ENTRE
intérêt l'exigeait. Il était avare par nature ; cependant, sous le coup de la nécessité politique, il prodiguait ses largesses ?. Mais était-il exempt de passions? Ne faut-il voir en lui que l’homme méthodique et réfléchi, que l’on a si souvent dépeint? On ne saurait nier que maintes fois il s'abandonne à l'impulsion de ses sentiments naturels. [Il ne peut retenir sa langue; Comminesnousl’apprend: «ilse mettoit à mecontenter les gens par petitz moyens, qui peu lui servoient.…. ; 1l estoit legier a parler de gens et aussi tost en leur presence que en leur absence ». Bien qu’il soit craintif « de sa nature », 1l se fait de la sorte beaucoup d’ennemis. Dans l’adversité, 1l se contraint et montre une admirable constance; mais à peine la fortune lui sourit-elle, il commet mille maladresses : il laisse libre cours à la colère et à toutes les passions ?. — Son activité est étonnante, mais elle est inquiète et maladive ; jamais il ne peut se résigner au repos: « Le temps qu'il reposoit, dit encore Commines, son entendement travailloit : car il avoit affaire en moult de lieux, et se fust aussi voulentiers empesché des affaires de ses voisins comme des siens ». Jamais, 1l n’est satisfait: « Quant il avoit la guerre, 1l desiroit paix ou trefve ; quant il l’avoit, a grant peine la povoit-il endurer” ». Sa vie est agitée et malheureuse; un jour de joie compense mal vingt journées de soucis. Il entreprend, à la fois, mille affaires diverses ; il veut tout décider à sa guise, et dans son impatience n’écoute aucun avis‘; il semble, suivant la belle expression de Michelet, « possédé du démon de l’avenir® ». Il voyage