Viraz DE VaLous, op. cut
4. L'un des maîtres du métier déclare qu'il lui faudra demander à la ville 600 florins par an, la fourniture des métiers et le logement,
En septembre 1467, les sentiments des Lyonnais se transforment comme par magie. Louis XT a employé un procédé, qui ne peut manquer de produire son effet: il a engagé avec le due de Savoie des négociations, qui tendent à transférer à Genève deux des foires de Lyon. Les bourgeois, menacés dans leurs intérêts les plus chers, donnent, en une fois, 400 livres tournois aux ouvriers de la manufacture de soie. Le roi les récompense en confirmant leurs quatre foires, le 14 novembre’; puis, il remet à une époque ultérieure le payement des 1,600 livres tournois, qui restent encore à percevoir: c'est qu'à ce moment même la ville fournit près de 4,000 livres, pour acquitter la dépense des harnais de guerre : « le fait et art de soye n’est pas si hastif comme le paiement des harnois ». Cependant, le Consulat fournit encore 400 livres pour les manufactures. Puis, son zèle se refroidit. Le 29 mars 1469, le roi demande aux habitants une nouvelle subvention ; ils doivent se soumettre, car ils ont reçu un grand nombre de privilèges lucratifs*; s'ils ne tiennent pas leurs promesses, les foires pourront payer tous les frais. — Cependant, l’industrie de la soie n’est guère florissante: dès le début de 1470, M° Anthoine de Chassaignes réclame d'importants subsides: les ouvriers du nouveau métier meurent de faim“.
Louis XI prend alors une résolution énergique : il se décide à transporter les manufactures de soie à Tours, où 1l
1. Dès le 7 mai 1467, il interrompt les négociations, qu'il avait engagces avec Philippe de Savoie. (Lettres, L. IT, pp. 138-39).
2. «... Et pour ce que l'exercice d'iceluy est commencé en nostre dicte ville de Lion, à laquelle avons continuellement faitz des biens, tant pour les foyeres que autrement, et que nostre plaisir est que ledit ouvraige cet mestier de draptz de soye y soit exerssé et faict, eussions pensé que y deussez pourvoir et y eussez pourveu et donné ordre, en maniere que nostre plaisir feust acompli... »
3. « Nous prendrons, ajoute le roi, tel parti aux foieres, dont nagucres avons eu requeste, que nous fournirons oudit ouvraige sans aucun coustz ne despense... » (Leltres, t. II, p. 334).
&. Arch. mun, de Lyon, BB 15, fo 72,
st
fixe sa résidence. C’est le trésorier Picot, qui conduira dans cette ville les ouvriers, avec tout le matériel, les « molins. mestiers et chaudières ! ». Les malheureux Lyonnais paient
tous les frais de déplacement et d'aménagement: c’est une
dépense de 124 livres”. Le roi Ro aux notables de Tours de former une société pour lexploitation ; il fixe à 6,000 écus la somme nécessaire pour commencer l'entreprise; malgré les plaintes des habitants, il se refuse absolument à réduire la contribution ; il fait encore établir les ouvriers aux frais de la ville: la dépense se monte à 1,200 écus. Les bourgeois éprouvent d’abord de sérieuses pertes, mais, au bout de quelques années, ils arrivent à gagner beaucoup d’argent*.
À Lyon, comme à Tours, les bourgeois ne peuvent se détacher de la routine; Louis XI seul montre de l'initiative: son opiniâtreté est raisonnable: à Tours, on s'enrichit déjà; et, plus tard, les Lyonnais devront leur fortune à cette industrie, en laquelle ils n'avaient vu, tout d’abord, qu’une dangereuse innovation.
1. C'est ce que nous apprend la lettre que Louis XI adresse aux magistrats de Lyon, le 12 mars 1470 : « Si vous prions, déclare-t-il, que fetes en facon que les habitans de nostre dite ville fournissent ce qu'il sera necessaire pour le desfroy desdiz vuvriers et damenage des choses dessusdites, et aussi pour les acquiter de ce qu'ils doyvent en la dite ville. » (Granpmarson, Documents pour servir à l’histoire des Arts en Touraine, dans les Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, t. XX (1870), pp. 267 et suiv.). Cf. E. Girauper, Les artistes tourangeaux, loc. cit., t. XXXIIT, 1885.
2. Arch. mun. de Lyon, CC 438. — Le 13 octobre 1473, Louis XI enjoint encore aux conseillers de Lyon de payer 1800 livres, qui restent dues pour les dépenses des manufactures de soie(sbid., CC 457).