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ajoutant, au mépris de la législation existante, qu'ils avaient le droit de l'être; -i^ bien qu'on ne put en donner la preuve, ils usaient probablement de leur influence pour exciter les évoques et « certains écrivains laïques » à combattre l'Université et à nier l'autorité des articles organiques ajoutés par le pouvoir civil au Concordat.
Ces faits, quoique chargés de phrases redondantes, parurent légers au ministre lui-même. Pour leur donner du poids, il termina par une sortie violente contre Montalembert et tout le parti catholique. « Il a reproché au « noble pair, disait le lendemain Louis Veuillot, ses dis- « cours, ses écrits, ses voyages, ses tendances; il a ca- " lomnié ses actes et ses intentions : c'est à peine s'il a « voulu croire à la sincérité de sa foi. »
La réplique de xMontalembert, vive, dure et loyale, ne calma pas le ministre... au contraire! Entendons le rédacteur en chef de V Univers.
« Hier, M. Martin accusait M. de Montalembert d'être la cause de tout ce qui se passe. Plus encore pour rendre hommage à la vérité que pour satisfaire une modestie qui semble l'abuser sur l'importance de son rôle, M. de Montalembert a dit, ce qui est vrai, que la lutte où il a si utilement servi, n'avait été ni entamée ni poussée par lui. Il était absent lorsqu'elle a éclaté en présence de l'injurieux et alarmant projet de loi contre la liberté de l'enseignement présenté par M. Villemain. Avec tous les laïques qui ont parlé ou écrit dans cette grande cause, M. de Montalembert ambitionne de servir l'Église, il repousse comme une injure adressée à l'Église et à lui d'avoir voulu et pu la conduire.
ft Ces loyales explications ont eu l'effet d'exciter en M. le Ministre des cultes une colère, ou, pour dire le vrai mot, une fureur qui a étonné tout le monde : M. Martin a l'habitude de paraître ému et même un peu exaspéré. Aujourd'hui nous croyons que c'était pour tout de bon, du moins a-t-il su donnera son jeu une perfection rare. Il
.it l,i»l IS \|.( II. lui.
rriail, il ^'^rstii'tilait, il fr.ippait du pird. il pressait sa ])()itrinc du liautcn has, il iiiontiait !«■ iioint; à M. de Montalemhert. il se proclamait honn<^te homme, il revenait sur les c«'lèl)res douleurs (|u'il éprouve Iors(pi'il traduit les évèques en Conseil d'Ktat, il s'emportait contre les Jésuites assez hardis pour dire leur nom et lui susciter des complications! »
{.es journau.v irréligieux firent bruyan)m<'nt écho aux emportements du ministre. Louis Veuillot leur répondit par ce conseil :
«' ... Es[M''rent-ils alfaihlir la cause catlioliqu»- en lui donnant le nom d'un homme? Ils s'abusent. Hu a voulu donner à cette cause le nom d'un parti, elle a grandi sous ce mensonge. On a voulu lui donner le nom d'un journal, bien moins important que le nom de M. de Monlalembert. elle a continué de grandir. On lui a donné le nom proscrit des .lésuites, elle est devenu*' immense, et elle reste ce qu'elle est devenue : la cause de la religion, la cause de la liberté, la cause de l'avenir. Y changer quelque chose n'est plus au pouvoir de ses ennemis. . . Si des politiques subalternes... veulent ruiner le crédit de M. de Montalcmbert et de tous les catholiques qui marchent à sa suite ou à ses côtés, qu'ils consultent les réclamations de l'épiscopat et qu'ils fassent ce qu'elles demandent. Nous déposerons alors nos armes ou elles seront brisées dans nos mains (1. »
Victor Cousin ne pouvait laisser passer ce débat sans y mettre son mot et sa mimique. Voici la page «jue, dans son compte-ieudu, lui consacre Louis Veuillot :
« M. Cousin a commencé d'un ton dolent : il se meurt ; il n'est sorti que pour observer ce qui se passe ; il supplie ses collègues d'avoir pitié de lui et de permettre qu'il parle de sa place, car il va rendre l'âme : tout cela d'un air à fendre les rochers et avec une télégraphie qui fait
(1) Mélanges, t. II. p. llo.
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soiu'ii'c les [iciirs, les huissiers, les spectateurs. I.e garçon qui porte l'eau sucrée va le dire à ses camarades; les portes s'entre-bàillent, de tous côtés des têtes curieuses viennent contempler les évanouissements de M. Cousin. Ces petites g-rimaces achevées, notre moribond entre en matière, et, d'une voix de stentor, pendant près d'une heure, il se livre aux emportements du zèle universitaire le plus fougueux. Ce qu'il dit, les sténographes seuls le peuvent redire; ce qu'il pense, c'est... qu'il faut chasser les Jésuites. M. Cousin avait gardé cet argument pour la fin, et la Chambre, qui ne s'était pas médiocrement divertie à le voir battre les buissons, est soudain devenue sérieuse et attentive. M. Cousin est l'ennemi des Jésuites; il le dit hautement, ait risque de tout ce qui pourra lui en arriver! Un éclat de rire, une sorte de huée unanime a salué celte parole. C'a été la dernière punition de ce genre infligée à tant de bizarreries. »
Au total, toute cette discussion fut bonne. Elle ne pouvait empêcher l'iniquité que réclamait le parti universitaire, mais elle raffermit chez les catholiques l'esprit de combat. Le groupe des « concessionneurs » dut momentanément s'effacer.
Le Ministère, armé, contre son gré, d'un vote persécuteur quil avait misérablement accepté, devait agir. Le ferait-il par voie administrative ou par voie judiciaire? La première, laissant à iM. Guizot pleine liberté de négocier avec « l'autorité spirituelle », eut nécessairement ses préférences. Déjà son négociateur, M. Rossi, était à Rome. Le choix d'un tel ambassadeur touchait à l'inconvenance, car Rossi était un sujet romain, expulsé pour cause politique; mais il avait beaucoup d'habileté, de finesse, un esprit gracieux et souple; il était membre influent de la Chambre des pairs, confident et familier de M. Guizot; on comprendrait au Vatican la nécessité de compter avec lui et il saurait se bien conduire.
Il se conduisit, en effet, habilement. Reçu avec froi-
i.ni is vi;rii.i.(n.
(Jour, il cul l«»ut (If suilo rciiiini de Vdii" mcllic ;i l'Index \cM(iniirl iilli-a-uallican du procmeur géiirral hiipin, son ami. Il allocta l'indillérencc et, en attendant que la question des Jésuites fût tranchée à Paiis, il noua doucement les relations (|ui pourraient le servir, lorsqu'il faudrait frapper. Uut'lques ecclésiastiques français établis à ilomc furent prompts à le seconder, notamment W de Honnechose. alors supérieur de Saint-Louis, notre église nationale. M" d'Isoaid. le même qui, en 18V'», avait reçu ou s'était donné mission officieuse de préparer la paix entre TK^lisc et rilniversité; l'abbé Lacroix, l'abbé de l'alloux [1 . Après le vote du 3 mai, Uossi, plus pressé et plus hardi, demanda nettement au Saint-Siège de forcer les Jésuites à fermer les maisons et les noviciats qu'ils avaient en France. Il faisait celte demande non sciilement au nom des lois anciennes et du vote qui venait de les rajeunir, mais aussi dans l'intérêt de la religion. A l'entendre, si la Chambre n'était pas obéie, tout était à craindre : des émeutes, des mesures légales de proscription contre tous les ordres religieux, et même un schisme. A Home, où la prudence donne du calme et empècbe qu'on ne s'effraie trop vite, on écouta Rossi, sans beaucoup s'émouvoir. Cependant l'on reconnut (ju'il faudrait faire quelque chose et on lui permit de le deviner. Il entendait à demi-mot. Il s'inclina. Le R. P. Roothan, général des Jésuites, le cardinal Lambruschini, secrétaire d'État, et le Saint-Père lui-même voulant savoir à fond ce que pensait en France le monde religieux, temporisaient. Il y avait des avis diilerents, mais pour sûr chez les Jésuites et parmi les catholiques agissants on était très désireux
(1) L'abbé Iliron, très infoiTné, nous écrivait : - Rossi fait le chien couchant, ne se lasse jias de tlatter tout le monde, déploie beaucoup d'adresse et gagne los hommes un à un. Déjà il a autour de lui un groupe assez compact. Les Français qui le suivent sont : d'Isoard, Vaure, Bonnechose, I.acroi.x : Fallou.xa fait la navette du camp Rossi au Gosii. •