CHAPITRE PREMIER
ÉTATUDES VILLES À CLAUMORT DE LOUIS XI
À l'avènement de Louis XI, la plupart des villes étaient ruinées ; à sa mort, leur situation n’est pas beaucoup plus prospère. C’est que, durant le règne, les guerres ont été continuelles. Aucune province n’a pu échapper aux fléaux de ces temps troublés. Dès le 20 mars 1466, les États de Languedoc, tenus au Puy, exposent l'extrême pauvreté du pays; les habitants ont dû abandonner l'industrie et le commerce, qui ne pouvaient plus les nourrir; à la faveur du désordre universel, des guerres privées ont éclaté comme par le passé‘. — La Normandie subit les mêmes désastres. En 1470, les habitants du pays de Coutances et d’Avranches écrivent à l’amiral Louis, bâtard de Bourbon, pour se plaindre des « pilleries, roberies et autres malleflices, qui
chaseun jour sont faictes sur le pouvre peuple et autres de
1. Archives de l'Hérault, Collection des titres du Languedoc, t. XI, (20 mars 1466), et Bibl. Nat., ms. lat. n° 9178, fos 181 et suiv,
ce bas pays'. » Vers 1474, comme le ditun chant populaire :
« À la duché de Normendie,
Il y a si grant pillerye
Que l'on n'y peult avoir foyson.
Dieu doint qu'elle soit appaysie, Ou il faudra que l'on s'enfuye, Et laisser chascun sa mayson ?. »
Les villes qui sont prises d’assaut n'ont aucune pitié à attendre de leur vainqueur. En 1472, le duc de Bourgogne s'empare de Nesle en Picardie*; comme 1l veut se venger de la reddition d'Amiens et de Saint-Quentin, 1l se montre féroce: on pille et l’on incendie toutes les maisons ; on massacre des habitants inoffensifs jusque dans l’église ; on pend les francs archers, qui se sont rendus, ou bien on leur crève les yeux et on leur coupe les poings ; dans l’église Notre-Dame, il y a un demi-pied de sang : « Et quant ledit Bourguignon les vit ainsi abatus, se commença à seigner et dire qu'il veoit moult belle chose et quil avoit avec luy de moult bons bouchers“. » Telles sont les mœurs du temps. Louis XI ne se montre pas moins violent : comme les Bourguignons ont mis à feu et à sang le pays de Caux, il écrit à Dammartin : «Il me semble qu'il n'y a meilleur remède de
1. Bibl. Nat., ms. fr., n° 20492, fo 24. Les Bourguignons et les Bretons commettent dans cette province mille atrocités (Chronique Scandaleuse, p. 74).
2. Leroux pe Linex, Æecueil de chants historiques francais, p. 37
3. Cf. Communes, ]. II, eh. 9 (t. I, pp. 275-77); Chronique Scandaleuse, p. 95; Procès-verbal de 1522 sur le brülement de Néelle en 1472, dans le Bulletin du Comité de la Langue, t. 11 (1853-55).
&. Voici ce que dit un témoin oculaire : « Et vint, après la dicte oceision [des francs archers], le diet duc Charles a cheval dedans la dicte eglise Nostre Dame ou il y avoit grande effusion de sang et quasi à la hauteur d'un demi-pied..…., et par le dit due Charles, luy estant dedans la dicte Eglise Nostre-Dame fut dit ces mots: « Sainct Georges, enfans, vous avez faict une belle boucherie. » (Procès- Verbal).
faire partir le due de Bourgongne du pays de Caux et sen retourner que de aller en ses pays faire bonne guerre et mectre le feu partout et brusler tout comme il fait en mes pays..." » Les traités de paix énumèrent tous les excès auxquels se livrent les belligérants : dans la trêve de neuf ans, signée le 13 septembre 1475, Louis XI et Charles le Téméraire se promettent mutuellement que « par leurs gens de guerre ne seront faictes aulcunes prinses de personnes, courses, roberies, pilleries, logis et appatis, ranconnemens, prinses ou destrousses de personnes, de bestes où d'autres biens quelzconques ?. »
Les villes, situées aux frontières, subissent, comme il est naturel, les plus mauvais traitements. Le pays de Troyes, en 1465, supporte d’effroyables ravages : le corps de ville en avertit le roi: « Et a ceste cause, le pouvre peuple de ce pays est tellement foulé qu'a grant peine pourra doresnavant supporter les charges qu'ils ont accoustumé”. » En 1472, les Bourguignons ravagent les marches de Champagne, s’en vont vers Troyes, « boutans feu es granges et villages“. » La ville de Tonnerre n'échappe à l'incendie qu’en leur fournissant une indemnité de 3,800 écus d'or°. Dans toutes ces régions, la dépopulation est extrème : en 1388, Auxerre avait déjà 1,034 feux ; en 1478, elle n’en possède plus que 1,028°. Sur la frontière du Nord, ce sont mêmes ravages et même désolation ?.
H'ABIbDIANA trs 7 n°082 598/1100092