Parrouru, Archives de la ville de Lectoure, 1885, passim
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Si la plupart des villes confisquées se soumettent rapidement, Angers fait exception : dès 1461, avait éclaté contre les officiers du roi une émeute populaire, la Tricoterie. La ville était, en effet, très attachée à la maison d'Anjou. Et cependant elle n’avait joui d'aucune liberté sérieuse : en 1377, une sorte de communauté avait été instituée « pour régler les comptes et mener à fin tous les négoces de la ville »; mais ce n'était qu'un embryon d'organisation municipale. Les habitants, gouvernés par l'administration toute patriarcale de leurs ducs, vivaient heureux et ne désiraient aucune indépendance". — Louis XI, dès 1470, veut se créer des partisans à Angers. En 1473, lorsqu'il confisque les biens du roi René, il s'efforce de se concilier l’amitié des bourgeois. En février 1475, il leur accorde un corps de ville, il crée un maire, dix-huit échevins, trente-six conseillers ; Guillaume de Cérisay, élu maire par les habitants, et tous les magistrats municipaux resteront en fonctions jusqu’à leur mort. Les bourgeois obtiennent des privilèges considérables : tout habitant possédant une fortune de 1,000 livres tournois pourra acquérir des fiefs nobles,sans acquitter aucun droit de nouvel acquèêt ; les bourgeois seront dispensés du service d’ost et n’auront point à répondre à la convocation du ban et de l’arrière-ban. On autorise la municipalité à lever des droits de cloison, de barrage et de pavage jusqu’à concurrence de 1000 livres tournois. Deux foires franches, d’une durée de huit jours, seront instituées. Le maire et le sousmaire connaîtront de toutes les causes personnelles et pos-
1. A. Grryx, Les Etablissements de Rouen, t. I, p. 232 et suiv.
2. Il autorise les habitants à tenir une assemblée, dans laquelle ils pourront dresser l'assiette d’une aide qu'il a octroyée au roi de Sicile pour son expédition de Catalogne (Lecoy DE La Marcus, Le rot René,
t. II, p. 340).
sessoires ; ils veilleront à la police de la ville. Aucun officier royal ne devra appréhender au corps un citoyen d'Angers, sans avoir exhibé au maire un mandement royal”.
Les habitants ne sont, en aucune façon, satisfaits de la nouvelle organisation : le corps de ville est peuplé de créatures du roi ; Guillaume de Cérisay, en qui Louis XI a pleine confiance, choisit, pour faire partie de la mairie, des « gens de basse condicion, purs laiz, mecquanicques et de mestiers, parens et aflins dudict Cérisay, et ses alliez et complices, non cognoissans en justice »: ces parvenus commettent de graves abus. Dès le 8 mars, les bourgeois d'Angers écrivent à Bourré pour protester contre la création de la mairie ; tous les habitants, déclarent ils, sont résolument hostiles à cette institution : « Les gens de touz estaz du pais n'avoient à ce donné leur consentement ne nestoient deliberez de jamais donner*». Guillaume de Cérisay pense que cette résistance à pour cause les intrigues des gens d'Eglise*. — Quoi qu'il en soit, elle persiste‘. En vain Cérisay force-t-1l toutes les classes d'habitants à prêter au roi le serment de fidélité sur la vraie Croix de Saint Laud’; en vain Louis XI exige-t-1l du roi René, auquel il accorde main levée de ses domaines, de conserver la mairie dans son intégrité®. En 1478,
LT D 96 et Alpe 85e
2. Pièces justif., n° XV. Les officiers ordinaires « et autres gens du conseil du Roy à Angiers », protestent aussi énergiquement contre l'institution de la mairie (&bzd., n° XIV).
3. Bibl. Nat., francais 20493, f &8, et Boni, Recherches sur l’Anjou, t. II, p. 465.
&, Ainsi les habitants refusent de se rendre aux revues du sénéchal : celui-ci saisit leurs biens, puis en ordonne la main levée, mais à condition qu’ « incontinent et sans délai, ils se mettent en habillement suffisant s'ils ne le sont, selon la qualité de leurs personnes et de leurs facultés et soient tout près à faire montre ». (A. Giry, loc. cüt., et Ord,, XNIII, 274.)
5. Cf. Célestin Porr, art. Angers, dans le Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, 1878.