LA RÉVOLTE D'ANGERS EN
En 1484, les notables d'Angers demandent la revision du procès qu'on leur a intenté en 1478. Nous possédons les conclusions des deux parties. En les comparant, on parvient à reconstituer à peu près la vérité.
Voici la version des bourgeois. — Le roi, auquel, à plusieurs reprises, on s'était plaint de la mairie, ordonne, en 1478, de nouvelles élections « nonobstant le port, faveur ou auctorité du dit de Cérisay, qui estoit alors bien grant comme chascun peult savoir. » Une assemblée se tient à l'hôtel des Carmes : on y litles lettres du roi, on fixe l'élection au mardi suivant. Ce jour-là, le sous-maire ne vient pas : on procède cependant aux élections ; on élit « quatre grans personnaiges par quatre personnes, cest assavoir deux desglise et deux laiz habitans dicelle ville d'Angiers. » Malheureusement, on a égaré les lettres royales, et Louis XI, malgré sa promesse, ne peut venir à Angers, pour régler l'affaire des élections. Il envoie à sa place de Brye. Cet agent assemble six ou sept cents personnes ; mais il introduit dans la salle de réunion le sous-maire et vingt-cinq sergents armés. Les bourgeois demandent l'expulsion de ces intrus. De Brye entre alors en une violente colère et « jure le nom de Dieu, la chair, le vendre et saints du paradis combien quil soit desglise que devant quil beust ou mangeast ou quil soit nuyt, il prendroit et feroit prendre et mectre prisonniers lesdis Vinet et autres appellans, et quil les destruiroit et feroit destruire de corps et de biens et leur feroit trancher les testes avant quil fuist peu de temps ». Il les poursuit Jusque dans leurs maisons ; mais, n'ayant pu s'emparer de leurs personnes, il va retrouver le roi et lui déclare qu'il y a eu conspiration à Angers et révolte contre l'autorité souveraine.
Louis XI envoie alors dans le pays, avec M° de Brye, le prévôt
des maréchaux, François de Pontbriant et Guillaume de Cérisay ; ces personnages sont escortés d'un capitaine, d'un certain nombre d'hommes d'armes et d’un bourreau. Ils font arrêter vingt-six notables qui meurent pour la plupart en prison, à la suite de mauvais traitements. Les commissaires royaux commettent d'indignes abus: ils menacent les femmes des prisonniers, qui se refusent à devenir leurs maîtresses, de faire périr leurs maris ; ils maltraitent les prisonniers, puis leur promettent la délivrance, s'ils consentent à avouer leur crime ; ces derniers confessent alors qu'ils ont tenu plusieurs assemblées illicites : on les condamne à une amende de 12,000 livres tournois.
Les officiers du roi et les membres du corps de ville racontent l'affaire d'une tout autre façon. — C'est à la requête des habitants, prétendent-ils, que la mairie est instituée. Guillaume de Cérisay est élu, sans se présenter aux suffrages ; il s'excuse même de ne pouvoir accepter la fonction. On procède à une seconde élection ; Cérisay ne peutse dérober plus longtemps à la charge qu'on veut lui imposer. Bientôt le corps de ville s'occupe à fortifier la ville et se propose d'instituer de nouveaux fermiers pour les aides; car les fermes s'étaient données à vil prix. C'est cette mesure, qui excite le mécontentement d'un grand nombre de bourgeois : ils écrivent au roi pour le supplier de réformer la mairie. Puis, l'impatience les prend ; ils exhortent le peuple à « destruire la mairerieet les officiers d'icelle ». Le roi de Sicile, proclament-ils partout, va revenir; mais il ne veut point rentrer dans la ville, tant que la mairie restera debout. Ces bourgeois détestent le corps de ville, parce quil se compose de « gens roturiers et cordouaniers ». Quatre mille habitants s'assemblent ; les élections municipales se font au milieu du tumulte. — C'est alors que Louis XI, averti des événements qui viennent de se dérouler à Angers, envoie de Brye. Ce commissaire royal s'évertue à apaiser l’émeute : pour rétablir l'ordre, il fait venir du château le capitaine et quarante archers ; mais il dissimule à son maitre la gravité de la situation. Louis XI apprend cependant la vérité: 1l envoie du Chesnais, qui arrête les principaux meneurs. Mais, ajoute l'avocat de la mairie, les inculpés ontété traités fort humainement : durant leur détention, on leur permettait de vaquer à leurs affaires.