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CHAPITRE V

I. Du vivant de Charles le Téméraire, relations constantes de Louis XI avec les villes du duché. — II. Après la mort de Charles, le roi leur accorde de nombreux privilèges. — IIL. Les révoltes qui éclatent sont l’œuvre du « menu peuple ». — IV. Les villes s’assimilent rapidement au demaine de France.

En droit, le domaine des ducs de Bourgogne est soumis à la suzeraineté du roi de France ; mais, en fait, il est à peu près indépendant. Toutefois Louis XI essaie de faire valoir auprès des villes ses pouvoirs de suzerain ; plus diligemment que partout ailleurs, 1l s'efforce par ses bienfaits de se créer des partisans parmi les bourgeois.

Dès le début de son règne, il veut maintenir la juridiction d'appel de son Parlement sur les villes de Bourgogne : dans un procès, ii s’est élevé entre la municipalité de Dijon et l’abbaye de Saint-Bénigne, on en appelle au Parlement de Paris. Deux sergents royaux se rendent à Dijon pour sommer le maire de comparoir devant la cour souveraine ; les magistrats municipaux se trouvent dans le plus grand embarras, car 1ls voudraient ne froisser ni leur seigneur, ni le roi de France ‘

1. Joseph Garnier, Correspondance de la mairie de Dijon, dans les Analecta divionensia, 1868, t. I, Précis historique, p. xL et suiv.

Charles le Téméraire néglige trop son duché: il ne prend même pas des mesures de défense suffisantes pour repousser les attaques des ennemis. En 1470, le pays est menacé par les armées royales : le maréchal de Comminges et le comte de Montpensier envahissent le Chàlonnais et le Mâconnais: Charles ne résiste que mollement à ces incursions. Les habitants commencent à murmurer: « De par le diable, s’écrie un vigneron, Monseigneur de Bourgogne fait trop de choses. Il ne lui en viendra ja bien, et ne lui en pourra venir. Malgré son visage, il est tousjours subject du roi de France. » Le duc commet encore d'autres fautes. En 1474, il veut établir une réforme des impôts et des gabelles, qui déplaît fort aux villes”. Elles ne lui pardonnent pas non plus de les négliger au profit des Pays-Bas. Cependant elles lui restent fidèles : en 1475 et 1476, elles envoient à l’armée ducale des soldats, qu’elles ont équipés à leurs frais; malgré la misère générale, Dijon fournit 600 hommes, expédie des vivres, des munitions, de l'artillerie, au moment même où les Français ravagent impunément la banlieue *.

Louis XI essaie de gagner à sa cause les principales villes.

1. Joseph Garnier, Correspondance de la mairie de Dijon, dans les Analectàa divionensia, 1868, t. T, Précis historique, p. Lix.

2. Elles tiennent à ce sujet une importante réunion, et voici ce qu'on décide : « Pour ce que ledict appointement sembloit estre plus dommaigeable que prouffitable pour le pays, fut advisé et délibéré que aucuns des depputez desdictes bonnes villes se tirero'ent de rechief audict lieu de Dole par devers mondit seigneur et les gens de ses finances, pour poursuir l'expedicion de leur premiere requeste au surplus le mieux que possible seroit. » (Jos. Garnier, op. cüt., &. I, p. 132).

3. Ibid., p. 161 et suiv. — En juillet 1475, « fut advisé que l'on leveroit gens de guerre en toutes les bonnes villes et au plan pays et seroient habillez aux frais des habitans pour faire une belle armée soubs mondit seigneur le Bastard pour le reboutement des ennemis et deffense du pays. Ce qui fut fait, et à Dijon furent levés cinq ou six cens hommes de guerre, tant hommes d'armes, couslllers a cheval

que gens de trait et de pied. » (Arch. mun. de Dijon, B 164, fo 42).

Pendant longtemps, ses efforts se portent sur Auxerre, ville frontière, d’une importance capitale 1, En 1463, il a ratifié la cession de l’Auxerrois, à laquelle le duc de Bourgogne avait consenti en faveur de Jean, comte de Clamecy et de Nevers. En 1465, il écrit lettres sur lettres aux bourgeois d'Auxerre, pour les supplier de rester insensibles aux avances des princes coalisés ?, D'ailleurs, le comte de Nevers se montre, à son égard, d’une fidélité inaltérable: Charles le Téméraire, par vengeance, s'empare du comté, en 1465. Aussi le comte de Nevers cède-t-1l au roi, en 1470, tous ses droits sur Auxerre moyennant la vicomté de Paris et une pension de 5,000 livres. — Mais il n’est pas facile de pénétrer dans Auxerre, qui à reçu une garnison bourguignonne ; il s’agit de s’en emparer sans violence « en praticquant les gens de la ville ». Le 18 septembre, Louis XI accorde aux bourgeois, pour dix ans, un droit de barrage sur tous les vins, que l’on transportera sur le pont de la ville ou en dessous, sur la rivière *. Puis 1l leur envoie deux députés, sire Christofle Paillart, maitre des Comptes, et sire Jacques Hesselin, contrôleur du grenier à sel de Paris, pour les exhorter à lui ouvrir les portes de leur ville; après une assez longue délibération, les Auxerrois rapportent une réponse négative : ils sont « fermes et deliberez de vivre et mourir pour le duc et garder ladicte ville pour luy ». Ils n’osent violer la foi jurée à leur seigneur‘. Et cependant bien des bourgeois, que leurs relations commerciales attirent vers la France, sont favorables à Louis XI: depuis 1470, toute transaction avec le domaine royal est interrompue ; les hommes d'armes ravagent la contrée. Quelle ville ne désire la fin de la lutte ? — Louis XI emploie mille procédés pour

1. Cf. A. Cuarre, Histoire de l’Auxerrois, p. 391 et suiv., et surtout Leseur, Mémoire sur l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre, publié par Challe et Quantin, Auxerre, 1855, t. IV, p. 274 et suiv.

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