Basin, livre VII, ch. 9 (t. IIT, p
de buveurs en vidant d’un trait la croûte d'un énorme pâté, remplie de vin *».
La politique de Louis XI est aussi toute moderne. Elle n'est plus l'œuvre d’une cour ou d’un conseil, mais du roi qui dirige en personne toutes les affaires. Il a su former des agents habiles, mais qui reçoivent de lui seul le mot d'ordre. Aussi aime-t-il à s’entourer de petites gens ou plutôt à employer des hommes de condition moyenne : «Il estoit naturellement amy des gens de moyen estat et ennemi de tous grans qui se povoient passer de luy?. » Comme le dit Michelet, «pour tant de choses nouvelles, qu'il avait en tête, il voulait de tels hommes tout neufs et sans passé*». fl se sert volontiers de gens ruinés, perdus, tarés même. En effet, il dispose en maître d'hommes qui lui doivent toute leur fortune, et qu'il peut « replonger dans le néant d’où il les a tirés ». Il obéit à une nécessité, qui s'impose à tous les rois absolus. Pour ses serviteurs, il ne se montre pas avare :11 comble de bienfaits Ymbert de Batarnay, sire du Bouchage, et Bourré, seigneur du Plessis, qui appartiennent à la petite noblesse : il en fait de grands propriétaires’; Georges de la Trémoille, sire de Craon, est enrichi des
. Ibid., ch. 16 (t. III, p. 192-93).
Commies, 1. I, ch. 10 (t. I, p. 83).
Micuerer, op. cit., t. VII, p. 249.
&. Du Bouchage, en 1469, obtient plusieurs seigneuries dont le revenu s'élève à 5,000 livres tournois ; en 1472, à la mort du duc de Guyenne, il recoit un grand nombre de propriétés ; en 1474, un don de 6,210 livres et le comté de Fezensac (Cf. de Manpror, Ymbert de Balarnay, p. 30 et suiv.). Sur Bourré, cf. J. Varsen, Molice biographique sur Jean Bourré, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1882, p. 433 et suiv., et de Fescnar, La vie privée en Anjou au xv* siècle, dans la Revue de l'Anjou, Nouv. série, tomes 7 et 8 (1883 et 1884).
dépouilles de Jean d’Armagnac et du comte de Saint-Pol': Commines, qui a abandonné le duc de Bourgogne, est traité avec une générosité singulière.
Louis XI n’est donc entouré que d'agents dévoués, à qui il peut inculquer ses idées personnelles, et qui, pliés à sa discipline, se laissent diriger en toutes choses. Il semble leur donner pleine liberté pour tous les détails des négociations ; 1l les prie de ne pas trop lui demander de conseils, de l’avertir seulement de tout ce qu’ils ont entrepris, car il désire être tenu au courant des choses, surtout quand les affaires vont mal*. A cet égard, rien n’est intéressant comme les négociations entamées, à la fin de 1480, entre Louis XI et Maximilien. Le roi dit à ses ambassadeurs : « Faites comme vous verrez à l'œil » ; toutefois, il conduit toutes leurs démarches ; contrairement à leur opinion, il ne veut pas de grande conférence : « Messieurs, vous estes bien bestes, leur écrit-il, si vous cuydez c’a ceste grant assemblée, 11z entendent à chose raisonnable... ; Jà où il y a beaucoup de gens on se tient toujours en grant fierté et en grans demandes, et on auroit honte de confesser sa nécessité devant tant de gens”. » Et cependant du Bouchage est un habile diplomate; Louis XI lui-mème le félicite de sa patience « à attendre le bon coup », de son adresse à tirer parti de tous les événements.
Pour le roi, les efforts de la politique doivent viser, avant tout, à tromper les ennemis et à corrompre Îles hommes dont il faut se ménager l'appui. On ne doit point se laisser surprendre; il convient de duper ses adversaires”.
4. Louis de la Trémorrre, Archives d’un serviteur de Lours XT, p. 36, SEUL
2. Il écrit au sire de Craon, le 2 décembre 1472 : « Quant les choses vont bien, je nay que fere destre adverty ; mais quant elles vont mal, jay besoin den estre advertÿ pour y remédier. » (Bibl. Nat. Collect. dom Grenier, t. LXXXIX, fo 339).