‹ Louis VeuillotChapitre 69 sur 73 · IS VELU. LOT. \,X · texte numérisé non relu

IS VELU. LOT. \,X

et ses tcxtesn'ctaientpasensihiation. Le P.CaffarOjhomrae droit, (ju'aucune passion personnelle ne poussait, renonra tranquillement à l'idre qu'il s' était faite de la comédie, sans s'être in(|uiété de savoir où elle en était. Louis Vcuillot reprochait à Fabbé Gaduel d'avoir, conmie le P. Cadaro, traité un sujet qu'il n'avait pas pris la peine d'étudier, et d'apporter contre la presse religieuse laïque, dont, sur des rapports intéressés et déloyaux, Ws'était fait une idée saugrenue, (les textes qui n'étaient pas des raisons. Il le lui prouvait en le plaisantant un peu et concluait ainsi : (( Voilà les mésaventures des théologiens qui veulent parler de ce qui se passe dans la rue sans sortir de leurs bibliothèques, ils ouvrent des livres; il faudrait ouvrir la fenêtre. »

Une dissertation très nourrie de faits, de vues, de raisons et d'épigrammes, renseignait ensuite M, l'abbé Gaduel sur les questions qu'il avait traitées avec lourdeur et cependant à la légère; elle lui rappelait ce que la presse religieuse laïque avait fait; elle lui disait ce qu'elle devait faire et lui expliquait les avantages qu'elle pouvait avoir en certains cas sur la presse ecclésiastique. Voulant ensuite consoler son adversaire de recevoir tant de renseignements semblables à des leçons, Louis Veuillot lui apprenait que la Bibliothèque Nouvelle, très suspecte à toute l'école gallicane et libérale, ne serait pas continuée :

« Rassurons M. Gaduel, la tùche que nous avions entreprise était téméraire, enefl'et; elle s'est trouvée au-dessus de nos forces. Le soin avec lequel nous voulions que les ouvrages fussent composés, imposait à la direction matérielle de l'œuvre des charges trop lourdes, et le projet a été suspendu, sinon tout à fait abandonné. Nous aurions cru que M. l'abbé (iaduelne l'ignorait point. Dans tous les cas, le mal qu'il redoute est ajourné pour longtemps. Les catholiques ne sont pas en péril d'acheter l'hérésie avec ces petits livres, dont chacun devait être «pour la science « une introduction nette, précise et suftisamment étendue à

:;:»•. i.oris vkuiij.ot.

(' (les connaissances plus vastos; pour la philosophie et K pour la iittrratiire, une exposition solide des principes; « pour l'histoire, un résumé exact des faits. » Nous ne leur frronspasce funeste cadeau! Ils continueront des'instruire dans les volumes, moins dantrcreux sans doute aux yeux de M. rabhéciaduel, (|ue leur donnent sur toutes ces matières les universitaires, les académiciens et les membres de la Société des irens de lettres. Voilà M. l'ahhé rassuré. »

Louis Veuillot, gardant ce ton sévère et nanjuois amplement justifié, reprochait à M. Gaduel davoir faussé, par des citations trop incomplètes le programme et le prospectus de la hihliothiujur Nouvelle. C'est l'endroit le plus vif (le sa réponse. Nul gros mot ne s'y trouve, mais l'enseniblo (••-t cinglant. M. (iaduel, s étant proposé d'attirer le mépris sur cette jmblication, avait oublié de nommer parmi ses patrons, le nonce apostolique, le cardinal de Honald, l'évèquc de Chartres, l'évéque <1 Annecy; et parmi ses collaborateurs, dom (luéranger, dom Pitra, Foisset, l'abbé .Martinet, docteur en théologie; Lamacho, docteur en droit, Koux-Lavergne, doeteurès-lettres; il dédaignait Du Lacet Léon .Vubineau. qui surlesquestions qu'ilsdevaient traiter, étaient des maîtres. Dame! S'il avait donné tous ces noms, il lui eût été trop difficile de représenter la /y /6//0thvque Nouvelle comme une œuvre présomptueuse, promettant ce quelle n'avait pas et dont on pouvait se gaudir. Louis Veuillot relevait ainsi cette habileté : " Nous pensons qu'un vicaire général devrait laisser la caricature au Charivari, et moins se préoccuper d'être plaisant que d'être juste. Vous avez le droit de nous traiter sans bienveillance, vous n'avez ])as le droit de nous traiter sans équité.

<- I.e moindre solécisme en parlant vous irrite. Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite.

« C'est jouer trop gros jeu d'être plaisant avec des citations fausses. Si l'on tient à rire, nous rirons. ■

l.tH IS \i:i II. LOT. o:j7

II y eut, en eli'et, sujet de rire. Seulement M. (laduel qui s'était témérairement proposé de faire rire de Louis Veuillot, trouva très mauvais que Louis Veuillot fit rire de lui, (iaduel, ancien professeur de tliéolosie et vicaire général, il n'avait pas prévu qu'il en pût être ainsi. Être moqué et voir que tout le monde, autour de lui, riait de lui, il n'en revenait point. Il chercha un vengeur. De mémo que M'' Dupanloup, après avoir publié dans les journaux une lettre de polémiste où il attaquait Y i'nivevs, s'était couvert de son titre d'évéque, pour punir Louis Veuillot de l'avoir réfuté, l'abbé Gaduel, battu comme rédacteur de V Ami de la lieiigion, s'arma de son titre de vicaire général pour demander à M^' Sibour, métropolitain du diocèse d'Orléans, vengeance de Louis Veuillot.

Il y a lieu de croire que ce recours à l'archevêque de Paris avait été arrêté avant l'ouverture des nouvelles hostilités. M. Gaduel, peut-être, et, certainement, ceux qui l'employaient, s'étaient dit que Louis Veuillot, attaqué dans un ami tel que Donoso Cortès, se fâcherait. Ils espéraient même c[u'il s'emporterait, et on aurait alors beau jeu contre lui. Il ne tomba pas pleinement dans ce piège, puisqu'il ne s'emporta point; mais il suffisait qu'il eût parlé pour qu'on l'accusAt d'avoir passé la mesure. Ainsi fut fait. Le 10 février 1853, c M. l'abbé Gaduel, vicaire général d'Orléans, déféra le journal YCniversk l'autorité de M 'l'Archevêque de Paris ». Saplainte, longuement motivée, — six pages in-S" en petit texte, — demandait que M. Louis Veuillot fût puni pour satire, violence, injure, colère, mépris, calomnie, et autres attentats portés si loin qu'ils « ont paru exciter l'indignation générale ». Donc ces articles devaient être condamnés :

« Gomme injurieux,

« Comme diffamatoires,

« Comme scandaleux ».

Naturellement, M. Gaduel se plaignait surfout que Louis Veuillot eût montré en lui un fauteur plus ou moins cons-

:.3s ions VKi ii.i.(»T.

ciont (lu u-allicinisiiie. Sauf W Clausel de Montais, tous les niillicans et paliicanisaiits de ce toinps-l.l s'iii(lii:nai('nt (jii'oii leur rrprocliAt de ^allitaiiisor. IIscoiislataicMit ainsi, sans le vouloir, le discivdil où étaient loiolu'es, grAce en partie A V( nivcrs, les doctrines ;:^alliran«.'s.

Quatre ou cinq Jours apr^s (pi'il eut reçut cette plainte, M"' l'Archevêque de Paris y lit droit par une ordonnance (jui prohibait la lecture de ï l nivers dans les communautés religieuses, défendait à tout piètre du diocèse de le lire, d'y écrire et de concourii- en aucune manière à sa rédaction. I.c prélat interdisait en outre « à \' Univers » « et aux autres journaux religieux aussi bien (ju'aux revues catholiques imprimés dans son diocèse, de reproduire dans leur rédaction en manière de qualificatifs injurieux, les termes dCullramontains et de ijallicans ». Les motifs de cette sentence, très icmgs et très véhéments, étaient empruntés en partie à la plainte de M. (iaduel, donnée en appendice à la suite de la sentence, eu partie aux corres- ]>ondan(es privées du prélat. 11 y ajoutait la menace d excommunication, si les rédacteurs de Vl'n/rrj's se permettaient de discuter l'acte qui les frappait.

M. Gaduel était vengé, et surtout l'échec de la Déclaration, œuvre de M"' Dupanloup, aimée de M"' Sibour, était réparé ou allait l'être. Que tous les évéques qui avaient adhéré à cette pièce, malvuedeKome, adhérassent maintenant d'une façon cpielconque au nouvel acte de l'archevêque de Paris et IT/j/re;'^ mourrait. Oui. mais il y a un juge suprême dans l'Église.

Louis Veuillot était absent. Il avait quitté Paris dès qu'il eut terminé sa réponse à M. Gaduel, et c'était à Home (jue la Providence lavait conduit. Pourquoi faisait-il ce voyage? Simplement pour se reposer et se recueillir. Il rannon(;ait ainsi à Gustave de la Tour : « Je vais à Kome, mon cher ami. Depuis longtemps, depuis surtout ce terrible malheur, j'avais besoin de me reposer là. Une bonne occasion s'est oflerte, je l'ai suivie. Je pars avec M^ d'A-

LOUIS VEUII.I.OT. îi:5'»

miens, qui porte les décrets de son Concile où nous ne sommes pas écrasés). Je me suis décidé dimanche en cinq minutes, et je serai ce soir (1" février 1853) dans le waaon... »

L'absence du rédacteur en chef en si g-ravc occurrence devait gêner le journal ; elle le servit. Elle permettait et même imposait une réponse dilatoire. Agissant comme eût agi Louis Veuillot, Vlnivcrs publia m e.rtenso \\ sentence de l'archevêque de Paris, y compris le réquisitoire de M. Gaduel, et fit suivre ces deux pièces de brèves observations, notant que le journal était condamné sans qu'aucune explication eût été demandée et que la condamnation ne signalait aucune erreur contraire à la foi ou aux mœurs : « Parti de Paris, le !■• février, ajoutionsnous, sans que rien put faire prévoir l'accusation annoncée le 12, le rédacteur en chef de ï L'nivers se trouve actuellement à Rome. Là il recevra en même temps la nouvelle de l'accusation dirigée contre lui et sa condamnation. Là aussi, il lui sera facile de connaître avec certitude quels devoirs cette condamnation lui impose; et quels que soient ces devoirs, on peut être sur qu'il les remplira. En attendant la détermination qu'il croira devoir prendre, nous continuerons nos travaux... »

Par cette déclaration, nous réservions le droit d'en appeler au Pape.

Louis Veuillot, arrivé à Home très tranquille après huit jours de voyage, y reçut bientôt une lettre de moi l'informant du péril. « Il se pourrait bien, lui avais-je écrit le 8 février, qu'il y eût sous peu des affaires. L'abbé Bluteau, de Tours, nous annonce une manifestation collective. Il y aurait quarante manifestants. Ce chiffre me paraît impossible, mais il se trame quelque chose. M. Bluteau tient son renseignement de l'abbé (ientil, vicaire général de AF' Morlot. C'est un homme froid et sûr, me dit Aubineau, cjui nous aime modérément, mais qui estime l'œuvre et serait sans doute tout à fait pour nous si son archevêque

■-it» l.ul 1> \hl 11. LOI.

n'était [».is tout à l'iit contre nous. Ici, on ne parle pas dune manifestation faite en coniinun par (|uarante évè- <|ues, mais on espère en trouver dix ou douze qui interdiront ïl'nivers dans leurs diocèses. Les abbés que l'on \oit dans la Gazcttr aux jours d'oraire, commencent à paraître. L'évèque d'Orléans est à Paris de{)iiis quatre jours et fatig-ue des cbevaux. La Gazette constate sa pré- .sence d'un ton triomphant. Nous savons ce que cela veut dire... Ou veut, nous rapporte-t-on, frapper sérieusement Vlnivers afin de donner un bon avis à Kome. Voilà le mot d'ordre, quel prétexte prendra-t-on? »

.le lui siirnalais ensuite divers passades d'une lettre de lévèque de Montauban, M'' Doney, où ce prélat pressait V Univers d'achever l'abbé Gaduelet nous disait : « L'Ami (le la fieliffion ne peut pas vivre longtemps à cet état de paroxysme. Il linira mal ou je ne m'y connais pas. Nous avons trop battu ces gens-là. Nous leur avons écrasé la tète; il n'est pas étonnant que la queue s'agite si violemment. »

Quatre jours plus tard, le 12 février, je donnais à Louis la grosse nouvelle.

" Frère, te voilà déféré à l'archevêque de Paris. Voilà < e qui se tramait. Je présume que M' IKipanloup n'a point passé huit jours ici sans voir ton juge... Gaduel me notifie, en ton absence, le parti auijuel il s'est arrêté. ,Ie ne lui répondrai rien. C'est bien plus simple. Nous n'avons rien de l'archevêque. S'il m'invite à comparaître, je lui dirai que je ne me reconnais pas le droit de t'engager et que je n'ai aucune explication à lui donner. Du Lac fera comme moi.

" Le cardinal Gousset dit <pie l'acte de Gaduel n'a pas d'importance ; le Nonce assure n'en pas comprendre le but. Je crois qu'il s'agit, pour l'évèque d'Orléans, d'obtenir une sentence à laquelle il demandera des adhésions; et pour l'archevêque d'établir son autorité sur les publications religieuses qui se font dans son diocèse. Chacun d'eux

LOUIS VEUFM.OT. :.il

revient ainsi au projet qui lui a toujours été cher... »

Louis me répondait le 23 : « Tout va bien, mais il pleut affreusement. J'ai vu ce matin le cardinal Fornari et Antonelli. J'ai aussi été très bien reçu par Mérode. J'ai demandé aujourd'hui mon audience. L'évêque d'Orléans est en mauvaise odeur près du maître et son ami ne l'est pas moins... »

lient son audience le -2,5. C'est à notre sœur Élise qu'il en adressa le récit :

« ... J'avais fait une bonne prière avant de partir, demandant à. Dieu du fond de mon Cd'ur d'inspirer à son vicaire les paroles qui seraient les plus utiles pour m'aider à remplir dignement les devoirs qu'il m'a donnés, et làdessus j'étais devenu gai comme un pinson... J'attends une heure, ce n'est rien. J'avais fait provision de patience. J'entre dans le cabinet de Pie IX.

— « Ah! vous voilà. Monsieur Veuillot; je suis content de vous voir. » J'approche, je m'agenouille, je lui baise la main. Il me fait signe de me relever. — « Non, Saint-Père, laissez-moi à vos pieds. » Il se tourne un peu vers moi; je m'accoude sur son bureau, l'autre main sur son fauteuil et nous causons. Je le regardais en plein dans les yeux. Jamais je n'ai pris tant de plaisir à contempler un visage d'homme; pas même celui du petit Irère qui est pourtant bien gentil. Tu ne peux pas te peindre cette expression de douceur, de bonté, de patience; ces yeux doux, fins et francs dont je n'oublierai de ma vie la sérénité paternelle... »

Louis Veuillot dit à Pie IX qu'il a bien désiré ce moment. — « Vous n'êtes pas venu à Kome depuis mon pontificat? lui demande le Pape? — Non, Très Saint-Père, autrement vous m'auriez déjà vu. Je suis venu à Uome une première fois il y a quinze ans, pour me convertir. — Oui, vous êtes venu pour le baptême, et maintenant vous venez pour la confirmation. — Précisément, Très Saint-Père. Vous savez quelle œuvre je fais; cette œuvre est combattue. Je viens

5t2 I 'Il |s vi.l ll.l.nr.

la mollre -X vos pieds,., » Pie I\ par des si, si ou des otd, nid appi'obateiirs encouraf;e le rédacteur en rlief de ['f'nt- I ri's A parler; celui-ci ex[)Osc les doctrines, les .sentiments, les intentions du joiu'nal et conclut ainsi : — Kaut-il eonlinuer To-uvre, ou l;i modifier ou Tinteri-ompre ? Le Pape répond :

« Vous devez continuer. Les meilleures choses peuvent être anu'diorées. Kllbrcez-vous de faire toujouis mieux. Soyez prudents, évitez les (pierelles; mais l'œuvre est bonne et rend des services à la religion. — Très Saintl*ùre, nous évitons les querelles autant que nous pouvons; niais on nous en fait ;\ tout propos, et qui n'ont pas le sens commun. — N«, si, il faut prendre paticnee, Lorscjuiin é^'èque écrira quel([uc chose <|ui vous scnd>lera singulier, laissez i>asser cela. Les évoques sont un corps res|)ectal)le. Va\ Trance, les évéques sont très bons. — . Uui, Saint-Père, ceux qui vous aiment I »• Le Pape a souri et a dit quelques paroles que je ne me rappelle pas assez, mais qui entraicnf dans mon sentimenf, an sujet des évéques ultramontains. lia repris : « l)upanlni(j)e lui-môme est un bon évèque. Il a de la vivacité, vous aussi. Vous autres Français, vous voulez que tout se fasse immédiatement. Vous ne savez pas supporter un obstacle. Soyez bien respectueux pour les évéques. — Saint-Père, nous espérons n'avoir jamais manqué de respect envers eux, et nous n'en manquerons jamais. Cependant quelquefois, on nous pousse bien vivement. Tout sert de prétexte aux i^allicans pour nous persécuter. Voyez le procès que me fait en ce moment cet abbé d'Orléans. — Quel abbé? quel procès? — Un i;raiid-vicaire d'Orléans qui prétend que, nous autres laïcs, nous ne devons pas écrire, parce que nous ne connaissons pas la théologie. Je prétends que nous savons assez de théologie pour défendre la cause de Dieu et celle du Saint-Siège contre les autres journaux. LA-dcssus, il me fait un procès devant l'Archevêque de Paris. Le Pape a souri, on haussant les épaules. »

LOUIS VKLULLOT. oi.i

Une bénédiction très ample et très tendre pour Louis Veuillot, pour toute sa famille et tous ses collaborateurs couronna l'audience.

Le lendemain, Louis entendit la messe du Pape et « reçut le corps de Xotre-Seigneur des mains de celui qui le représente ici-bas ». Son bonheur fut grand ; mais le même jour, il put s'écrier : « Hélas ! comme nos joies passent vite 1 De l'ivresse où j'étais, je suis tombé subitement dans une angoisse de cœur indescriptible. Il m'a semblé que nous allions avoir quelque potion cruelle à avaler. » Il ne se trompait pas. En rentrant à l'hôtel, il y trouva une circulaire de M*" Guibert, évèque de Viviers, condamnant Yl'nivers. Ce coup lui fut d'autant plus dur que récemment, cet évêque était venu lui dire : Si j'ai signé la Déclaration de M'" Dupanloup à propos de l'ailaire des classiques, c'est sans aucune mauvaise intention contre le journal, auquel je reconnais de grandes qualités et qui rend de grands services.

La circulaire de l'évèque de Viviers était très dangereuse pour V Univers. Écrite avec beaucoup de talent et trop d'habileté, modérée dans la forme et très dure, très injuste quant au fond, elle appuyait les accusations des ennemis du journal et pouvait leur amener les indécis, les neutres. Nous vîmes en elle l'instrument de la manifestation collective et échelonnée qui nous avait été annoncée. Elle était vraiment tournée de manière à recueillir beaucoup d'adhésions. Nous eûmes peur. Le sauveur en cette rencontre, fut M"' Sibour. On peut croire qu'il ne le fit pas exprès. La circulaire de M^ Guibert, daiée du 2 lévrier, ne parut que deux semaines plus tard. En sa qualité d'Oblat de Marie Immaculée, il l'avait soumise au fondateur et supérieur de cette congrégation, M-' de Mazenod, évêque de Marseille. De là sans doute des retards dans la publication. On la reçut à ïi'niver.s le 17 et nous l'insérâmes aussitôt. Le lendemain parut l'ordoimance de l'archevêque de Paris datée du 17 et reproduite in extenso

r.44 i.«»i is m:i iijot.

dans VI nii:rr.s du -20. La violence c.\tr«>mc de cette seconde pièce et les menaces qui la terminaient yènèrent et inquiétèrent les évê(jues qui se préparaient à parler. C'était trop. Ils attendirent. Kn fait d'adhésion publique et motivée, M^' (iuibort n'eut g^uèiv que celle de .M"' de .Mazenod, qui. sur nu avis du Pape, la regretta très vile et de hou cœur (1). Deux ou trois autres furent annoncées, mais elles restèrent conlidentielles ou firent loni; feii. Aucun membre de 1 épisco[)at ne ratifia olTirielIcuicnt l'Ordonnance de W Sibour. Kn revanche, ces documents, surtout le second, firent la joie de toute la presse ennemie.

J'ai, sur cette i,'-rav'e affaire, uue très irrande abondance de documents intimes : j'en ai même trop pour tout utiliser. Voici, par exemple, vingt-trois lettres que mon frère m'écrivit de Rome et une trentaine que je lui écrivis de Paris. Celles-ci et celles-là traitent èi^alemenl des négociations et des dessous qui donnèrent à cet épisode des luttes entre les i;allicans et les ultramontains une e.xtrème importance. Toute cette correspondance a de l'intérêt. Mais qui ne sut se borner en matière de citations ne sut jamais conter. H faut faire un choix. J'écarte donc beaucoup de ces lettres et, des auttes, je ne donne que des extraits, — tout juste le nécessaire, — pour montrer quels principes et quelles passions étaient en jeu ('2).

Le 18 février, à propos de la circulaire de l'évêque de Viviers, j'écrivais à Louis :

— « Le cardinal Cousset dit que nous devons nous attendre à douze ou quinze lettres semblables à celle de l'évêque de Viviers. Il a renvoyé Y Ami de la Religion, mais il ne croit pas nécessaire d'annoncer cet événement au monde par une lettre officielle à son clergé. »

— (( Le cardinal de Bordeaux nous a fait dire par La

(1) Vie de AI'' ,1e Mm.-nod. par le R. P. Rambert. t. Il, p. 399-404. J'ajoute que ce saint évèque qui avait jusqu'alors appuyé X'Univert lui redevint tout de suite et pour toujours favorable.

(2) Si j'en ai le temps, ce que j'écarte ici pourra paraître ailleurs.

LOUIS VEUILLOT. r.4li

Tour qu'il nous avait blAinés dans l'allairc des classiques, [»ar crainte que ce débat touriiAt contre l'Eglise, mais (ju'il n'était {)as contre nous, que nous icndioas des services et qu'il fallait nous laisser vivre. Ilum!

« Le cardinal de Besan(;on a déclaré qu'il voulait réfléchir (1). »

— « L'évêque de Strasbourg me disait avant-hier qu'il était étonné de la passion furieuse des gallicans. Il venait d'avoir un entretien avec un évoque qu'il n'a pas nommé et auquel il avait dû dire : •■ Monseigneur, vous avez tort de parler ainsi, de prétendre que Rome empiète sur nos droits. Pour ma part. Je n'ai pas à m'en plaindre. Il faut ([ue nous nous rangions autour du Pape, comme nous voulons que nos curés se rangent autour de nous. "

— « ^20 février. Tu as lu l'ordonnance parisienne, cher fière ; qu en dis-tu? Nous devions nous attendre à ce coup ; cependant il me parait dur. Je crains que tu ne sois à Kome pour plus de temps que tu ne le croyais. L'archevêque en revient à sa pensée première : il revendique formellement le monopole de la presse rehgieuse de Paris, c'est-à-dire de la presse religieuse française. Lui passerat-on cela? Un évêque ne pourra-t-il plus écrire dans 1'^'nivcrs sans la permission de M'" Sibour et ne pourra-t-il nous approuver chez nous sans nous faire excommunier?... »

— " C'est une fureur et une joie sans exemple dans le camp gallican. L'abbé de la liouillerie disait hier àM""^ de Montsaulnin que la position n'était plus tenable à l'archevêché; qu'on y parlait un langage et y formait des projets qui le navraient... (2). »

— « Segretain a rencontré à l'archevêché, où il allait

(I; Les cardinaux l'iant par la constitution impériale sénateurs de droit, se trouvaient à Paris pour la session.

(2) 3L de la Bouillerie était l'un des vicaires généraux de l'archevêque de Paris. 11 avait été appelé à ce poste par Ms' AlTre. M"' Sibour, considérant son mérite et sa position dans la haute société parisienne, l'avait prié de le garder.

Page 1