LIVRE IV
Louis XI, qui n'avait pu anéantir l'indépendance municipale, s’est montré fort habile à tirer parti de la situation ; il a su se ménager l'appui des villes de son domaine ; 1l a trouvé en elles les plus fermes soutiens de sa politique. — Mais, à cette époque, le domaine de la maison de France et le royaume ne se confondent pas encore. De grands apanages subsistent: la Guyenne et la Normandie, qui tout récemment ont fait retour à la couronne, deviennent tour à tour l’apanage du duc de Berri; le duc d’Anjou et le due de Bourgogne possèdent d'immenses domaines; au midi, des fiefs puissants vivent encore d’une existence à peu près indépendante. Enfin, à l’est et au nord, la France est entourée des propriétés de la puissante maison de Bourgogne. Les villes de Picardie ne sont encore n1 bourguignonnes ni françaises : voilà un terrain propice aux menées politiques du roi et de ses agents. Il s'agit aussi de corrompre les habitants des villes que le duc de Bourgogne considère comme son patrimoine incontesté. Le roi assimilera-t-il à son domaine cette vaste région, dont l’administration bourguignonne à ait un état et presque une nation ? La question est pour Louis XI d’un intérêt capital. C’est sur les villes qu'il compte pour faire triompher sa politique; grâce à la bourgeoisie, il étendra son influence
jusque sur la Bresse, le Bugey}la Savoie.