‹ Louis VeuillotChapitre 66 sur 73 · C-h. de Monta r.KMHKRT · texte numérisé non relu

C-h. de Monta r.KMHKRT

• 26 novenibn' IKVJ. •

Cette lettre fut un soulagement pour mon frère. Il y répondit immédiatement. Deux jours après autre lettre de .Montalembert dont il fut encore plus touché. A ses bonnes paroles du premier jour, cet adversaire, en qui Louis Vcuiilot cherchait toujouis un ami, joignait les condoléances de M""" de Montalembert elle-même. « Ma femme, lui disait-il. encore absente de Paris, a éprouvé, comme moi, le besoin <le vous dire la part qu'elle prend à votre terrible épreuve. Je vous transmets le mot qu'elle m'envoie pour vous, et je vous remercie des paroles si chrétiennes que vous avez bien voulu m'adresser. » Le

mot » de M'"' de Montijlembert, daté de Bruxelles, le 26 novembre, remplissait deux pages, et Louis Veuillot y trouva les seules consolations qu'il put, en un tel moment, goûter.

Quinze ou vingt ans plus tard, mon frère réunit sous une seule liasse, non toutes les lettres qu'il avait alors reçues, mais toutes celles auxquelles il avait répondu autrement que par une carte ou un mot. Il y en a 120. C'est un précieux recueil. Outre que la pensée chrétienne les remplit, ces lettres ont pour ceux qui gardent bien vivant le souvenir de Louis Veuillot un attrait particulier : elles montrent combien ce rude combattant était honoré de quiconque l'avait vu de près. Parmi ceux qui lui écrivaient, plusieurs étaient hostiles à sa politique et quelques-uns

môme s'ôlaieut séparés de lui; cependant tous lui gardaient de raffection, de l'estime, du respect. Certes, on l'avait dcjà bien outragé, bien calomnié; mais près des gens de cœui' et d'honneur, ni l'outrage, ni la calomnie n'avaient pu mordre sur lui. Us ne le purent jamais.

Si intéressantes à divers titres, si touchantes et si belles que soient les lettres que mon frère a gardées, j'aurais tort d'en citer un grand nombre. J'en donne seulement quelques-unes.

Entre l)eaucoup de lettres d'évéques, je choisis celle de M-' Paribis :

« Arras, lo îônovcmbn^ 18.VJ.

« Mon cher Veuillot,

« Quel douloureux saisissement je viens d'éprouver en lisant V Univers de ce matin! Ah! je ne veux pas dilTérer un instant de vous dire tout le trouble pénible que j'en ressens.

« Moi qui ai vu, il y a si peu de temps encore, quelle épouse, quelle mère, quelle femme c'était, et qui jouissais tant de vous voir si heureux dans une maison si digne de vous. Oh! croyez ])ien (jue je comprends votre douleur, que je la partage et que je conjure le divin Maître de la soulager.

« D'ailleurs, n'ai-je pas tout récemment contracté avec vous, une alliance spirituelle à l'occasion de cette pauvre petite Madeleine-Marie, dont l'heureuse naissance vous coûte si cher?

« J'espère bien que votre bonne sœur est maintenant près de vous et qu'elle sert de mère à ces pauvres petits enfants autour desquelles un si grand vide vient de se faire.

« Oui, mon cher Veuillot, je prierai pour elle, pour vous et pour vous tous. Demain matin, je dirai la sainte messe à cette triple intention. C'est un besoin pour mon

:,.'•.> I i»l is NKIILI.OT.

cd'iir «'t <••' scia la plus piiissanl»' coii^oLilimi |»)iM' rnoTi a ni i lie «mi lances.

■ P.-L., Kv. d'AnuAS. »

IJi ma ri: 0 de cette lettre mi>n frcie a «îcrit ces mots :

Parisis, le grand évêqur. »

Louis Voiiillot ne voyait plus M. «.iii/ol, mais celui-ci iir l'avait pas oublié. Voici sa lettre :

« Mon cher Monsieur, cpioique je vous voie bien rarement et que bien des «lioses et de glandes choses nous séparent, je i)rends toujours A vous et à t(tut ce (|ui vous touche un vif intérêt. Vous êtes cruellement frappé. Je pense à vous avec la plus douloureuse sympathie. Vous avez ce ((ui fait qu'on ne succombe pas. Mais pour rester debout, on no soutire pas moins. One Dieu vous bénisse, vous et vos enfants! car il a encore des bénédictions au milieu de ses coups. Je vous les souhaite de fout mon cœur, avec le courage dont vous avez si grand besoin.

« GlIZOT.

« 2') iiovtMiil)r»' 18ri2. "

.M™^ la comtesse de (iontauf-Uiron, bien (ju'elle n'eût pas été du côté de Louis Veuillot dans les débats sur la loi de 1850 et qu'elle le trouvAt trop favorable à Louis- Napoléon, fut <les premières à lui écrire :

« J'apprends à l'instant le malheur terrible qui vient de vous frapper, mon cher monsieur Veuillot î j'en suis navrée, et demande au bon Dieu, à sa sainte Mère, la Mère des douleurs, de vous venir en aide! Hélas, t|ui pourrait vous consoler sur la terre ou même adoucir vos douleurs!! Mais levez les yeux au ciel : vous y verrez, je l'espère, lange que vous pleurez et qui vous obtiendra force, courage; elle veille sur vous, elle veille sur ses chers enfants, sur sa mère! Son Ame sera au milieu de vous tous etellevousdonnera. elle vousobtiendra cettedouce résignalion qui unit si bien la croix à la croix de Notre-Seigneur

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