I.OIIS VEL'ILLOT. — T. M. 3J
i;46 l-OL'IS VKUiLLOT.
pour iiiHî ullairo, M. Curnier, dcputr conim*' lui et lu-veu (le r.in li»'vri|ue. Il lui a oxpi'imé la surprise et la douleur que lui causait poui- VI Hivers et pour M''' Sihour un acte aussi violent et aussi injuste. — Ne mcn parlez j)as, lui a répondu M. Curnier; ils veulent tuer \'l nircrs. (Vest un parti pi'is de|)uis longtemps et rien ne les airètcra. .le ne comprends rien à leur passion et je suis impuissant à rien empèclirr. »
— « Le nonce se montre fAché et irrité. Du Lac lui a positivement déclaré (\\\o nous avions besoin d'un secours public venant de Morne.
« Nous recevons de nombreuses visites. Aucun ami ne nous abandonne.
« Le cardinal de llcims dit (juil y a (juel(|ue chose à faire, mais qu'il ne faut ni trop se presser ni se démonter. »
"24 fcvrici'. « Cher frère, l'ordonnance produit un tel ellet (ju'on s'est indii;né contre elle jusqu'au .soin de l'Académie des sciences. Dans les salons, nos amis entendent des neutres ou même des adversaires s'écrier : Nous naimons pas X'I'nivers, mais, pour le coup, c'est trop fort. Ou ne traite pas les gens de la sorte. »
— <( Le nonce se prononce très vigoureusement. Il a dit à iios amis Segretain, de La Tour et de Cuverville : Cette ordonnance est une indignité. Il a parlé très nettement à l'archevêque et approuve tout haut (pie nous ayons déclaré n'avoir pas à nous soumettre, que tu étais à Kome et que tu aviserais. »
— « Une démarche a été faite près du gouvernement pour obtenir qu'il prit une mesure de rigueur contre nous. On a échoué... L'empereur a déclaré formellement au cardinal de Reims que nous n'avions rien, mais rien du tout, à craindre. »
2') frvrier. « Bonne nouvelle de Lyon. Le cardinal de Bonald a vu dans l'ordonnance une raison d'être plus déterminé que jamais à nous soutenir. Le petit dissentiment sur les classiques est oublié. »
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« L'cve([uc de Saint-Claude a écrit au cardinal (iousset ({u'il fallait faire quelque chose en France en môme teuqîs ijuà Rome, il vient à l*aris. » Du Lac, hostile aux temporiseurs, avait ajouté : « Il est fort à craindre que le Cardinal et le Nonce n'endorment Saint-Claude. Si vous ne prenez là-bas un parti décisif, ici rien no se fera. »
Autres nouvelles données les jours suivants et résumées en deux mots : Donoso Cortès a écrit au Pape. — Le mar- (|uis de lirignole vient, sur ma demande, d'écrire au cardinal de Brignole, son frère, d'appuyer ï Univers. — L'évêque de Moulins a protesté, par circulaire officielle et publique, contre l'acte de l'archevêque de Paris. Sa lettre ne nous donne pas pleine satisfaction, mais M"' Sibour en est profondément irrité, et va la déférer au Saint-Siège.
— L'archevêque de Reims demande, par lettre confidentielle, à plusieurs évêques de nous soutenir. —I\F' Sibour, voulant montrer quïl ne surveille pas seulement l'Univers, défend aux journaux religieux du diocèse de s'occuper de religion... Je veux dire qu'il leur défend de polémiquer sur les questions religieuses qui peuvent les diviser.
— M^'"' Parisis annonce qu'il va intervenir. En apprenant la nouvelle de l'Ordonnance, il a dit en plein dîner ecclésiastique à Saint-Omer : « Messieurs, l'archevêque de l*aris vient de donner un scandale. » — Bonnes lettres publiques «les évêques de Châlons, Avignon, Montauban, Saint - Claude. — Encouragements des évêques de Soissons, Séez, Cap, Beauvais, Poitiers, Blois, Angoulême, La Rochelle, Aix, Rennes; de l'archevêque de Bourges, etc., etc. — Approbations de l'archevêque de Tuam, primat d'Irlande, et de l'archevêque de Smyrne. — Dispositions presque atfectueuseset bien inattendues de l'archevêque de Tours. Nombreuses lettres de prêtres et de laïcs, alfîrmant toutes de vives sympathies, recommandant toutes la fermeté. »
t^(V février. « Personne ici, même dans le monde le moins au courant des aUaires ecclésiastiques, ne se trompe sur le fond du débat. On dit : C'est l'évêque d'Orléans qui
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mène l'affaiio ci c'est llomc <|iu' l'on vcul l);iUrc.
« Tous nos amis sont d'avis <jue lu ne dois pas pièter les mains à un arrangement. Cn arrangement serait, au fond comme en a[)parence, une défaite cl, par conséquent, n'arrangerait rien. >■
Cette observation n'-sumait diverses lellres et de nom- Incuses communications ver)>ales exprimant la crainte que Louis Veuillot ne fût trop conciliant On savait que s'il aimait le combat à ciel ouvert, les luttes où il fallait user de tactique et manœuvrer pour déjouer des manœuvres l'irritaient et le fatiguaient très vite. Dom Guéranger, en même temps qu'il promettait tout son concours, écrivait à Du Lac : « Il serait bien malbeureux que Veuillot se découragent.,, s'il doit faire quelque faiblesse, comme il en sera sollicité, tout est perdu. Si au contraire, il consent à l'appel en forme, je réponds du succès... Tenez liant et ferme votre drapeau. Il s'agit de l'orthodoxie en France. Vous souil'rirez pour la justice, mais vous triompherez... Je suis tout à vous en guerre comme en paix (1). « Du Lac envoyait à Louis les petits billets de l'abbé de Solesmes et ajoutait : (( L'avis de dom Guéranger est celui de tous les amis de Rome dans ce pays. »
Voici la lettre rassurée et rassurante que Louis m'écrivit le ï mars :
« Cher frère,
« As pas peur!
" Nos allai res vont bien et même vont vite. Tout le monde à Rome est indigné, surtout le Pape. Vous recevrez dans quelques jours un bref qui me dit de continuer le journal en observant la modération et la charité. Le Saint- Père a, lui-même, indiqué à l'évèque d'Amiens, hier, la lettre que je dois écrire pour obtenir ce ])ref, et elle est
(1) Lettres du :;.'! et 'Si février.
LOUIS VEUILf.OT. o4V)
cnti'e les mains du secrétaire des lettres latines. Voilà déjà de l'atout, maison promet des as. Cela ne préjudicie pas à mon appel que je suis autorisé à déposer. On est en suspens sur les autres moyens; mais à moins d'anicroches, qu'il faut toujours attendre, il sera fait quelque chose et quelque chose de sérieux.
« L'évêque d'Amiens est admirable, les cardinaux sont admirables, les Jésuites, itou. Le P. Curci a i,'eçu du Pape l'ordre de nous défendre dans la Civiltà. J'ai dit que c'était bien, mais pas assez. J'ai tenu très bon, très ferme; j'ai formellement annoncé aux diplomates que je ne voulais point de diplomatie, que nous voulions l'honneur ou la mort. On a compris que j'avais raison et que je n'entendrais pas raison...
« L'évêque d'Amiens va envoyer d'ici un mandement. « Remercie La Tour, Taconet et Du Lac de leurs bonnes lettres, et envoie-moi tous les papiers concernant le premier avertissement, lisseront utiles si le procès a son cours.
« Je suis toujours très enrhumé, il pleut toujours et je me ruine en voitures. Mais je trouverai de l'argent ici.
(( L'ambassade n'a pas encore reçu d'instructions. Le Pape l'a dit à l'évêque d'Amiens. Cependant, agissez sur les jeunes mariés (1), s'il est possible. Voyez Donoso Cortès. Un mot des Tuileries ferait beaucoup.
« Rouen (-2) vient ici. Il arrivera, j'espère, trop tard.
« Nos livres seront déposés à l'Index (3), mais j'ai vu l'inquisiieur et nous n'avons rien à craindre.
" Adieu, embrasse mes filles et tous les amis. Je fais de la copie tant que je peux et je n'ai pas même le temps de prier le bon Dieu. Quelle cruauté d'être venu me poursuivre jusqu'au fond de Saint-Pierre! »
(1) L'empereur et l'impératrice.
(i) L'archevêque de Rouen, M?" Blanquart de BailleuL II suivait généralement .M''"' Dupanloup et, dans cette circonstance, il travailla tant qu'il put contre VUnivcrs.
(3) Les volumes de la Bibliothèque Nijuvrllf.
5r.O loi Is Ml II. lui
.' Je viens de voir Fioramonti. Ce n'est pas un bref que jo recevrai, mais une lettre écrite par le secrétaire des lettres latines, par l'ordre et après révision du l'ape, qui aura revu la minute. Cela ne pourra pas être prêt, dit-on, avant samedi prochain.
(( Si nos amis de France n'agissent pas, nos ennemis se remuent beaucoup. Ils écrivent de tous côtés; M*^' Fioramonti me la dit... ' 1 >.
« L'évèque d'Amiens va tâcher de hâter Fioramonti (jui ne parait pas des mieu.v disposés. C'est le seul jusqu'ici que je n'aie pas vu entrer rondement danjs nos intérêts.
« I.e Pape a écrit ou va écrire à l'archevêque pour lui demander de retirer sa sentence. Que ceci ne sorte pas de Du Lac et de toi...
« Tout ce que vous pourrez faire, faites-le \ile, bien vite. J'ai peur que l'empressement des manifestations n'abatte un peu ici les courages. Il faut essayer de sauver le journal, mais il vaut mieux périr que de vivre misérablement en tremblant toujours devant l'iniquité.
« Notre aflaire, du reste, occupe Rome comme Paris. Il court des bruils de toute nature; nous sommes en haut et en bas dans le même jour. Je voudrais bien m'en aller.
<( Livrez ce qui suit à la publicité. »
Ce qui suivait était la lettre adressée par mon frère, sur l'avis ou mieux sur l'ordre du Pape, au secrétaire du Pape.
Cette lettre exposait la situation de VL'nivers, rappelait
(Ij ii y a la coiitif " mois amis de Franco - une paioii- du biàmr «iul- jidois rotiror. Ils agissaient. Seulement inquiets et agités, comme Louis l'était à Kome et comme nous l'étions à Paris, nous trouvions qu'ils n'agissaient pas assez énergiquement et assez vite: c'était un tort, l'action de plusieurs d'entre eux fut très prompte comme très ferme.