DEUXIÈME PARTIE
CONTRE-REVOLUTION FÉODALE. — HUMILIATION DE LOUIS XI À CONFLANS ET SAINT-MaUR. — 1465.
Louis XI voyait venir la crise, et il se trouvait seul, seul dans le royaume, seul dans la chrétienté.
Ses ressources étaient faibles, incertaines. Sur les vingtsept provinces du royaume, il n'en avait que quatorze ; dans
5 ces quatorze même, il était probable que Tappel féodal ^u ban et de Tarrière-ban grossirait l'armée des princes plutôt que la sienne. Il avait çà et là des francs archers ; il avait quelques compagnies d'ordonnance bien armées, bien montées et lestes. Seulement, ces compagnies, formées par
10 Dunois, Dammartin et autres ennemis du roi, ne reconnaîtraient-elles pas en bataille la voix de leurs vieux chefs?... Il venait de faire une belle ordonnance qui protégeait rhomme d'armes contre la tyrannie du capitaine, l'habitant contre celle de l'homme d'armes. Mais ce bon ordre même
15 semblait tyrannie.
Le premier besoin, dans une telle crise, c'était de savoir tout, de savoir vite. Il établit la poste : de quatre lieues en quatre lieues, un relais, oîi l'on fournirait des chevaux aux courriers du roi, à nul autre, sous peine de mort. Grande
20 et nouvelle chose ! dès lors tout allait retentir au centre ; le centre pouvait réagir à temps.
A l'appui de ces moyens matériels, il ne dédaigna pas d'en employer un moral, tout nouveau, et qui parut étrange : il fit sa justification publique, s'adressa à l'opinion, au peuple. Mais alors y avait-il un peuple ?
On l'accusait d'un crime absurde, d'un guet-apens envers 5 lui-même. On disait, on répétait qu'il appelait l'Anglais dans le royaume. Pour se laver de ces imputations, il convoqua à Rouen les envoyés des villes du nord, surtout des villes de la Somme. Il fit son apologie par-devant ces bourgeois; il en tira promesse qu'ils se fortifieraient et se 10 défendraient. Seulement ils stipulèrent qu'on ne les appellerait pas hors de leurs murs, qu'ils seraient dispensés du ban et de l'arrière-ban.
Si les villes furent peu sensibles à l'apologie royale, combien moins les princes 1 II les assembla pourtant, leur 15 parla comme à ses parents, avec une effusion à laquelle ils ne s'attendaient guère. Il rappela toute sa vie, son exil, sa misère jusqu'à son avènement II dit que le roi son père avait laissé, vers la fin, tellement appauvrir la chose pubUque, qu'il devait bien remercier Dieu de l'avoir pu relever. Il 20 n'ignorait pas ce que pesait la couronne de France, et que, sans les princes qui en étaient les appuis naturels, il n'y avait roi pour la soutenir. Au reste, il n'oubliait point ce qu'il avait juré à son sacre : " De garder ses sujets, les droicts aussy et prérogatives de sa couronne, et de faire 2^ jîisttceJ^
Dans ce discours et dans ses manifestes, il prend les princes à témoin de la sécurité et du bon ordre qu'il a établis ; il a étendu le royaume, l'a augmenté du Roussillon et de la Cerdagne ; il a racheté les villes de Somme, "grandes 30 fortifications à la couronne." Tout cela, ^^sans tirer du /peuple plus que ne le faisait le roi son pèreJ* Enfin, "grâce à Notre-Seigneur, il a peiné et travaillé, en visitant toutes