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COMMENT ET POURQUOI LA BOURGEOISIE RESTE FIDÈLE A LOUIS XI

I. Émeutes et révoltes, tentées par le menu peuple: Bourges, en 1474. — II. Dévouement des bourgeois. — III. Les villes ne se résignent pas à être aliénées de

la couronne : exemple d'Épinal. Elles tiennent à faire partie du domaine :

exemple de Tournai.

Quels ont été les effets de la politique royale? Quels sentiments les corps de ville ont-ils manifestés à Louis XI ?

On ne subit pas toujours passivement le despotisme : à diverses reprises, il éclate, dans un certain nombre de villes, des émeutes et même des révoltes. — Aux habitants de Reims le roi avait promis, lors de son sacre, qu'il ne lèverait plus de taxes sur la ville ; or, peu de temps après, paraît un mandement royal, qui rétablit Iecs anciens subsides. Bien des gens déclarent que l’édit n’est pas authentique, qu'il a été fabriqué par les agents du roi : on moleste les officiers de finance, on pille et on brûle leurs maisons. Il faut le remarquer : l'émeute n’est menée que par des gens de métiers; les bourgeois n'y prennent aucune part. Les notables, même avant l’arrivée des commissaires royaux, ont déjà emprisonné les principaux émeutiers ; ils se hâtent d'envoyer des députés au roi afin de dégager leur responsabilité ; puis ils prêtent assistance à Rouault et à Jehan Bureau. Plus de deux cents personnes sont punies au civil

ou au criminel; quelques coupables sont décapités ou pendus; d’autres, fustigés où mutilés; à d’autres enfin l’on inflige le bannissement. Le 13 novembre 1461, le duc de Bourgogne éerit à Louis XT pour implorer la grâce des Rémois : Le roi, dès le mois de décembre, délivre des lettres de rémission, dans lesquelles il reconnaît formellement que le corps de ville a combattu l’émeute ; les seuls coupables, ce sont les gens de métiers : aussi leur est-il défendu, à l'avenir, de former des associations de plus de neuf personnes'. En tout cas, la ville a bien des frais à subir : elle doit acquitter les dépenses des comnissaires, donner de l'argent pour obtenir les lettres de rémission ; il ne lui reste d'autre ressource que de contracter un emprunt?. — En

1. Bibl. Nat., francais 6968, fos 6 et suiv., fos 90 et suiv. et fo 281: Var, 0p. cit., p. 762 (note). Basin raconte de la sorte l'insurrection : « Vixdum enim, postquam illic rex inunctus fuerat, mensibus duobus effluxis, dum officiales tributorum consuetas gabellas et impositiones (ati perante solitum erat) subhastari facerent, ut potiores conditiones in licitatione offerentibus adjudicarentur, memores populi promissionum sibi recenter ore regio factarum, existimantes haec non posse ex principali auctoritate procedere, quae omnia hujuscemodi vectigalia atque onera de regno auferre recentissime promisisset, adversus ipsos officiales, ira et indignatione permoti insurrexerunt... » (1. I, ch. 11).

2. Le 29 novembre 1468, « fut conclu que les comptes de J. de Gravelle, touchant certain emprunt, piéca fait à aucuns particuliers de la ville pour certains frais fais et soutenus durant la commotion advenue en ceste ville, tant pour le paiement des commissaires et pour dons, et aussi pour la despense depuis faicte par l'ambassade de la ville vers le roi, seront vus, visités par un de l’église, un eschevin, un praticien, deux escuyers, un marchand. » (VARIN, op. cit., p. 766). — A la même époque, les habitants d'Alencon ont fait « plusieurs et diverses assemblées sans aucune autorité de justice et en icelles conclu et délibéré ne donner aucune obéissance aux mandemens à eux envoyez par les commissaires ». Les officiers royaux ont dû se retirer en toute hâte ; des lettres de rémission sont accordées aux habitants, en juillet 1462 (Bibl. Nat., francais 6969, fos 142 et suiv.). — À Angers éclate une émeute, qu'on appelle la Tricoterie. Les émeutiers se rendent coupables de « bris, excez et violences, gast de biens et plusieurs autres maulx ». On supplie le roi d'excuser les « bourgeois et marchans

1462, les habitants d’Aurillac refusent d’obéir à Jean Cabu, commissaire du roi, et de lui montrer leurs registres de recettes et de dépenses ; Cabu veut emprisonner les consuls et s'emparer de toute l'administration communale. Louis XI apaise la querelle et donne satisfaction aux habitants : il annulle les actes du commissaire”.

L’énergique conduite du roi contribue, sans nul doute, à maintenir l’ordre et la paix dans la plupart des villes : « Après ces répressions, dit Thomas Basin, les autres cités des Gaules furent terrifiées et se turent; elles donnèrent au roi tous les subsides qu’il lui plut de leur imposer?. » Chastellain considère les bourgeois français comme « souples et mols » : à leur inertie, il oppose ce qu'il appelle la mâle indépendance des Flamands”*.

Cependant, dans le cours du règne l'on voit encore des révoltes assez graves. Au Puy, en 1477, les chefs des métiers ou capmestiers protestent contre une taille, que le roi a imposée à la ville ; deux de ces personnages, malgré l’opposition des consuls, font crier : « Liberté! ». Les émeutiers saisissent par les cheveux, et terrassent le commissaire et les officiers royaux. Le juge criminel de Nimes est envoyé au Puy par le sénéchal de Beaucaire; mais 1l est obligé de se cacher, pour se soustraire à la fureur de la populace. Le sénéchal assigne à son tribunal huit cents accusés ; mais

d'Angers de la folie faicte par plusieurs pouvres gens de mestiers de ladicte ville d'Angers à cause du rétablissement des aides. » (Cf. Ord., t. XV, p. 298, et Célestin Port, Dictionnaire historique de Maine-et- Loire, Paris-Angers, 1878, t. I, p. 38-39).

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