‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 100 sur 129 · Pilot de Thorey, introduction, p. vu · texte numérisé non relu

Pilot de Thorey, introduction, p. vu

des hommes sûrs qui deviendront, la plupart, très riches, des gens considérables : car Louis paye bien. Il y a là Jean Bochetel que le dauphin a enlevé à Charles VII, un Rémois qui avait épousé la sœur de Jacques Cœur; Jean Jaupitre, qui deviendra auditeur, le bienfaiteur de l'Église de Grenoble; Jacques Paon, Thomas Tubouls, Pierre Georges, Michel Héron ; Jean Poitiers, docteur en droit, qui sera procureur fiscal; Jean Tirlan; Jean Barallier; Jean Bourré, un clerc inconnu que Louis a rencontré à Paris à l’Université, qui deviendra son confident et son ami, sera le maître de la Chambre des Comptes à Paris et fera une fortune royale; Pierre Landry, qui obtiendra la garde de la Monnaie de Romans; Gervais Guyart.

De Valence, le dauphin gagnait Montélimar, confirmant les privilèges de la ville, continuant à recevoir les hommages, examinant les requêtes des religieux, l’état des routes. Louis se rendait en pèlerinage au monastère de la Sainte- Baume, à l’abbaye de Saint-Antoine-en-Viennois, et regagnait Grenoble où il fit son entrée dans sa nouvelle capitale le 12 août 1445.

Un mois auparavant, Louis avait remanié les divisions territoriales de son Dauphiné, réduit à deux bailliages et à une sénéchaussée. Simplification administrative. Bien des fois, Louis reprendra ses pérégrinations qui le mènent à Valence, à Romans, à Montélimar, à la Côte-Saint-André, à la Tour-du-Pin, au château de Moras, à Bourgoin, à Die, à Embrun, à Briançon. Nous ne l’y suivrons pas.

La préoccupation la plus constante du dauphin, c’est de chercher à réunir dans sa main toutes les parcelles de l’autorité que détenaient quelques grands féodaux, surtout ecclésiastiques, de l’ancien royaume d'Arles et de Vienne. Louis acquiert, par voie d'échange, la partie de la ville de. Montélimar que détenait encore la cour romaine, et, en 1449, il fit statuer par l'assemblée des Trois États du Dauphiné qu’à

l'avenir touteslesterres prétendues allodiales contribueraient aux dons gratuits, aides et subsides de la province. Décision d’une portée considérable.

Enfin, en 1450, à la suite de laborieuses négociations, Louis contraignit l'archevêque de Vienne et les évêques de Gap, Valence, Die et Grenoble à reconnaître sa souveraineté, ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait su obtenir. C'était la fin du pouvoir temporel des dignitaires ecclésiastiques qui avaient édifié leur fortune sur les ruines du royaume d’Arles et de Vienne. Louis, en 1452, peut même tenir en échec son père, en faisant nommer au siège archiépiscopal de Vienne son propre protégé, Antoine de Boissieu. L'ordonnance de 1453 proclame la séparation des pouvoirs judiciaires, des pouvoirs administratifs et militaires, et le Conseil delphinal devient une manière de Parlement, à l'instar de celui de Paris. Les notaires pullulent : Louis les réglemente. Et la Chambre des comptes de Grenoble devient une Caisse centrale des recettes. |

Souverain, le dauphin organise dans ses États une armée régulière de cinq compagnies de gens d'armes et d’ordonnances, qu'il augmente de quelques compagnies d'arbalétriers; et pour assurer le recrutement de ces compagnies, Louis promet l’exemption de tous impôts à ceux de ses sujets qui veulent en faire partie. Il décide que les nobles de ses États, qui lui devaient le service militaire, le serviront à leurs frais. Mais pour augmenter le nombre de ses gens d'armes, il concède de nombreuses lettres de noblesse à des bourgeois.

Le dauphin défend les voies de fait dans les querelles et différends qui peuvent surgir entre les nobles. Il favorise, dans les grandes villes, la création de compagnies de « chevaliers du noble jeu de l'arbalette », formées de jeunes bourgeois qui s'exerçaient à tirer de l'arc. On vit même, à Grenoble, les consuls de la villé interdire tous les jeux autres que ceux qui pouvaient concourir à la défense du pays. Et Louis fait surveiller l'entretien des routes, instituer

plusieurs foires franches à Gap, à Montélimar, à Valence, à. Briançon, villes par où passait, depuis l'antiquité, une des voies les plus commerciales de l'Italie. Il accorde ses faveurs à ceux qui exploitent des mines, à la métallurgie. Le dauphin diminue les gabelles qui restreignent la libre circulation des marchandises; il crée une charge de maître visiteur de toiles pour surveiller l'exécution des célèbres toiles fabriquées en Dauphiné. Louis jette enfin les premières bases du service des postes en plaçant des chevaucheurs de son écurie le long des principales routes de sa province. Il couvre de sa protection les banquiers juifs. Il faut que le Dauphiné rapporte; il convient donc qu'il soit prospère; et, dès que certaines localités sont frappées par des fléaux tels qu'incendies, pertes ou pillages par suite de guerre, on le voit abaisser tailles et subsides.

L'esprit ingénieux et fertile du dauphin veille sur toutes choses, l’ensemble et le détail, le matériel et le spirituel. Ainsi, le 26 juillet 1452, on le voit fonder une Université à Valence et concéder aux étudiants qui viendraient y étudier les privilèges les plus étendus. Louis, de passage à Valence, loue en particulier l’admirable situation de cette cité, la beauté de son climat, l'air qu'on y respire, la facilité de ses communications avec. les villes et provinces limitrophes. Il expose l’organisation intérieure de l’Université, l’objet de ses travaux, sa constitution et ses privilèges. Elle se composera de quatre facultés : celle de théologie, celle de droit civil et canonique, celle de médecine et celle des arts libéraux. Et Louis met l'Université naissante sur le même pied que les antiques universités d'Orléans, de Montpellier, de Toulouse.

Nous retiendrons l'éloge que fit le dauphin, dans le préambule de sa fondation, de la beauté du climat de Valence. Il semble bien indiquer que Louis fut heureux de son Dauphiné. Il yétait le maître; cette province fut son œuvre. II y demeura

en joie, courant dans les vertes forêts qui avoisinaient la plaine de la Côte-Saint-André, alors très giboyeuse, peuplée de grosses bêtes, où l’on trouvait des chevreuils, des sangliers et même des ours. La chasse, où il peine et s'’exténue, c'est le repos, le loisir de son esprit : elle dompte son corps et lui permet de voir son domaine, ses arbres, ses champs et ses simples gens. Ainsi Louisaffranchit detous impôts Étienne Cyvers qui s’est jeté dans un étang, au risque de s’y noyer, pour saisir le cerf qu'il avait lancé à la chasse. Et Pierre François, dit Alleman, de la paroisse d’Hières, qui lui fournit de nombreux oiseaux de proie, et Deniset Branchart, dit Malespart, son fauconnier, résidant au château de Moras, obtiennent la même faveur.

Combien Louis, qui vit en garçon, est plus heureux à Grenoble qu’à Montils-lez-Tours! C’est un fait qu’il eut pour amie Guyette Durand, fille d’un honorable notaire de Grenoble, qu’il maria successivement à Charles de Seillons, l’un de ses secrétaires, et à Grâce d’Archelles, l’un de ses écuyers d'écurie. Et il fit deux enfants à Noble Félise Reynard, d’une famille noble de Die, veuve de Jean Pic, écuyer, en son vivant capitaine et châtelain de Beaumont-en-Trièves, qu’il légitima et dota princièrement : l’une épousa Louis, bâtard de Bourbon, amiral de France; l’autre Aimar de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, l’un de ses chambellans.

C'est le bon temps du Dauphiné où Louis fut son maître.

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