PRES
Sous le règne même de Charles V, les institutions royales font d'immenses progrès : l’armée commence à se constituer ; l'impôt, sans être encore permanent, devient de plus en plus régulier. Voilà donc pour la royauté un nouvel et puissant moyen d'intervention. Les villes sont astreintes à contribuer aux aides ; l'impôt est obligatoire ; le taux en est fixé par les officiers royaux. Des octrois, il est vrai, sont accordés aux municipalités ; mais ces octrois prouvent justement qu’elles ne peuvent plus s'imposer pour leurs dépenses communes sans l'autorisation du roi. D'ailleurs ces impôts municipaux, tout entiers à la charge des bourgeois, ont un objet étroitement déterminé : ils doivent servir presque uniquement aux réparations des murailles et des fortifications : c’est une nouvelle forme d'exploitation. Aussi, pendant tout le xiv° siècle, les villes sont-elles écrasées de taxes : elles ne disposent mème plus de leur gestion financière, qui est accaparée par l’administration centrale.
Et comment résisteraient-elles au pouvoir arbitraire du roi ? Paris et un certain nombre de villes se révoltent en 1382, mais sans obtenir gain de cause : en 1383, le gouvernement de Charles VI exerce une terrible répression; il tire une éclatante vengeance des Parisiens; non seulement on rétablit l’impôt de 12 deniers pour livre et la gabelle, mais une ordonnance du 27 janvier 1383 détruit la municipalité: les droits du prévôt des marchands et des échevins sont transmis au prévôt de Paris ; les privilèges des métiers sont atteints; les confréries, abolies; et l’on ne permet plus aux artisans d’avoir d’autres chefs que ceux qu'il plaira au prévôt royal d'ins-
(Collection des Documents inédits), Paris, 1874, passim. — Sur la ruine des villes, cf. Grnx, op. cit., p. 278. En 1375, la ville de Cognac, autrefois florissante, est dépeuplée, sans industrie ni commerce; elle a perdu toute vie municipale ; des bandes de pillards la menacent sans cesse. — Parfois la guerre a été favorable au maintien des libertés municipales : grâce à la lutte que soutiennent la France et l'Angleterre, certaines villes, comme Saint-Jean d'Angély et Poitiers, conservent leurs privilèges (/Zb:d., p. 298).
or
tituer'. À Rouen, Charles VI entre par la brèche : plus de trois cents personnes sont arrêtées, pendues ou dépouillées de leurs biens. À Amiens, nombreuses sont les exécutions ; on supprime l'institution des chefs de métiers, des « mayeurs de bannières ». La royauté profite de ces événements pour établir en tous lieux des représentants de son autorité?. Même en matière économique, les villes sont de plus en plus subordonnées à l'autorité royale, qui intervient d’une façon active dans la police des corps de métiers, et veut favoriser le commerce par la protection *.
IT
Cependant, les villes jouissent encore d’une puissante individualité. La vie politique n’y est-elle pas mille fois plus active que dans les campagnes ? Les princes, qui, à cette époque troublée, se disputent le pouvoir, s'efforcent de gagner à leur cause les principales cités : beaucoup de villes restent neutres pendant les guerres qui désolent le règne de Charles VI ; mais d’autres n'hésitent pas à prendre ouvertement parti : les Parisiens, malgré leur caractère impressionnable et versatile, se montrent obstinément fidèles aux Bourguignons *.
Toutefois, dès la fin du règne de Charles VI, les habitants des villes soutiennent énergiquement la royauté. En effet, si les rois sont hostiles à l'indépendance munieipale, ils soutiennent, en toute occasion, la bourgeoisie au moment même où se restreignent les attributions financières des corps de ville, les officiers royaux prennent l’ha-
IMOr de GS6: