment, les décrets de confiscation, la distribution des biens confisqués, les énormes
LOUIS VKriLLOT. 4SI
traitements des dignitaires de la Présidence, et surtout l'ostentation de la force (1). »
Louis Veuillot ne fut pas candidat, et quand il vit fonctionner le Corps législatif, il se félicita de n'être pas député. Mais s'il avait des inquiétudes, s'il trouvait matière au bli\me, il voyait aussi matière à l'éloge : les bons se rassuraient, les méchants tremblaient. Il y avait lieu d'espérer; il ne passa point à l'opposition. Montalembert, au contraire, chaque jour plus irrité, devenait un opposant absolu.
On se demanda dès lors et l'on s'est demandé depuis, pourquoi le Président et Montalembert s'étaient si vite écartés l'un de l'autre. Diverses explications ou interprétations ont eu cours. Le Président a été accusé de basse ingratitude et Montalembert de vulgaire ambition. Il faut écarter ces versions. Le grand orateur catholique n'avait certes pas favorisé, puis ratifié le coup d'État en vue d'avantages personnels. Non, il se mit du côté où il vit l'intérêt de l'Église et du pays. Quant au Prince, il ne se proposa point d'exploiter ce précieux concours, puis d'être ingrat. Cependant son attitude vis-à-vis de Montalembert changea l)ien vite. Le fait est indubitable. Comment l'ej^pliquer?
Je présume que ce changement se préparale jour môme du coup d'État. Louis-]\apoléon fut certainement surpris et blessé de trouver la signature de Montalembert sur l'une des protestations, qui, ce jour-là, s'élevèrent contre sa conquête brutale de la dictature. Il était trop politique, trop maître de lui pour le laisser voir tout de suite à l'intéressé, mais on peut croire qu'il en prit note. U' donna plus tard de sa conduite envers le chef du parti catholique, une seconde raison plus avouable, une raison de chef d'État. Quelques semaines après le Deux-Décembre, je rencontrai chez un ami commun , l'un des fidèles de Louis-
(1) Correspondance, t. V, p. 117.
LOUIS VECILLOT. — T. II. 31
Napoléon, M. Kdoiiar«lThayer,(lirecteur^énéral des postes. Jo lui dis (jue nous hlArnions, nous catholifjnes, le Président d'avoii" à peu pris écarté .Montalrndjcrt. — C'est la faute de Montalenil»ert, me répondit-il. J'ai parlé de cette question au Prince, voici l'explication qu'il m'a donnée : « Par le coup d'Ktat, je me suis adressé directement à toute la France: je n'ai pas voulu et je ne veux pas d'intrrmédiaire entre l'armée et moi, entre la magistrature et moi: jr n on veux pas davantaire entre moi et le clergé. Or M. de Montalembert prenait ce rôle. Si je l'avais laissé faire, je n'aurais eu de rapports avec les évoques et les catholiques que par lui; il eût réglé toutes les questions de l'ordre religieux. Je ne pouvais accepter cela. Je l'ai fait sentir à Montalembert, il s'est éloigné. J'espère qu'il reviendra. »
Montalembert n'était pas homme à revenir, et l'on peut douter «jue bouis-Napoléon désinU beaucoup qu il revint. Ainsi que le prévoyait \ Univers, son opposition s'accentua de plus en plus. Avant le coup d'Ktat et le lendemain on l'avait entendu dire: — Il faut à ce pays dix ans au moins de silence. Il n'attendit pas dix semaines pour trouver qu'on se taisait trop. D'adversaire il devint ennemi et ne comprit plus l'action catholique comme il l'avait comprise autrefois et continuait de la comprendre Louis Veuillot.
Une nouvelle rupture s'annoneait.
CHAPITUE XVIH
LA PRESSE ET l' « iMVKHS » APRÈS LE COUP d'ÉTAT. — MONTALEMBERT, LOUIS VEUILLOT ET « LES ÉMIGRÉS DE 1851 » . LES LVrÉRÈTS CATHOLIQUES AU Xl\° SIÈCLE. LA QUES- TION DES CLASSIQUES CHRÉTIENS. M^"^ DUPANLOUP ET LOUIS