‹ Louis XI et les VillesChapitre 177 sur 305 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Louis XI et les villes de Guyenne. Fidélité de la bourgeoisie. — IT. Conduite du roi, à la mort de son frère Charles. — III. Louis XI et les villes de Normandie,

La Guyenne n'était définitivement réunie à la couronne que depuis 1453. Charles VIT l’a durement traitée ; il lui reprochait l'attachement qu'elle montrait à l'Angleterre, et que légitimaient non seulement une longue tradition politique, mais encore la communauté des intérêts commerciaux et matériels. Bordeaux, en 1452, se révolte : le roi lui enlève ses antiques privilèges et traite en ennemies toutes les villes du duché. — Louis XI, dès son avènement, essaie de réparer les fautes de son père : il veut, par d’incessants bienfaits, rendre françaises ces villes riches et puissantes : du premier coup d'œil, il a discerné leur importance commerciale et stratégique.

Il s'occupe surtout de Bordeaux, qui tient en Guyenne une place prépondérante : depuis le xn° siècle, 1l avait fallu, à deux reprises, reculer ses muräilles ; la cité était comme suzeraine non seulement de sa banlieue, mais d’un grand nombre de villes déjà prospères, qui se disaientses filleules". Sous la domination anglaise, elle avait joui d’une très grande indépendance : on eût dit une république ; elle eoneluait des alliances avec des Français ou des Espagnols ; souvent on

1. Par exemple, Libourne, Bourg, Blaye, Saint-Emilion, Saint- Macaire, Cadillac.

voyait des seigneurs du midi implorer humblement son appui. Âu commencement du xv° siècle, les bourgeois disposent en maitres de leur administration municipale ; ils établissent librement leurs impôts, en dirigent la perception, ordonnent les dépenses et vérifient eux-mêmes les comptes. L'administration anglaise respecte les libertés locales', — La réunion de la Guyenne à la France semble devoir anéantir l’ancienne indépendance ; elle ruine le commerce, puisque toute relation avec l'Angleterre est interdite. Tourner vers la France l’activité des Bordelais et se gagner leur sympathie : telle est l’œuvre que Louis XI se propose d’accomplir. Dès le mois de septembre 1461, il tente de rendre au port de Bordeaux son ancienne prospérité : il défend à toute personne, « de quelque estat et condicion qu’elle soit, de faire port ne havre en la rivière de Gironde, c’est assavoir depuis l’estier appelé Trebaz jusques au lieu de Castillon en Médoc, ou de charger aucun vin, d’une part ne d’autre, en ladicte rivière ce n’est ou port et havre de Bordeaux. » Et comme l’on commet de nombreuses infractions, il ordonne à ses officiers de réprimer tous les délits de cette nature avec la plus grande sévérité ?. En mars 1462, il confirme tous les anciens privilèges de Bordeaux *. Charles VIT avait déclaré « qu’il nommeroiït et mectroit par chascun an cinq des jurez de la dicte ville telz que bon lui sembleroit » : Louis XI rend aux habitants l'élection de quatre des cinq jurats ; 1l ne se réserve des droits sur cette élection que pour une durée de trois ans *. Il exempte la ville de tout impôt: il veut seulement qu'en temps de guerre elle contribue à l'équipement des francs archers ; pour le

1. BaroxnauseN, Æssai sur l'administration municipale de Bordeaux sous l’ancien régime. Bordeaux, 1878, pp. 7-8, 26 et suULY.

Page 1