Ord., t. XN, pp
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3. À Avesnes, des hommes d'armes francais se conduisent insolemment avec les bourgeois : « cuidans, ajoute Chastellain, que les gens des pays du duc dussent estre souples et mols et espouventés pour leur mauvaistié, ainsi que sont ceux des pays où ils avaient appris à vivre, povres gens serfs et craintifs, commencèrent à injurger la loi et user de mauvaistié.. » (l. VI, chap. 36 et 37, éd. Kervyn, t. IV, p. 102 et suiv.). à
les capmestiers interjettent appel au Parlement de Toulouse. Leur avocat demande que l’on fasse enquête sur « les mangeries et le mauvais gouvernement des consuls ». Ici encore, nous sentons Ja profonde opposition qui se marque entre les bourgeois et les artisans; « le menu peuple » seul a dirigé l’émeute ; la bourgeoisie s’est efforcée de la réprimer!.
En 1480, les habitants de Limoges se révoltent contre les commissaires royaux, qui veulent les obliger à envoyer des « ménagers » et des marchands à Arras; ils refusent de se rendre à la convocation du ban et de l'arrière-ban, de payer les droits de francs fiefs et nouveaux acquêts : ils tiennent des « assemblées, monopoles, menaces, mauvaiz et sedicieux langaiges » contre le roi et ses commissaires. Il est vrai que ces agents avaient commis quelques « abuz, pilleries et exactions ». Louis XI délègue dans le pays une commission extraordinaire, chargée de punir les délinquants « en mamière, déclare-t-1l, que nous soyons obéis, et que puissance nous en demeure ». [Il enlève la connaissance de cette cause au Parlement et au grand Conseil : il désire que « la punition en soit incontinent faite et sur les lieux ? ».
Mais 1l n'est pas de révolte plus sérieuse que celle qui éclate à Bourges en 1474°. Cette ville s'était toujours montrée hostile à Louis XI : lors de la guerre du Bien Public, elle lui avait fermé ses portes; pour la punir, 1l avait créé des foires à Issoudun. En 1473, une sourde agitation règne dans Bourges. En 1474, le roi, désirant réparer les fortifications, établit une nouvelle taxe, le barrage, qui doit être perçu aux portes de la ville par des commissaires royaux, en dépit de l'octroi qui en avait été délivré aux habitants. C’est alors
1. Le livre de Podio, où Chronique d’Estienne de Medicis, publ. par Aug. Chassaing, Le Puy, 1869-74, t. II, p. 280. — En 1472, la ville de Pézenas ferme ses portes aux troupes du roi qui se rendent en Roussillon (Bibl. Nat., francais 6961, p. 719).
2. Cf. Bibl. Nat., français 6964, pièce 104, et 6986, fo 347.
3. Cf. Raywaz, Histoire du Berri, t. III, p. 100 et suiv.; De Maxprot, Ymnbert de Batarnay, p. 50 et sqq.
qu’éclate une insurrection populaire : des officiers royaux sont blessés ; quelques-uns même, tués, comme le fermier du barrage et le substitut du procureur. À cette nouvelle, Louis XI concoit une violente colère: dès le 29 avril, 1l nomme des commissaires, qui devront rendre prompte justice : ils appréhenderont tous les coupables, et même les suspects, «les gens qui s'en sont aperceuz ou peu vraisemblablement apercevoir », enfin tous ceux qui ont donné « taisible ou exprès consentement, qui n’ont tenu la main forte avec les officiers royaux sans en estre requis, vu qu'ils voyoient la voye de fait, l’urgente nécessité et péril éminent ». Tous ces personnages, on les condamnera comme criminels de .lèsemajesté. Du Bouchage recoit mission de punir les coupables, sans faire grâce à personne. Il exerce la répression d’une terrible facon : il ordonne d'arrêter les émeutiers et d’exécuter les meneurs. On fait un grand nombre de prisonniers, qu’on est encore en train de juger en 1475 ; on opère confiscations sur confiscations ; on lève d'énormes amendes !.
Louis XI pense que certains riches bourgeois ont dû encourager l’émeute, «car, ajoute-t-il, les povres ne l'ont pas fait d’eulx mesmes ». Il se trompe absolument : on n'avait vu dans la révolte que « foulons, vignerons, bolangiers et aultres de gens de mestier et menu populaire ». Dès le 26 avril, les notables s'étaient assemblés pour parer aux événements : ils ont décidé d’armer une centaine d'hommes et de faire arrêter les chefs de la révolte « aflin de savoir la vérité dont ceste esmotion provient et que on face en façon que le Roy soit maistre, se on treuve rebellacion”». Quelques notables seuls se sont opposés à cette décision : les commissaires du roi ouvrent des enquêtes sur leur conduite et s'apprêtent à les poursuivre .
1. Pièces justif. n° VIT et Bibl. nat., francais 6981, fo 56. Quelques bourgeois sont frappés d'amendes, qui s'élèvent à 70 livres ou même à 100 livres.