Chronique Scandaleuse, p
comprend l'importance des services que lui ont rendus les villes de son domaine : il octroie aux habitants de Beauvais de nombreux privilèges ; 1l leur accorde le droit d’ébre, chaque année, le maire et les pairs de la commune ; il les exempte de l'obligation du ban et de Parrière-ban, de la contribution des francs fiefs et nouveaux acquêts".
Les deux épisodes que nous avons décrits sont caractéristiques : ils montrent combien Louis XI à besoin de l’appui des villes ; ils prouvent comme la fidélité et le dévouement de la bourgeoisie se sont accrus dans le cours du règne.
Les villes ont encore une existence, une individualité bien marquées : le roi a donc tout intérêt à se concilier la bienveillance des bourgeois ; il les défend dans la plupart des procès qu'ils ont à soutenir contre les privilégiés ; il se donne comme leur protecteur. Ce n’est pas qu'il ne les traite en despote: ilintervient, en maintes occasions, dans leurs affaires intérieures. Ses agents se montrent encore plus durs et plus tyranniques. Cependant, que l’on compare la situation des villes et celle du plat pays: on se convainc aisément que Louis XT favorise les bourgeois. — Les villes lui ont montré le plus grand dévouement. Si quelques révoltes éclatent, 1l ne faut en accuser que les gens des métiers : la bourgeoisie reste fidèle. On ne voit déjà de protection eflicace que dans le roi de France ; on ne se résigne point à être aliéné de la couronne. — Le roi laisse donc jouer aux villes un rôle fort important : il les tient au courant de tous les événements qui touchent à la politique générale. Il leur fait part de ses projets; elles représentent, pense-t-il, comme une opinion publique, qu'il doit, à tout prix, se ménager. Aux États généraux et aux États provinciaux, les bourgeois soutiennent énergiquement la cause de la royauté. — Louis XI emploie les magistrats municipaux aux soins de
1. Arch. mun. de Beauvais, AA 4, BB 9 et BB 10; Ord.,t. XVII, pp. 529 et suiv.
sa politique et de son administration. Dans les guerres étrangères et surtout dans les luttes intestines, ce sont les villes qui constituent le plus ferme appui du roi; pendant la guerre du Bien Public, leur attitude a décidé de sa victoire dans le centre; Paris, par sa résistance, a sauvé Louis XI. En certains endroits, l’on a montré encore quelques hésitations ; mais, durant la crise de 1472, toutes les villes se préparent à arrêter l'invasion des Bourguignons : elles sont animées d’un ardent patriotisme.