LOUIS XI RANIME LE COMMERCE
1. L'état politique du royaume entrave le commerce. — II. Efforts de Louis XI pour ranimer les transactions intérieures et extérieures. — La navigation fluviale. Les foires. — III. Développement du commerce extérieur. Suppression du droit
d’aubaine. Privilèges accordés aux ports français, aux marchands étrangers. Les traités de commerce.
L'état politique du royaume n'est guère favorable au commerce. — On ne peut nier, en effet, qu'il ne subsiste bien des vestiges du passé. L’antique institution des péages est encore florissante. Louis XI supprime un grand nombre de ces péages dans son domaine ; mais il ne peut déposséder tous les propriétaires de leurs anciens droits seigneuriaux. Les marchands, qui veulent transporter leur cargaison de l'embouchure de la Seine à Melun ou à Montereau, sont soumis à des impôts écrasants'. — Considérons aussi que les hostilités sont incessantes, non seulement aux frontières, mais dans l’intérieur mème du royaume : des bandes armées parcourent sans cesse le pays, ce qui Ôte toute sécurité aux relations commerciales. Dans tout État, dès que la guerre est déclarée, les marchands étrangers, qui se trouvent sur le territoire, sont arrêtés : le duc de Bourgogne traite de la sorte les Français, en 1470 ; si, à ce moment mème, Louis XI
1. Guirmoro, Etudes sur les droits de navigation de la Seine, Paris, 1889, pp. 100 et suiv.
recommande aux bourgeois de Troyes de ne pas user de représailles, de délivrer les marchands bourguignons qu’ils ont emprisonnés, de restituer les marchandises confisquées", il ne faut pas croire qu'il observe toujours la même modération : en 1464, contre la foi des traités, il a fait arrêter des marchands bretons, et 1l a fait saisir tous leurs biens?.
D'ailleurs, comment empêcher la piraterie? En 1477, sur les côtes du Poitou, en dépit des traités d'alliance, plusieurs navires anglais sont pillés et coulés à fond. Tout ce que peut faire Louis XI, c’est d'accorder une indemnité de 1000 écus aux marchands”.
Les nécessités de la politique, la raison d'État contribuent à entraver le commerce d’exportation. En 1463, Louis XI décide qu'aucune marchandise à l’adresse de l’Aragon ne pourra sortir des ports du Languedoc*. Presque toujours, l’on interdit l'exportation des blés. En 1461, les marchands de Montpellier demandent au trésorier général la permission de vendre leurs blés à l'étranger. Mais le Consulat de la ville se montre tout à fait hostile à ce projet, car le blé n’abonde pas dans le diocèse, et on n’en a déjà que trop
1. Cf. la lettre de Louis XI aux habitants de Troyes, du 1er juillet 1470. (Lettres de Louis AT, t. IV, p. 125).
2. C’est du moins ce dont se plaint le duc de Bretagne : il écrit au roi : « Vous avez fait mectre en vostre main touz les biens meubles et immeubles, que mes subgetz ont en votre royaume, et pareillement ceux de voz subgetz demourans en mon duchié... » (P. Raxmonp, Correspondance inédite de Louis ÀT avec le duc de Bretagne (1463 et 1464), dans l’Annuatre-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, tome V, 1867).
3. Arch. Nat., K 72, n° 13. — En 1470, les Bretons se plaignent des pirates français ; les Français, des pirates bretons ; un marchand de Honfleur, qui transportait en Ecosse du blé, des vins, de la mercerie, perd toute sa cargaison, d’une valeur de 2,500 écus ; un marchand de Rouen perd pour 1,500 écus de marchandises (Bibl. Nat., ms. fr. no 6977, fos 372 et suiv.).
&. Ibid. n° 2811, f 56. Les habitants du Languedoc demandent alors que l'interdiction vise aussi la Provence, sans quoi leur pays sera
ruiné.
exporté : « Et nous semble, ajoutent les Consuls, que c’est mieulx raison de subvier et aydier a nos propres voisins que aux estrangiers'. » En octobre 1462, Îles officiers royaux conseillent à Louis XI d'interdire la traite en Guyenne, en Saintonge et dans le gouvernement de la Rochelle?. En 1473, le roi défend d'exporter du blé de Normandie : il vient d'apprendre, dit-il, que « plusieurs marchans et autres ont puis aucun temps en Ça fait grant traicte de blefz et font encore chacun jour, et les menent ou font mener et conduire par leurs facteurs jusques sur les extremitez de nostre royaume ou des pays à nous obayssans et illec latiteement et en recele les departent et delivrent a autres, qui les maynent et conduvent es pays à nous rebelles et desobayssans. » Il n’est point légitime de ravituller les ennemis, pendant que l’on affame les fidèles sujets du roi°.
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Toutefois, Louis XI voit avec peine cet état de choses. Il se fait une haute idée de l'importance du commerce : elle est capitale, pense-t:1l, « pour le bien et utillité de la chouse publicque » et « pour le soustenement des sujets »*.
Pour encourager les relations commerciales, il tente d'amé-