‹ Louis XI et les VillesChapitre 189 sur 305 · Mélanges historiques, t. II, p · texte numérisé non relu

Mélanges historiques, t. II, p

maintenir dans le devoir'. — Tous ces efforts sont perdus pour le moment : Louis XI est obligé de renoncer à ses conquêtes : en novembre 1465, à la suite du traité de Conflans, les Bourguignons rentrent en possession des villes, que l’on a si péniblement recouvrées?.

LIT

Charles le Téméraire essaie bientôt de se concilier leur sympathie”. Mais il commet trop de maladresses. Il rétablit la gabelle, qu'il avait promis d’abolir définitivement. En mai 1466, il destitue, de sa propre autorité, les magistrats d’Abbeville et en nomme de son choix; en août 1468, il suspend les élections municipales*: on conçoit aisément que les Abbevillois regrettent leur ancien seigneur. Ils ne

peuvent se consoler d’avoir été livrés au duc de Bourgogne ;

aussi tiennent-1ils une foule de propos outrageux sur le roi

et sur le comte de Charolais ; 1ls tracent de ces personnages

des caricatures « en marle contre huis, parois et fenestres”° ».

4. « Vous devez, lui écrit-il le 23 juin, donner provision aux villes de par-delà comme Amiens, Abbeville et autres, telle et si bonne qu'aucun inconvenient n’en adviengne. » (Bibl. Nat., francais 6972, 097)

2. Le 24 novembre, les commissaires du duc de Bourgogne prennent possession d'Amiens en présence des échevins et de cinq ou six cents bourgeois, sans le consentement desquels le transfert ne pourrait s'accomplir (Auc. Tnierry, op. cit., pp. 307 et suiv).

3. Il entretient avec les bourgeois des relations constantes : en décembre 1470, il avertit les habitants de Saint-Quentin de la conspiration, qui a été tramée contre sa personne par deux de ses officiers, à l’instigation de Louis XI: « Vous désirons, déclare-t-il, toujours estre advertis de nos grans affaires, mesmement de ce qui peut concerner l'état de nostre personne et de la chose publique de nostre pays. » (Bibl. Nat., Collection Moreau, t. CCLV, fos 84 et suiv.).

&. Louanpre, Histoire d’Abbeyille, t. II, pp. 255-56.

5, Voici ce que disent les registres de délibérations du corps de ville : « Sur ce qu’il est venu a la cognoissance des ofliciers du roy et

Louis XI profite de ces dispositions pour nouer des intrigues avec les bourgeois d'Amiens, d’Abbeville, de Saint- Quentin et des autres cités de la Somme. Il tient essentiellement à ne pas encourir leur blâme : en 1467, le comte de Charolais affirme que le roi de France se prépare à engager la guerre, tandis que lui-mème convoque le ban et l’arrièreban et met une garnison dans Amiens. Louis XI proteste hautement contre cette accusation : pour rien au monde, il ne consentirait x « destruire, gaster et piller » le pays : « Ne vouldrions commencer guerre, dit-il, pour les grans maulx et domages incroyables qui s’en peuvent ensuyr »: c’est le comte de Charolais qui nourrit des projets belliqueux. En un mot, le roi ne cesse d’exciter les Amiénois contre leur seigneur : il les invite à ne pas supporter de garnison bourguignonne”. «Il print ses couleurs, raconte Commines, disant que ledit duc de Bourgogne estendoit ses limites plus avant que le traicté ne portoit: et sur ceste occasion alloient et venoient ambassadeurs de l’ung a l’aultre et passoient et repassoient par ces villes, praticquans ces marchez, esquelles 11 n’y avoit nulles garnisons. » Il ne veut pas engager la guerre personnellement ; mais il ne se fait aucun serupule d’exciter une vaste rébellion dans le domaine du duc

de ladicte ville que plusieurs habitans de la dicte ville disent plusieurs paroles contre l'honneur du roy et de M. de Charolois et font merques et escriptures en marle contre huis, parois, fenestres et autrement qui pourroient tourner a esclandre et dérision, pour a ce pourveoir, il a esté conclud et delibéré que ce qui par ci-devant a esté fait en ces choses demourra comme nul et non advenu et que l'on fera publier de par le roy et M. de Charolois, mayeurs et eschevins a son de trompe par les quarfours de la dicte ville, que doresnavant on ne die, escripve ne fasse chose qui soit contre l'honneur desdis seigneurs et dont commotion de peuple se puist ensuivre, sur les peines en tel cas introduites ; et que si aucun est ataint cy après faisant le contraire, il en sera pugnyÿ selon l'exigence du cas. » (LouanDre, op. cüt., t. II, pp. 372-73).

1. Lettres, t. III, pp. 136-388, et Bibl. Nat., Collection dom Grenier, t. XCVI, pp. 119-120.

de Bourgogne: ses ofliciers et ses agents encouragent ce dessein, en déclarant que toutes les villes de la Somme sont acquises à sa cause”. Cette assertion, d’ailleurs, est rigoureusement vraie: au dire d’un témoin peu suspect, Jacques du Clereq, tous les bourgeois « estoient courrouciés qu'ils nestoient plus au roy de France. » Ils adressent encore leurs réclamations à Louis XI, comme à leur légitime seigneur ?.

Le duc de Bourgogne comprend qu'il est sérieusement menacé en Picardie : il fait arrêter deux habitants d'Amiens, dont la fidélité lui paraît suspecte ; poussé par la colère, il écrit une lettre d’injures à Dammartin dont les menées lui semblent suspectes. Mais il ne se rend pas compte des sentiments véritables des bourgeois ; il ne prend aucune mesure efficace. Aussi, dès le 6 janvier 1471, le connétable entre-t-il à Saint-Quentin. Charles, qui n’est escorté que de 500 cavaliers, reste à Doullens: 1l ne peut empêcher l'armée royale de se présenter devant Amiens*. Et cependant, la ville ne se livre pas sur-le-champ ; au premier abord, les échevins répondent aux agents de Louis XI qu'ils ne reconnaissent que la seigneurie du duc: mais le peuple se déclare pour le roi, et la municipalité fait sa soumission sans aucun regret; dans la suite, elle résistera énergique-

1. Comes, I. III, ch. 1 (t. I, pp. 208 et 209): « Beaucoup de gens, pour luy complaire, se mesloient de ces marchez et luy rapportoient les choses beaucoup plus avant qu'ilz ne trouvoient et se vantoient l'ung d’une ville et les autres disoient qu'ilz en soubztrairoient contre luy... »

2, Voici ce que décide le corps de ville d'Amiens, le 9 juin 1466: « Pour ce que par plusieurs fois il étoit advenu en la ville que plusieurs serviteurs des seigneurs venoient battre et injurier les habitans, et puis s'en aloient ou bon leur sembloit sans emporter quelques pugnicions et si n'en font lesdis seigneurs quelque raison pour y pourvoir, M. M. se sont trait vers le roy et ont obtenu des lettres, par lesquelles il mande au bailli d'Amiens que provision y soit mise. » (A. Janvier, Les Clabault, p. 79).

3. Communes, livre III, ch. 2 (t. I, pp. 214 et suiv.), et éd. Lenglet- Dufresnoy, t. Il, pp. 237 et suiv.

ment aux assauts de l’armée bourguignonne’. Les Abbevillois veulent livrer leur cité au roi; mais d'Esquerdes s’en empare en janvier, fait exécuter bon nombre d'habitants et détruire 1700 maisons. Insensibles aux menaces comme aux avances, tous les bourgeois du Ponthieu gardent leur fidélité à Louis XI, sans se démentir un instant”.

Après la prise d'Amiens, le roi ne néglige aucune occasion de satisfaire les habitants: Dammartin, qui a reçu carte blanche, fait droit à toutes les requêtes : 1l décrète que les Amiénois, comme les Parisiens, seront exempts de tailles ; sur le produit des aides, ils pourront, pendant six ans, pré-

lever 1200 livres qui seront affectées à l'entretien des fortifications ; il y aura une foire franche annuelle, qui durera huit jours ; les élections se feront chaque année*. À Saint-

Quentin Louis XI accorde des lettres de rémission générale,

la suppression des droits d’aubaine et de formariage ; 1l exempte les habitants de toute imposition foraine‘. — Il

1. Aug. Tuarerry, op. cüt., t. II, pp. 319 et suiv. Cf. Basin, 1. IIT, ch.7.— Le roi avait écrit au grand maître : « Au regard de ceux de la ville, tout ce que vous leur avez promis, je le ratifieray, et les dons, que vous avez faits, sortiront a effect, ainsi que verrez par les dons et ratifications que j'en feray, tout ainsi que vous avez promis et sans aucune faulte. » (Commes-Lexcerer, t. I], p. 241.)

2. Louanpre, op. cit., L. II, p. 377. — Haynin déclare aussi queles villes de la Somme étaient bourguignonnes « plus par forche que par amour ».« Et, ajoute-t-il, combien que monseigneur le duc y envist volentiers par plusieurs fois garnison ès bonnes villes, se ne s'i vorteil onques consentir ne accorder, mès de fet allerte ceus de Saint- Quentin les députés devers le roy par plusieurs fois, luy requérant et supliant que li pleusit a les prendre et rechevoir en sa main, garde et sujession, che qu'en la fin il leur acccorda.. » (Mémoires de messtre Jean de Haynin, publiés par Chalon, Mons, 1842, pp. 155 et suiv.). Les gens de Saint-Quentin consentent avec joie à la conquête française. (Lettres de Louis XI, t. IV, p. 185).

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