ROLE POLITIQUE DES VILLES DU DOMAINE
Louis XI, ennemi de toute indépendance, s’immisee dans le gouvernement intérieur des villes; partout il fait prévaloir l'autorité du pouvoir central. Mais il n’est pas en sa puissance d’anéantir tous les privilèges, de tout niveler sous sa domination.
Les villes conservent, en effet, une individualité bien marquée : on les considère encore comme des êtres politiques. Les corps municipaux prêtent au roi le serment de fidélité”. De son côté, Louis XI jure solennellement de maintenir les privilèges des bourgeois : lorsqu'il entre à Toulouse, en 1463, le Capitoul Nicolas d’Auterive le prie de vouloir bien promettre sur les Livres Saints d'observer les privilèges de la ville; Louis XI, tête nue, ayant Ôôté ses gants, pose ses mains sur le missel et baise le crucifix. Les Capitouls lui offrent alors les clefs de Toulouse : il les accepte, puis les rend à Jean d’Astorg en disant : « Nous vous les commandons et gardez* ». Le 24 mai 1472, il reprend possession de La Ro-
1. En septembre 1461, M. de Belleville, maître d'hôtel de Louis XI, part à Poitiers recevoir le serment des habitants (Arch. mun. de Poitiers, Cart. 32, J 1278 et 1279). Les habitants de Tournai jurent de garder intégralement les droits du roi (Bibl. Nat., fonds francais n° 20493, fo 96). — 11 en est de même à Rouen (cbid., n° 6968, fo 192).
2. Arch. mun. de Toulouse, AA 3, n° 277, et Du Mèce, Histoire des énslitulions de Toulouse, p. 459.
chelle qui avait appartenu au duc de Guyenne : avant d'entrer dans la ville, il jure à genoux devant le maire de respecter tous les privilèges, coutumes, libertés et franchises des habitants'. Ses officiers sont astreints aux mêmes formalités ?.— Les conseils de ville tiennent encore réellement le rôle de vassaux : les magistrats de Niort ne doivent-ils pas prèter au roi le serment d'hommage pour la mairie et les privilèges de la ville*? C’est un devoir féodal nettement caractérisé. Les villes mamifestent encore leur individualité par leurs tendances particularistes. Les bourgeois supportent malaisément que les habitants des cités voisines viennent dans leurs murs vendre des marchandises au détail : Louis XI autorise les consuls de Béziers à confisquer les vins, produits hors du territoire de la ville, et qui y seraient apportés par les habitants des communes voisines”. À Saint-Jean-d'Angély, suivant la constitution de 1476, les étrangers ne peuvent rien vendre si ce n’est pendant les foires*. — Il arrive aussi que dans la mème localité les habitants du bourg et ceux de la cité se considèrent mutuellement comme des étrangers, ou vivent en hostilité permanente. C’est le cas qui se présente à Carcassonne : en 1475, les gens du bourg veulent forcer les habiiants de la cité à payer une partie des impôts qui pèsent sur eux : ils se refusent à tenir compte des exemptions qui
MACrRrerzes Établissements de Rouen, t. I, p. 76. — A Bordeaux, en mars 1476, le roi et les Bordelais se prêtent serment tour à tour (Arch. mun. de Bordeaux, t. IT (1878), p. 29).
2. Voici un des articles du Transumpt de Beaucaire, de 1463 : « Quod officiarii regii moderni et futuri tenentur et tenebuntur in dicta villa Bellicadri praestare juramentum de observando omnia praedicta ac verbatim observari facere, compellentes ad hoc qui fuerint compellendi omnibus viis et remediis opportunis. » (Eysserre, Histoire de Beaucaire, p. 117).